Bonne lecture pour ce deuxième chapitre !
Chapitre 2 - Fake it till you make it
Un baiser dans le creux du cou vint doucement tirer Clarke d'un sommeil sans rêve. Suite aux révélations de la nuit dernière elle avait décidé de jouer le jeu et de continuer cette nouvelle vie sur le peu de bases qu'elle connaissait. La plus perturbante d'entre elles étant probablement d'avoir Raven Reyes comme fiancée. Projetée dans une réalité complètement tordue, la jeune femme n'avait peur que d'une chose depuis hier. Se retrouver seule et perdre la seule personne qui lui rappelait d'où elle venait. Et si elle devait pour cela dépasser les limites d'une amitié platonique, elle le ferait. L'expression Fake it till you make it était de mise et Clarke avait revêtu son plus beau jeu d'actrice pour répondre aux attentes de Raven.
Si au premier abord son corps entier se rebellait fortement à chaque contact trop rapproché de son amie, elle était parvenue à tolérer les marques d'affections de la brune avec plus de facilité qu'elle n'aurait pu l'imaginer. Après tout, même s'il n'y avait jamais eu d'ambiguïté sur leur relation purement amicale et platonique dans leurs anciennes vies, Clarke se devait d'admettre que la jolie mécanicienne était plutôt agréable à regarder.
Se retournant dans le lit pour lui faire face, Clarke se surprit à contempler les formes sensuelles de son amie qu'un tee-shirt, bien trop grand pour son corps fin et musclé, dévoilait aisément. Bien qu'elle fût loin de la considérer comme l'amour de sa vie, il y avait quelque chose de rassurant dans la présence familière de Raven et quelque chose de réconfortant dans ses baisers et ses caresses. Elle était son repère, unique bouée de sauvetage dans une mer inconnue.
La soirée d'hier s'était d'ailleurs passée tranquillement, les verres s'étaient vidés les uns après les autres et les pâtes bolognaises avaient rapidement disparu des assiettes. Clarke avait écouté Raven lui raconter sa journée. Celle-ci venait d'être embauchée en tant qu'apprentie ingénieure au sein de l'Ark, une célèbre firme aérospatiale. Une ironie qui n'empêcha pas Clarke de ressentir un mélange d'admiration et de fierté à l'encontre de son amie. Peu importe l'univers dans lequel elles se trouvaient, le génie de Raven restait inchangé.
Le film qu'elles avaient ensuite regardé acheva d'endormir Clarke. Ces quelques heures d'éveil l'ayant profondément chamboulée. Elle avait d'abord lutté contre le sommeil, essayant de se concentrer sur le film qui se déroulait sous ses yeux. Elle avait abandonné presque aussitôt le combat et s'était assoupie sur les genoux de Raven. Celle-ci avait dû déployer des trésors d'ingéniosité pour l'attirer jusqu'à leur lit et Clarke plongea dans un profond sommeil sitôt sa tête posée sur l'oreiller.
Huit heures plus tard la voici calme et reposée bien qu'encore dans un demi-sommeil. Et alors que les lèvres de Raven se posèrent sur les siennes pour la première fois aujourd'hui, Clarke se surprit à retourner ce baiser. Sa main gauche se plaçant instinctivement sur la hanche de la brunette. La température s'éleva rapidement quand elle sentit le corps de Raven se presser contre le sien et leur baiser s'intensifier.
Clarke s'arrêta complètement de respirer lorsqu'elle sentit une main caressante se glisser sous son haut, effleurant du bout des doigts son ventre avant de glisser dans le bas de son dos pour les rapprocher davantage. Une alarme dans sa tête de se déclencha, accompagnée d'un sentiment de panique qui l'envahit rapidement. Mais alors qu'elle pensait être allée trop loin, Raven rompit le contact, les laissant toutes les deux essoufflées et le coeur battant. Après un dernier baiser sur les lèvres de son amante elle sortit du lit, faisant voler son tee-shirt dans un coin de la chambre tout en se dirigeant vers la salle de bain. À cette vision Clarke enfouit son visage dans les draps, autant pour détourner pudiquement son regard du corps dénudé de Raven que pour tenter de faire redescendre le rythme affolé de son cœur. Elle ravala le sentiment de culpabilité qui montait en elle. La jeune femme avait bien conscience de son égoïsme et se sentait coupable de profiter de la situation, laissant sa compagne penser que ses sentiments amoureux étaient bel et bien réciproques.
-Prête pour le grand jour ? la voix de Raven étouffée par le bruit de la douche sortit Clarke de ses remords bien qu'elle ne sache pas comment répondre à cette simple question.
-Notre mariage ?
Un rire amusé répondit à sa question maladroite.
-Non béta, ton entretien d'embauche au Palais Royal. J'ai vu ta convocation traîner sur le bureau, c'est bien à 11h ?
-Oo... oui.
Aux derniers mots de Raven, la blonde avait saisi le dit papier pour le lire rapidement en diagonale. Le nom d'un référent, une adresse, date et heure de rendez-vous s'y trouvait. Dieu merci pour Raven et son esprit vif, son amie n'ayant pas troqué sa langue bien pendue dans cette nouvelle réalité. Elle offrait bien souvent les réponses à ses propres questions si Clarke ne réagissait pas suffisamment rapidement.
-Si ça ne te dérange pas d'arriver un peu en avance je peux te déposer avant d'aller au boulot. Ça t'évitera de prendre le tram. La mécanicienne avait entretemps fini de se doucher et observait Clarke depuis l'encadrement de la porte de la salle de bain.
Non décidément avoir Raven Reyes pour fiancée était loin de n'avoir que des défauts. La jeune ingénieure avait toujours été une amie fidèle, n'hésitant pas à se vendre corps et âme pour sauver ses amis. Clarke découvrait désormais quelle amante attentionnée elle pouvait aussi être. Un sourire reconnaissant naquit sur les lèvres de Clarke, s'extirpant rapidement du lit elle déposa un léger baiser sur la joue de son amie avant d'entrer à son tour dans la salle de bain afin de se préparer.
-Ça serait parfait, merci.
-Clarke ? Ça va bien se passer ne t'en fait pas.
La voix de Raven la ramena à la réalité. Décrochant enfin son regard du Palais Royal elle le reporta sur la brunette, lui rendant le casque de moto avec un sourire peiné.
-Je ne sais vraiment pas quoi faire Raven, avoua-t-elle du bout des lèvres alors qu'elle cherchait un brin de réconfort dans les yeux de sa partenaire.
L'hispanique lui attrapa les mains pour la tirer jusqu'à elle, toujours à califourchon sur sa moto elle plongea un regard extrêmement sérieux dans celui de Clarke.
-Tu vas tout péter, parce que tu es toi, Clarke Griffin. Parce que c'est ce pourquoi tu as étudié pendant trois ans. Ce boulot tu le mérites. Et que ce n'est ni la première, ni la dernière fois que tu te retrouves dans une situation dont tu ne sais rien.
Un sourire germa peu à peu sur les lèvres de Raven alors qu'elle continua, les yeux pétillant de malice.
-Mais le plus important, ce que tu ne dois surtout pas oublier, c'est que peu importe s'ils te prennent ou pas. Moi je serai toujours là pour te prendre encore et encore jusqu'à ce que tu me supplies d'arrêter.
-Raven Reyes, si je ne te connaissais pas assez je dirais que tu es la réincarnation d'un vieux pervers.
Si Clarke avait rougi aux mots de son amie elle l'avait très vite repoussé, feignant la colère. Elle ne pouvait toutefois pas s'empêcher de sourire tandis que Raven était écroulée de rire, visiblement très fière de sa blague et surtout de son effet sur Clarke.
-À ce soir, Wanheda. Que ton charme infini s'abatte sur eux et qu'il les tue tous jusqu'au dernier.
Clarke regarda la veste en cuir rouge s'éloigner d'elle sur sa moto avant de se diriger vers l'entrée du Palais. La dernière phrase de Raven résonna encore un moment dans son esprit alors qu'elle lui avait laissé un goût amer dans la bouche.
Après avoir présenté sa convocation aux gardes, la jeune femme avait été rapidement escorté jusqu'à la salle d'entretien. Un homme sans âge l'y attendait derrière son bureau et l'intima de s'asseoir d'un geste vague de la main. Il y avait quelque chose d'intimidant dans l'attitude froide de l'homme et Clarke eut beaucoup de difficulté à ne pas montrer sa gêne et se força à maintenir un visage serein. Elle ne savait pas d'où lui venait ce sentiment mais elle avait la certitude qu'elle ne devait surtout pas échouer. Prenant une inspiration silencieuse elle plongea des yeux bleus résolus dans celui de l'homme mais n'y trouva qu'un regard encore plus glacial que le sien. Alors que le silence continuait de s'étirer, l'homme prit enfin la parole.
-La plupart de nos femmes accumulent des années d'expériences au sein de la garde royale avant de pouvoir espérer faire partie des Grounders. J'ai feuilleté votre dossier et je n'ai pu que constater que vous n'aviez aucune expérience équivalente. Vous êtes ici aujourd'hui devant moi car vous avez la prétention de pouvoir accéder à ce poste à la sortie de l'école et munie d'un cv vierge. Vous sortez d'une bonne école et pouvez surement prétendre à intégrer nos rangs en tant que patrouilleuse sans trop de difficulté mais de là à rejoindre directement l'élite de nos guerrières… Dites-moi Mademoiselle Griffin, est-ce la confiance, l'audace ou de la pure naïveté qui vous anime ?
Bien que chancelante l'espace d'une seconde, Clarke ne se laissa pas démonter par le regard froid de l'homme inquisiteur.
-J'ai reçu une convocation, si vous ne pensez pas que j'ai ce qu'il faut pour réussir vous n'auriez aucun intérêt à me recevoir aujourd'hui. Son ton était plus mordant qu'elle ne l'avait voulu mais il ne suscita aucune réaction du côté de son interlocuteur qui continua sa litanie.
-Je vois… De l'audace donc. Oh et ne vous fatiguez pas trop à essayer de me convaincre, je ne suis là que pour les formalités administratives. Votre sélection se fera sur deux semaines aux côtés des autres candidats. La première semaine servira à tester votre résistance mentale. Si vous n'abandonnez pas avant la fin de nos tests vous aurez alors une deuxième semaine d'examens physiques. Uniquement après tout cela il sera décidé si vous êtes en position de passer un entretien avec notre recruteur. Veuillez signer ici, là et là. Le premier papier est un NDA, un accord de non-divulgation. Comme son nom l'indique, en le signant vous vous engagez à ne jamais rien dévoiler de ce que vous allez voir ou entendre au sein et en dehors de ces murs regardant la sécurité du palais mais aussi tout ce qui traite de la famille royale proche ou éloignée. Le second nous autorise à appliquer des épreuves physiques et psychologiques sur vous durant la période de sélection, pouvant entraînant des blessures graves, des traumatismes permanents et occasionnellement la mort. En gros vous nous autorisez à vous torturer sans que cela ne vous donne le droit de porter plainte. Le dernier document nous autorise à lancer une enquête approfondie sur votre personne, votre famille et vos proches. Si durant nos recherches nous trouvons quelque chose qui ne correspond pas à l'éthique du palais ou nos exigences votre candidature sera rejetée. Tout rejet est définitif et a vitam aeternam.
Achevant son monologue il poussa de ses longs doigts noueux un stylo et les dits-documents jusqu'à Clarke, il ne l'avait pas lâché du regard.
-Avez-vous des questions Mademoiselle Griffin ?
Le ton hautain de l'administrateur et ses tentatives d'intimidation à peine voilées eurent l'effet opposé sur Clarke. Plus résolue que jamais elle apposa par trois fois sa signature avant de lui rendre les documents. L'homme les regroupa, tapotant la tranche du papier contre le dessus du bureau avant de les reposer en face de lui. Il observa Clarke d'un air satisfait et celle-ci ne sût dire s'il était content qu'elle n'ait pas déjà abandonné ou s'il était soulagé que leur entretien s'achève. Il ouvrit le tiroir à sa droite, prenant un fin dossier qu'il lui tendit du bout des doigts.
-La sélection commence dans deux jours. Je vous prie de prendre connaissance de ce dossier, vous y trouverez votre convocation ainsi que toutes les informations nécessaires. Aurevoir Mademoiselle Griffin.
Cet homme n'avait décidément pas de temps à perdre. Le saluant d'un bref mouvement de la tête, Clarke saisit le dossier et sortit. Ce ne fût qu'une fois à l'extérieur du Palais qu'elle réalisa une chose.
Il n'avait pas pris la peine de se présenter.
Ce soir, Clarke était prise d'une mélancolie profonde. Avachi sur le canapé elle parcourait d'un air distrait un album photo qu'elle avait découvert dans une de leurs étagères. Rien. Elle ne trouvait rien. Aucun des visages sur ces photos ne lui parlait à l'exception de celui de Raven. Il semblait bien qu'elle ait perdu tout contact avec ses anciens compagnons. Pire, elle ne les avait probablement jamais rencontrés dans cette nouvelle vie. Son téléphone ne contenait que des noms d'inconnus et le fait qu'elle n'ait rien trouvé au Palais qu'un administrateur grincheux n'arrangeait en rien son air maussade. Elle n'arrivait pas à croire à la disparition de ses proches. Si seulement elle avait un autre lien, juste un seul. Alors peut-être pourrait-elle se permettre d'espérer. Espérer qu'une certaine commandante ait survécu dans ce nouveau monde.
Lexa était la principale raison pour laquelle Clarke n'avait pas fui cet entretien d'embauche. Elle se disait que si Raven restait une ingénieure passionnée de robotique dans ce monde, alors peut-être que Lexa se trouvait aussi dans une situation similaire à sa vie d'antan. Clarke se l'imaginait commandante à l'armée, commissaire de police ou encore plus tentant, chef de l'escorte des Grounders au Palais Royal. Et juste pour cette infime possibilité, Clarke se devait d'essayer. Elle se devait de savoir. Si seulement Lexa était vivante. Après tout, l'ancienne Heda lui répétait assez souvent que la mort n'était pas la fin…
Alors qu'elle tournait distraitement les pages de l'album, une photo retint son attention. Sur celle-ci on pouvait voir Raven au centre de la photo, son bras gauche enlaçant les épaules de Clarke tandis que le droit enlaçait une silhouette masculine dont le visage avait été noirci au marqueur. Mais la main de l'inconnu placé sur la hanche de la brune laissait sous-entendre une grande proximité entre eux. Elle hissa le livre au-dessus de sa tête, son index pointant sur la photo alors qu'elle la tourna en direction de Raven.
-Raven ? Rappelle-moi pourquoi on garde cette photo toute froissée et gribouillée déjà ? elle ne rabaissa ses bras qu'une fois qu'elle sentit ceux de l'hispanique venir l'enlacer par derrière. Raven se pencha par-dessus le canapé, posant délicatement sa joue contre celle de Clarke pour observer la photo avec elle.
-Car même si cette photo me rappelle de mauvais souvenirs c'est aussi une partie de nous, de notre histoire, lui répondit-elle.
-Tu me racontes ? Clarke avait posé la question de façon nonchalante mais devant le sourcil interrogateur de Raven, elle essaya de se justifier rapidement.
-J'ai envie d'entendre ta version.
Clarke attendit sagement que Raven fasse le tour du canapé. Son amie s'assit à ses côtés avant de lui prendre la main, faisant tourner la bague de fiançailles de Clarke entre ses doigts alors qu'elle entamait son récit. Son regard plongé dans le sien elle lui raconta comment elles s'étaient rencontrées à la soirée d'une connaissance commune. Comment elles avaient parlé et bu toute la nuit, enfin surtout Raven. À l'aurore, Clarke inquiète pour la sécurité de la jeune femme mais trop alcoolisée pour la raccompagner d'elle-même avait fait appeler un Uber, n'oubliant pas d'écrire son numéro à l'indélébile sur l'avant-bras de l'ingénieure afin qu'on puisse la contacter en cas de souci. Le lendemain et après cinq douches consécutives, Raven avait enfin réussi à effacer le numéro de téléphone de son bras. Elle avait toutefois entré le numéro dans son téléphone avant de se frotter la peau fortement sous l'eau pour retirer les marques noires. Dans la même journée elle l'avait appelé afin de remercier son garde du corps personnel, ce à quoi Clarke avait rétorqué qu'au vue de la quantité d'alcool absorbé par la jeune fille elle était surprise que Raven se souvienne de ce que la blonde étudiait. Mais Raven avait insisté pour revoir la et la remercier proprement en l'invitant à manger et toutes deux s'étaient rapidement liées d'amitié. Quelques semaines plus tard, Clarke rencontrait enfin ce petit-ami dont Raven lui rabâchait sans cesse les oreilles. Finn.
À ce nom le cœur de Clarke manqua plusieurs battements. Elle essaya de cacher son trouble comme elle le put pour ne pas arrêter Raven dans son histoire.
Ainsi, ce nouvel univers avait plus de points communs avec son ancienne vie qu'elle ne le pensait.
Et juste comme ça, la petite lueur d'espoir dans son cœur se mit à briller davantage.
