Chapitre 3
Nous avions roulé à travers la Virginie durant une nouvelle semaine. Enfin nous avions plutôt erré à travers l'état. Nous n'avions réellement aucune idée d'un endroit où aller. Nous étions parvenus à éviter les chasseurs de primes et les FSP, mais pour combien de temps encore ?
Christian s'était obstiné à m'apprendre à conduire, malgré mes problèmes de vue. Ceux-ci n'étaient pas très graves d'après lui, et nous pourrions toujours trouver une vieille paire de lunettes quelque part. Même si je doutais légèrement de sa sincérité, il affirmait que je me débrouillais pas trop mal niveau conduite. Mouais... selon moi, c'était une bénédiction qu'il n'y ait plus beaucoup de circulation. Mais quand je pouvais éviter de risquer de nous causer un accident, je reléguais le volant à Christian qui le prenait sans -trop- protester.
Nous étions dans un de ces moments. Christian conduisait en silence, assez lentement, un fond de musique classique dans la voiture. Je ne comprenais pas sa fascination pour le classique. Je n'étais pas pour autant une grande fan d'électro ou de heavy metal, mais le classique... ça m'endormait. Alors aujourd'hui, où j'étais déjà épuisée en me réveillant, la radio qu'il avait choisi ne m'aidait pas. La tête coincée entre la vitre et l'appuie-tête, je somnolais, bercée par la musique et le ronronnement du moteur. Il m'avait fallu une éternité pour trouver une position confortable. Je sentais un poids sur ma poitrine depuis hier et j'ignorais de quoi il s'agissait et comment m'en débarrasser. Peut-être pleurer un bon coup m'aiderait-il, mais je commençais à en avoir sérieusement marre de pleurer.
Je m'étais obligée à ne pas pleurer quand nous étions à Caledonia. Pas une seule fois. Alors le jour où nous nous étions échappés... j'avais pleuré toutes les larmes de mon corps de soulagement. Ca m'avait rassurée de voir que je n'étais pas la seule. Même les garçons l'avaient fait. Et j'avais encore pleuré pendant trois jours quand Christian et moi avions été contraints d'abandonner les autres aux FSP. Mais maintenant ça allait mieux. Dès que j'y pensais, je tâchais de me rappeler qu'ils avaient seulement été renvoyés à Caledonia. Ils n'étaient pas morts. Et bien qu'un camp reste un camp, ils s'en sortiraient. Il le fallait.
-Cassie ? T'es avec moi ?
J'ouvris les yeux et me redressai. Je lâchai un grognement ensommeillé en me tournant vers lui.
-Qu'est-ce qu'il y a ?
Il secoua la tête après m'avoir jeté un regard rapide.
-Tu gémissais dans ton sommeil. T'avais l'air de faire un cauchemar. Ca fait plusieurs minutes que j'essaye de te réveiller.
Ah ? Je m'étais endormie ? Je ne m'en étais même pas rendue compte... Je souris faiblement.
-Ne t'inquiète pas. Ca va. C'est gentil.
Il porta son attention vers moi et m'observa un instant.
-Tu es sûre ? Ca fait quelques jours que tu n'as pas l'air bien. Enfin, plus mal que d'habitude. Tu es toute cernée !
Je levai les yeux au ciel. Il savait comment parler aux femmes lui...
-Merci Christian, ça fait toujours plaisir à entendre..., marmonnai-je avant de soupirer. C'est juste difficile de passer une bonne nuit de sommeil dans une vieille Dacia miteuse, à attendre qu'un FSP ou qu'un chasseur de prime ne nous débusque.
Il me dévisagea un instant avant de reporter son regard sur la route en silence. Il n'était pas convaincu, je le voyais bien. Mais que voulait-il de plus ? C'était la stricte vérité. J'étais certaine que j'avais dû avoir les mêmes cernes, probablement des plus importantes même à Caledonia !
-C'est juste ça ? Tu es sûre ?
Je soupirai et fermai les yeux un instant.
-J'ai mal à la tête, avouai-je. La voiture très certainement. Ca te dérangerait si on faisait une pause ? Juste quinze minutes.
-Même deux heures si tu veux ! C'est pas comme si on avait un but précis.
Je grimaçai un sourire à son ton ironique. Il commença à ralentir et regarda autour de nous après un endroit où on pourrait s'arrêter. L'avantage était que la Virginie était assez boisée. Après une dizaine de minute, il finit par tourner dans un bosquet. Dès qu'il eut coupé le moteur, je sautai de la voiture pour respirer l'air frais de l'extérieur. Ma vision s'obscurcit un instant et je clignai des yeux quelques instants en me retenant au van. Je secouai la tête.
-Cassie ?
-Hum ?
-Tu recouvres la voiture ?
Je me tournai vers Christian pour constater qu'il avait jeté l'un de nos sac sur son épaule. Comme ils se ressemblaient tous, j'ignorais duquel il s'agissait. Probablement celui avec la nourriture. Je ne l'avais même pas entendu ouvrir le coffre. J'hochai la tête et tendis la main. Je m'étais entraînée ces derniers jours. En plus des cours de conduite, Christian s'était obstiné à vouloir m'apprendre à me servir de mon aptitude. Il se souvenait des cours que Jack et Liam avaient essayé de nous donner à Chubs et moi. Et je commençais à me débrouiller à vrai dire. Je ne savais déplacer que des objets pas trop lourds, mais c'était déjà ça. J'avais essayé d'user de mon pouvoir sur mon ami, mais hormis le faire tomber par terre je n'arrivais à rien. Mais bouger les branches des arbres à ma guise pour qu'elles recouvrent notre voiture était en soit beaucoup moins compliqué que de soulever un garçon de 18 ans. Quand j'eus terminé, nous nous enfonçâmes dans les bois pour trouver un endroit où planter notre tente. Il n'était que 16 heures, mais nous avions déjà décidé de passer la nuit-là.
-Tu me donnes la tente ?
Christian se tourna vivement vers moi, le regard moqueur.
-Je suis certain que tu ne sais pas monter une tente.
Je grimaçai. Il avait raison. Mais je voulais essayer. Et je voulais essayer avec mon aptitude. Le jeune homme qui avait dû comprendre rien qu'à mon regard leva les yeux au ciel.
-C'est non. Tu vas seulement réussir à la déchirer.
-Mais ! Cricri, alleeeeeeeeeeez !
Il me foudroya du regard et je lui décochai un sourire innocent. Je savais qu'il détestait qu'on l'appelle ainsi. Mais pour ma part j'aimais beaucoup l'appeler comme ça. Il soupira et posa le sac à dos par terre avec un soupir dédaigneux.
-Là, tu n'as plus aucune chance que je te laisse le faire.
Il ouvrit le sac pour s'y mettre lui-même, mais je lui arrachai la trousse contenant la tente des mains avec mon don. Il me fit les gros yeux, ce à quoi je répliquai en lui souriant de toutes mes dents.
-Je n'aurais jamais dû insister pour t'entraîner, grommela-t-il.
-Effectivement, tu n'aurais pas dû, souris-je.
Je grognai comme je ne parvins pas même à ouvrir la pochette. Après sept tentatives, je soupirai et la rendis à Christian. Il rit avant de lancer qu'il fallait toujours laisser faire le Vert. Je m'assis par terre en attendant patiemment qu'il ait terminé. Je posai ma paume contre mon front. Mon mal de tête allait en empirant. Moi qui avais espéré que l'air frais de ce mois de mars permettrait de le dissiper... c'était raté.
Un moment plus tard, Christian se tourna vers moi, certainement pour annoncer qu'il avait fini avec la tente quand il se figea. De la même manière que lorsqu'il avait vu les FSP quand nous étions à la station-essence. Mon coeur rata un battement et je me retournai, incapable de déterminer si je l'avais fait vite ou lentement. Deux silhouettes se dirigeaient vers nous. Impossible de déterminer leurs âges. Finalement Christian n'avait peut-être pas eu une mauvaise idée en voulant m'entraîner. Le jeune homme n'avait néanmoins pas l'air d'avoir autant foi en mes compétences que moi-même car il m'attrapa par le bras pour m'attirer derrière un arbre ou je ne savais quoi.
Tout se passa très vite.
Un cercle de chaleur se forma sur mon estomac alors que la prise du Vert disparaissait de mon avant-bras. Ma respiration se coupa quand mon dos rencontra violemment un tronc d'arbre. Le gémissement de douleur de Christian fit écho au mien. Je battis des pieds machinalement, mais je me trouvais à bien deux mètres au-dessus du sol. D'accord, c'était pas des adultes, c'était certain.
Les deux silhouettes nous rejoignirent. Malgré que je ne pouvais pas distinguer leurs traits de là où j'étais, je devinais deux filles de mon âge. L'une d'elle avait de longs cheveux d'un bleu électrique et les deux bras tendus. Bleue, sans aucun doute. La deuxième à la peau couleur café pointait alternativement une arme à feu dans ma direction et dans celle de Christian. J'ignorais s'il s'agissait du choc avec l'arbre, de la hauteur ou d'un facteur indépendant, mais mon mal de tête s'intensifia. Je me mordis la lèvre alors que des points multicolores dansaient dans mon champ de vision quelques secondes. J'aurais bien essayé de désarmer la métisse, mais mes bras étaient fermement plaqués contre le bois. Bon sang, cette Bleue était beaucoup plus douée que moi.
-On se détend, lança Christian. On est comme vous. J'ai 18 ans, elle en a 17.
-Toi, tu la fermes, grogna la fille au pistolet en le braquant sur mon ami.
Je ne distinguais pas l'expression de celui-ci, comme elle l'avait envoyé d'un autre coté, mais je l'imaginais sans peine pincer les lèvres.
-Vos couleurs, aboya celle aux cheveux bleus.
Comme elle avait le visage tourné vers moi et que sa copine venait d'aboyer sur Christian, j'en déduisis que c'était à moi qu'elle parlait.
-Bleu, répondis-je. Il est Vert.
La Bleue regarda la fille au pistolet qui hocha la tête. Elle baissa les bras et je m'écrasais à terre sans pouvoir retenir un cri de douleur.
-Tu pouvais pas faire un minimum attention ? grommelai-je.
Elle leva les yeux au ciel.
-Pardon, Blondinette, je voulais pas que tu te casses un ongle.
Je grondai au surnom. Ce n'était pas tant le fait qu'elle m'appelle "Blondinette" qui m'ennuyait, mais c'était Jack qui avait l'habitude de m'appeler comme ça à Caledonia. Et entendre ce surnom me rappelait douloureusement que nous ignorions totalement ce qu'il était devenu. La fille aux cheveux bleus passa rapidement à autre chose et fit signe à l'autre fille de ranger son arme. Il me sembla la voir la glisser sous sa veste dans ce qui devait être un holster d'épaule. Je me relevai et les rejoignis un instant après Christian. De près, je remarquai que des mèches roses parsemaient les cheveux de la métisse.
-Pourrait-on connaître les noms de la fille qui vient de nous balancer contre des arbres et de celle qui vient de nous menacer avec son flingue ?
La Bleue esquissa un sourire en coin.
-Vida. Et elle c'est Lydie. Et pourrais-je connaître les noms de ceux que je viens de balancer contre un arbre ? ajouta-t-elle sur le même ton que Christian.
-Cassie.
-Christian.
Vida hocha la tête. Du coin de l'œil, je vis que mon ami observait plus ou moins discrètement l'autre fille, Lydie. Je n'avais pas besoin d'avoir une intelligence améliorée pour me douter qu'il tentait de deviner quelle était sa couleur. Je devais admettre que cette question me travaillait aussi. Les couleurs que le gouvernement nous avaient attribué n'étaient pas encore tatouées sur nos fronts, mais dans certaines situations comme celle-ci, ça aurait pu se montrer assez utile. Cette fille n'était probablement pas Bleue. Sinon Vida ne se serait pas ennuyée à nous soulever tout les deux... si ? Il était fort peu probable qu'elle soit Rouge ou Orange comme ceux-ci étaient très rares, et elle ne portait pas de gants en plastique, ce qui impliquait qu'elle n'était probablement pas Jaune non plus. Ne restait plus que Verte. Ca paraissait le plus logique, comme les Verts étaient les plus répandus.
-Vous comptiez camper ici ? demanda Lydie.
Christian ouvrit la bouche mais avant qu'il n'ait l'occasion de répondre elle demanda si ça nous gênait qu'elles campent là aussi pour cette nuit. J'haussai un sourcil et échangeai un regard avec Christian. Techniquement, même si nous répondions que ça nous dérangeait... elles pourraient décider de nous obliger à partir plus loin pour leur laisser l'endroit. Nous savions qu'elles avaient l'avantage sur nous. Mais d'un autre coté, même si ces filles étaient des Psis... je n'étais pas vraiment rassurée de dormir à coté d'inconnues. D'inconnues armées qui plus est.
Le Vert ouvrit à nouveau la bouche, puis la referma avant de la rouvrir encore une fois.
-A priori, non. La forêt est à tout le monde. Et on pourra faire plus de tours de garde comme ça.
Je jetai un regard étonné au jeune homme. Il avait l'air aussi surpris que moi d'avoir dit ça. Peut-être même plus. Mais sa justification semblait sensée. Nous n'étions pas à l'abri qu'un chasseur de prime ou un FSP passe par ici et les tours de garde étaient une étape obligatoire. Plus nombreux nous étions, plus longtemps nous pourrions dormir chacun.
Lydie hocha la tête.
-Parfait.
Elle tourna les talons, avant de lancer un regard à Vida par-dessus son épaule.
-Je vais chercher nos tentes.
Désolée, désolée, désolée, j'avais même oublié que j'avais posté l'histoire sur ce site ! Pour la peine je mets deux chapitres !
J'espère que l'histoire vous plait et laissez une petite review si c'est le cas ;)
Bises Psychotiques,
Luna
