Chapitre 7

Je dévisageai Lydie sans bouger, littéralement bouche bée. Du sang avait éclaboussé le menton et les cheveux de la jeune femme, mais elle ne semblait pas s'en formaliser. La crosse d'une arme dépassait du holster cinglant sa cuisse. Elle me jeta un regard impatient avant de soupirer.

-C'est vrai. Les Bleus ne peuvent rien faire sans leurs mains.

Elle enleva une chaîne qu'elle portait autour du cou pour révéler un couteau suisse. Elle l'ouvrit et m'indiqua de tendre mes mains. Elle glissa son couteau entre ma peau et le plastique avant de le relever d'un coup sec. Dès que l'attache tomba au sol, je la repoussai et me ruai vers Christian. Je passai une main sur son front pour dégager les cheveux et espérer voir la blessure mais il y avait trop de sang, je ne distinguais rien. Je le secouai vivement pour le réveiller.

-Christian ! Christian ! Allez !

Je sentis plus que je ne vis Lydie s'accroupir à coté de moi. Elle marmonna.

-Arrête de le secouer comme ça, sinon je ne vais pas pouvoir libérer ses mains sans le blesser.

Mais je ne l'écoutais pas et secouai le jeune homme de plus belle. Il ne daignait pas ouvrir les yeux malgré mes supplications. Lydie leva les yeux au ciel avant de me crier de la fermer. Elle glissa son couteau sous le plastique comme elle l'avait fait pour moi.

-Il faut vraiment tout faire soi-même..., grommela-t-elle.

Alors qu'elle coupait l'attache, Christian ouvrit les yeux. Il fronça les sourcils un instant alors que je me jetai à son cou.

-Oh mon Dieu !

-Il y a pas de quoi, fit Lydie, la voix dégoulinante de sarcasme.

Je m'écartai de Christian et jetai un regard incrédule à l'Orange avant de percuter. Elle venait d'obliger Christian à se réveiller avec son don. A cette pensée mon estomac se serra douloureusement. Ma peur de Lydie revenait au galop.

-Qu'est-ce qu'il s'est passé ? marmonna le Vert.

-Vous vous êtes faits arrêter, et je viens vous sauver les fesses. Alors on se bouge !

Je sautai sur mes pieds instantanément à l'instar de Christian. Lydie. Encore. Je lui jetai un regard mauvais pour lui signifier que j'avais compris que c'était elle qui nous avait influencés.

-Tu comprends vite, blondinette, lança-t-elle avant de sortir. Faites le moins de bruit possible. Je les ai pas tous tués non plus et il faudrait mieux que j'évite de le faire sinon la Ligue va encore me taper sur les doigts.

Elle sortit en courant et nous fit signe de la suivre. Je passai le bras de Christian autour de mes épaules pour le soutenir alors qu'il tentait de faire de même avec moi. J'étais malade et il était blessé. J'ignorais qui aidait qui dans l'histoire. J'ignorais également comment je faisais pour tenir le rythme que nous imposait Lydie. Elle courait vraiment très vite. Je n'étais pas mauvaise coureuse mais j'étais obligée de me concentrer sur ma respiration pour parvenir à la suivre. Je gardai les yeux rivés sur son dos et ses cheveux roses voletant dans son dos pour m'empêcher de regarder les cadavres dissimulés dans l'ombre ou allongés en pleine lumière résultant du précédent passage de Lydie. La plupart des soldats que nous croisions se figeaient sur notre passage, à mon plus grand soulagement.

Christian semblait quant à lui avoir beaucoup plus de mal à suivre. Je le soutenais comme je le pouvais avec mon pouvoir pour le ménager autant que possible, mais je n'étais pas certaine que ce soit suffisant. Je le sentais faiblir et je craignais de plus en plus qu'il ne perde connaissance à nouveau. Dès que nous eûmes mis le pied hors de l'entrepôt, les balles fusèrent autour de nous. Je lâchai un glapissement lorsque plusieurs m'éraflèrent la peau.

-Lydie ! Je croyais que tu gérais !

Elle ralentit pour revenir à notre hauteur et passa l'autre bras de Christian autour de ses épaules pour m'aider à le soutenir. Elle serra les dents.

-Ouais, moi aussi je le croyais. Mais mon pouvoir est un peu plus compliqué à maîtriser que le tien, et j'ai pas vraiment l'habitude de courir et de contrôler trente personnes en même temps !

Un second cri retentit et cette fois j'étais certaine qu'il ne provenait pas de moi. Je compris qu'il venait de Christian à l'instant où je le sentis me glisser des bras. Il avait été touché. Sans réfléchir, je le rattrapai avec mon pouvoir pour le redresser. Lydie nous jeta un regard avant de jurer. Elle s'arrêta brusquement, nous contraignant à faire de même.

Elle se tourna vivement vers le groupe de militaires entourant l'entrepôt. Ceux-ci se figèrent tous. Au fond de moi, je savais ce qu'elle allait faire. Mais avec une sorte de fascination morbide, je ne pus détourner les yeux du spectacle qui se jouait devant nous. Les soldats se détournèrent de nous et se firent face les uns, les autres. Ils gardèrent leurs bras levés, leur armes pointées vers leurs collègues.

Et les coups partirent.

Quelques instants plus tard, ils étaient tous tombés comme des mouches et il ne restait plus qu'un tas de corps inertes. Plus aucun bruit ne résonnaient autour de nous, hormis celui de nos respirations haletantes. Une violente quinte de toux me secoua et je fus contrainte de lâcher Christian. Courir avait été une très mauvaise idée. Quand je parvins à reprendre mon souffle, je jetai un coup d'oeil à Lydie. Elle avait légèrement pâli et un filet de sueur coulait sur son front.

-Lydie ? Tu vas bien ?

Elle sursauta et se tourna vers moi. L'éclat terrifiant était revenu dans son regard. Elle nous jeta un regard dédaigneux.

-Je suis toujours en meilleur forme que vous.

Je soupirai à son commentaire. La brune observa Christian, assis par terre en train d'essayer de se faire un garrot, avant de revenir à moi.

-Je vais chercher Vida et la voiture. Il ne pourra pas marcher un kilomètre. Vous deux, vous restez là.

J'ouvris la bouche pour protester, mais elle avait déjà disparu dans les bois.


-Aucune de nous ne sait recoudre une plaie par balle, fit remarquer Vida, assise sur le siège passager. Et on ne peut pas se permettre de l'emmener à l'hôpital.

Je levai les yeux vers elle, tout en continuant de nettoyer le sang du visage de Christian. Il s'était endormi une dizaine de minutes plus tôt, ou alors il était tombé dans les pommes, je n'en savais rien, mais le résultat était le même. Christian avait réussi à se faire un bandage lui-même et comme c'était lui le Vert, aucune de nous n'avait émis d'objection. Je lui avais également bandé la jambe avec un t-shirt alors que lui m'avait obligée à prendre une petite dizaine de médicaments parmi ceux que Vida et Lydie avaient ramenés.

Les deux filles nous avaient expliqué qu'elles avaient traîné pour revenir comme elles avaient été contraintes de faire un détour pour semer une partie des militaires. Elles étaient parvenues à récupérer sans encombre ce qu'elles étaient venues chercher -et je ne cherchais toujours pas à savoir de quoi il s'agissait-, ainsi que tout les médicaments qu'elles avaient trouvés et quelques vivres supplémentaires.

-Je ne sais même pas s'il survivrait jusque-là, répondit Lydie. Je crois qu'il a une commotion cérébrale. On ne peut rien y faire. Il lui faut un vrai médecin et comme on ne peut pas aller à l'hôpital...

Je n'aimais pas ce que ça sous-entendait. Je n'aimais pas du tout ce que ça sous-entendait. J'aurais été prête à emmener Christian à l'hôpital mais nous savions qu'une fois qu'il aurait été soigné, les autorités auraient été averties de notre présence et rebonjour Caledonia.

-Il reste la Ligue.

Mon sang se glaça aux mots de Vida. Non. Pas la Ligue. Surtout pas la Ligue. Tout ce que Liam m'en avait dit avait assez bien fait son travail pour que je n'aie vraiment pas envie d'y mettre les pieds. Lydie releva brusquement la tête vers Vida.

-C'est hors de question.

La Bleue la défia du regard.

-C'est sa seule chance, tu le sais.

C'était étrange d'entendre Vida parler de cette manière. Je ne la connaissais que depuis une petite semaine et elle ne me semblait pas du genre à se soucier des autres.

-Et tu sais aussi qu'on entre pas à la Ligue comme dans une église, répliqua Lydie sur le même ton. Une fois que t'es dedans, t'y es pour du bon.

Vida ouvrit la bouche, mais mes mots partirent plus vite que les siens.

-C'est d'accord. Si vous êtes sûres que la Ligue peut aider Christian, alors on marche.

Enfin moi je marche, et Christian va me haïr mais au moins il sera en vie. Vida haussa les sourcils et désigna le Vert d'un signe du menton.

-Tu ne voudrais pas lui demander avant ?

-Blondinette, faut que tu comprennes que si vous décidez de demander de l'aide à la Ligue, c'est comme si vous l'intégriez, fit Lydie au même moment, l'air sérieux. Et on ne quitte pas la Ligue comme ça.

La voix de Liam se matérialisa dans mon esprit. J'ai fui la Ligue, mais on a dû m'aider sinon j'y serais sûrement resté. Dans les deux sens du terme. Il ne m'avait jamais dit qui l'avait aidé à s'enfuir, mais j'étais certaine que je n'aurais de toutes manières pas la même chance. Christian non plus. Mais au moins nous serions en vie. Je me mordis nerveusement la lèvre avant d'hocher la tête.

-Je sais. Mais on va quand même venir avec vous. Tant pis si on doit rester là-bas.

Malgré ma voix rendue rauque par la maladie, j'espérais que ma détermination y transparaissait. Vida hocha la tête alors que Lydie marmonnait quelque chose que je ne compris pas. L'Orange ne semblait pas ravie. Elle haussa les épaules en ouvrant la portière.

-Si vous voulez vous jeter dans la gueule du loup c'est votre problème. On se remet en route alors, on trouvera un endroit pour passer la nuit et on dira à Cate de nous trouver un avion Leda Corp pas trop loin. Tu devrais juste espérer que ton pote survive jusque-là, ajouta-t-elle en me regardant.

Et sur ces paroles glaçantes, elle descendit de notre voiture, pour monter au volant de l'autre. Je soupirai et reportai mon attention sur Christian, sa respiration était constante mais il était très pâle. Je posai ma main sur son front. J'avais l'impression qu'il commençait à avoir de la fièvre. Le saignement de sa jambe semblait s'être arrêté, mais il restait toujours à prier pour que la plaie ne s'infecte pas.

Vida se glissa sur le siège conducteur.

-Vous restez dans cette voiture ?

J'acquiesçai. Lydie me terrifiait beaucoup trop.


Cette fois j'avais dû prendre mon tour de garde. Je n'avais pas pu y couper. Au vu de l'état de Christian, je préférais le laisser se reposer. L'effet des médicaments commençaient à se faire sentir et je pouvais donc espérer réussir à rester éveillée deux heures. Nous nous étions arrêtés dans un camping à l'abandon où nous avions pu trouver plusieurs caravanes encore en état pour que nous puissions dormir dedans. C'était agréable de ne pas dormir dans une tente pour une fois.

Si d'ordinaire j'aimais contempler le feu ou les étoiles, ce soir je ne pouvais décoller mon regard de la caravane dans laquelle je nous avais installés Christian et moi. Il était revenu à lui juste avant que je ne sorte pour prendre mon tour de garde et m'avait obligée à reprendre des médicaments. Situation assez ironique comme c'était lui qui était alité. En contrepartie, je l'avais obligé à reprendre des antidouleurs, même si je n'avais pas dû trop insister. Il avait étonnamment repris quelques couleurs, mais je n'avais pas encore réussi à lui faire avaler quelque chose.

Je tentais de laisser mon inquiétude de coté et reportai mon attention sur le livre que j'avais trouvé dans une des caravanes. Je ne pouvais de toutes manières rien faire pour aider Christian dans l'immédiat. Je soupirai en parcourant distraitement les pages. Je ne comprenais même pas vraiment ce que je lisais. Ce livre ne m'intéressait pas. Au moins je m'entraînais à contrôler mon aptitude, comme je me servais de mon don pour tourner les pages. Des pas précipités me firent relever les yeux.

-Vida ?

Avant même qu'elle ne m'ait rejointe, je la vis faire un geste de la main et un cercle de chaleur se forma sur mon estomac. J'eus un hoquet de surprise en comprenant qu'elle se servait de son pouvoir sur moi. L'instant suivant, j'étais debout sur mes pieds. Elle posa ses mains sur mes épaules et me regarda dans les yeux. Une étrange lueur brillait au fond de son regard. Ca ressemblait à... de la peur ? Vida était-elle capable d'en éprouver ?

-Il faut que tu t'en ailles. Maintenant.

Je fronçai les sourcils.

-Quoi ? Mais... ?

-Lydie, elle... elle est complètement folle ! Je l'ai toujours su, mais là on dirait qu'elle débloque vraiment. Elle trouve que vous n'avez rien à faire à la Ligue et elle ne veut pas que vous arriviez jusque-là. Elle compte tuer Christian.

J'écarquillai les yeux. Je voulus courir vers la caravane pour aller chercher Christian, mais la prise de Vida était beaucoup trop forte. Vida ne m'avait jamais parue être du genre à plaisanter à tout-va, mais cette fois je n'avais vraiment aucune difficulté à la croire.

-Il faut qu'on fasse quelque chose !

-Tu ne peux rien faire, Cassie. Il faut que tu t'en ailles. Elle te tuera dès qu'elle en aura l'occasion. Et je ne peux rien faire non plus. Elle s'est servie de son pouvoir sur moi ; je suis incapable de l'en empêcher. Je suis désolée.

Je me débattis furieusement, et quand elle me lâcha finalement, me ruai vers la caravane. Je fus cependant stoppée dans ma course par le pouvoir de Vida. Je me retrouvai soulevée du sol et envoyée exactement de l'autre coté. Je jetai un regard assassin à la Bleue. Des clés atterrirent ensuite dans ma main. Sans même les regarder, je savais qu'il s'agissait de celles du pick-up.

-Va-t'en, Cassie. Tu dois l'oublier. Tu ne peux rien faire pour lui. La seule chose que tu puisses faire est sauver ta propre vie et ne jamais recroiser notre route. On part vers la Californie. Tu n'as qu'à rejoindre la côte Est et ça devrait aller.

Je continuai à la dévisager en silence, sans savoir comment réagir. Je ne pouvais pas abandonner Christian. Mais je ne faisais pas le poids face à Lydie, c'était certain. Du bruit retentit du coté des caravanes et je levai vivement la tête. Vida m'empêcha de réfléchir d'avantage et me poussa avec son pouvoir.

-Vas-y !

Je lui jetai un dernier regard avant que mon corps ne prenne le pas sur mon esprit. Je détalai dans la forêt, dans ce que j'espérais être la direction des voitures. Je trébuchai plusieurs fois sur des branches, mais parvins par miracle à ne pas tomber. Les larmes me brouillaient la vue et le sang pulsait dans mes oreilles. Mais ni le craquement des branches que j'écrasais, ni l'écho de ma respiration haletante ne m'empêchèrent d'entendre la détonation qui déchira la nuit.

Ouais, je l'admets j'ai complètement oublié ce site. En même temps je suis pas sûre que quelqu'un lise ça (enfin je peux voir les stats mais c'est pas le propos), ou si quelqu'un aime bien. Il reste 7 chapitres. Donc si vous voulez lire la suite, faîtes-le-moi savoir. Et je suis aussi en train d'écrire une histoire sur Lydie et son passé, donc si ça vous intéresse, dîtes-le-moi !