GRÂCE au somnifère, Hinata dormit toute la journée et se réveilla le surlendemain. Quand elle souleva ses paupières, elle ne reconnut pas l'endroit où elle était. Se frottant les yeux, elle se redressa dans le lit afin de mieux voir autour d'elle.

Dans une étrange petite chambre vide, à côté d'elle, assis sur une chaise, il y avait un vieil homme, lisant un livre. Il leva des yeux tristes en même temps qu'elle posa son regard nacré sur lui. Effrayée et perdue, elle essaya de s'éloigner, se protégeant avec la couverture.

-N'ais pas peur. Je ne vais pas te faire de mal.

Son livre maintenant sur la table de chevet, il lui tendit une tasse de chocolat chaud. Hinata regarda le liquide brun avec méfiance. Elle en avait envie, un chocolat bien chaud mais elle ne savait pas où elle était et qui était ce monsieur.

-Tu peux y aller, dit-il. Il n'y a rien de nocif. Je dois avouer que je suis contre les méthodes de Tsunade mais au moins, grâce à ça, tu as pu dormir un peu sans faire de cauchemars.

Il baissa les yeux sur les mains d'Hinata, elles tremblaient.

Cauchemars ? Elle n'avait donc pas rêvé ? Elle était vraiment toute seule ? Elle n'avait vraiment plus de maison ? Plus de famille ? Les larmes se remirent à couler. Comment ? Comment pouvait-elle encore pleurer ? N'avait-elle pas vidé tout son corps d'eau à cause de ses pleurs ?

Elle attrapa son t-shirt au dessus de son cœur avant de se plier en deux et de se mettre à crier de douleur. Le vieillard se leva de sa chaise mais la porte de la chambre s'ouvrit à ce moment-là.

-Hiruzen ! Qu'avez-vous fait ?!

-Mais rien voyons, j'ai fais exactement ce que tu m'as dit de faire Tsunade.

Posant sa tasse de café sur la table près du lit, la blonde vola à leur secours, s'asseyant sur le lit et prenant Hinata dans ses bras.

-Chut, chut ça va aller, dit-elle doucement.

Hinata secoua la tête de droite à gauche. Bien sûr que non ça n'allait pas. Elle avait tellement mal. Elle avait beau crier, pleurer, la douleur était toujours là.

-J'ai mal ! Je vous en pris ! J'ai trop mal ! Faites que ça s'arrête !

-Hinata ! Hinata, regardes-moi !

Tsunade la plaqua contre le lit, se forçant à parler le plus calmement possible.

-Essaie de respirer. Inspire par la bouche puis expire pas le nez, Hinata !

Elle essayait de faire ce que Tsunade lui disait de faire mais malgré ça, la douleur restait encore forte.

-Tu dois m'écouter attentivement, Hinata. Je veux que tu imagines pleins de petites boîtes. Tu les vois ?

Avec un semblant de calme, Hinata secoua la tête. Elle était prête à imaginer n'importe quoi si cela pouvait l'empêcher de revoir ces même images de sang rouge couler sur la neige blanche.

-Bien, maintenant je veux que tu ouvres une boite et que tu laisses ta douleur s'y glisser à l'intérieur. Une fois que c'est fait, tu fermes la boîte.

Au début, la fillette ne savait pas vraiment quoi faire. Mais bizarrement, le fait de se concentrer l'aida. Elle sentit la douleur devenir de moins en moins forte. Cela avait vraiment l'air de marcher. Elle était tellement surprise qu'elle arrêta de bouger. Alors, Tsunade se dégagea.

-Tu te sens mieux ?

Elle ne répondit pas mais, en effet, elle se sentait plus légère. Malgré tout, elle pouvait sentir que la boîte voulait s'ouvrir pour laisser la douleur la submergée à nouveau.

Tsunade sortit un mouchoir de sa poche avant de le poser sur le nez d'Hinata. La petite souffla le plus fort possible puis essuya ses yeux. Hiruzen lui tendit la tasse de chocolat chaud avec un petit sourire encourageant. Maintenant qu'elle avait repris ses esprits, elle accepta la boisson. Pendant qu'elle soufflait dessus pour la refroidir légèrement, les deux adultes l'observaient comme s'ils s'attendaient à la revoir exploser d'un moment à l'autre.

Mais, finalement, Hiruzen s'approcha d'elle doucement. Elle leva les yeux vers lui. Ses cheveux et son bouc au menton étaient gris, il avait de petits yeux noirs et beaucoup de rides. Dans tous les cas, il ne ressemblait pas à un ennemi.

-Je ne me suis pas présenté, Hinata. Je m'appelle Hiruzen Sarutobi. Nous sommes à la Konoha Académie. Je suis le doyen de cette école. Est-ce que la chambre te plaît ? Ça ne te dérangerait pas de rester ici quelques temps ? Il y a plein d'enfants de ton âge ici, tu pourrais te faire plein d'amis. Qu'en dis-tu ?

Hinata cligna plusieurs fois des yeux. Que voulait-il qu'elle lui dise ? Elle n'avait nul part où aller.

-Bien entendu, tu pourras décorer ta chambre, aller à l'école, avoir des activités. Qu'en dis-tu ?

Pendant ce temps, Tsunade observait Hinata, prenant des notes mentales pour son dossier. Elle avait déjà eu affaire à des enfants traumatisés par leur enlèvement mais c'était la première fois que l'enfant qui devait être kidnappé y avait échappé.

Bizarrement, elle ne se sentait pas soulagée, au contraire, elle en avait froid dans le dos.

Hinata hocha la tête, acceptant tout simplement de rester ici. Mais qu'attendait-elle ? Avait-elle envie de savoir si tout sa famille était morte ? Avait-elle envie d'entendre qu'il y avait des survivants ? Bien sûr, mais elle savait qu'elle ne serait plus jamais la même, malgré tout.

Dans cette pièce vide, elle perdit rapidement la notion du temps. Elle avait l'impression d'être dans le corps de quelqu'un d'autre. Son cerveau réfléchissait beaucoup trop rapidement, son corps n'arrivait pas à suivre.

Au bout d'un moment, sans en avoir vraiment conscience, une médecin vint l'examiner. Hinata l'entendit parler au loin. Elle se présenta comme étant Shizune, le médecin généraliste de l'école, et lui fit passer plein de tests. Une fois qu'elle eut fini, elle se tourna vers Tsunade et Hiruzen, leur annonçant qu'elle n'avait rien d'anormal à part un léger trouble de la vue. Puis elle lui tendit une sucette et un magazine proposant plein de type de lunettes différents. Elle ne se rappela même pas quand la médecin partit.

Pendant qu'Hinata consultait le magazine pour choisir quelle paire de lunettes lui plaira le plus, Tsunade et Hiruzen s'était mis légèrement à l'écart, parlant à voix basse pour qu'elle ne puisse pas les entendre.

-On devrait attendre un peu avant de la mettre en contacte avec les autres enfants, dit Hiruzen. Ils risqueraient de lui poser des questions déplacées.

Tsunade hocha doucement la tête avant de froncer les sourcils et de mordre son pouce.

-Je ne vois pas pourquoi les Otsutsuki ont cherché à la kidnapper. Shizune a dit qu'elle était une humaine tout à fait normale, qu'elle n'a rien de spécial.

-Je suis aussi intrigué que toi, Tsunade.

-Qu'allons-nous faire ? Si elle n'a pas de gênes spéciaux, vont-ils prendre la peine de revenir ?

-J'en doute. En tout cas par tout de suite, soupira Hiruzen.

-Etes-vous en train de me dire qu'il va falloir attendre ? On ne peut pas la laisser comme ça !

-Chut. Je le sais bien mais chaque chose en son temps, pas la peine de la brusquer. Dans tous les cas, il ne faut pas qu'elle soit au courant.

-Sur ce point, nous sommes d'accord.

C'est ainsi qu'Hinata passa sa première semaine dans sa nouvelle chambre au dortoir réservé aux élèves de primaire.

Elle ne se rappela pas avoir dormi une nuit complète une seule fois. Tout ce qu'elle voyait c'était Hiruzen et Tsunade venir la réveiller, manger avec elle puis la recoucher. De temps en temps, Tsume Izunuka lui rendait visite pour lui parler de l'affaire ou encore pour lui demander plus de précisions. En général après ces visites, ses « gardiens » revenaient toujours avec de quoi décorer la chambre mais Hinata ne faisait pas attention.

Un jour, Tsunade vint dans la chambre lui amener les lunettes qu'elle avait commandé. Elles étaient petites, bleues claires et légèrement ovales. Grâce à elles, Hinata put recommencer à lire pour faire passer le temps.

Au bout d'une semaine, Hiruzen vint seul. Elle l'entendit lui proposer une promenade, il voulait lui faire découvrir l'école. Hinata accepta d'un sourire mais fut vite nerveuse une fois devant le porte de sortie. Le doyen lui offrit alors sa main et, chaudement habillés, ils marchèrent à travers la propriété. Il l'amena d'abord voir le bâtiment réservé aux classes de primaire puis le réfectoire, la cour d'intérieure et enfin le complexe sportif.

Elle avait même visité une salle de classe pendant un cours. Hiruzen avait essayé de la laisser parler aux camarades de sa future classe mais Hinata resta stoïque. Puis à la fin de leur tour, il la conduit dans un grand bureau rose clair dans lequel Tsunade était assise sur un fauteuil à roulette.

A partir de ce moment, la fillette commença à voir Tsunade tous les jours pour parler de tout et de rien, pour créer de nouvelles boîtes, pour les ouvrir, pour ranger ses émotions négatives, pour les refermer, pour parler de ses envies, de ce qu'elle détestait... Mais en ce moment, Hinata n'avait juste envie de rien et surtout, elle se détestait.

Les heures puis les jours, les semaines, les mois passèrent mais Hinata ne recevait plus de visite de la police. Elle comprit que l'enquête n'avançait plus, elle n'était pas classée mais elle n'était plus une priorité.

Un jour, assise dans son fauteuil, Tsunade lui tendit une photo encadrée. Le seul objet qui pouvait lui rappeler qu'elle avait eu une famille. Pour la première fois depuis des mois, Hinata perdit le contrôle à nouveau, pleurant à chaudes larmes.

-Je suis désolée Hinata mais, la police n'a encore aucune piste. Tout ce qu'ils ont trouvé, c'est cette photo. Mais je peux t'assurer qu'ils vont continuer à chercher.

Elle entendit Tsunade lui proposer de retarder sa rencontre avec les élèves pensionnaires du même bâtiment qu'elle mais, Hinata ne se rappela pas lui avoir répondu.

Tsunade voulait vraiment qu'Hinata réussisse à s'intégrer le plus rapidement possible mais la psychologue avait trop peur qu'elle n'arrive pas à remonter la pente une fois qu'elle aura vu tous ces élèves avec le sourire.

Toutefois, ce qui se produisit fut tout le contraire.

"Je suis seule, seule au monde." Une fois dans sa chambre, la fillette serra la photo dans sa main. Cette nuit-là, elle réussit à dormir plus longtemps que d'habitude. Son coeur était certes lourd de peine mais en même temps son esprit était moins préoccupé. Parfois, savoir la vérité même si elle était très dure à accepter était beaucoup mieux que de vivre dans le doute. Elle allait pouvoir continuer à avancer, elle allait faire les recherches par ses propres moyens.

C'était donc dès le lendemain, qu'elle courut jusqu'au bureau du doyen. Elle passa la secrétaire avec un sourire timide avant de taper doucement à la porte d'Hiruzen.

-Entrez !

La fillette poussa la porte avant de redresser ses lunettes.

-J-Je crois que... Je suis prête à aller en classe, avoua-t-elle d'une voix faible.

Hiruzen l'avait regardé avec un grand sourire d'espoir. Malheureusement, l'année était sur le point de se terminer. Hinata devait donc attendre celle d'après pour pouvoir intégrer une classe de son niveau.

Pour passer le temps, Hinata commença à arpenter les couloirs de la bibliothèque. Tsunade lui avait conseillé de se trouver un objectif afin de mieux tourner la page. Elle décida alors de lire pour trouver des informations sur ses ennemis. Ils étaient forcément de Konoha, n'est-ce pas ? Donc leur nom devait apparaître quelque part dans les registres. Malheureusement, elle était encore trop jeune pour pouvoir y demander l'accès.

La rentrée arriva plus rapidement que prévu. Rien de trop catastrophique se passa. Hinata ne faisait attention à personne dans sa classe. Elle préférait manger seule et évitait toujours de se faire remarquer.

Au début, Kiba essayait de la voir régulièrement malgré qu'ils ne soient pas dans la même classe. Mais Hinata n'était pas du tout réceptive à ses invitations. Elle avait trop peur de s'attacher.

-Écoute Kiba, lui dit-elle un jour de récréation. Je ne penses pas qu'on devrait devenir amis.

-Mais..., dit le garçon légèrement blessé. J'ai avoué à ma mère que je l'avais aussi vu, que j'avais vu un ennemi. Cela a appuyé ton témoignage, l'enquête va continuer Hinata, je te le promets.

-Et pour ça, je te serai éternellement redevable mais... Malgré ça, je ne veux pas devenir ton amie. Je suis désolée.

Kiba n'eut pas le temps d'ajouter plus d'arguments en sa faveur, Hinata lui avait déjà tourné le dos. Il baissa le regard, déçu.

-Au faîte Kiba.

Il leva la tête et fut surpris de voir Hinata avec un large sourire sur les lèvres.

-Merci beaucoup, pour tout.

Ce fut la dernière fois qu'il la vit puisque la fillette s'en sortait toujours pour l'éviter, lui et son ami Shino.

Certes les Otsutsuki avaient complètement disparu de la surface de la Terre mais la menace était encore trop présente dans l'esprit de la jeune fille. Elle ne voulait mettre plus personne en danger.

Malgré tout, Hinata continuait de voir Tsunade, suivrait le rythme scolaire, faisait ses devoirs, lisait, dormait - toujours avec des cauchemars - mais elle essayait de garder le sourire. C'était la seule option qu'elle avait trouvé pour répondre aux rumeurs à son sujet et pour éviter d'inquiéter sa psychologue.

Après une première année difficile puis une deuxième année, elle passa au collège. C'est lors de cette période qu'elle se mit à écrire. L'écriture et la lecture lui permettaient de s'échapper de sa vie. Elle passait ses récréations et ses heures de pause repas dans un petit coin entre l'escalier de secours et la porte qui menait à l'extérieur. Certes, il faisait froid mais personne ne passait jamais par là.

Ses séances de thérapies furent moins nombreuses et mises plus tard dans l'après-midi afin qu'elle puisse avoir du temps pour pratiquer une activité physique obligatoire.

Hélas, malgré qu'Hinata faisait profil bas devant tout le monde, il y avait toujours des jours où elle aurait préféré ne pas avoir survécu cette terrible nuit.

Un jour, alors qu'elle se dirigeait vers le complexe sportif pour passer la récréation au calme avant son cours collectif de basket, elle entendit des gémissements de douleur. Ces bruits la firent trembler de partout. Ils ressemblaient beaucoup trop à ceux de ses cauchemars. Sans réfléchir, elle courut vers l'origine de ses plaintes avant de s'arrêter.

Derrière les casiers à chaussures, cachées dans l'obscurité, des filles surplombaient une des leurs qui se protégeait des coups de pieds de la plus grande du groupe. La blonde, assise par terre, pleurait pendant que les autres rigolaient en voyant leur amie la frapper.

-Hé mais, qu'est-ce que vous faites ?! réagit Hinata.

Le groupe de filles se retourna mais la plus grande n'arrêta pas de frapper la blonde au sol. En s'approchant, Hinata reconnut Sâra qui la regardait de haut avant de faire passer ses magnifiques cheveux roux derrière son épaule.

-Arrêtez de lui faire du mal ! Vous n'avez pas le droit !

En voyant son regard noir de haine, elle faillit reculer. Sâra était une camarade de classe mais surtout, elle était une des filles les plus populaires de l'école. Pour une adolescente de quinze ans, elle était parfaite. Sa peau était incroyablement lisse, sans aucune tache, aucun bouton. Ses cheveux n'étaient pas cassant, son corps n'était pas difforme, elle avait une silhouette de mannequin tout le contraire d'Hinata.

A ses paroles, Sâra pouffa, mettant une main sur sa hanche.

-Regardez, c'est la fille bizarre, dit-elle de sa voix méprisante.

Face à tous ces regards qui l'examinaient sous toutes ses coutures, Hinata essaya d'avaler sa salive, mal à l'aise.

-Ses yeux sont affreux. Heureusement qu'ils sont cachés derrière ses lunettes.

-Vous avez vu la couleur de ses cheveux, que c'est moche. Il parait que c'est une maladie. Qu'elle idée de vouloir les faire pousser.

-Si ça se trouve ses cheveux vont bientôt tombés.

Les filles se mirent à rires. Les larmes aux yeux, Hinata redressa ses lunettes sur son nez, préférant ne pas faire attention à ce qu'elles disaient.

-Laissez-la tranquille, reprit-elle.

-Sinon quoi ? demanda Sâra qui recommença à frappa la tête de la blonde avec son pied.

Refusant de se battre, Hinata se mit entre les coups de pieds et le corps de la jeune fille assise par terre.

-T'oses...

-Ce n'est pas en la martyrisant que tu vas arrêter de l'apprécier, lâcha Hinata.

Pendant une fraction de seconde, Sâra fut surprise de ce qu'elle venait de lui dire mais la jeune fille se reprit rapidement avant de rejeter ses cheveux au visage d'Hinata.

-Tu devrais faire attention à ce que tu dis, menaça la rousse. Allez les filles, on y va. Elle n'en vaut clairement pas la peine.

Le groupe de filles s'éloigna tout en parlant comme si de rien n'était, laissant Hinata seule avec la jeune fille au sol. Se tournant vers la blessée, elle lui tendit la main.

-Ça va ? Tu n'as ri... ?

-Me touche pas ! hurla-t-elle.

Laissant tomber sa main, Hinata cligna plusieurs fois des yeux avant de se redresser.

-Je t'ai jamais demandé de m'aider. Alors ne m'approche pas !

La blonde fronçait les sourcils avant qu'une expression de surprise apparaisse sur son visage. Hinata lui souriait.

-J'ai compris. Au revoir alors, passe une bonne journée.

Tournant les talons, elle marcha le plus légèrement possible mais dès qu'elle fût sûre de ne plus être dans le champ de vision de la jeune fille, elle se mit à courir vers les toilettes. Le verrou d'un de ses boîtes se brisa et Hinata sentit toute sa douleur enveloppée son cœur.

Elle claqua la porte des WC derrière elle avant de la verrouiller. Posant son sac à dos, elle plaqua sa jupe contre ses cuisses puis s'assit par terre. Elle retira ses lunettes avant de rapprocher ses genoux de sa poitrine et d'y enfoncer sa tête. Elle lâcha enfin prise. Elle se mit à pleurer, fort. Son cœur lui faisait mal. Elle avait envie de crier, de partir d'ici. Elle voulait partir sur un île déserte et ne plus jamais voir personne.

Elle passa le reste de la récréation assise dans les toilettes. Puis quand la cloche sonna, elle sortit de la cabine, les jambes tremblantes. Elle s'approcha du lavabo sans se regarder dans le miroir. Elle connaissait trop bien ces traits tirés, les yeux rouges et les joues mouillés de larmes. Elle lava ses mains, passa de l'eau sur son visage, remit ses lunettes en place et releva la tête, se souriant dans la glace.

"C'est reparti" s'encouragea-t-elle alors qu'elle regagnait les terrains de sport.

L'entraînement fut horrible. Sâra et ses amies s'étaient amusées à la faire tomber. Les paris étaient lancés : qui allait toucher sa tête avec le ballon, qui allait la pousser assez fort pour que ses lunettes puisses se casser en tombant au sol. Hinata serra les dents et réussit à tenir les deux heures de cours.

Mais ce qui lui faisait tout aussi peur était le défi qui l'attendait dans les vestiaires. Déjà à l'époque, Hinata était la plus petite de sa classe mais surtout, ses formes attiraient les regards. Beaucoup de filles s'en moquaient.

Ce jour-là ne fut pas une exception. Elle sortit de la douche et découvrit deux filles en train de fouiller dans son casier. Une troisième tenait son soutien gorge dans la main tout en criant la taille du bonnet à toute la classe.

Comme à son habitude, Hinata s'approcha alors d'elle, un sourire aux lèvres.

-Merci de me l'avoir sorti, dit-elle en posant sa main sur l'épaule de la fille.

Cette dernière s'éloigna d'Hinata, hurlant qu'elle avait été touchée. Toutes les filles sortirent alors rapidement des vestiaires laissant la jeune fille seule afin de se préparer pour son rendez-vous avec Tsunade.

Cependant, une fois dans le bureau de sa psychologue, elle garda le silence sur sa catastrophique journée, préférant parler du dernier livre qu'elle avait fini.

Le lundi suivant, Hinata pénétra dans sa salle de cours avant de remarquer un regroupement d'élèves autour de son bureau. Elle s'approcha, les élèves la laissèrent passer tout en la fixant. Elle trouva Kiba, un chiffon mouillé dans les mains, le visage rouge de colère, en train d'essuyer les traces de craie. Elle posa tout de suite sa main sur celle du jeune garçon. Il leva les yeux vers elle avant de commencer à s'excuser. Il ne voulait pas qu'elle le rejette.

-Pas la peine de t'excuser Kiba. Je sais que ce n'est pas toi. Laisse-moi faire, s'il te plais.

Cette idée ne plaisait pas à Kiba mais il lui donna le chiffon. Hinata posa son sac et se mit à laver son bureau.

"C'est la dernière fois que tu te mets en travers de mon chemin."

"Personne ne veut de toi"

"Vas mourir, mocheté"

"Tueuse"

"T'es trop bizarre comme fille"

Retenant une nouvelle fois ses larmes, elle se maudit d'avoir essayé de sauver quelqu'un. Non seulement elle payait le prix de s'être interposée entre le bourreau et sa victime mais en plus, Hinata lui avait ouvertement fait comprendre qu'elle connaissait son secret : Sâra aimait les filles.

Derrière elle, Kiba réussit à disperser les autres élèves mais ce n'était pas pour autant qu'Hinata arrêta d'entendre leurs remarques faites à voix basse.

Le lendemain, le doyen convoqua Hinata, Sâra et les autres filles dans son bureau. Ce fut la première fois, qu'elle le vit en colère. Il ne cria pas mais son regard et ses paroles en dirent beaucoup. Il était extrême déçu du comportement des élèves de cette classe. Il leur rappela que l'année prochaine, elles passaient au lycée, qu'elles devaient se comporter en adolescents responsables.

Juste après, il leur annonça que Kiba et un autre garçon avaient aussi été suspendus car ils s'étaient battus. Hinata ne put s'empêcher de s'en vouloir. Elle avait pourtant essayé de montrer au brun que ce n'était bon pour personne d'être ami avec elle.

Quand elle ressortit du bureau, toutes les filles avaient été punies.

Sâra et les autres avaient droit à deux semaines d'exclusions en plus de devoir aider pendant les travaux d'entretien de la ville de Konoha. Hinata, elle, n'avait pas été retirée des cours mais avait été ajoutée comme aide aux travaux d'entretien de l'école.

Quand elle y alla pour le premier jour, elle vit Kiba, les mains dans les poches. Elle en profita pour lui parler face à face, afin de lui rappeler qu'il ne devait pas s'occuper d'elle.

-Kiba, tu dois arrêter...

-Non, Hinata, c'est toi qui va arrêter. Moi aussi j'étais en cours de sport la dernière fois. Comment veux-tu que je reste en dehors de tout ça alors que les garçons n'ont aucun respect pour toi et que les filles te prennent pour cible à longueur de journée ? J'ai fais ce que j'avais à faire, ok ?

Elle fut surprise du ton que prit l'adolescent pour lui parler. Kiba dût s'en rendre compte car il laissa tomber ses épaules.

-Tu sais, je suis souvent malade... On va dire que j'ai la santé fragile, reprit-il en se moquant de lui-même. Malgré ça, j'ai toujours essayé de t'observer de loin. J'étais jeune et pas trop de sûr de moi mais maintenant c'est différent, continua-t-il le regard sérieux. Je me suis rendu compte que j'ai pas besoin de ton accord pour te considérer comme une amie.

A ses mots, Hinata sentit toutes les boîtes au fond d'elle essayer de s'ouvrir d'un coup. Mais elle ne voulait pas ressentir.

Toutefois, elle sentit les larmes montées. L'attitude de Kiba l'avait vraiment émue ce jour-là.