Et voilà, je n'ai pas résisté à l'idée d'écrire de quoi rajouter un autre chapitre.


Kim - Secrets

Quand elle découvrit l'identité de l'infirmière de Shibusen, Kim ne sut comment elle aurait dû réagir. Aurait-elle dû se sentir rassurée à l'idée qu'une autre sorcière parvenait à vivre cachée au milieu des guerriers de Shinigami ? Aurait-elle dû être anxieuse à l'idée qu'une personne de son nouvel entourage ai connaissance de ses secrets ?

Des sentiments confus tournaient dans son esprit, sans qu'elle n'arriva à y mettre de l'ordre. Elle ne connaissait pas bien Médusa après tout. Les rumeurs voulaient qu'elle soit solitaire et dangereuse mais ce n'était cependant là pas une description étrange pour une sorcière, nombreuses étaient les femmes de leur race à pouvoir être décrites ainsi. Peut-être ces ragots ne voulaient-ils rien dire.

Cela ne l'empêchait pas d'être curieuse et d'observer parfois l'infirmière à la dérobée pour tenter de scruter ses intentions. Elle ne devait pas être très discrète puisque celle-ci la remarqua rapidement. Les deux premières fois où leurs regards se croisèrent, Médusa se contenta de lui sourire et de reprendre sa route. La troisième, elle se dirigea vers elle.

« Aurais-tu besoin de moi pour quelque chose ? »

De plus près, son expression bienveillante semblait moins sincère. Kim fit doucement non de la tête. Par la suite, elle ne regarda plus Médusa, le message avait été assez clair. Heureusement pour elle, son pouvoir lui permettait de limiter les passages à l'infirmerie au strict minimum. Ce n'était pas qu'elle avait peur d'elle mais il valait mieux éviter de l'embêter inutilement.

Avec le temps, elle oublia presque sa présence, ne se rappelant leurs secrets partagés que les rares fois où elles se croisaient. Elle angoissait pourtant presque quotidiennement à l'idée qu'on découvrit sa nature mais elle ne s'inquiétait pas pour sa camarade. Peut-être parce qu'elles n'avaient aucun liens, peut-être parce que Médusa était suffisamment âgée et prudente pour qu'elle ne l'imagina pas se trahir accidentellement.

Les affaires de l'infirmière ne concernaient cependant qu'elle-même, tout comme Kim devait gérer les siennes seules. Cette vision de choses pouvait sembler froide mais elle lui allait, chacune faisait son propre chemin, sans déranger ni mettre en danger l'autre, du moins, Kim l'espérait.


Elka, les Mizunés - Mensonge

Elka est fourbue quand elle arrive devant la maison des sœurs Mizuné. On lui ouvre la porte, l'invite à rentrer dans le salon chaud et douillet où craque joyeusement un feu dans la cheminée de briques. On lui présente le fauteuil le plus près du foyer, lui apporte un bon bol de thé et des gâteaux. Elle ne les mérite pas.

Cependant, sa voix reste bloquée dans sa gorge, la vérité n'arrive pas à sortir. Elle les regarde s'affairer dans la maisonnée, à leurs tâches et loisirs. L'une tricote, deux d'entre elles jouent aux cartes, la quatrième met la table tandis que la cinquième est affairée dans la cuisine. Elka ne la voit pas mais l'entend chantonner aux fourneaux.

Il y a un couvert de trop. La cadette regarde l'horloge, puis la porte.

« Grande sœur en met du temps. Elle nous avait dit devoir peut-être s'absenter pour quelques jours mais elle aurait put prévenir. Tu as une idée d'où elle est allée, Elka ? »

Sa voix est un gémissement de souris, à peine audible. La sorcière grenouille reste muette. Elle connaît la réponse pourtant, Mizuné s'est rendue à Death City à ses côtés pour tuer Médusa. Seulement, elle n'en est pas revenue, elle est morte par sa faute.

« À table ! »

La délicieuse odeur du festin traverse ses narines alors que les plats sont acheminés jusque sur la table, lui donnant par la même occasion un échappatoire à la question inquisitrice.

Cartes et tricot sont abandonnés, la bande de petites souris s'attable dans la joie et la bonne humeur, couinant et riant tout du long du repas.

Elka, la gorge serrée, les regarde en silence. Au détour d'une discussion, le sujet de l'aînée revient et avec lui, une nouvelle question dans sa direction.

« Je ne sais pas. »

Odieux mensonge mais que peut-elle dire d'autre ? Elle se ferait tuer si elle révèle ce qu'a fait Médusa et elle doute que les sœurs Mizuné puissent venir à bout de la sorcière. La possibilité de prévenir la doyenne s'est évaporée avec la libération de Free. Là aussi, elle se ferait tuer, soit par Médusa, soit par le conseil.

Alors elle ment, elle sourit et reprend à manger. Elle les console et passe le reste de la soirée à leur côté. Les au revoir sont aussi chaleureux que la maisonnée, on lui souhaite de revenir bientôt et de bien se porter.

En regardant la neige tomber à l'extérieur, Elka se demande si elle devra leur avouer la vérité un jour ou se noyer dans des mensonges sans fin. Peut-être leur dira-t-elle que des hommes de Shibusen avaient tué Mizuné, après tout, c'était dans une des rues de Death City qu'elle était morte et leur querelle avait été causé par l'existence de l'institut.

Ses bottes effleurant la poudreuse, tandis qu'elle rentre chez elle, laissent de maigres marques de son passage, aussi petites et fragiles que des pas de souris.


Arachné - La clé du succès

La clé du succès est dans l'argent, qui permet de financer ses entreprises, d'acheter des hommes et des armes.

La clé du succès est dans la force, imposante, écrasante, qui vous permet d'intimider vos serviteurs et vos ennemis. De faire obéir les premiers et abandonner le combat aux seconds.

La clé du succès est dans l'intelligence, la capacité de lire les situations et le cours des choses, d'anticiper les mouvements de l'ennemi et trouver ses faiblesses.

La clé du succès est dans la manipulation. Les hommes et les sorcières ne sont que des pions à savoir comment contrôler pour utiliser leurs capacités de la meilleure manière. Leur promettre de les libérer de leurs problèmes, limites et faiblesses, pour mieux les asservir.

Arachné caresse les fils de sa toile en réfléchissant aux mille et une manière de contrôler le monde. Toutes semblent liées et cruciales, aussi se doit-elle de chacune les maîtriser. Ses serviteurs s'empressent de satisfaire ses demandes, espérant entrer dans ses bonnes grâces, fiers de travailler pour elle. La sorcière les observe s'affairer, quand elle ne scrute pas ses prochaines conquêtes.

Sa toile grandit, immense et monstrueuse, changeant constamment de motif, perdant les capacités propres et solides du fil d'araignée dans sa hâte de tout englober. Il ne lui vient jamais à l'esprit la possibilité qu'elle puisse se rompre sous son poids.