CE petit manège continuait chaque jour. Neji était amené dans le jardin, répondait aux questions de son « créateur ». Comme disait Urashiki. Puis, il s'entraînait toute la journée.
Il se rendit rapidement compte que son corps était beaucoup plus souple et endurant qu'avant.
En plus de son savoir de Jukken, son corps développa des réflexes et une rapidité d'analyse hors du commun. Mais, pour l'instant, ce n'était pas suffisant pour Urashiki qui continuait de croiser les doigts. Le sorcier s'attendait à des crises répétées. Comme pour ses premiers sujets. Seulement, tout se passait bien à ce niveau-là.
Ce qu'il ne savait pas, c'était que Neji profitait de ses entraînements pour élaborer des plans d'évasion. Tant que son corps acceptait la contamination, Urashiki laissait Hanabi tranquille. Mais, aux moindres signes de faiblesses, l'ennemi n'allait pas hésiter à utiliser la jeune fille qui attendait dans sa cellule.
Et ça, Hanabi l'avait aussi bien comprit. A chaque repas, les deux cousins se disputaient sur leur rations.
-Je ne fais rien de mes journées. S'il te plait, Neji. Prends la moitié de ma part.
-Tu viens d'avoir onze ans, ton corps a besoin de nourriture pour grandir. J'ai largement assez, protestait-il.
-Je t'en pris, Neji. Laisse-moi faire ça pour toi.
Devant ses yeux suppliants, Neji avançait toujours son assiette. Cependant, le débat recommençait à chaque fois.
Malgré ses sorties répétées, Neji faisait toujours le même trajet entre sa cellule et son terrain d'entrainement.
Il était toujours surveillé par plusieurs paires d'yeux dont ceux d'Urashiki. Ce qui l'inquiétait. Surtout que tous les jours se ressemblaient. A aucun moment, il n'avait vu de la neige ou même de la pluie tomber sur le laboratoire. Comme si le temps était figé, répétant encore et encore la même journée.
Un jour, alors que Neji et Hanabi fêtaient les dix-huit ans du jeune homme, un zetsu vient le chercher. La journée était déjà pourtant bien terminée. Malgré ses protestations, il fut amené dans une grande salle qu'il n'avait jamais vu avant.
A peine arrivé, il fut enfermé dans sa traditionnelle prison de glace et son collier se mit à crépiter, prêt à le mettre hors d'état de nuire s'il tentait de faire quelque chose.
Regardant autour de lui, il se raidit à la vue de Kinshiki, debout à côté de Momoshiki, assis dans un fauteuil en face de lui. Les jambes croisées, il sirotait du vin blanc dans un verre en cristal.
Autour d'eux, tous les zetsu de la demeure étaient alignés en cercle, avec pour centre Neji et Urashiki.
-Je vous présente le premier sujet vivant avec la contamination depuis maintenant deux ans, commença Urashiki. Comme prévu, cette nouvelle créature sera capable de voir les plus sombres peurs du démon. Puis, en un regard, elle fera pourrir leur énergie naturelle de l'intérieur. Et tout ça grâce à ses yeux, le miroir qui reflétera la douloureuse mort de l'ennemi. Dès que le démon aura regardé ce parfait blanc nacré, il soufflera son dernier souffle.
Urashiki désigna Neji de ses deux mains.
-Je l'ai appelé le Zombie.
Tout le monde applaudit mais Momoshiki ne montra aucuns signes de satisfaction.
Voilà donc ce que Neji était devenu. Une machine de guerre contre les seuls ennemis qui empêchaient les sorciers de commencer le rituel. Mais, il était encore incapable de faire toutes les choses qu'Urashiki venait d'énumérer.
-Je ne vois aucun des tests encore fait, releva Momoshiki avant de jeter les feuilles blanches aux pieds de son subalterne.
-C'est que... Je voulais que l'adaptation du corps soit un succès avant de pousser le sujet à développer ses pouvoirs...
-Urashiki ! Nous sommes peut-être immortels mais nous n'avons pas tout la vie devant nous. La Princesse va fêter son dix-septième anniversaire à la fin de l'année. Et contrairement à toi, Toneri a pris de l'avance sur le plan !
Urashiki tiqua à la mention du nom de l'autre sorcier. Neji comprit qu'il allait devoir redoubler d'efforts s'il ne voulait pas que son « créateur » mette le couteau sous la gorge d'Hanabi. Mais, en même temps, les sorciers attendaient des résultats de sa part afin de transmettre son pouvoir à Hinata dès qu'il sera prêt.
Neji avait l'impression de nager entre deux eaux et il savait qu'il n'était pas un très bon nageur.
-Si vous le permettez, j'aimerai votre accord pour procéder aux expérimentations en combat, continua Urashiki.
A ce moment-là, un bruit de chaîne retentit. Neji tourna la tête vers la gauche et vit trois ombres arrivées.
Le tintement des chaînes sur le sol variait en fonction des pas du prisonnier qui avançait. Quand la lumière du soleil éclaira les arrivant, Neji sentit ses yeux s'agrandirent.
Entre deux zetsu, retenue et couverte de chaînes, se tenait une jeune fille à peine plus grande que lui. Ses cheveux bruns coupés au carré étaient mouillés. Comme le reste de son corps dont les gouttes d'eau s'écrasaient bruyamment sur le sol. Elle était habillée d'une maillot de sport simple et noir.
Neji ne comprenait pas pourquoi cette fille sans défense était enchaînée de la tête aux pieds. Sans parler des deux zetsu pas très l'aise à côté d'elle.
-Je vous promets que mon sujet numéro 030797 n'abîmera pas Sanbi.
Il allait devoir se battre contre elle ? Impossible. Il risquait de lui faire mal au moindre coup de poing.
Dès qu'il croisa les yeux marrons de la jeune fille, il eut l'impression de voir Hinata devant lui. Au fond de lui, il savait qu'il ne pourrait lui faire aucun mal. Mais, il repensa à Hanabi. Il eut envie de hurler.
Qu'avait-il fait aux bons dieux pour être puni de la sorte ? Il exécutait tout ce que les sorciers lui ordonnaient de faire. Il protégeait Hanabi de sa vie. Alors pourquoi ? Pourquoi le cauchemar continuait ? Était-ce en rapport avec Hinata ?
-Je veux des résultats, Urashiki. Et vite ! ordonna Momoshiki.
La tête pleine de questions, Neji fut ramené à sa cellule. Fatigué, il se coucha sans un mot pour sa cousine.
A partir de là, il se retrouvait en duel face à cette étrange fille. Toujours dans le même jardin. Toujours avec le même ciel au-dessus d'eux. Toujours avec la même herbe sous leur pieds.
Les premiers jours, ils ne faisaient rien d'autre. A part s'observer. La peau de la fille se couvrait d'écailles bleues et luisantes au soleil. Malgré sa métamorphose en monstre, ses yeux restaient humains et empêchait Neji de l'attaquer.
Cela durant un mois entier avant que la menace fut mise à exécution.
Un soir, alors que Neji revenait d'une nouvelle journée improductive, il trouva la cellule d'Hanabi ouverte et vide. La panique s'empara de lui.
-Hé ! cria-t-il après le zetsu qui partait. Où est-elle ? Où est Hanabi ? Réponds-moi, vieux bois pourri !
En un clin d'œil, Urashiki apparut devant son sujet. Surpris, Neji tomba sur les fesses, dominé par la hauteur du sorcier.
-J'ai ordonné qu'on la déplace. Pour l'instant, elle n'a rien mais si tu ne continues à en faire qu'à ta tête, je serai obligé de faire d'elle un nouveau sujet. Ai-je été assez clair ?
Il n'attendit pas la réponse de Neji. Il claqua la porte de la pièce, laissant le silence le submerger.
Qu'avait-il fait ? Hanabi était en danger tout ça parce qu'il avait eu pitié d'une inconnue.
Le lendemain fut un jour nouveau pour le monde entier.
Lorsque les combattants furent face à face, ils ne prononcèrent mots. Mais, cette fois-ci, ils se jetèrent l'un sur l'autre. Ils avaient chacun quelqu'un à protéger et ne pouvaient plus se permettre de contrarier Urashiki.
Cela faisait bientôt une heure qu'il se battait avec la petite brune dont il ne connaissait ni le nom ni la nature. Mais ce qui le gênait était qu'il pouvait sentir le sorcier scruter son dos. Depuis le début, il n'avait pas prononcé un mot et n'avait rien écrit. Cependant, la fille lançait des regards inquiets dans sa direction. Neji se posait alors des questions. Il ne comprenait pas le but de ce combat.
Ils étaient complètement à découvert. Aucun d'eux ne pouvaient se cacher et même s'ils n'étaient pas enfermés, ils n'osaient pas courir pour fuir le combat. A part se prendre des coups et riposter, ils ne pouvaient pas faire grand chose.
Soudain, Neji fut pris par surprise et réagit à retardement. Elle lui griffa le bras. A ce contact, il sentit l'impressionnante rigidité de ses ongles. Il recula de quelques pars en tenant sa chair ouverte.
Maintenant qu'il en avait assez de se prendre des coups, Neji se concentra sur son adversaire. Il semblerait qu'elle ait changé de tactique. Au début, elle retenait ses attaques mais plus maintenant. Elle était rapide et incroyablement forte. S'il n'avait pas évité de justesse sa main tout à l'heure, elle lui aurait cassé le bras. Certes, elle ressemblait à une humaine. Mais, ses yeux avaient changé et des écailles bleus s'étendaient sur certaines parties de son corps, visibles dans ce court ensemble de sport. Il devait aussi faire attention à ses trois robustes queues qu'elle utilisait à la perfection.
De ses yeux affolés, il vit une de ses queues arriver sur sa droite. Il esquiva. Impossible de contrer avec cette armure naturelle. Il releva les yeux vers elle. Au même moment, leurs regards se rencontrèrent et une violente douleur submergea la tête de Neji qui tomba à terre en gémissant.
La fille en profita pour empoigner ses cheveux, les enroulant autour de sa main afin de le plaquer par terre. Urashiki frappa alors des mains. Malgré la douleur, Neji entrouvrit les yeux et vit la brune penchée vers lui, toutes griffes dehors. Elle l'aurait tué sans hésitations, contrairement à lui qui ne faisait que douter.
S'il n'avait pas réussi à sauver sa famille, c'est parce qu'il hésitait. Il ne s'était jamais vraiment battu hors d'un terrain d'entraînement. Certes, il brillait sur le tatami mais sur le champ de bataille, il n'arrivait pas à se voir prendre une vie.
Il sentit de puissants bras le relever avant de le traîner jusqu'à sa cellule. Cependant, la douleur n'avait toujours pas diminué. Il avait même l'impression qu'elle augmentait.
-Si tu ne veux pas que ton cerveau explose, tu dois trouver un moyen de calmer ton pouvoir, dit la voix d'Urashiki tout à coup.
Neji l'avait tellement entendu, qu'il pouvait la reconnaître n'importe où et n'importe quand. Il avait envie de lui hurler dessus. Calmer son pouvoir ? Comment pouvait-il faire ça alors qu'il ne comprenait pas qui il était ? Qu'est-ce qu'il était devenu ? Il savait qu'Urashiki le testait.
Le sorcier resta assis sur son tabouret, regardant le jeune homme se tordre de douleur. Il notait de temps en temps quelque chose mais sinon, il observait. Neji était le premier spécimen d'une nouvelle lignée de créatures de la nuit.
C'était nouveau pour tout le monde.
Cependant, peu importe la créature de la nuit, elles avaient toutes quelque chose en commun. Elles devaient apprendre à gérer leur pouvoir.
Pendant qu'un zetsu apporta un verre d'eau à Urashiki, Neji pleurait de douleur.
"Je dois me calmer. Je ne dois pas penser au faite que je ne comprends rien. Je ne dois pas penser à la douleur. Je ne dois pas penser à la mort. Le contraire de la mort, c'est la vie. Je dois penser à ça."
Mais à qui pouvait-il penser ? Tout son monde n'était que mort et ténèbres. Il n'avait plus personne de sa famille avec lui, il avait pris l'habitude d'être seul dans sa cellule sombre tout juste assez éclairée. Cependant, il sortait aussi. Malgré l'impression que rien de ce qu'il voyait hors de ces murs avait l'air vrai, Neji se mit à penser au ciel. Il aurait voulu voir des oiseaux volés afin d'ajouter des couleurs vives à cet étendu bleu. Il se mit à penser à la pelouse. Il aurait voulu retirer ses chaussures et marcher dans l'herbe verte et fraîche. Il repensa à la brune. Outre son apparence, il aurait voulu avoir une conversation avec quelqu'un d'autre que ce sorcier fou.
Alors qu'Urashiki finissait son verre. Il remarqua que la respiration de Neji s'était ralenti. Il avait repris le contrôle. Il s'était attendu à devoir le piquer pour le calme mais il s'en était sorti tout seul. Il sourit, fier des résultats. Il se leva puis ferma la porte de la salle à clé, laissant son sujet se reposer pour le lendemain.
Et donc le lendemain, Neji se trouvait à nouveau en train de combattre cette même brune. Ils n'avaient toujours pas échangé un mot. Elle ne lui avait pas demandé comment il allait. Elle n'avait pas l'air de s'intéresser à lui.
Bizarrement, ça l'énerva. Ils n'étaient que tous les deux. Les autres habitants était des zetsu, commandés par Urashiki. Pour lui, ils devraient se serrer les coudes. Seulement, elle était complètement indifférente. Elle préférait continuer de jeter des coups d'œil vers le sorcier.
Neji ne lui faisait donc pas peur ? Il n'arrivait pas à y croire. Et pourtant, elle ne retenait pas ses coups. Il pouvait l'entendre à l'air qui sifflait entre son poing et son oreille dès qu'elle frappait vers lui.
"Soit c'est elle, soit c'est moi." comprit-il.
Alors, au moment où elle lança un regard vers le sorcier, Neji en profita pour se décaler et attraper son bras qu'il tira de tout ses forces. Déstabilisée et surprise, la brune partit en avant et tomba dans l'herbe la tête la première.
Urashiki se retient de lâcher un cri de joie. Il fit signe d'attendre que le combat se finisse.
Neji sauta alors sur le dos de la jeune fille, la plaquant encore plus au sol. Soudain, il ressentit quelque chose électrifié son cerveau. Il reconnut de la peur. Mais, ce n'était pas la sienne. C'était celle de son adversaire.
La peur de perdre son être cher. D'instinct, Neji la retourna avant de lui plaquer les épaules contre le sol. Elle avait les yeux fermés.
-Regarde-moi !
Un douce brûlure enveloppa ses yeux nacrés. Sans savoir pourquoi, il fallait que la fille le regarde. C'était le seul moyen d'arrêter la douleur.
Cependant, cette dernière ne fit rien, grognant en gardant les yeux fermés. Alors Urashiki envoya deux zetsu récupérer Neji.
Entendant les pas se rapprocher de lui, Neji serra les dents. Il devait arrêter la douleur. Il devait penser à quelque chose d'heureux mais rien ne lui vient à l'esprit. Il ne ressentait que la peur de la fille sous lui. Il leva alors les yeux vers les zetsu, rencontrant leurs regards jaunes.
Mais, sous les regards choqués des spectateurs et du combattant, les deux zetsu tombèrent et furent recouvert de moisissure. A ce moment-là, Urashiki sut qu'il avait réussi. Il cria de joie, lâchant ses papiers en l'air.
-Le sang de démon, injectés aux Zetsu, a réagi au pouvoir du sujet numéro 030797. Expérience réussite ! s'écria-t-il.
Ne comprenant pas ce qui se passait, Neji passa ses doigts sur ses yeux. Il sentit les veines près de ses tempes dégonflées, emportant la douleur ailleurs. Il tomba au sol, soudain épuisé.
-Pas mal ton coup.
Il tourna la tête vers la petite femme à côté de lui. Elle avait ouvert ses yeux mais continuait de ne pas le regarder en face.
-Je suis Rin Nohara, le démon à trois queues du dieu de l'Eau.
-Je suis le numéro... Non. Je suis Neji Hyûga.
-Je sais, dit-elle. Mais tu seras bientôt connu comme l'arme capable de tuer ceux de mon espèce.
« -Dès que le démon aura regardé ce parfait blanc nacré, il sera mort à jamais. »
-Je peux pas te dire grand chose, reprit-t-elle. Mais, les sorciers veulent se débarrasser de mes frères et sœurs afin de ramener une de tes ancêtres à la vie.
-Écoute, je ne veux faire de mal à personne. Je veux juste récupérer ma cousine et partir d'ici.
-On ne peut pas partir d'ici, murmura Rin tristement. Nous sommes perdus entre les deux Mondes.
-L-Les deux M-Mondes ? répéta Neji.
-Nous sommes entre le monde des vivants et celui des morts. Personnes peut nous voir. C'est la cachette parfaite pour les sorciers.
-As-tu déjà essayé de t'enfuir au moins ? demanda-t-il.
-Bien sûr. J'ai quelqu'un qui m'attend dans le monde des vivants. Mais, j'ai été puni pour avoir espéré réussir.
Ils n'eurent pas le temps de continuer leur discussion. Urashiki était parti en tout hâte prévenir Momoshiki pendant que les zetsu ramenèrent les prisonniers à leurs cellules.
Neji crut que cet exploit marquait la fin de ses misères. Malheureusement, il continua ses combats. Est-ce que Urashiki cherchait à tuer Rin ? Impossible. Il avait dit à son supérieur qu'il ne lui ferai pas de mal. Le pire était qu'il ne voyait pas Hanabi revenir. Il voulait savoir où elle était, comment elle allait.
Il fit part à Urashiki de ses questions, un matin lors de leur séances avant l'activité physique.
-Mmh la pauvre, elle n'a pas survécu.
Le sang de Neji se glaça dans ses veines.
-Pardon ?
-On a testé le sérum sur elle avant de le donner à la Princesse mais il s'est avéré que son cœur ait lâché à cause de la puissance de la contamination. Que les dieux aient son âme.
Neji ne releva même pas la moquerie. Il voyait rouge.
-J'ai fait exactement tout ce que tu m'as demandé de faire ! Tu devais la laisser tranquille !
-Ai-je vraiment promis cela ? demanda le sorcier toujours sur le même ton moqueur.
Neji ne se saurait jamais cru capable de détester quelqu'un. Hors, Urashiki en était la preuve vivante. Le jeune homme se jeta sur le sorcier devant lui mais son collier se déclencha, l'arrêtant dans son élan.
Il tomba à terre alors qu'Urashiki posait son regard méprisant sur lui.
A partir de ce jour, Neji resta enfermé jours et nuits dans sa cellule. A quoi tout cela avait servi si au final, il allait lui aussi mourir ? Il n'essayait même plus de résister, il s'était déjà fait à l'idée que sa vie ne valait rien. Même l'annonce de l'absence d'Urashiki ne lui offrit aucune motivation.
Ce que Neji ne savait pas, c'était qu'il n'allait plus jamais revoir Urashiki.
Une nuit de pleine lune, hanté par ses propres démons, Neji somnolait comme il pouvait sur son lit, se sentant plus faible que jamais. Il avait même l'impression de voir une lumière blanche au fond de la pièce.
Il sentit ses paupières se fermer très doucement quand soudain, un tremblement de terre le fit tomber de son lit. Plus réveillé que jamais, il se redressa faiblement sur ses jambes alors que les secousses continuaient.
Il s'accrocha aux barreaux de sa porte mais cette dernière s'ouvrit sous son poids. Était-il en train de rêver ? Non. Désactivés, son collier s'était détaché et toutes les portes étaient ouvertes, même celle de l'entrée.
Discrètement, Neji regarda à l'extérieur et vit les pierres du bâtiments tombées au sol dans un bruit assourdissant. Mais que se passait-il ? C'était comme si le monde autour de lui s'effondrait.
Plus un moment à perdre, son instinct lui criait de s'enfuir. Ne sachant pas où se trouvait la sortie, il ouvrit toutes les portes qu'il voyait. Il espérait aussi tomber sur Rin.
Au lieu de ça, il trouva le bureau d'Urashiki. Il devait sûrement avoir un moyen de s'enfuir d'ici. Il fouilla tous les tiroirs, posa les mains partout à la recherche de passage souterrain caché. Mais, rien.
Tout était posé avec négligence sur le bureau. Il s'assit sur la chaise et se mit à lire en diagonale les papiers qui composaient le dossier nommé « Projet Oeil de la Lune ».
C'est comme ça que Neji comprit. Tout était prévu depuis la naissance d'Hinata. Vu que le clan Hyûga n'avait pas eut de première fille née depuis longtemps, les sorciers avaient dû attendre patiemment.
Depuis le début, Hinata, l'aînée du chef Hyûga, était liée et devait servir de réceptacle pour l'esprit de la déesse du culte des sorciers : Kaguya Otsutsuki.
Les sorciers voulaient combiner le pouvoir de toutes les créatures de la nuit dans un seul corps, redonnant le pouvoir absolu à leur déesse. Lors du rituel, Hinata devait donc porter le sérum et rencontrer Kaguya dans un monde spirituel. Le corps de la Princesse et l'esprit de la Déesse seraient alors compatibles, leur permettant de vivre ensemble sans séquelles.
Malheureusement, il dut arrêter sa lecture. Les fondations autour de lui continuaient de trembler, menaçant de tomber sur le jeune homme. Il essaya de plier le plus de documents possible dans ses poches et quitta la pièce, les bras chargés.
Malgré que les zetsu soient complètement perdu sans leur maître, Neji évitait au maximum de passer devant eux. Il ne voulait surtout pas se faire attraper.
Dès que la voie fut libre, il courut vers la sortie. Mais maintenant dehors, il ne savait pas quoi faire. C'est à ce moment qu'il vit le sol s'ouvrir en deux. La crevasse gagnait encore du terrain, se dirigeant droit vers le laboratoire. De plus, elle s'élargissait et laissait passer des flammes d'un feu brûlant.
Ces flammes ne lui étaient pas étrangères. C'était exactement les même que celle que les Otsutsuki avaient utilisé pour brûler sa maison.
Les flammes de l'Enfer qui ne s'éteignaient jamais.
Neji crut vraiment que c'était la fin. Cependant, son regard fut attiré par une jeune femme qui se tenait devant lui. Comment pouvait-t-elle rester ainsi sans bouger alors que le sol était en train de s'effondrer. Ses yeux et sa lampe torche étaient fixés sur lui. Comme si elle pouvait le voir.
Ça lui redonna espoir.
-Hé ! s'écria-t-il. Hé ! Il faut que vous m'aidiez.
Elle ne répondit pas. Il courut vers elle mais, elle ne le voyait pas. Soudain, Neji se frappa le front contre quelque chose. Il recula de douleur.
« -On ne peut pas partir d'ici. »
Les mots de Rin résonnèrent dans son esprit. Il posa ses mains devant lui et cligna plusieurs fois des yeux. Une immense barrière en forme de dôme entourait le laboratoire et ses jardins.
-Non, non, non, murmura Neji.
Il leva les yeux vers la jeune femme devant lui. Elle était en tenue de sport et elle recoiffait ses cheveux en deux choux sur sa tête. Puis, il la vit bouger ses lèvres mais aucun son en sortait. Un homme, habillé d'un survêtement vert, la rejoignit et ils repartirent en courant sans faire attention à Neji.
-Attendez ! hurla-t-il.
Rien à faire. Il se laissa tomber alors que le feu derrière lui décimait tout sur son passage, se rapprochant de plus en plus du jeune homme.
Pour la première fois depuis longtemps, Neji se mit à pleurer. C'était bel et bien terminé. Le désespoir compressa sa poitrine.
"Ça m'apprendra à vouloir garder espoir. J'aurai dû rester dans cette foutue cellule." pensa-t-il.
« -Tu sais quoi, Neji. Même si on est cousins, je t'ai toujours considéré comme mon grand frère. Alors merci pour tout. »
Hinata.
Elle avait encore besoin de lui. Elle allait devoir se battre contre les sorciers qui avaient sali le nom des Hyûga. Hors de question qu'elle le fasse seule. Il devait être avec elle. Il devait venger sa famille.
Il se redressa avant d'essuyer rageusement ses larmes. Mais alors que la bâtisse derrière lui tombait comme un château de cartes, Neji se sentit être aspiré dans la crevasse qui s'était étendu jusqu'à lui.
"ô dieu de l'Enfer, entends ma colère. Laisse-moi renaître de mes cendres pour accomplir mon nouveau but."
LE silence retomba dans la chambre 410 alors qu'Hinata jouait avec ses doigts, les joues trempées de larmes.
-Quand j'ai repris connaissance, j'étais perdu dans les montages de Kumo. Je ne sais pas comment je suis arrivé là-bas. Je ne sais pas si Rin a survécu. J'avais toujours les documents d'Urashiki. J'ai erré pendant deux ans dans un monde que je ne connaissais pas pour essayer de retourner à Konoha. Mais sans argent c'était difficile. De plus, j'avais peur que les autres sorciers ou zetsu se lancent à ma poursuite.
Le stylo de Tsunade filait à toute vitesse sur son cahier alors que Neji continuait son récit.
-Malheureusement, ces monstres blancs ont retrouvé ma trace et m'ont poussé jusqu'à Suna. C'est comme ça que je suis tombé sur Naruto. Il n'a même pas cherché à savoir qui j'étais, caché sous ma capuche. Il s'est mis entre moi et mes ennemis et il m'a protégé.
Hinata sentit quelque chose de chaud s'étendre dans sa poitrine. Était-ce de la fierté ? De la joie ? Un mélange des deux.
-C'est aussi là que je l'ai revu, la femme qui m'avait regardé de l'autre côté du dôme. C'était Tenten et elle était avec lui. Je ne sais pas pourquoi mais ça m'a rassuré de voir enfin un visage que je connaissais même si je l'avais vu qu'une seule fois.
Légèrement gênée, Tenten bougea sur sa chaise pour se repositionner comme il fallait.
-Après ça, ils m'ont amené voir les autres. Lorsqu'ils m'ont dit qu'ils étaient de Konoha, j'ai proposé un échange. Je leur donnais les informations que j'avais récupéré et, eux, ils devaient me mener à toi, Hinata.
-Mmh, interrompit Tenten. Tu oublies la partie où tu as failli te battre avec Naruto parce qu'aucun de vous ne vouliez avouer comment vous connaissiez Hinata.
La brune cherchait à détendre l'atmosphère ce qui fonctionna quelque peu.
-Je ne vous faisais pas encore confiance, dit Neji gêné de son comportement à ce moment-là. Bref, cet imbécile m'a forcé à révéler mon identité et je crois que je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi heureux de me voir que Naruto. Ça m'a un peu effrayé.
Les trois femmes rigolèrent légèrement, essayant de détendre leur visages.
-Cependant, mon visage ne suffisait pas pour Shikamaru qui voulut connaître mon histoire. C'est comme ça que j'appris que les zetsu pouvait prendre l'apparence de n'importe qui. Dès que j'ai eu fini mon récit, ils acceptèrent mon marché et Shikamaru nous expliqua le plan pour se débarrasser des zetsu. Je devais faire l'appât puis battre en retraite. J'avoue que j'aurai voulu me battre mais je n'étais pas en état. J'aurai plus gêné le groupe qui avait l'air déjà bien rodé.
Neji fit une nouvelle pause pour boire une gorgée d'eau.
-La veille de l'embuscade, Shikamaru était venu me parler, seul à seul. C'est là qu'il m'a expliqué que, si j'ai réussi à m'échapper c'était parce que Naruto avait tué Urashiki, coupant son lien entre les Mondes.
A ces mots, Hinata frissonna. Elle revoyait le sang s'échapper de la gorge du sorcier, formant une mare pourpre à l'odeur nauséabonde.
-Sans Urashiki, reprit Neji. Les zetsu, le laboratoire et moi-même ne pouvions vivre dans l'entre-deux mondes.
Le silence retomba a nouveau. Hinata n'arrivait pas à poser la question qui lui brûlait les lèvres. Elle posa sa main sur son flanc droit.
-Donc, j-je suis c-comme toi... C-Capable de...
Le mot resta coincée dans sa gorge. Elle ne pouvait pas croire que son instinct allait la pousser à tuer des gens.
A tuer Naruto.
-Je vais être franc avec toi Hinata. Tu es actuellement dangereuse. Tu ne contrôles rien de ton corps. Même moi, j'évite de regarder Naruto et Fû dans les yeux. Mais, c'est pour ça que je suis là, ok ?
Il pressa sa main sur la sienne, cherchant à la réconforter. La jeune fille sourit, essayant de cacher son angoisse. Cependant, Neji garda pour lui son inquiétude et son incompréhension. Urashiki lui avait dit qu'Hinata avait le sang de Kaguya, alors pourquoi avait-elle déjà fait deux crises d'affilées ? Pour lui, ça ressemblait à un rejet de la contamination. Tout comme son père.
-Je pense que l'on va s'arrêter là pour aujourd'hui, clôtura Tsunade. Essayez de vous reposer et de garder les idées claires. J'aimerais que l'on discute de vos ressentis dès demain.
Ses yeux bruns étaient portés sur sa patiente. Elle savait qu'Hinata pouvait vite s'enfoncer dans de sombres pensées. Les deux cousins acquiescèrent quand même.
Les invités d'Hinata rangèrent les chaises avant de lui souhaiter une bonne fin de journée et de quitter la chambre pour la laisser se reposer. Elle les regarda partir mais Neji s'arrêta pour se retourner.
-Désolé, Hinata. Je devais tout lui dire.
La jeune femme sourit à son cousin. Elle ne lui en voulait pas. Naruto avait le droit de savoir qu'Hinata n'était plus aussi inoffensive qu'avant. Malgré tout, elle serra les poings autour des draps, comprenant que les prochains jours allaient être difficiles.
-Je ne t'en veux pas, Neji. Ne t'inquiète pas.
-A demain alors ? demanda-t-il.
-Bien sûr. Et surtout reposes-toi bien.
SANS faire de bruit, Naruto atterrit sur le balcon du quatrième étage. Comme à son habitude, il posa sa main sur la poignée de la porte. Mais pour une fois, le déclic de la serrure s'enclencha. Il sursauta.
Ce soir, elle était déverrouillée.
Naruto tressaillit de joie. Aussi rapide que l'éclair, il pénétra dans la chambre 410. Il se retourna pour contrôler la fermeture de la porte. Il poussa le battant, en baissant très lentement la poignée. Il ne voulait surtout pas réveiller Hinata.
Un fois sa tâche accomplie, il souffla silencieusement, fier de lui. Il se tourna vers le lit et distingua une étrange forme sous les draps. Certes, Hinata était petite mais ce qui avait sous les draps ne ressemblait pas aux contours de son corps. De plus, elle ne dormait jamais avec la tête sous les couvertures. Sans oublier que la porte n'avait pas été verrouillée.
Prudemment et avec les sourcils froncés, Naruto s'approcha du lit.
-Qu'est-ce que tu fais là... ?
-AH ! cria-t-il de peur avant de se tourner vers la voix avec une main sur le cœur.
-...Naruto, finit Hinata en croissant les bras sur sa poitrine.
