Phase de deuil – Elka/Mizuné
Elka et Mizuné s'aimaient depuis des années.
Leur vie commune avait été simple, constituée de petits plaisirs et de manigances à l'encontre des humains. De moments houleux parfois aussi, lorsqu'Elka se laissait emporter à tout faire exploser. Mizuné la suivait malgré tout, désireuse de rester à ses côtés, la réprimant seulement d'un regard. Elle n'avait jamais été très bavarde, ni à l'aise en groupe. Il n'y avait qu'avec ses sœurs ou elle-même qu'elle se laissait aller à de rares confidences. Si ses sœurs la comprenaient instinctivement et savaient lire parfaitement ses pensées à l'expression de son visage ou dans sa gestuelle, Elka était plus maladroite.
Au final, elle l'avait menée droit vers la mort.
Les images réapparaissaient dans son esprit, semblant collées à sa rétine depuis les faits. Les cris de douleurs résonant à ses oreilles alors que Mizuné se tordait sous ses yeux, prisonnières des monstres qui la possédaient et incapable de s'échapper. Puis le choc, le grand serpent noir détruisant son corps de l'intérieur pour la dévorer. Elka non plus n'avait pas pu bouger, pétrifiée par l'effroi, ne songeant seulement plus à essayer d'attaquer l'autre sorcière avec la bombe à retardement entre ses mains, comme elle l'avait prévu. Car une bombe infiniment plus dangereuse venait d'exploser.
Si elle l'aimait, elle aurait dû manger son cœur et son âme après sa mort, pour la garder toujours avec elle mais Médusa ne lui avait même pas laissé cette possibilité. Pas un seul morceau d'elle n'avait survécu au carnage, pas le moindre petit ongle ou cheveux qu'elle aurait pu garder en guise de souvenir. Ne lui restaient que ceux qu'elle abritait dans sa tête mais même ceux-là se trouvaient parasités par les images de son meurtre qui revenaient sans cesse. Des tâches de sang sombre giclant sur un passé teinté de rose, l'odeur de la mort remplaçant lentement la douce saveur de son corps lorsqu'elle l'embrassait.
Le temps, peut-être, atténuerait la douleur en dépit du sentiment de culpabilité qui l'assaillait. Se retrouver à la botte de Médusa, en soit, était déjà une terrible punition pour sa bêtise mais elle aurait fait cent fois plus ce que la sorcière demandait et ce sans la moindre complainte, si seulement cela avait pu ramener Mizuné.
Très chère sœur – Arachné/Médusa
Quand Médusa naquit, Arachné demanda à pouvoir la prendre dans ses bras afin de la bercer. Elle pensait recevoir une jolie poupée mais c'est un bébé caractériel, au visage encore rouge de l'effort pour sortir du ventre de sa mère qu'elle obtint.
« Comme tu es laide ! » s'exclama-t-elle en faisant de grands mouvements de balancier, sans prêter attention aux pleurs qui redoublaient par sa faute.
Mais ce n'était pas grave, tant qu'elle pouvait jouer avec elle et lui faire faire tout ce qu'elle voulait, même une poupée sans charme pouvait être drôle.
Les années passant, Arachné dut se résigner au fait que Médusa était une très mauvaise petite sœur, incapable d'écouter et suivre correctement le moindre ordre. Elle n'en faisait qu'à sa tête, ce qui impliquait la plupart du temps de manquer de respect à son aînée. Arachné avait bien essayé de la dresser mais elle avait la tête dure, l'imbécile.
Elle possédait pourtant une certaine intelligence mais ne mettait celle-ci à profit que pour des projets qu'Arachné jugeait inutiles et refusait d'écouter ses conseils pourtant avisés sur des sujets qu'il serait bien plus profitable d'étudier. Ses efforts demeuraient sans succès, ni les flatteries, ni les menaces, ni les manipulations verbales ni celles physiques n'avaient d'effet. Médusa encaissait les injures et les coups comme s'ils n'avaient été qu'une bouffée de vent lui soufflant au visage.
Avec l'âge, sa laideur enfantine s'était atténuée et elle aurait même pu être considérée comme jolie si elle avait appris à bien se tenir, s'habiller ou même sourire aimablement. Il y avait dans ses yeux une lueur sauvage qui provoquait une certaine fascination et son corps athlétique, aux courbes nouvelles, possédait un charme certain mais discret, qui ne parvenait cependant évidemment pas, quand elles se trouvaient l'une à côté de l'autre, à atténuer celui d'Arachné cultivé depuis tant d'années.
Seulement, une belle poupée qui ne se laissait pas diriger ne lui faisait aucunement plaisir. Les sourires insolents et les regards impertinents l'enrageaient tout autant qu'ils la frustraient. Arachné aurait voulu pouvoir lui crever les yeux et tuer ainsi cette fierté naturelle qui l'habitait en la privant d'un sens si important. Oh, comme Médusa aurait été dépitée de ne plus pouvoir lire ses vieux bouquins scientifiques ou regarder pendant des heures les résultats de quelque expérience inintéressante dans une de ses éprouvettes. Ensuite, peut-être elle aurait pu contrôler son esprit et son corps tout à son entente.
En dépit de ce genre de rêveries qui lui prenaient souvent en songeant à sa cadette, Arachné préférait habituellement être plus subtile dans ses méthodes de manipulation. Aussi continuait-elle de jouer la grande sœur en apparence bienveillante, appelant Médusa sa très chère sœur tandis qu'en pensée, elle ne rêvait que de violenter sa chair. Médusa n'était d'ailleurs pas dupe mais les manières d'Arachné lui faisaient froid dans le dos et celle-ci, qui en était parfaitement consciente, prenait plaisir à jouer de cela régulièrement, telle une répétition macabre en attendant le jour où elle l'aurait enfin à sa merci. Peut-être, à ce moment-là, serait-elle sincère en l'appelant sa sœur adorée.
Kim, Lisa/Arisa
Kim avait beau être bien plus jeune qu'elles, elle avait parfois l'impression que Lisa et Arisa s'avéraient beaucoup plus immatures. Elles passaient leur temps à faire la fête et à se surpasser l'une l'autre en imbécillités après quelques verres d'alcool. Pas que Kim se refusa à se faire plaisir elle-même, au contraire, si elle cherchait à devenir riche c'était bien pour mener la belle vie sans soucis mais elle n'avait pas besoin de faire un bazar pareil pour s'amuser. Surtout que les deux sorcières gaspillaient bêtement leur argent durement gagné en beuveries et accessoires de luxe qu'elles égaraient dans la semaine.
Elles pouvaient bien faire ce qu'elles voulaient de leur vie après tout, cela n'aurait pas été les affaire de Kim si seulement elles n'avaient pas insisté à chaque fois pour l'inviter. Parce qu'elles étaient toutes trois des sorcières qui avaient été dénoncées par Médusa, cela suffisait apparemment à les lier à vie. Sauf que pour Kim, ce n'était pas exactement un bon argument, elle aurait plutôt préféré ne plus jamais avoir à repenser à cet événement ni aux erreurs qu'elle avait commises à sa suite. Il n'y avait rien de plaisant à se retrouver dans un « club » pareil.
Une autre chose qu'elle ne supportait pas, c'était les flirts constants que Lisa ou Arisa provoquaient, pour rire ou bien pour rendre l'autre jalouse. C'était parfois des taquineries sans fin, des chocolats de marque qu'elles lui offraient en guise de gâteries en les lui glissant directement dans la bouche, des cachotteries coquines soufflées dans l'oreille, des chatouilles sur les bras ou dans le creux des hanches pour l'embarrasser. Plus que les actions, qui lui faisaient parfois un peu plaisir quand même, les intentions la blessaient. Elle n'aurait pas dit non si elles avaient vraiment été intéressées mais au final, tout ce qu'elles faisaient avait pour but d'attirer l'attention de l'autre et elles délaissaient toujours Kim au bout d'un moment. La laissant se retrouver à bouder toute seule, refusant d'être là pour tenir la chandelle tout en n'osant pas non plus s'imposer.
