Cela fait bien longtemps que je n'ai rien posté en français, je voulais essayer d'au moins terminer quelque chose cette année et la période d'Halloween se portant bien à l'écriture des sorcières, mon inspiration a produit ces trois nouveaux petits textes.
Blair/Mizunés – Le jeu du chat et des souris
Blair s'amuse comme une folle. Elle envoie ses citrouilles explosives à tout va et éclate de rire au milieu des feux d'artifices qu'elle provoque.
Une vilaine souris se glisse entre ses attaques, cherchant insidieusement à se rapprocher. Lorsqu'elle se brûle accidentellement, elle se sépare en deux et Blair en profite pour en cueillir une, l'attrapant par la queue.
Euphorique, elle caresse son poil rose et l'embrasse sur le museau, la regarde rougir avec délice et frissonner au contact de ses griffes. Elle ricane et Mizuné couine, ses petits yeux chafouins semblent sur le point de pleurer. Puis elle l'enferme dans une citrouille creuse géante, avec ses sœurs qu'elle a déjà capturées. À l'intérieur, celles-ci serrent les dents et se mordent les lèvres de frustration, surtout quand Blair leur envoie un clin d'œil joueur avant de repartir à la chasse.
L'envie de les rejoindre à l'abri dans ce cucurbitacée chaud et confortable se fait sentir. Elle veut les lécher de la tête au pied et mordiller leurs petites oreilles, les faire gémir et plaider pour recevoir toujours plus de caresses, se battant entre elles afin de s'accaparer son attention. Mais d'abord, il lui en reste encore à attraper pour remplir sa collection, elle ne se satisfera pas d'un lot incomplet.
Rabaissant son chapeau magique sur sa tête, prête à profiter de ses capacités élastiques si besoin, elle scrute tous les recoins où pourrait se cacher un adorable petit rongeur. Déjà, il n'en reste plus que deux. Bientôt, elle les aura toutes et là, elle pourra vraiment s'amuser.
Arachné/Giricco – Jolie machinerie
Arachné place sa main aux ongles parfaitement vernis sur le manche de la tronçonneuse pour apprécier le ronronnement du moteur. Giricco, qui ne supporte généralement pas de rester en place, garde sagement sa position sur ses genoux. Il sait se montrer obéissant envers elle, comme il se doit.
Pour quelqu'un d'aussi raffiné qu'Arachné, une telle arme est bien vulgaire, mais des éléments comme Giricco sont évidemment nécessaire dans son organisation. Tout ses serviteurs ne peuvent pas être aussi nobles et distingués que Mosquito, la racaille possède ses talents et avantages. Maintenant qu'elle lui a offert un tel pouvoir, Giricco va s'élever à un rang beaucoup plus élevé que celui de simple sous-fifre utile au cours de massacres. Elle peut sentir sa soif de sang et son envie de déchiqueter des corps à travers son vrombissement, qui se répercute dans sa propre chair en frissons de plaisir.
Leurs méthodes et instincts sont différents mais ils se rejoignent aussi sur certains points, comme leur besoin de pouvoir, obtenu par la peur et la souffrance. En se mettant à son service, Giricco a obtenu infiniment plus de pouvoir qu'il n'aurait pu en recevoir dans sa pathétique vie d'humain, et la capacité d'infliger des douleurs inimaginables avec sa lame tournoyante. Arachné, elle, se repaît par procuration de ces meurtres sanglants, du malheur qu'elle peut infliger en claquant des doigts, et du pouvoir qu'elle a à travers tous ses loyaux sujets qui l'admirent et la craignent.
Oui, Giricco aussi la craint un peu, derrière toutes ses bravades, derrière le fanatisme, l'adoration et le respect. Lui qui est si agressif, prêt à sauter sur n'importe quelle jouvencelle selon son humeur, n'oserait la toucher du bout des doigts sans qu'elle l'ai ordonné. Pas que le désir soit absent de ses regards, oh non, elle le sent flamber au fond de ses prunelles à chaque rencontre de leurs yeux Mais il se retient comme il ne l'a jamais fait, en bon chien bien dressé, et tremble, la queue entre les jambes, de peur de lui déplaire, lorsqu'elle le convie dans son lit. C'est elle qui ordonne et dirige chaque geste, comme pour tout ce qui régit Arachnophobia.
Elle tâte les différentes parties de la machine, frotte sa paume contre le manche, enfonce un doigt dans un orifice et rit intérieurement de sentir le moteur s'emballer. Maintenant qu'il a obtenu un tel pouvoir, son orgueil va peut-être effacer certaines de ses peurs. Qu'à cela ne tienne, elle ne déteste pas totalement cette partie de lui. Et s'il va trop loin, eh bien, elle a toujours des araignées cachées dans son crâne, pour lui rappeler à qui il obéit.
La Doyenne – Thé de minuit
Le thé de minuit de la Doyenne est un moment très particulier. Elle s'assied seule à une petite table de son salon, à côté d'une chaise vide, un livre à la main pour s'occuper. Sur le guéridon sont posés la théière et deux tasses, dans lesquelles elle verse un thé sombre et chaud. La vapeur s'échappe en fumée blanchâtre et elle ouvre son ouvrage pour lire en attendant que sa boisson ai assez refroidi pour ne pas brûler sa délicate langue de chat.
C'est lorsque minuit sonne, dans le calme feutré de la pièce, que le fantôme d'une sorcière vient parfois la voir.
Le plus souvent, il s'agit d'une victime de Shibusen, venue pour se lamenter et demander vengeance. Si elle se plaint de ne pas avoir été assez protégée par ses consœurs, la Doyenne lui rappelle qu'elle abrite au sein de leur monde caché toutes les sorcières qui voudraient rester en sécurité. Celles qui en sortent gardent la responsabilité de leur propre survie.
Elle s'enquiert de quels soldats ces sorcières ont combattu, se renseigne sur leurs capacités et note toutes les informations utiles pour les combattre, afin de les mettre au service d'autres sorcières qui risqueraient de les affronter. Enfin, elle les console un peu, les réconforte en leur offrant une tasse de thé, qu'elles boivent à petites gorgées avant que leur fantôme ne soit finalement apaisé et puisse disparaître. Dans le marc de leur thé, on ne peut lire aucun avenir.
Parfois, les fantômes qui viennent la voir sont victimes d'autres sorcières et il s'agit cette fois-ci de rendre justice. La Doyenne se renseigne sur les événements en détail, c'est une excellente occasion d'obtenir des informations sur certaines sorcières, qu'elle ne pourrait apprendre autrement. Après avoir pris compte de tout ce qui lui a été dit et noté chaque élément, elle promet de s'arranger avec la Juge pour régler l'affaire en bonne et due forme.
Ces sorcières disparaissent elles aussi paisiblement, une fois leur tasse de thé finie.
Mais il y a quelques cas particuliers, qui viennent la voir emplies de rage et de haine, et avec lesquelles parler est le plus souvent inutile. Elles crachent leur colère en tempêtes qui secouent les meubles du salon de la Doyenne, font tomber les bibelots et se casser tasses et vases de fleurs. Généralement, elles ont été exécutées sous les ordres de la Doyenne et la Juge, pour trahison envers les sorcières. Parfois aussi, elles sont mortes d'avoir trop longtemps croupi en prison. Certaines ont simplement une dent contre leur reine parce qu'elle aurait fait preuve de favoritisme envers une autre sorcière ou pour quelque autre raison tout aussi stupide.
Elles lui reprochent tous leurs malheurs, leur mort trop vite venue, surtout. Grand est le nombre de sorcières qui meurent avant d'avoir eu le temps de montrer le moindre signe de vieillesse et les rides de millénaires vécus, que la Doyenne cache sous l'ombre de son chapeau et sa cape, sont une injure à leur yeux. Alors qu'elles doivent mourir si jeunes, elle continuera de vivre et vieillir, pendant des siècles encore. Elle restera la Doyenne vénérée, que tant d'autres sorcières ne pourront jamais devenir.
Pour les empêcher de détruire son salon continuellement, la Doyenne a pris l'habitude de les sceller dans une de ses barrières magiques. Ce n'est pas toujours facile d'éviter le moindre dégât, puisqu'elles arrivent bien souvent en trombe. De plus, depuis que l'homme-loup lui a volé un œil, son champ de vision et ses réflexes en sont diminués. Il lui fait plus de temps pour réagir et davantage de concentration pour arriver à bien viser et enfermer l'incommodant fantôme à coup sûr.
Une fois mises hors d'état de nuire, ces sorcières se calment rarement toutes seules et ce n'est pas une tasse de thé qui fera l'affaire pour apaiser ce qui reste de leur âme. La Doyenne essaie de leur faire entendre raison mais, quand elle est de mauvaise humeur, il arrive qu'elle détruise leur spectre sans tarder. Elle en ressent de la fatigue mais point de culpabilité. Après tout, si ces sorcières ne voulaient pas mourir, elles n'avaient qu'à faire plus d'efforts pour survivre, à mieux prendre exemple sur elle, en fin de compte.
