Bonjour bonjour :D
Voici une traduction de la fic "Biarritz" écrite en anglais par Vtforpedro que vous pouvez trouver sur ce site.
Cette traduction est effectuée avec la bénédiction de l'auteur, qui a passé énormément de temps à répondre à mes questions pour éviter les contresens. N'hésitez pas à aller lui laisser un petit mot :)
Un grand merci à AlouetteL et Lealyn qui ont relu et corrigé. C'est grâce à elles si ce texte a du sens maintenant !
Bonne lecture :)
La pire chose quand on hérite d'une propriété à Biarritz, sur la Côte Basque, c'est qu'il y a peu d'intimité. La célèbre plage, prisée par les familles royales et les célébrités, attire les touristes en masse. Des casinos, des musées, plus de cafés qu'il n'y a de jours dans une année et le surf, qui attire les gens, comme une flamme attire les papillons de nuits. La ville fourmille d'activité durant l'été et la basse saison n'est pas beaucoup plus calme.
La meilleure chose quand on hérite d'une propriété à Biarritz, sur la côte Basque, c'est tout simplement d'y être. Qui n'aimerait pas une petite maison juste au bord de la plage avec un chemin de dalles sablonneuses menant à une terrasse panoramique bordée par des touffes d'ammophiles ?
Posséder une propriété est extraordinairement difficile dans ce petit coin du monde et plus cher que ce que la plupart des gens peuvent se permettre. Mais cette maison bien-aimée est passée de génération en génération.
C'est une petite chose avec deux chambres, une salle de bain, un salon et une vue absolument splendide sur la mer et les vagues écumantes. Elle est nichée dans un quartier confortable, entre des maisons blanchies à la chaux et des clôtures bancales, à quelques minutes d'un centre commercial animé rempli de l'odeur du café et des macarons. C'est idéalement français de toutes les manières possibles et un secret très bien gardé.
Fut un temps, cette maison était habitée par une petite famille qui en profitait tous les étés. Aujourd'hui, il n'y a plus de famille, seulement Bilbo Sacquet et il ne partage pas l'existence de son petit cottage avec beaucoup de gens. Il a reçu suffisamment de demandes pour utiliser le cottage de la part de sa famille pour savoir qu'il vaut mieux ne pas trop en parler. Cette maison est à lui et lui seul, même s'il sait bien que Belladona Sacquet aurait sans doute quelque chose à dire à ce propos.
Elle aurait voulu qu'il y emmène quelqu'un de spécial, il le sait. Mais il n'y a eu personne de spécial depuis des années et ce n'est pas près de changer.
Ce qui est important, c'est son livre et l'ordinateur portable sur lequel il l'écrit. C'est plus que suffisant pour lui et il profite joyeusement de ses deux semaines de vacances et de la montée d'inspiration pour écrire.
C'est une chaude journée et il est assis dans son transat sur sa terrasse avec son ordinateur sur les genoux sous son immense parasol jaune. Les seules parties de son corps exposées au soleil sont ses pieds nus. Les touches du clavier résonnent alors qu'il écrit ; il n'a pas arrêté ces deux derniers jours, depuis qu'il a laissé tomber ses valises dans sa chambre, et il a l'impression qu'il ne va pas s'arrêter tout de suite. Ou seulement lorsqu'il ressent le besoin occasionnel d'un cocktail, comme la Piña Colada qui fond sur la petite table en osier à côté de lui.
S'il a de la chance, il aura suffisamment avancé sur son roman avant de rentrer en Angleterre pour le finir avant l'hiver. Il ne le dira pas à Gandalf, ceci-dit, pour ne pas y être tenu.
Il est interrompu par le bruit de plusieurs portières de voitures claquant brusquement. C'est un vacarme retentissant comparé à la brise et aux appels distants des vacanciers sur la plage. Il relève les yeux de son écran et regarde autour de lui, vers la rue qu'il aperçoit entre sa maison et celle d'à côté.
Il peut voir que deux larges SUV noirs ont élu domicile dans la cour de la maison à deux étages et retient un grognement.
Chaque année passée ici, cette maison n'a jamais été occupée, mais il semble que sa chance ait tourné. C'était tellement agréable de ne pas avoir de voisin de ce côté; de l'autre, un autre petit cottage est occupé par un couple âgé qui vit ici d'aussi loin que Bilbo se souvienne et n'ont jamais causé le moindre chahut.
La large demeure à l'ouest promet une famille, ce qu'il n'apprécie pas particulièrement. Considérant qu'il y a plus d'un seul véhicule, il semble que ce soit le cas.
Ou peut-être pas, se dit Bilbo en regardant d'un peu plus près le groupe qui se forme devant la maison.
Ce sont des hommes, tous grands, tous vêtus de costumes noirs avec lunettes assorties et tous arborant la carrure de ceux qui font du sport tous les jours. Ils sont aussi tous chauves ce qui, quelque part, ne fait qu'ajouter à leur allure de garde du corps.
Bilbo ne s'embête pas à retenir son grognement, cette fois-ci.
Non seulement il a des voisins, mais en plus certainement une célébrité ou un politicien avec toute sa famille.
Il grogne et se retourne vers son ordinateur, de mauvaise humeur, se rappelant de sauvegarder son travail avant de continuer, tentant de ne pas prêter trop d'attention à la sensation d'être observé qui fait se dresser ses cheveux à l'arrière de sa tête.
Bilbo se secoue et continue d'écrire, finissant par tout oublier de ses nouveaux voisins alors que le paisible son des mouettes et les rafales de vent occasionnelles le plongent dans une sensation de paix qui ne lui vient qu'ici. Il boit son cocktail, avance correctement sur son livre et ne retourne à l'intérieur que lorsque le soleil commence à descendre à l'horizon et que la batterie de son ordinateur lui rappelle qu'elle a besoin d'être rechargée de temps en temps.
Il se fait à manger, prend une douche et se prépare un autre cocktail qu'il emmène sur la terrasse pour regarder les étoiles un moment. Et s'il décide de jeter un œil à la maison de ses voisins pour regarder les hommes en noir longer les bords de la propriété extérieure, eh bien, il est le seul à s'en rendre compte.
En tout cas, c'est ce qu'il espère.
oOo
Bilbo se réveille tard et sort prendre son café sur la terrasse, comme il le fait chaque jour. Il est trop tard pour voir des dauphins et il se demande s'il doit essayer de se lever plus tôt le lendemain pour les apercevoir, mais il sait que cela a peu de chances d'arriver. Il aime faire des grasses matinées et doute d'arriver à changer ses habitudes.
Quand il a terminé la dernière goutte de sa tasse, il tourne son regard vers la maison de son voisin et soupire à la vue des hommes de la veille au dehors, deux à l'arrière et, de ce qu'il peut voir, au moins un sur le perron. Il n'y a aucun signe d'une quelconque autre présence et Bilbo décide de les ignorer, en espérant qu'ils fassent de même, tandis qu'il retourne à l'intérieur s'habiller pour aller au marché.
Il sort par la porte de devant et se dirige vers son vélo pour ouvrir l'antivol tout en jetant un coup d'œil vers l'autre maison. Il y a un troisième SUV à l'extérieur et encore plus d'homme patrouillant sur le chemin, ou entrant et sortant de la maison. Il les regarde pendant un moment, tâtonnant son antivol, et remarque peut-être un peu tardivement que deux hommes l'observent en retour en touchant leurs oreilles, comme s'ils portaient des oreillettes.
Bilbo enfourche rapidement son vélo et part sur la route en direction du marché en essayant de ne plus y penser.
Cela lui prend deux heures mais il finit par rentrer au cottage avec un panier rempli de courses pour les prochains jours. En rangeant son vélo, il se rend compte qu'il y a un nouveau véhicule devant la grande maison. C'est une Sedan noire et lisse agrémentée de deux drapeaux, assez petit pour que Bilbo doive plisser les yeux, mais il arrive finalement à discerner le bleu royal et le bouclier entouré des sept étoiles du drapeau d'Erebor.
Bilbo rentre ses courses, son esprit tournoyant parmi les mille possibilités.
Il ne sait pas grand-chose à propos d'Erebor. C'est un petit pays montagneux près de la Suède qui ne fait pas beaucoup parler de lui et quand c'est le cas, ce n'est pas à propos de scandales mais de prospérité. Il se souvient vaguement qu'Erebor a un roi mais repousse rapidement l'idée qu'il soit à Biarritz.
La maison est grande mais ce n'est pas un manoir et ne semble pas suffisamment grandiose pour qu'un roi et sa famille y viennent. Peut-être un premier ministre, ou quelque chose comme ça.
Bilbo espère seulement qu'ils n'ont pas d'enfant en bas âge, indépendamment du fait qu'il les aime. Quoique peut-être que ces gardes du corps seraient capables de garder un œil dessus et de les maîtriser en cas de problème.
Il décharge ses courses dans sa petite cuisine et avant d'en être conscient, il récupère son ordinateur et s'assoit sur le canapé en l'ouvrant pour taper Erebor dans la barre de recherche de Google.
Il y a quelques articles récents – La plus haute valeur du dollar d'Erebor, L'ambassadeur en visite aux États-Unis – et des photos du pays qu'il regarde rapidement. C'est une belle région avec des étendues de montagnes enneigées, des prairies herbeuses et des forêts de sapins touffus avec de magnifiques fleurs sauvages poussant sur les berges de lacs immenses. Il est assez captivé, jusqu'à ce qu'il décide de jeter un œil à la famille royale.
Bilbo est heureux d'être déjà assis lorsqu'il regarde une photo du roi. C'est un homme saisissant, grand, avec une peau pâle, des cheveux foncés avec quelques fils d'argents sur ses tempes et dans sa barbe épaisse et bien fournie. Il a les épaules larges et un froncement de sourcils menaçant qui surplombe des yeux d'un bleu cristallin. Ils semblent aiguisés et perçants sur les quelques gros plans que Bilbo regarde.
Il reste bouche-bée en faisant défiler plus de photographies du roi dans des costumes finement taillés ou des uniformes formels avec une écharpe rouge sur le même bleu que les nombreuses médailles sur sa poitrine.
Le roi Thorin Durin a vraiment de l'allure, se dit Bilbo en fermant consciencieusement sa bouche quand il se rend compte qu'elle est toujours ouverte.
Il lit quelques informations, surpris qu'il soit plutôt jeune pour un roi, et ne voit aucune mention de femme ou d'enfants. Il est un peu honteux d'en être heureux, quand il réalise qu'il est en train de regarder un roi et non un potentiel prétendant qu'il viendrait de rencontrer. Il ricane, ferme les pages qu'il a ouvertes et se lève du canapé pour s'aventurer dans la cuisine en essayant d'effacer les yeux bleu myosotis de son esprit.
Après tout, il a un déjeuner à préparer.
Il a une cagette pleine de tomates anciennes qu'il compte utiliser pour préparer une bonne salade avec des croutons de parmesan pour aller avec. Il sort les ingrédients dont il a besoin et commence à couper ses tomates quand trois coups résonnent fortement contre sa porte, suffisamment puissants pour le faire sursauter.
Bilbo est content de ne pas avoir lâché son couteau et jette un rapide coup d'œil dans l'entrée, tenté d'ignorer le visiteur. Cependant, ce pourrait être le couple de personnes âgées, puisqu'ils viennent occasionnellement lui apporter des légumes de leur jardin, alors il s'essuie les mains et se dirige vers la porte.
Trois nouveaux coups retentissent avant que Bilbo n'atteigne la porte et il fronce les sourcils devant l'impolitesse manifeste qu'il ne rencontre pas souvent à Biarritz.
Il déverrouille et ouvre le battant, ouvrant la bouche pour faire une remarque coupante, mais elle reste coincée dans sa gorge. La vue qui s'offre à lui est plutôt pénible.
Un homme gigantesque, chauve en costume noir le domine de toute sa hauteur, l'examinant avec les yeux plissés et une expression orageuse. Il a une barbe soigneusement entretenue et son costume est impeccable, mais il n'en reste pas moins effrayant.
« Oui, pardon, comment puis-je vous aider ? » Demande Bilbo en se rappelant de ses manières mais pas de son français.
L'homme hausse un sourcil épais, son regard examinant Bilbo de haut en bas.
« Fundinson, chef de la sécurité pour Sa Majesté » dit-il d'un ton bourru, son lourd accent typiquement d'Erebor.
Bilbo le regarde bouche-bée un moment avant de tousser lorsque l'homme lui jette un regard noir.
« Oh », dit-il d'une petite voix en se balançant sur ses orteils, « Bonjour, euh… Puis-je faire quelque chose pour vous ?
-Vous n'étiez pas là lors de notre visite précédente. Vous devez savoir qu'il y aura des gardes armés autour de la propriété jusqu'à ce que Sa Majesté rentre chez lui. Vous êtes seul ou d'autres personnes vont arriver ? »
Demande l'homme en regardant derrière Bilbo.
Bilbo se sent déconcerté. Il est toujours en train d'essayer d'admettre que Sa Majesté le foutu roi d'Erebor est son voisin quand Fundinson lui jette un long regard.
« Oui, euh, désolé. Oh ! Non, non, il n'y a que moi » répond-il en se demandant s'il est même censé répondre à cet homme. Cela ne le regarde certainement pas. « Est-ce que c'est… important ? »
Fundinson grogne.
« Ouais, ça l'est. » dit-il, mais il ne semble pas vouloir développer. « Comprenez que Sa Majesté est en vacances. Il ne souhaite pas être dérangé. Je ne veux pas qu'il soit dérangé. Je ne veux pas de journalistes ici. Je ne veux pas de photos. Ce que je veux est une semaine calme. Vous me comprenez, mon gars ? »
Bilbo ouvre la bouche, la referme, cligne des yeux plusieurs fois.
« Ouuuiii… Je pense que vous avez été clair. Je ne prévois pas vraiment de sauter sur Twitter pour annoncer que Sa Majesté est mon royal voisin, » dit-il, un peu agacé.
« Je suis en vacances moi-même et je recherche la paix et la tranquillité. Je ne l'embêterai pas s'il ne m'embête pas.
-Combien de temps restez-vous ?
-Je ne vois vraiment pas en quoi ça vous regarde » réponds Bilbo, beaucoup plus sèchement.
« Vous ne le voyez pas ? demande Fundinson, aussi sec que le sable qui les entoure. Voulez-vous que je vous l'explique ? »
Bilbo souffle d'agacement.
« Écoutez-moi, c'est vous qui êtes en train de menacer mes vacances, dit-il en se redressant. Je suis là pour encore une semaine et c'est plus que ce que vous devriez savoir. Maintenant, si vous voulez bien m'excuser, mon déjeuner m'attend sur le comptoir. Dites à Sa Majesté que je le salue. »
Il recule et claque la porte avant de la verrouiller rapidement.
Il renifle et tourne les talons pour retourner dans sa cuisine et s'occuper de ses tomates, satisfait de ne pas entendre frapper à sa porte de nouveau. L'audace de certaines personnes… Il ne va sûrement pas changer ses habitudes pour eux et le détail de ses vacances ne les regarde certainement pas. Roi ou pas.
Bilbo termine de préparer son repas et se sert un Bloody Mary, puis il emmène le tout sur la terrasse et le dépose sur la petite table. Il retourne rapidement à l'intérieur pour récupérer son ordinateur portable et s'installe en regardant ses réseaux sociaux et en mangeant sa salade de tomates.
Évidemment, ça ne l'empêche pas d'imaginer un certain roi. Un roi qui est, actuellement, son voisin. Un roi qui n'a, apparemment, ni femme, ni enfant.
Bilbo s'étouffe presque avec sa salade et fait rapidement défiler les actualités de Facebook. Cela ne le regarde absolument pas.
Est-ce qu'il apercevra même le roi pendant son séjour ? Il est difficile de l'imaginer descendre sur la plage et faire du surf, mais pour quelle autre raison pourrait-il être là ?
Bilbo termine son déjeuner et ouvre son dernier chapitre en attrapant sa boisson. Il prend une longue gorgée, la pose à côté et laisse son regard s'égarer du côté de la grande maison. Les deux gardes du corps toujours présents sont dehors, à l'arrière de la terrasse, mais un mouvement attire son regard vers le balcon du deuxième étage.
Quelque chose se comprime dans le cœur de Bilbo.
Là, debout sur le balcon dans une chemise blanche et un pantalon noir, se tient une figure familière. Les épaules larges, grand, avec une barbe bien taillée.
La distance est trop importante pour voir si ses yeux sont aussi bleus que sur les photographies.
Bilbo déglutit, serre les poings et fixe le monarque.
Le roi Thorin tourne la tête et regarde dans sa direction. Il fixe Bilbo un moment, figé, et probablement sans aucune idée de ce qu'il remue à l'intérieur de lui. Puis il se détourne et rentre à l'intérieur de sa maison.
Bilbo relâche une expiration saccadée, ouvrant ses mains pour les essuyer sur son teeshirt et cligne des yeux.
« Eh bien, murmure-t-il en retournant à son ordinateur, merde alors. »
oOo
Les jours suivants, Bilbo tente d'oublier le regard du roi dans la maison d'à côté. Heureusement, il ne le revoit pas et ne peut donc pas être pris en train de le fixer. À la place, il tente d'avaler l'équivalent de son propre poids en nourriture française et d'inonder ses veines avec de nombreux alcools différents. Ce sont des vacances idéales et il ne les échangerait pour rien au monde. Il semble que ce soit ce dont son cœur a besoin après autant de temps dans la morne et pluvieuse Angleterre.
Il décide de passer sa matinée à marcher le long de la plage et sourit à ses compagnons vacanciers. Il regarde les gens surfer et les enfants construire des châteaux de sable, et il apprécie le sentiment de paix de l'ensemble malgré la foule. Il y a toujours de belles choses à voir, c'est un endroit enchanteur et il regrette lorsque son estomac commence à grogner, lui rappelant qu'il est presque l'heure du déjeuner. Il se jure de refaire une promenade plus tard dans la soirée, après avoir écrit un chapitre ou deux, et repart vers son cottage.
Quand Bilbo s'approche de chez lui, il aperçoit deux garçons au bord de la plage de sable, assis près de la grande maison, avec deux hommes habillés en chemise et treillis debout derrière eux. Il sent son cœur accélérer la cadence parce que ce sont, de toute évidence, des gardes du corps et il se demande qui sont ces enfants. Il est certain de ne pas avoir mal lu les sites internet mentionnant que le roi n'a pas d'enfant.
Il est près de sa terrasse quand il aperçoit l'un des garçons, un petit brun, agiter vivement la main dans sa direction. Bilbo s'arrête, regarde derrière lui pour être sûr qu'il n'y a personne d'autre puis regarde le garçon et le salue de manière hésitante.
L'enfant saute sur ses pieds et cours vers lui, rapidement suivi par l'un des hommes chauves et Bilbo attend, se sentant infiniment gêné.
« Salut ! dit le garçon en se rapprochant, avec un large sourire. Vous êtes en vacances aussi ? »
L'enfant ne peut pas avoir plus de sept ans, pense Bilbo, et l'expression quelque peu consternée du garde lui fait penser que c'est un petit garçon plutôt extraverti. Il est vraiment mignon dans sa tenue de plage avec son seau dans la main, même si Bilbo se demande ce qu'il compte faire avec, si loin de l'eau.
« Oh, euh, dit-il en se balançant sur ses orteils avant de hocher la tête, oui, en fait, je le suis. C'est ma maison de vacances. Et toi ? »
Le garçon acquiesce avec emphase.
« Ouais ! On n'est pas venu depuis des années, dit-il d'un air complètement offensé comme si c'était le plus grand crime possible, Vous n'étiez pas là, avant. Comment vous vous appelez ?
-Bilbo, répond Bilbo en souriant.
-Et votre nom de famille ? Demande le garçon avec impatience.
-Sacquet, dit Bilbo en riant, jetant un œil au garde du corps qui le fixe d'un peu trop près pour son confort personnel. Et puis-je demander ton nom ?
-Kili ! » déclare le garçon joyeusement avant de tendre la main très sérieusement, avec un air très solennel.
Bilbo se mord la langue pour éviter de rire et serre la petite main de Kili aussi sérieusement qu'il le peut.
« Eh bien, je suis très heureux de te rencontrer, Kili, dit-il avant de regarder l'autre garçon qui est toujours en train de jouer dans le sable. Est-ce que c'est ton frère ?
Kili hoche la tête.
-C'est Fili, mais il est timide, murmure-t-il avant de se tourner vers son frère. Fili ! Nadad ! Viens voir, il est gentil ! »
L'autre garçon regarde vers eux et semble soupeser ses choix avant de se lever. Il dit quelque chose à son garde du corps, puis ils avancent. Fili a peut-être onze ou douze ans, pense Bilbo une fois qu'il est assez proche pour le voir, et il a l'air très sérieux, pour un enfant. Il est aussi en tenue de plage, cette fois rouge vif, et ses cheveux ont l'air de ne pas avoir été brossés depuis une semaine, quelque chose qu'il semble partager avec son frère.
« Bonjour, Fili » dit Bilbo en souriant gentiment.
Il essaie de ne pas se tortiller lorsque Fili plisse les yeux pour l'observer avec autant d'insistance que les deux gardes du corps.
« Bonjour » répond-il avant de regarder son frère.
Il dit quelque chose dans une autre langue, du khuzdul, si Bilbo se souvient correctement, et semble incertain.
« J'ai aussi le droit ! » Crie Kili en réponse, un air têtu sur le visage.
Puis il sourit en tournant de nouveau son regard sur Bilbo.
« On veut faire un château de sable mais on doit attendre Indad mais il met un temps infini quand il est au téléphone. Il a promis de nous aider !
-Indad ? Répète Bilbo d'un air quelque peu hésitant.
-Oncle, répond Fili avec impatience en jetant à son frère un regard agacé, comme s'il révélait des secrets interdits.
-Oh ! » Dit Bilbo et soudainement, tout cela est un peu plus clair.
Il savait qu'il avait lu que le roi n'avait pas d'enfants, et l'apparence de ces deux-là est plutôt confondante. Il semble que le roi ait emmené ses neveux en vacances et quelque chose se réchauffe à l'intérieur de Bilbo, même s'il ne connait pas du tout ces gens.
« Eh bien, avec un peu de chance, il a bientôt terminé son appel. Je suis sûr que vous allez faire un magnifique château.
Kili sourit.
-Indad est très doué pour ça, dit-il. Et vous ?
Bilbo laisse échapper un petit rire.
-Doué pour construire des châteaux de sable ? Mon Dieu, je ne peux pas me rappeler la dernière fois que j'en ai fait un. Probablement quand j'avais l'âge de Fili, » dit-il en souriant au plus âgé des enfants.
Fili l'observe attentivement, comme s'il ne savait pas très bien quoi faire de lui, avant de regarder son frère.
« Notre oncle va probablement parler encore une heure, déclare-t-il, et il semble assez amer à ce propos.
-Noooonnn ! S'exclame Kili. Il a promis qu'il ne le ferait pas !
-Retournons à la maison pour voir, dit le garde du corps de Kili.
-Je parle avec Bilbo ! Répond Kili, les épaules basses.
-Fili, Kili » appelle une autre voix, beaucoup plus profonde, et ils tournent tous la tête en direction de la grande maison.
Bilbo n'a aucun doute sur l'identité de la personne en train de traverser la large terrasse, certainement plus au téléphone, et il sent immédiatement son cœur accélérer. La sueur envahit ses mains et il déglutit, souhaitant que Kili ne l'ait jamais approché parce qu'il n'est absolument pas prêt pour rencontrer un roi, spécialement aussi séduisant que le roi Thorin l'est et, et…
Sa bouche devient sèche quand le monarque traverse la bande herbeuse et marche dans le sable. Il est d'abord surpris par les vêtements de Thorin, un simple tee-shirt gris et un short noir, rien de très habillé, et il se sent un peu idiot d'avoir pensé que Thorin serait habillé formellement pour une journée à la plage. La deuxième chose qu'il remarque sont ses cheveux, qui sont presque aussi ébouriffés que ceux de ses neveux, comme s'il avait passé ses mains dedans de nombreuses fois.
Il ne ressemble pas à un roi. Il a l'air normal, comme un être humain classique, bien que très séduisant. De manière assez surprenante, cette réalisation éloigne la plus grande part de panique intérieure de Bilbo.
Thorin vient se tenir derrière ses neveux et pose ses mains sur leurs épaules tandis que ses yeux bleu clair observent Bilbo. Il jette un œil au garde du corps de Kili qui hoche la tête, ce qui doit signifier quelque chose puisque Thorin hoche la tête en retour puis regarde Bilbo.
Bilbo, lui, tente de ne pas avoir le vertige devant la taille plutôt imposante de Thorin.
« Euh, bonjour, dit-il, heureux de ne pas sentir sa voix faiblir. Il semble que nous soyons voisins pendant ces vacances. Vos neveux ont été assez gentils pour venir me saluer. Bilbo Sacquet.
Thorin continue de le regarder de près avant de hocher la tête de manière très royale.
-Thorin Durin, dit-il en tendant la main. C'est votre maison ?
Le cœur de Bilbo rate quelques battements alors qu'il serre la main de Thorin qui est, sans surprise, ferme et solide.
-Oh, euh, oui, ça l'est. Elle est dans la famille depuis plusieurs générations. J'essaie de venir aussi souvent que possible mais cela fait quelques années que je n'ai pas pu. Cette dernière semaine était charmante, dit-il, j'ai mangé plus de macarons qu'il n'est surement autorisé.
Bilbo est embarrassé par ce qui sort de sa bouche mais le visage de Thorin s'adoucit et il semble quelque peu amusé.
-Puisqu'on est en France… dit-il, puis il regarde ses neveux. Vous êtes prêts pour aller dans l'eau ?
Les garçons acquiescent joyeusement et Bilbo est heureux de voir que Fili semble finalement excité. Mais c'est Kili qui le regarde avec un grand sourire.
-Voulez-vous venir faire des châteaux de sable avec nous ? demande-t-il. Vous êtes supposé en faire si vous êtes à la plage.
Bilbo est un peu pris de court et regarde le garçon, bouche-bée.
-Oh ! Eh bien, mon Dieu, si seulement je l'avais su, dit-il en tirant sur son teeshirt, jetant un regard à Thorin qui semble aussi surpris que lui. Vraiment, je détesterais m'imposer et, euh, j'étais en train de rentrer pour écrire.
Kili semble un peu dépité mais Fili se redresse.
-Qu'est-ce que vous écrivez ?
-J'ai écrit quelques livres pour enfants et jeunes adultes, répond Bilbo. Je travaille sur une trilogie fantastique, en ce moment.
-Quelques-uns que nous pourrions connaître ? Demande Thorin, l'air sincèrement intéressé. Ils sont tous les deux de grands lecteurs.
Bilbo se racle la gorge.
-Ah, peut-être ? Répond-il en regardant les garçons. J'ai écrit La Vouivre Rouge, Un conte Hobbit…
Kili interrompt Bilbo en poussant un cri de surprise et attrape la main de son oncle en tirant dessus.
-La Vouivre Rouge, Indad ! C'est mon préféré ! Vous l'avez vraiment écrit ? demande-t-il regardant Bilbo avec des yeux écarquillés par l'excitation.
Bilbo rigole et se passe la main sur la nuque.
-Oui, c'est bien moi. Je suis très heureux d'entendre que c'est ton préféré, dit-il alors que quelque chose de chaleureux s'installe dans sa poitrine.
-C'est vraiment le cas, je le lui ai lu l'année dernière, dit Thorin en souriant. Le monde est petit. Allez, il est temps de laisser monsieur Sacquet retourner écrire.
Il incline la tête en direction de Bilbo et fait signe aux garçons de le suivre.
Kili semble sur le point de protester, formant une moue avec ses lèvres, puis pousse un énorme soupir.
-Peut-être que vous pouvez faire des châteaux de sable avec nous demain ! » Déclare-t-il avant de se retourner et de se hâter vers la mer. Son garde du corps se dépêche de le suivre.
Fili lui fait poliment signe de la main avant de partir à la suite de son frère, son propre garde le suivant de près, et c'est à ce moment que Bilbo remarque le garde du corps à la porte, Fundinson, debout sur la terrasse de la maison de Thorin. Il a soudain envie de rire en voyant que l'homme porte des vêtements civils et semble assez déplacé dedans. Il se rapproche quand Thorin s'attarde, cependant, et tout l'amusement de Bilbo disparaît.
Il regarde Thorin et se racle la gorge.
« Vous avez des neveux adorables. »
Thorin hoche la tête, sourit de nouveau et le cœur de Bilbo accélère traîtreusement.
« Merci. Ils tiennent ça de leur mère, dit-il, puis il se tourne pour partir. Monsieur Sacquet.
-Votre Majesté, répond Bilbo en se sentant un peu idiot, mais il semble que ce soit la manière correcte de s'adresser à lui.
Thorin s'arrête et le regarde par-dessus son épaule.
-Thorin » corrige-t-il avant de marcher à la suite de ses neveux, son immense garde du corps le suivant, encore plus grand que lui.
Fundinson lance à Bilbo un long regard calculateur en passant près de lui, ce qui le fait se sentir inconfortable dans sa propre peau jusqu'à ce qu'il réalise la permission que Thorin vient de lui donner. Son cœur se met immédiatement à battre la chamade et le bout de ses doigts picote. Il regarde la famille s'éloigner un moment, puis il réalise que c'est probablement impoli et se dépêche de rentrer chez lui.
Bilbo se cuisine une salade verte avec du jambon cru, des cerises séchées et une vinaigrette au cassis. Il prend son repas sur la terrasse comme il le fait toujours, avec un thé à la framboise et son ordinateur sur les genoux. Il s'avère incapable de se concentrer sur autre chose que son compte Twitter pendant qu'il mange et s'il regarde celui de Thorin Durin, eh bien, personne n'est là pour le voir. Ses tweets sont majoritairement politiques, parfois à propos des bonnes actions de ses sujets et Bilbo se demande s'il les écrit lui-même ou s'il a une équipe qui le fait pour lui.
Quand Bilbo regarde la plage, il lui faut un peu de temps mais il finit par repérer la famille et leurs gardes du corps. Il les observe un moment par-dessus son ordinateur jusqu'à ce que l'envie d'écrire le démange et qu'il ouvre son dernier chapitre. Il termine son thé et se met à écrire sans voir les heures défiler.
C'est seulement quand le soleil commence à baisser à l'horizon que son ordinateur indique que la batterie est déchargée et il rentre pour le brancher. Il se sert à boire et s'installe sur le canapé pour regarder Netflix jusqu'à l'heure du dîner. Il se perd dans ses séries et en sort seulement à cause d'une série de coups sur sa porte qui le fait sursauter. Il est tenté de les ignorer, car deux visiteurs en une semaine est un peu trop, mais sa curiosité prend le pas sur sa flemme et il se lève pour aller ouvrir.
Il ouvre la porte et cligne des yeux rapidement.
Il est d'abord surpris par le foutu roi d'Erebor debout sur son perron et ouvre la bouche, puis la ferme avant de réaliser que Thorin se tient derrière ses neveux avec trois gardes du corps différents un peu plus loin.
« Mon dieu, bonjour encore, dit Bilbo une fois qu'il a retrouvé ses esprits.
-Désolé de vous déranger, monsieur Sacquet, dit Kili comme s'il avait répété avant.
Il lève soudainement un exemplaire de La Vouivre Rouge visiblement bien usé et offre un large sourire à Bilbo.
-Pouvez-vous signer mon livre, s'il vous plait ?
-Oh ! Bien sûr, j'en serais honoré, Kili, répond Bilbo, plus qu'un peu surpris, en souriant au garçon.
Thorin donne un petit coup à Fili, qui s'avance en tenant également un livre dans ses mains. Il le lève.
-Nous avons regardé, dit-il, et vous avez écrit Le Changeur de Peau, et c'est un de mes livres favoris, donc…
Il n'a pas l'air sûr de lui et Bilbo laisse échapper un petit rire.
-Je serais ravi de le signer, si tu veux, et il sourit quand Fili lui rend un sourire hésitant et hoche la tête.
Thorin a l'air soulagé.
-Merci, dit-il. Ils n'ont pas arrêté d'en parler pendant la dernière heure. Ils ne m'auraient jamais pardonné si nous n'avions pas essayé.
-C'est un plaisir, vraiment. Je suis heureux que vous aimiez mes livres, les garçons, répond Bilbo en souriant à Thorin puis aux enfants.
Il tend la main et ils lui donnent les livres pendant que l'un des gardes s'avance pour donner un stylo à Thorin, qui le donne à Bilbo.
Il signe les livres avec un petit message, comme il le fait toujours, puis il les rend à leurs propriétaires.
-Et voilà, dit-il en regardant les garçons ouvrir leurs livres pour lire les dédicaces avec un immense sourire.
-Merci, monsieur Sacquet ! Gazouille Kili en serrant le livre contre sa poitrine.
-Merci, monsieur Sacquet ! déclare Fili d'un ton joyeux, semblant satisfait.
-S'il vous plaît, appelez-moi Bilbo, répond-il en riant. Avez-vous passé un bon moment sur la plage ?
Les deux acquiescent joyeusement.
-Indad, Indad ! Montre à Bilbo le château de sable qu'on a fait ! »
Thorin fixe Bilbo un moment, semblant l'évaluer, puis il soupire quand Kili émet un bruit impatient. Il sort son téléphone portable de sa poche, le déverrouille et parcourt le contenu. Il finit par le tourner pour montrer une photo à Bilbo qui tente d'ignorer que c'est le téléphone d'un monarque et qu'il y a toutes les chances pour que ce soit son outil principal pour régner sur son pays.
Leur château de sable est grand, large, et semble leur avoir pris les quelques heures qu'ils ont passé sur la plage.
« Oh, il est magnifique ! Ces angles sont splendides, je n'aurais jamais été capable de faire quelque chose comme ça !
-Notre oncle a fait cette partie, dit Fili, j'ai fait les tourelles.
-Et elles sont remarquables, répond Bilbo. Je suis sûr que vous vous êtes bien amusés.
-Vous devez venir avec nous demain, Bilbo, pour vous amuser aussi, déclare Kili avec un sourire excité. Ou est-ce que vous devez encore écrire ?
Bilbo rit, regardant partout sauf Thorin.
-Eh bien, si je veux publier d'autres livres, je le dois, répond Bilbo, puis il souffle en voyant Kili plisser le nez. Seigneur ! Tu es sûr ?
Kili hoche rapidement la tête et Bilbo regarde finalement Thorin qui l'observe avec un sourcil haussé et un léger sourire sur les lèvres.
-Je ne voudrais vraiment pas m'imposer, je suis sûr que vous ne prenez pas souvent des vacances.
-Non, effectivement, répond Thorin qui se tourne ensuite vers Kili. Si monsieur Sacquet ne veut pas venir, on ne peut pas le forcer.
Kili a l'air de trouver cela hautement insatisfaisant qu'ils ne puissent pas, mais il acquiesce néanmoins et lève les yeux sur Bilbo avec un air solennel.
-Vous n'avez pas à le faire si vous ne voulez pas, dit-il, mais ça va être vraiment amusant ! Fili va essayer de faire du surf, Indad va lui apprendre !
Tout en essayant de ne pas imaginer un Thorin trempé, Bilbo regarde la petite famille et cède.
-Oh, très bien, dit-il, puis il laisse échapper un petit rire à l'idée de passer du temps avec un roi et ses neveux. Ses vacances prennent un tournant auquel il ne s'attendait pas. Quand, euh, quand dois-je être prêt ?
Fili et Kili regardent Thorin, qui sourit toujours légèrement.
-Dix heures, répond-il. J'ai un appel à treize heures donc nous devons repartir à midi trente.
Bilbo hoche la tête.
-Ça me va, dit-il, se sentant déjà nerveux malgré l'excitation. Je suppose que je vous verrai demain matin, alors.
Kili lui offre un sourire rayonnant et même Fili sourit tandis que Thorin incline la tête.
-Demain matin, dit-il avant de gentiment pousser ses neveux pour partir en leur murmurant quelque chose en khuzdul.
-Au revoir, Bilbo ! Le salue Kili joyeusement avant de tourner les talons, serrant son livre contre lui.
-Merci d'avoir signé nos livres », déclare Fili poliment avant d'agiter la main et de suivre son frère.
Thorin adresse un signe de tête à Bilbo et part. Bilbo les regarde un moment jusqu'à ce que son cœur craque et qu'il se dépêche de rentrer. Il se rend immédiatement dans la cuisine et se prépare un Long Island, nécessaire pour calmer ses nerfs ou il ne sera pas en état le matin venu. Il décide de se cuisiner des rillettes de saumon pour le dîner afin d'être seulement légèrement éméché lorsqu'il prend son second cocktail.
La soirée passe assez rapidement, Bilbo travaille sur son ordinateur, relisant son dernier chapitre pour faire de petites corrections. Puis il regarde The Great British Baking Show pour ce qui semble être la centième fois avant qu'il soit l'heure d'aller au lit. Il prend une douche rapide, prépare des vêtements de plage pour le matin et se glisse dans son lit, regardant le plafond un moment en se demandant comment il en est arrivé là.
oOo
Bilbo se réveille horriblement tôt et blâme un certain roi et ses neveux d'en être la cause. Il s'habille pour la journée et descend sur la plage, regardant les surfeurs qui préfèrent les premières vagues du matin et il est plaisamment surpris lorsqu'il voit un groupe de dauphins. Il s'assoit sur le sable pour les regarder sauter dans les vagues. C'est seulement quand son estomac commence à protester qu'il décide de rentrer au cottage et de se faire un rapide petit-déjeuner avec des toasts, des œufs et plus de lait et de sucre dans son café qu'il n'est autorisé d'en mettre.
Quand dix heures sonnent au clocher, Bilbo quitte sa maison, essuie ses mains moites sur son short et regarde vers la maison de ses voisins. Fili et Kili sont déjà en train d'attendre sur la terrasse avec leurs éternels gardes du corps et dès qu'ils l'aperçoivent, ils courent vers lui en le saluant. Bilbo suspecte que Fili est surtout content d'aller apprendre à surfer et ne fait pas de remarque sur ses bavardages aux côtés de son frère. L'idée qu'ils soient déjà suffisamment à l'aise avec lui pour agir aussi naturellement installe quelque chose de chaud et de confortable dans sa poitrine.
Thorin finit par les rejoindre, son garde du corps Fundinson dans son sillage, habillé d'un teeshirt noir et d'un short de plage bleu et tenant deux planches de surf. Bilbo le salue en essayant de ne pas fixer ses imposants biceps. Le monarque est trop séduisant pour son propre bien et Bilbo se demande pourquoi il n'est pas marié; il est peut-être jeune pour un roi mais il est toujours au début de la quarantaine. Peut-être qu'être un prince et un roi n'a pas rendu facile le fait de trouver un partenaire sur lequel il puisse compter.
Repoussant ses pensées sur le côté, Bilbo descend sur la plage avec la famille et se retrouve rapidement assis dans le sable avec Kili, qui commence immédiatement à travailler sur ce qu'il promet être le plus grand château de sable qu'il ait jamais fait. Bilbo l'aide tout en jetant subrepticement des regards vers l'océan où Thorin et Fili sont allés, et où le roi aide son neveu à tenir sur sa planche de surf.
Thorin n'a pas retiré son tee-shirt qui colle joliment à sa peau et Bilbo s'admoneste pour l'avoir remarqué. Développer un béguin pour un roi pendant ses vacances en France est vraiment la dernière chose dont il a besoin.
Quand Bilbo et Kili ont construit un château digne de quelques photos, Kili déclare qu'il souhaite aller nager et Bilbo l'emmène dans l'eau et le surveille pendant qu'il joue dans les vagues. Il discute un peu avec les gardes du corps, Fundinson et Stevens, comme s'est présenté le deuxième, et décide qu'ils ne sont pas aussi terrifiants qu'il l'avait pensé à l'origine. Fundinson dit qu'il travaille avec Thorin depuis vingt-cinq ans et Bilbo suspecte qu'ils doivent être devenus bons amis s'ils ont passé autant de temps en compagnie l'un de l'autre.
Quand il est presque midi trente, Fundinson appelle Thorin, et Fili et lui sortent de l'eau avec Kili.
« J'ai faim, déclare le petit garçon.
-On mangera après mon appel, Kili, répond Thorin.
Ses cheveux mouillés collent à son front, ce que Bilbo tente vaillamment de ne pas fixer.
-Mais ça peut durer des heures ! S'exclame Kili avec le désespoir que seul un enfant de sept ans peut exprimer.
-Pas si je peux y faire quelque chose, dit Thorin d'un ton pince-sans-rire.
Bilbo sourit pour lui-même pendant qu'ils remontent la plage de sable et même s'il est toujours en train d'essayer d'intégrer qu'il passe du temps avec une famille royale, il admet qu'il passe un bon moment. Kili est un petit garçon adorable et Fili semble avoir une bonne nature. Bilbo se demande à quel point Thorin a la main sur leur éducation. S'il n'a pas d'enfant lui-même, est-ce que ses neveux sont ses héritiers ? Si c'est le cas, alors il marche aux côtés d'un futur roi et d'un prince et son cœur rate un battement.
-Est-ce que Bilbo peut manger avec nous ? Demande Kili quand ils arrivent près de leurs maisons en regardant d'abord Thorin, puis Bilbo avec un immense sourire. On fait des pizzas !
-Des pizzas ! Mon dieu, ça semble tout à fait délicieux, dit Bilbo en souriant, rigolant lorsque Kili agite la tête joyeusement. J'aime les pizzas faites maison mais j'ai ma propre nourriture à manger avant qu'elle ne périme, tu sais.
L'idée de manger avec Thorin et ses neveux est un peu accablante.
-On ne peut pas prendre toutes les vacances de monsieur Sacquet, dit Thorin, quoiqu'il semble suspicieusement amusé. Peut-être la prochaine fois.
-Comme demain ? Demande Kili.
Thorin demeure silencieux un moment et s'arrête lorsqu'ils sont près de la petite clôture qui sépare leurs deux maisons. Il regarde Bilbo attentivement, ce qui est un peu intimidant, mais il incline la tête.
-Si monsieur Sacquet est d'accord, dit-il en posant sa main sur la tête de Kili.
Le petit garçon glousse et essaie de se dégager puis regarde Bilbo en haussant les sourcils dans l'attente de sa réponse.
Bilbo hésite un peu. Il a l'impression que s'il accepte l'invitation, il va sans aucun doute se rendre ridicule et se rappeler pour toujours ces vacances comme étant celles où il se sera fait honte devant un roi séduisant. Il ne connait pas l'étiquette, même s'il se demande à quel point elle est applicable lors de vacances à la plage. D'un autre côté… L'idée que Thorin semble avoir suffisamment confiance en lui pour ne pas être dangereux et pour bien traiter ses neveux est vraiment quelque chose. Son sang tambourine dans ses veines et il regarde la famille, qui l'observe en retour, et décide qu'il n'a qu'une seule vie et qu'il faut sauter le pas.
-J'aimerais beaucoup, dit-il en souriant un peu. Mais seulement à deux conditions.
Il prend un air extrêmement sérieux en regardant les garçons.
-Que je sois autorisé à amener le dessert…
Les garçons sourient.
-Et que vous m'appeliez Bilbo.
Cette dernière remarque est directement adressée à Thorin, qui le regarde intensément.
Thorin le fixe simplement pendant un moment puis il sourit, un large et magnifique sourire plein de dents, et acquiesce.
-Bilbo, dit-il de sa voix riche comme le miel.
Cela provoque de terribles choses dans le cœur de Bilbo. Il se redresse un peu et offre un grand sourire.
-Très bien, alors, je vous verrai tous demain ! J'attends ça avec impatience, dit-il en se balançant sur ses orteils.
-À cinq heures, déclare Thorin avant de faire signe aux garçons. Allez vous laver. Vous pourrez préparer la cuisine pendant que je suis au téléphone. »
Les garçons poussent des exclamations de joie, saluent Bilbo rapidement et se dépêchent de rentrer dans la grande maison, leurs gardes du corps à leur suite. Thorin rit et regarde Bilbo en inclinant la tête avant de suivre ses neveux, Fundinson dans son sillage, et Bilbo jure avoir vu le garde lever les yeux au ciel. Il se demande pourquoi en allant sur sa propre terrasse.
Il nettoie ses jambes avec le tuyau d'arrosage avant d'aller à l'intérieur et se dirige immédiatement vers la douche pour enlever le sable de tous les endroits douteux.
Malgré son inquiétude, il est indéniablement excité et se sent sur un petit nuage le reste de la journée.
oOo
Bilbo se trouve de nouveau réveillé tôt et passe la matinée sur la plage en essayant de ne pas penser à toutes les possibilités pour que la soirée tourne au fiasco. Il se met à paniquer légèrement, malgré le doux chant des vagues, et lorsqu'il réalise qu'il ne fait que se plaindre intérieurement, il décide qu'il est ridicule et retourne à son cottage pour prendre son vélo et aller au marché avant qu'il n'y ait trop de monde. Il a promis un dessert et cuisiner le calmera.
Il décide d'acheter de quoi faire une tarte tatin, en espérant que la famille Durin aime les pommes, mais il prend aussi une douzaine de macarons pour aller avec, juste au cas où. Après avoir réuni tout ce dont il a besoin, il retourne au cottage et après un rapide petit-déjeuner, il prépare le dessert. Ce sera prêt pour cinq heures et il pourra écrire le reste de la journée plutôt que de s'en inquiéter.
Une fois que les pommes ont caramélisé et que la pâte feuilletée a doré, Bilbo couvre le plat et le laisse sur le comptoir pour plus tard. Il se prépare un Bellini puis sort sur la terrasse avec son ordinateur pour écrire. Ce n'est pas difficile de se remettre dans l'ambiance et il passe plusieurs heures à travailler sur deux chapitres complets, ce qu'il pense être une bonne progression, et il se prépare fièrement deux autres Bellini. Il espère que l'alcool aura disparu de son sang à cinq heures.
À trois heures, Bilbo devient impatient et rentre son ordinateur pour le charger. Il s'installe devant Netflix pour attendre mais se retrouve à regarder l'heure plus ou moins toutes les dix minutes.
C'est presque de la torture mais, finalement, il reste seulement quelques minutes avant cinq heures et Bilbo se précipite dans sa chambre pour enfiler quelque chose d'un peu mieux qu'une tenue de plage. Il espère que c'est assez et essuie ses mains moites sur son pantalon pour la énième fois avant d'attraper la tarte tatin et les macarons et de sortir de son cottage.
En traversant son petit jardin pour se diriger vers la grande maison d'à côté, la vue des éternels gardes du corps lui donne un sentiment de malaise. Et s'ils lui disent de partir ?
Ils ne le font pas. En fait, ils semblent l'attendre et l'un d'eux le salue par son nom et l'accompagne jusqu'à la porte de devant et l'ouvre pour lui.
Bilbo entre dans le vestibule et regarde autour de lui mais l'arrivée de Fundinson marchant dans sa direction l'arrête net et il déglutit avec difficulté.
« Bonjour ! » dit-il d'une voix un peu aigüe.
Fundinson fixe le plat dans ses mains et Bilbo se racle la gorge.
« Ah, c'est une tarte tatin. Des pommes et… de la pâte. Et quelques macarons du marché, dit-il avec hésitation. J'ai promis de ramener le dessert.
-Dwalin, appelle une voix grave familière et Bilbo et Fundinson regardent tous les deux à travers le hall où Thorin lui-même apparait. Il n'a pas l'intention de nous empoisonner.
Thorin sourit en se rapprochant et hausse un sourcil.
-Ou bien est-ce le cas ?
Bilbo rit nerveusement et même si c'est un peu plus aigu que d'habitude, il parvient à maitriser sa panique intérieure.
-J'ai bien peur que ça ne ruine mes vacances, dit-il en souriant. Et mon dernier livre.
Thorin laisse échapper un léger rire, un son réellement merveilleux, et fait signe à Bilbo de le suivre.
-Par ici, dit-il en partant en direction du couloir.
Bilbo se dépêche de le suivre en regardant autour de lui et est assez impressionné par le bon goût de la décoration de la maison, même s'il ne peut pas dire qu'il s'attendait à autre chose. Les couleurs vont du bleu au blanc en passant par le sable, les meubles sont peints en blanc et la décoration sur le thème de la mer donne à l'ensemble un air de maison de plage traditionnelle avec une touche française occasionnelle.
Thorin le fait passer à côté d'un large salon avec une énorme télévision et un canapé à l'air douillet pour entrer dans la cuisine. C'est un endroit confortable, même si les équipements semblent neufs et brillent sous la lumière. Il y a une table à manger au bout de la pièce, offrant une vue splendide de l'océan et du coucher de soleil.
Bilbo est plutôt saisi par la vue et manque presque Thorin lui indiquant où il peut poser le dessert. Il le dépose sur le comptoir et est sur le point de demander où sont Fili et Kili lorsqu'une exclamation joyeuse le coupe.
« Bilbo ! S'exclame Kili en débarquant dans la cuisine avec un sourire aussi brillant que le soleil. Fili est en train de peindre, venez voir !
Il attrape la main de Bilbo et commence à le tirer hors de la pièce.
Bilbo jette un regard à Thorin qui les regarde, un peu amusé, mais le monarque lui fait signe de suivre d'un mouvement du menton et il s'exécute. Non qu'il n'y ait pas de garde du corps patrouillant dans chaque pièce, semble-t-il, incluant Dwalin, qui regarde Bilbo passer comme un faucon depuis le salon.
Kili l'entraîne à travers une petite entrée, après les escaliers et jusqu'à une pièce qui fait face à l'océan. Il semble que c'était censé être une chambre, d'après la taille, mais il y a seulement un canapé, une autre télévision avec des consoles de jeux et des étagères remplies de livres et de jeux de société. Dans un coin de la pièce, il y a un large chevalet et Fili se tient debout devant avec un ensemble de peintures à côté de lui.
« Fili, montre ta peinture à Bilbo ! » Déclare Kili en tirant Bilbo dans la pièce.
Fili sursaute mais lève les yeux sur eux et soupire avant de s'éloigner de la toile et de la désigner d'un geste.
« Je voulais peindre un coucher de soleil qui ne soit pas juste à partir d'une photo, dit-il.
-Oh, Fili, c'est magnifique ! » s'exclame Bilbo en regardant la peinture.
Ce n'est pas encore tout à fait terminé mais c'est une représentation très fidèle du coucher de soleil sur la plage, faite avec beaucoup de talent.
« Mon dieu, tu es un très bon artiste. »
Les joues de Fili deviennent rouges mais il sourit et acquiesce.
« Je peins depuis que j'ai quatre ans, répond-il fièrement en se retournant vers son chevalet. Est-ce que c'est déjà l'heure de manger ?
« Indad n'a pas encore fini de préparer, répond Kili en plissant le nez. Il fait du poulet avec des champignons ! »
Fili renifle mais ne rétorque rien et Bilbo regarde Kili pensivement.
« Tu n'aimes pas les champignons ? »
Kili secoue la tête rapidement.
« Ça a le goût de caoutchouc, déclare-t-il avec véhémence. C'est dégoûtant !
-Tu ne sais pas quel goût a le caoutchouc, dit Fili, et Bilbo ne serait pas surpris qu'il lève les yeux au ciel. C'est pour ça que notre Oncle te fait des haricots verts à la place. »
Kili soupire comme s'il supportait tout le poids du monde mais hoche la tête et tire Bilbo jusqu'aux étagères. Il commence une rapide discussion à propos de ses livres préférés (il assure à Bilbo que La Vouivre rouge est son favori parmi les favoris) et montre les jeux de société qu'il aime puis les jeux vidéo et consoles et explique le dernier jeu auquel il joue avec beaucoup trop de détails. Bilbo se contente d'acquiescer et de poser des questions au bon moment et rit gentiment devant l'enthousiasme de Kili.
Fili rit doucement de temps en temps, tout en peignant, et peu de temps après l'odeur délicieuse de la nourriture atteint leurs nez et les entraîne hors de la pièce. Ils traversent la maison en direction de la cuisine où Thorin se tient devant la cuisinière en train de terminer leur dîner.
Le cœur de Bilbo semble vouloir s'arrêter. Voir le large dos de Thorin dans sa magnifique chemise bleue et le regarder faire quelque chose d'aussi simple que la cuisine est presque trop pour lui. C'est une tâche complètement domestique et Bilbo se demande combien de temps il a pour cuisiner chez lui ou si le seul moment qu'il a pour le faire est pendant les vacances.
Thorin lève les yeux de la poêle et sourit.
« Dix minutes, dit-il avant de rire en voyant les mains de Fili. Va te laver, Fili. »
Fili se dirige vers l'évier et commence à se frotter les mains pendant que Kili s'approche de Thorin et se dresse sur la pointe des pieds pour regarder dans la poêle en plissant de nouveau le nez. Thorin souffle et le pousse gentiment loin de la cuisinière jusqu'à ce que le garçon aperçoive la tarte tatin et se redresse.
« Qu'est-ce que c'est ?
-Bilbo a fait le dessert, répond Thorin.
-Quelle sorte ? »
Ils regardent tous Bilbo, qui se racle la gorge plusieurs fois.
« Ah, une tarte tatin. Un classique français, ça semblait plutôt… approprié », dit-il, puis il tousse légèrement en voyant Kili froncer les sourcils. « Ce sont des pommes avec du caramel et une pâte feuilletée.
-Mmm, fait Kili en souriant avant de se tourner vers son frère. Fili déteste les pommes. »
Bilbo sent son estomac se plomber et regarde Fili, contrarié.
« Oh, Fili, je suis vraiment désolé. J'ai aussi apporté des macarons de plusieurs saveurs, dit-il.
-Pas de souci, répond Fili en agitant la main. J'aime les macarons, c'est bon. Kili et oncle Thorin aiment les pommes, de toute façon. »
Bilbo est quand même déçu, mais il hoche la tête et s'appuie contre le comptoir. Thorin se détourne de la cuisinière pour ouvrir le frigo et en sort une bouteille de vin blanc. Il la lève pour la montrer à Bilbo et ce dernier sourit.
« Avec plaisir, merci, dit-il.
-Si vous voulez bien vous asseoir, demande Thorin en ouvrant le vin.
Puis, en se tournant vers ses neveux, il ajoute :
-Que diriez-vous de mettre la table ? »
Fili et Kili hochent la tête et font pas mal de bruit en réunissant les assiettes et l'argenterie pour les poser sur la table et les répartir de manière un peu hasardeuse. Bilbo suspecte qu'ils ont normalement quelqu'un pour le faire à leur place; il se doute qu'ils ont quelqu'un pour tout faire à leur place mais il aime les voir agir comme des enfants normaux.
Thorin, d'un autre côté, est encore un peu difficile à cerner.
Le roi lui tend un verre rempli d'une bonne quantité de vin et quand Bilbo le prend, leurs doigts se frôlent et Bilbo fait tout ce qu'il peut pour ne pas rougir ou bafouiller en disant merci. Il se rue vers la table et prend la chaise que Fili lui indique pour s'y laisser tomber en s'admonestant à propos du rythme accéléré de son cœur.
Les garçons prennent place à table et commence une conversation enjouée à propos de la journée du lendemain. Il semble qu'une autre matinée de surf et de château de sable soit d'actualité, puis une sortie au musée et pour finir, une nuit en ville où ils dîneront dans un restaurant probablement beaucoup trop cher. Bilbo les écoute en souriant tout en jetant un regard en coin à Thorin de temps en temps.
Finalement, Thorin rejoint la table et saisit une assiette. Bilbo est tenté de proposer son aide, jusqu'à ce qu'il remarque que la nourriture est de toute évidence pour Kili, s'il se fie à la manière dont Thorin retire méthodiquement les champignons de la sauce crémeuse.
Il ramène l'assiette en même temps que la poêle et remplit chaque assiette d'une bonne quantité de poulet aux champignons. C'est un repas simple mais qui sent fantastiquement bon et l'estomac de Bilbo gargouille pendant qu'il attend que Thorin prenne place en bout de table. Une fois installé, il leur fait signe de manger et coupe son propre poulet.
Bilbo mange en étant extrêmement conscient de chacun de ses gestes et ne se sentant un peu mieux qu'en voyant Fili et Kili enfourner la nourriture dans leur bouche. Ils papotent entre chaque bouchée et Bilbo écoute en buvant son vin, participant de temps à autre.
« Où vivez-vous, Bilbo ? » demande Kili après un moment.
« Oh, ah, près de Londres. Environ trente minutes au sud, dans un petit village, répond Bilbo. Un plutôt bel endroit, même si c'est pratique d'être près de la ville.
-Je ne suis jamais allé à Londres, dit Kili en semblant joyeusement intéressé.
Fili souffle.
-Si, seulement tu ne t'en souviens pas. Tu étais un bébé, dit-il en prenant un verre de soda. Je veux y retourner, j'ai vraiment bien aimé.
-Toi, et ta mère également, répond Thorin avec un léger rire. On y retournera, Fili. Peut-être l'année prochaine.
-Est-ce que votre mère est rentrée à Erebor ? » Demande Bilbo, curieux tout en espérant ne pas franchir de ligne qu'il ne devrait pas.
Mais Fili se contente de lever les yeux au ciel.
« Non, elle est aux Bahamas avec papa. Ils voulaient être juste tous les deux.
-Nous avons donc décidé de partir en vacances, dit Thorin sévèrement. Vos parents méritent une pause.
-Je sais, répond Fili en s'adoucissant. Mais j'aimerais aller aux Bahamas aussi. Je veux peindre les plages, là-bas.
-Je suis sûr que tu en auras la possibilité, dit Bilbo, un peu hésitant. Je n'y suis jamais allé non plus. Je suis assez chanceux d'avoir mon cottage ici mais peut-être que je devrais voyager un peu plus loin que la France. Vous devez avoir vu pas mal d'endroits, ajoute-t-il en direction de Thorin.
-Pas assez pour le plaisir, répond Thorin avec un sourire en coin. Il y a des endroits que j'aimerais voir où je ne ferais pas l'aller-retour en moins de vingt-quatre heures. En même temps, Erebor est un pays magnifique.
-Êtes-vous déjà venu en Erebor ? demande Fili à Bilbo.
-Oh, seigneur, non, j'ai bien peur que non. De ce que j'en sais, ça semble un très bel endroit. Ça ne me dérangerait pas de visiter.
-Venez chez nous, Bilbo ! Je vous ferai visiter le palais ! » dit Kili avec excitation.
Bilbo reste bouche-bée, rougit et bafouille jusqu'à ce que Thorin rit, ce qui le réconforte immédiatement et chasse une partie de son stress.
« Si Bilbo venait en Erebor, ce serait pour faire plus que visiter le palais, » répond en Thorin en souriant à son neveu.
Puis, il ajoute en regardant Bilbo :
« Mais vous êtes son auteur favori. Ce serait un honneur de vous le faire visiter. »
Kili acquiesce sagement à cette déclaration et Bilbo, toujours occupé à reprendre ses esprits, prend un moment pour répondre.
« Oh, eh bien, mon dieu, réussit-il à dire. Et j'en serais honoré, vraiment. J'ai peur de ne pas pouvoir reprendre de vacances avant au moins un an, Kili, mais peut-être que je viendrai visiter tes montagnes.
-Il y a de belles pistes de ski, en hiver, dit Thorin comme s'il se moquait, ce qui est vraiment injuste.
-Je n'ai jamais skié de ma vie, » répond Bilbo d'un ton pince-sans-rire.
Il essaie de ne pas sourire quand Thorin se met à rire.
« Je pourrais vous apprendre, offre Fili en laissant son regard voyager entre Bilbo et son oncle, une étincelle dans ses yeux bleu. Je suis plutôt bon.
-Seigneur, c'est seulement si je viens en Erebor » répond Bilbo en se sentant un peu dépassé.
Il serait chanceux que les garçons se souviennent de lui après ces vacances, sans parler d'attendre qu'il vienne visiter leur pays. Ou leur rendre visite.
« Vous devriez. Vous aimerez, dit Fili joyeusement en souriant. Je sais que vous aimerez. »
Bilbo souffle et prend une grande gorgée de son vin.
« Peut-être que je viendrai, alors. » s'autorise-t-il à dire, et il ne peut s'empêcher de sourire quand Fili et Kili lui adressent de grands sourires.
Thorin le fixe plutôt intensément et juste au moment où Bilbo commence à se sentir scruté, le roi détourne le regard en direction de ses neveux.
« Prêts pour le dessert ? »
Les garçons poussent un cri de joie et Thorin sourit en se levant pour aller chercher la tarte tatin. Il prend trois assiettes et amène le tout sur la table en tendant à Fili la boîte de macarons, puis un couteau à Bilbo. Il le prend en se demandant un instant pourquoi, jusqu'à ce qu'il réalise avec un peu de retard qu'il est censé faire le service et se lève rapidement. Il coupe de généreuses parts de tarte et sert Thorin, Kili et lui-même, toujours un peu triste que Fili n'en prenne pas.
Mais Fili semble suffisamment heureux d'examiner les macarons et en attrape un au chocolat, en prend une bouchée et a l'air d'apprécier.
Bilbo grignote son dessert en jetant des regards à Thorin et Kili, et si le garçon commence immédiatement à engloutir sa part, Thorin prend plus de temps. Et puis il grogne.
Bilbo triture un peu sa fourchette et s'engage dans une bataille perdue d'avance contre un rougissement mais c'est un bruit plutôt obscène. Les garçons ne semblent pas le remarquer, occupés avec leurs desserts, mais quand Thorin grogne à sa seconde bouchée, Bilbo tousse.
« J'imagine que ça signifie que vous aimez ? demande-t-il en tirant légèrement sur son col.
-Extraordinaire, répond Thorin en souriant et en regardant Bilbo avec l'air d'un petit garçon. Vous devrez en refaire une si vous venez en Erebor. »
Bilbo éclate de rire en rejetant sa tête en arrière, puis il la secoue.
« Je pense que je ne pourrai pas dire non quand il sera temps de prendre des vacances l'année prochaine, dit-il en souriant à cette idée. Et comment suis-je censé vous informer que je suis dans le pays ? Dois-je vous taguer sur Twitter ?
-Vous pouvez, répond Thorin avec un sourire à la limite de la taquinerie. Ou je peux vous donner un email pour joindre quelqu'un au palais. »
L'amusement de Bilbo le quitte d'un seul coup. Cela ressemble à une offre sérieuse et l'idée que les garçons et même Thorin puissent vouloir le revoir, puissent vouloir passer du temps avec lui, est presque trop à assimiler. Il n'a rien fait de spécial, pas vraiment; il est peut-être l'auteur des livres préférés de Fili et Kili mais cela ne veut pas dire qu'ils se connaissent vraiment. Ils font preuve de beaucoup de confiance envers lui et c'est à la fois écrasant et excitant.
Le désir de visiter Erebor est soudainement puissant et il est douloureux de penser qu'il devra attendre pour le voir.
« Je suppose que vous allez devoir le faire, alors, dit-il avec un large sourire. J'aimerais vraiment ça. »
Thorin incline la tête et retourne à sa tarte tatin, heureusement sans faire plus de bruit en mangeant même s'il a l'air ravi.
Ils finissent leurs desserts et quand Thorin se lève pour rassembler la vaisselle, Bilbo se dépêche de l'aider. Ils emmènent tout jusqu'à l'évier et Bilbo propose de laver, ce qui est fermement décliné, jusqu'à ce qu'il insiste pour être impliqué dans le nettoyage. Ils argumentent un moment à propos de qui est invité et qui ne l'est pas jusqu'à ce que Bilbo gagne et Thorin lève les mains et le laisse prendre place à l'évier pour laver.
Les garçons rigolent en les regardant puis partent rapidement vers la salle de jeux en prenant la boîte de macarons avec eux et criant à propos de trouver un film à regarder.
Thorin se rapproche discrètement de Bilbo et commence à essuyer la vaisselle quand il la pose à côté, ce qui lui vaut un regard, mais il prétend simplement ne pas le remarquer et ils travaillent ensemble dans un agréable silence.
Après que Thorin a rangé la vaisselle propre, il fait signe à Bilbo de le suivre et ils vont dans la salle de jeu. Fili et Kili sont assis d'un côté du canapé, ce qui laisse seulement l'autre moitié pour que Bilbo et Thorin s'assoient, et leurs jambes se touchent presque une fois fait. C'est plus qu'un peu gênant pour Bilbo, qui est hautement conscient de la chaleur émanant de Thorin, mais il essaie de l'ignorer et regarde le début de Chevalier, surpris par le choix.
Les garçons finissent par descendre du canapé pour s'asseoir par terre avec des coussins devant la télévision, et Bilbo est coincé dans la situation inconfortable d'être trop près de Thorin mais de ne pas savoir si ce serait mal pris qu'il s'écarte. Thorin choisit pour lui en se levant et en disparaissant de la pièce et Bilbo se déplace rapidement à l'autre bout, soupirant de soulagement.
Ce n'est pas qu'il n'aime pas être proche de Thorin. Non, il apprécie plutôt, et c'est bien ce qui l'inquiète. Il ne peut pas développer de sentiments. Ce sont de terribles choses, pas bonnes, et il a fait vœu de ne pas en avoir de sitôt puisque ses livres sont ce qu'il y a d'important. En plus, Thorin est hors d'atteinte, dans un monde complètement différent de celui de Bilbo.
Il est roi.
Il est aussi probablement hétéro.
Mais le plus important, c'est un foutu roi.
Bilbo essaie de ne pas se demander pourquoi il se sent si dépité à ces pensées mais observe quand même les mouvements de Thorin quand il revient dans la pièce. Il ramène la bouteille de vin et leurs verres et les remplit avant de tendre le sien à Bilbo. Il marmonne un merci et boit rapidement son vin.
Les garçons rient fortement aux bons moments du film et d'une telle manière que Bilbo suspecte qu'ils l'ont déjà vu de nombreuses fois. Une fois que le vin fait son effet dans ses veines, il arrive à se relaxer et à rire avec eux, discutant occasionnellement avec Thorin à propos de tout et de rien. Il se demande si Thorin a souvent l'occasion de se relaxer, comme il semble le faire avec enthousiasme, et décide que cela lui va bien.
Finalement, le film prend fin et les garçons mettent un dessin animé que Bilbo ne connaît pas mais qu'il suspecte être un de leur préférés qu'ils regardent souvent, s'il se fie à l'expression légèrement consternée de Thorin. Ils le regardent un moment, jusqu'à ce que Bilbo réalise qu'il est presque neuf heures et regarde Thorin, n'ayant pas envie que la soirée se termine mais sachant qu'il le faut. Les garçons deviennent silencieux de toute façon et sont probablement fatigués de leur journée.
« Je ferais mieux de rentrer », dit Bilbo à Thorin.
Thorin le regarde et hoche la tête. Il y a quelque chose dans ses yeux que Bilbo ne peut pas expliquer mais il tourne le regard vers ses neveux et le moment passe.
« Fili, Kili, dit-il, dites au revoir à Bilbo.
-Vous partez ? demande Kili en geignant et Bilbo se surprend à rire.
-Je dois dormir, au bout d'un moment. » répond-il en se levant du canapé, suivi par Thorin.
Kili soupire mais saute sur ses pieds et court rapidement jusqu'à Bilbo. Il jette ses bras autour de sa taille et le serre. Avant que Bilbo puisse même penser à répondre, le garçon recule en souriant d'un air adorable.
Bilbo est infiniment touché et tente de ne pas en être ému.
« Bonne nuit, Kili » dit-il avec un sourire avant de regarder son frère.
Fili s'est rapproché et même s'il ne fait pas de câlin à Bilbo, il sourit et secoue la main.
« Bonne nuit, Bilbo. Merci pour les macarons, dit-il.
-Je t'en prie, Fili. Bonne nuit. » dit Bilbo en agitant également la main.
Thorin lui fait signe de le suivre et quand Kili fait mine de venir, Fili attrape son frère par l'épaule et commence à le tirer en arrière jusqu'à leur pile d'oreillers.
« Notre oncle va raccompagner Bilbo » murmure-t-il, juste assez fort pour que Bilbo l'entende.
Il s'interroge mais se tourne et suit Thorin vers l'entrée, passant à côté de Dwalin sur le chemin. Quand il sourit au chef de la sécurité, il obtient simplement un plissement des yeux en retour et se dépêche d'avancer.
Thorin s'arrête devant la porte d'entrée et ne l'ouvre pas, se tournant vers Bilbo à la place et sourit, chaleureux et beau.
« Merci d'avoir partagé le dîner avec nous. Et d'avoir apporté le dessert, dit-il. J'aimerais qu'on le refasse avant qu'on parte. Les garçons aimeraient beaucoup.
-Est-ce que vous essayez de m'extorquer un autre dessert ? demande Bilbo d'un ton suspicieux en essayant de ne pas sourire.
-Vous m'avez eu, répond Thorin en souriant. Je ne suis pas contre, dans tous les cas. Donc… Vous viendrez ? »
Bilbo ne sait pas bien quoi faire de ses mains, alors il les agite un peu puis croise les bras.
« J'aimerais beaucoup, dit-il avec honnêteté, même s'il se sent un peu troublé. Ce sont vraiment de gentils garçons. Je suis heureux de les avoir rencontrés.
-Et eux aussi. Tout comme moi, » dit Thorin.
C'est un peu trop honnête, du point de vue de Bilbo. Il sent son cœur accélérer et il déglutit difficilement en essayant de sourire, ce qui arrive plus facilement qu'il ne s'y attendait. Peut-être trop facilement, si la manière dont ses joues sont douloureuses est d'une quelconque indication.
« Bien, très bien, dit-il en se balançant sur ses pieds, décroisant les bras puis tendant une main à Thorin. Oui, vraiment, je suis heureux de vous avoir tous rencontrés. »
Thorin lui serre la main de sa façon chaude et ferme et il s'attarde un moment de plus que ce à quoi Bilbo s'attend. Les doigts de Thorin frôlent son poignet en s'en allant et Bilbo doit s'empêcher d'attraper sa propre main pour essayer d'en conserver la chaleur.
« Mardi ? demande Thorin en souriant.
-Je n'ai rien de prévu. Allons-y pour mardi, répond Bilbo en se sentant léger sur ses pieds. Bien, ah, j'espère que vous passerez une bonne journée demain. Et merci de m'avoir reçu ce soir.
-Avec plaisir », dit Thorin et cela sonne comme s'il le pensait. Il ouvre la porte pour Bilbo. « Nous vous verrons dans deux jours. Dormez bien. »
Bilbo sort dans l'air encore chaud du soir et sourit en jetant un regard en arrière vers Thorin.
« Vous aussi. Bonne nuit, Thorin, dit-il, le prénom du monarque roulant, de manière surprenante, facilement sur sa langue.
-Bonne nuit, Bilbo » répond Thorin à voix basse.
Il semble hésiter à fermer la porte mais il le fait finalement et Bilbo relâche doucement sa respiration.
Il se tourne, traverse le jardin en direction du trottoir, presque sans apercevoir les gardes du corps postés autour. Il avance vers son cottage et, une fois entré, ferme la porte derrière lui et se laisse appuyer dessus. Il ferme fort ses yeux, son sang semblant léger et aérien et entend Thorin dire son nom avec sa parfaite voix douce.
Bilbo n'arrive pas vraiment à se le sortir de la tête et décide de se préparer un rhum coca avant de se préparer pour aller au lit.
Il en prend trois et tombe dans un sommeil profond, rêvant de rois.
oOo
Bilbo démarre sa matinée lentement, en prenant son temps pour se réveiller et quand il se tire finalement hors du lit, il se prépare des crêpes avec des fruits et une sauce au chocolat pour le petit déjeuner, accompagnées de quelques tasses de café. Il se promène sur la plage et va plutôt loin, appréciant le moment, même s'il ne peut s'empêcher de penser à son repas prévu avec la famille Durin. Il pense que, s'il ne peut pas se remettre à écrire bientôt, sa journée sera vraiment improductive et il décide de retourner au cottage.
Évidemment, Bilbo croise la famille Durin sur son chemin. Ils vont à la plage, planches de surf sous le bras, suivis par leurs gardes du corps, et il se demande s'il doit les saluer. Il n'aime pas l'idée de s'imposer plus pendant leur temps en famille alors qu'il n'a pas été invité et il hésite à s'approcher.
Il n'a pas vraiment le choix quand Fili l'aperçoit et agite la main, attirant l'attention de son frère qui commence à crier pour lui dire de venir les voir.
Bilbo le fait, légèrement nerveux, ce qui semble être un état constant auprès de la famille, mais il sourit néanmoins en s'approchant.
« Bonjour, dit-il, comment allez-vous tous, aujourd'hui ?
-Bien ! s'exclament les garçons en chœur, faisant rire Bilbo et Thorin.
-Bonjour, dit Thorin avant de montrer son surf. Vous voulez vous joindre à nous ?
-Oh seigneur, non merci, répond Bilbo en riant. En fait, j'ai prévu d'écrire toute la journée mais j'ai une question pour vous tant que je vous ai sous la main. »
Thorin sourit légèrement mais il semble un peu hésitant maintenant et Bilbo suppose qu'il aurait dû s'expliquer plus; il imagine que Thorin entend beaucoup de questions auxquelles il n'a pas envie de répondre.
« À propos du dîner, se dépêche-t-il d'ajouter, mardi. Je me demandais si, euh, vous aimeriez venir chez moi ? Pour que je puisse cuisiner pour vous cette fois-ci ? »
Thorin hausse les sourcils et regarde Bilbo un moment puis jette un regard pensif à Dwalin qui se tient non loin. Le chef de sécurité les regarde tour à tour avant de secouer la tête.
« Pas chez monsieur Sacquet. À la maison, dit-il d'une voix bourrue.
-C'est bien ce que je pensais, dit Thorin en souriant avec ironie en se retournant vers Bilbo. Si vous voulez cuisiner, je ne suis pas contre, mais ce devra être dans ma cuisine.
-Je peux faire fonctionner n'importe quelle cuisinière, dit Bilbo en souriant largement. Bien ! J'aime vraiment cuisiner et j'apprécierais de vous retourner la faveur.
-Vous avez fait le dessert, signale Thorin, ce à quoi Bilbo souffle avec dédain.
Thorin sourit, l'air curieux.
-Que ferez-vous ?
-Est-ce que vous aimez le canard ? »
Thorin hoche la tête et regarde ses neveux. Ils regardent tous les deux leur oncle et Bilbo et Fili acquiesce d'un signe de tête tandis que Kili se contente de hausser les épaules.
« C'est suffisant pour moi, dit Bilbo en riant légèrement. Canard avec pappardelle. Vous aimerez ça.
Il tape ses mains ensemble.
-Eh bien, je vais écrire un peu. J'espère que vous vous amuserez bien en surfant. »
Pour une fois, Kili semble suffisamment distrait par l'idée d'être à la mer et ne demande pas à Bilbo de rester, ce pour quoi il est reconnaissant. Les garçons crient simplement des au revoir et courent jusqu'à l'océan et Thorin soupire, sourit à Bilbo, lui dit de venir pour cinq heures cette fois encore et le salue. Bilbo l'observe de dos jusqu'à ce qu'il réalise ce qu'il est en train de faire et se dépêche de rentrer chez lui.
Il écrit la plus grosse partie de la journée, va au marché pour acheter ce dont il a besoin pour dîner et boit un daiquiri fraises avec son repas. Il se rend compte qu'il a hâte de voir les Durin, de cuisiner pour eux et avec un peu de chance, de les impressionner, et malgré Netflix et une autre promenade sur la plage, sa nuit passe un peu trop lentement à son goût.
Le jour suivant n'est pas beaucoup mieux. Il boit, mange et écrit mais les heures passent lentement, spécialement quand il ne voit pas du tout le roi et ses neveux. Il est légèrement déçu mais il s'admoneste, parce qu'il va passer une autre soirée avec eux et qu'ils ne sont pas à lui de toute façon. Il connaît à peine ces gens.
Mais il les apprécie vraiment beaucoup.
Le soir finit par arriver et Bilbo enfile le plus beau teeshirt qu'il a apporté et rassemble ce dont il a besoin pour préparer le dîner, empilant le tout dans des sacs et se dirige vers la grande maison. Les gardes du corps hochent la tête dans sa direction et l'un d'eux ouvre la porte d'entrée et le presse à l'intérieur, où il rencontre encore Dwalin. Le grand homme prend quelques-uns de ses sacs et les porte jusqu'à la cuisine et Bilbo commence à se sentir un peu déplacé sans Thorin, Fili ou Kili en vue.
Il furète un peu dans la cuisine, jetant un œil aux casseroles et aux poêles dont il aura besoin et est heureux de constater que c'est plutôt bien équipé. Il fait les cent pas autour de l'îlot jusqu'à ce qu'il décide de s'y mettre avant de se sentir vraiment perdu.
Heureusement, Thorin apparaît après quelques minutes et il est au téléphone. Il lance à Bilbo un regard d'excuse et recommence à parler en khuzdul et semble très ferme et un peu sec. Il élève même la voix une fois et quand il finit par raccrocher, il dit quelque chose qui ressemble à une odieuse insulte et Bilbo le regarde depuis là où il prépare le canard sur le comptoir.
« Mauvais appel ? demande-t-il, inquiet de son accueil à un tel moment.
-Un dont je n'avais pas besoin, répond Thorin mais il sourit. Pas de quoi s'inquiéter. Avez-vous besoin d'aide ?
-Non, non, je gère, répond Bilbo rapidement, n'aimant pas avoir quelqu'un dans les jambes quand il cuisine. Où sont les garçons ?
-Je suis désolé, ils n'ont pas encore été prévenus que vous êtes là, dit Thorin en se tournant vers la salle de jeux. Fili, Kili ! appelle-t-il de sa voix grave qui porte facilement à travers la maison. Bilbo est là ! »
Des cris de joie se font entendre comme s'ils venaient de leur salle de jeux, rapidement suivis de bruits de pas tonnant puis Fili et Kili font leur entrée. Ils saluent Bilbo avec enthousiasme, mettent le nez dans les sacs de courses et l'informent que Thorin a acheté deux tartes au marché, ce à quoi Thorin répond que c'était censé être une surprise et Bilbo se surprend à rire.
Il est étonné de voir à quel point il se sent à l'aise. Ses inquiétudes semblent une perte de temps maintenant et il se met joyeusement à cuisiner en papotant avec les garçons et occasionnellement Thorin, qui s'assoit à table et regarde Bilbo, qui est trop dans son élément pour en être ennuyé. Le dîner est prêt environ trente minutes plus tard et Bilbo sert à tout le monde une généreuse portion de pâtes avec une tranche de baguette fraîche et Thorin leur verse du vin rouge sans demander. Ils s'assoient à table et s'attaquent à leur repas et Bilbo est à la fois fier et flatté quand Kili fait des sons de délice et Fili lève un pouce dans sa direction.
Heureusement, Thorin ne grogne pas cette fois-ci mais il complimente le dîner de manière répétée, ce qui ne manque pas de gêner Bilbo tout en le ravissant. Ils mangent, parlent et rient et c'est un agréable moment que Bilbo apprécie énormément. Les tartes pour le dessert ne font pas de mal non plus.
Il semble que leur soirée suive le même schéma que la précédente et ils vont dans le salon où Fili et Kili choisissent un film. Ils s'assoient par terre et Bilbo et Thorin prennent le canapé et discutent doucement pendant un moment.
Thorin se lève après une petite heure et Bilbo suspecte qu'il va soit regarder son téléphone soit aux toilettes. Mais quand il revient, il ne s'assoit pas et se penche par-dessus le dossier du canapé, proche de Bilbo.
« Les étoiles sont magnifiques, ce soir. » murmure-t-il doucement.
Quelque chose dans sa manière de parler fait se contracter l'estomac de Bilbo et battre son cœur plus vite. Il regarde le roi et cligne des yeux plusieurs fois jusqu'à ce que Thorin lui fasse signe de le suivre et qu'il se lève précautionneusement du canapé, jetant un œil à Fili et Kili qui sont absorbés par le film, et suit Thorin. Il l'emmène sur la terrasse dehors, murmurant quelque chose en khuzdul au garde du corps qui y est posté et le grand homme part de l'autre côté de la maison.
C'est la première fois qu'il est réellement seul avec Thorin et il ne sait pas vraiment quoi faire de lui-même. Il enfonce ses mains dans ses poches pendant qu'ils marchent jusqu'à l'extrémité de la terrasse et finit par lever les yeux vers le ciel étoilé.
« Oh, c'est magnifique » dit-il, soudainement heureux que Thorin l'ait invité malgré son état nerveux.
Les étoiles semblent plus proches que les autres nuits et même s'il fait un peu plus froid ce soir-là que les précédents, c'est une belle vue et l'une des nombreuses raisons pour lesquelles il est heureux d'être à Biarritz.
« Fili devrait les peindre. »
Thorin rit doucement et Bilbo réalise à quel point il se tient près de lui.
« Il a pris quelques photos la nuit dernière et prévoit de les peindre quand nous serons rentrés, dit-il en souriant d'un air affectueux.
-Il est très doué pour son âge, répond Bilbo, je ne pourrais jamais me prévaloir d'un tel talent.
-Ils ont tous les deux du talent. Fili veut être un artiste professionnel jusqu'à ce que le devoir l'appelle. Kili veut être violoniste. Il joue depuis qu'il est capable de tenir un violon.
-Mon dieu, quels neveux talentueux vous avez, dit Bilbo en souriant. Vous devez être aussi fier que leurs parents.
-Toujours, réponds Thorin, puis il sourit. Et vous, monsieur Sacquet ? Avez-vous d'autres talents que ceux d'être un bon écrivain, un bon cuisinier et de faire d'excellentes pâtisseries ? »
Bilbo rougit, se racle la gorge et se balance sur ses orteils.
« Je suis doué au jeu des marrons, dit-il, et occasionnellement aux fléchettes, quand je suis dans un bar. »
Thorin rit de sa voix grave et profonde qui réchauffe Bilbo.
« Donc vous visez bien, dit-il d'une voix légèrement moqueuse, vous avez ciblé mes neveux avec précision.
-Je suis quelqu'un de très agréable, dit Bilbo avec enthousiasme, ce qui tire un sourire à Thorin. Ils m'ont plutôt bien eu aussi. Je, euh… Je ne verrai vraiment pas d'inconvénient à les revoir.
-Venez en Erebor, dit Thorin rapidement, puis il se racle la gorge. Vous y serez le bienvenu. »
Il semble chercher ses mots un moment, les sourcils froncés.
« Et… je suis sûr que ma sœur aimerait rencontrer l'auteur favori de ses fils. »
Bilbo a l'impression que ce n'est pas exactement ce que Thorin avait prévu de dire mais avant qu'il ne puisse se questionner à ce propos, la porte de derrière s'ouvre et la tête de Kili apparait.
« Qu'est-ce que vous faites -mmmf ! » commence-t-il à dire, mais une main apparait et lui cache la bouche.
Fili attrape son frère et le tire à l'intérieur.
« Pardon, pardon, dit-il rapidement. Vous parlez. On sera, euh… à l'intérieur… quand vous reviendrez. Salut ! »
Il traîne son frère, fermant la porte derrière eux et semble lui adresser une rapide réprimande. Kili tape du pied mais quel que soit l'argument utilisé par Fili ensuite, il pousse un grand soupir et retourne s'installer dans le salon.
Bilbo les regarde bouche-bée et quand il tourne son regard vers Thorin, il remarque que ses joues semblent un peu rouges et ne peut s'empêcher de s'en émerveiller. Ils se regardent l'un l'autre pendant un moment puis Thorin sourit un peu et Bilbo ne peut rien faire d'autre que rire.
« Seigneur, qu'est-ce que c'était que ça ?
-Je me demande bien » répond Thorin, toujours souriant et semblant plus heureux et détendu que Bilbo l'a vu jusque-là.
Cela le réchauffe jusqu'aux orteils, qu'il replie dans ses chaussures et il se sent léger comme s'il allait s'envoler. Ils tombent dans un silence agréable, regardant les étoiles et la plage au loin en profitant du bruit des vagues. Bilbo a le sentiment que c'est un moment parfait et que s'il embrassait Thorin, ce serait un moment divin mais il écarte rapidement cette pensée.
Ses vacances ont pris un tournant de conte de fées, devenir ami avec un roi et ses neveux… Bilbo est simplement heureux d'avoir autant. Il remercie le destin, dans lequel il ne croit normalement pas, pour l'avoir fait venir à Biarritz cet été.
Finalement, Thorin touche son bras, ce qui le surprend un peu, et la main de Thorin saisissant gentiment son coude n'aide pas vraiment, mais il suggère de rentrer pour finir leur vin et le film avec les garçons.
C'est ce qu'ils font et même si Fili continue de leur lancer des regards pour une raison que Bilbo ignore, c'est une manière idéale de passer le reste de la soirée. Finalement les garçons commencent à bailler et quand Bilbo prend conscience de l'heure, il leur dit au revoir et Thorin le raccompagne de nouveau.
« Jeudi ? demande-t-il à la porte et Bilbo se met à rire.
-Êtes-vous sûr ? J'ai l'impression que j'empiète beaucoup sur vos vacances…
-Pas du tout, répond Thorin, nous partons vendredi. Nous serons sur la plage pour les prochains jours, vous devriez vous joindre à nous. Si… si vous le voulez, bien sûr. Si vous n'êtes pas occupé à écrire, je veux dire. »
Bilbo ne pensait pas voir le jour où un roi bafouillerait et il sourit.
« Eh bien… si je m'applique à écrire toute la journée demain, je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas passer la journée de jeudi avec vous et les garçons. Oui, ça me semble bien. »
Thorin sourit et semble soulagé. Il se tourne en direction du couloir, aboie quelque chose en khuzdul et Dwalin apparaît comme surgi de nulle part et s'approche. Thorin ajoute quelque chose dans sa langue maternelle et le chef de la sécurité cherche dans sa poche pour en sortir un bloc-notes et un stylo qu'il tend à Thorin.
Thorin les prend et écrit quelque chose avant d'arracher la page pour la donner à Bilbo.
Il la prend, la regarde et voit une adresse email. Pendant un moment, il pense que Thorin lui a donné son email personnel jusqu'à ce qu'il le lise vraiment et voit qu'il est indiqué 'renseignements voyage'.
« Pour que vous envoyiez un email quand vous viendrez en Erebor, dit Thorin avec hésitation. Mes gens m'informeront si vous faites mention d'une invitation personnelle et donnez votre nom. »
Bilbo fixe Thorin un moment, son cœur battant rapidement dans sa poitrine, et commence à penser qu'il va en sortir avec tout le travail supplémentaire qu'il a à faire depuis qu'il a rencontré les Durin. Il se rend compte qu'il ne sait pas vraiment quoi dire et quand Thorin commence à avoir l'air inquiet, il se lance.
« Merci, dit-il et il le pense réellement. Je suis plutôt excité à l'idée de voyager en Erebor. »
Thorin sourit, largement et vrai.
« Bien, » dit-il.
Il ouvre la porte d'entrée et laisse la place à Bilbo.
« Merci pour le dîner. Si nous ne vous voyons pas demain, nous vous verrons jeudi. Portez une tenue de plage.
-Oh mon dieu. Je suppose qu'il le faudra. J'ai hâte d'y être. Bonne nuit, Thorin. »
Bilbo fait un signe de la main. Thorin murmure un bonne nuit et Bilbo se dépêche de rentrer chez lui, pensant que seul un martini pomme peut rendre sa soirée encore meilleure.
oOo
Bilbo passe son mercredi comme il l'a prévu : il écrit et progresse bien sur son livre. Il est un peu saoul plus tard ce soir-là et passe une heure à chercher Erebor sur Google et regarder ce qu'i faire pendant les vacances. Il regarde des photos du palais et du parlement et peut-être aussi quelques-unes de Thorin.
Il se réveille tard le jeudi et a un moment de panique, il se dépêche de se laver et d'engloutir quelques toasts avant de sortir sur la terrasse. Il laisse échapper un soupir de soulagement parce que Thorin et ses neveux sont juste en train de sortir et ils se retrouvent au milieu. Les garçons sont aussi enthousiastes que d'habitude à propos d'aller à la mer et Bilbo rit en y allant avec eux. Il pense qu'il va faire un autre château de sable avec Kili mais le garçon déclare qu'il va aller nager pendant que Thorin dit qu'il va apprendre à Bilbo à surfer.
Bilbo s'oppose un peu à cette idée et dit qu'il n'est pas un très bon nageur, ce à quoi Thorin répond qu'il fera attention à ce qu'il ne se noie pas, et les garçons le supplient d'essayer et il finit par craquer, même s'il est extrêmement nerveux. Il décide de suivre l'exemple de Thorin et n'enlève pas son teeshirt, pensant qu'il serait trop embarrassé par son petit ventre alors que Thorin est de toute évidence taillé dans la pierre. Thorin ne dit rien et amadoue gentiment Bilbo pour venir dans l'eau, patient, et après quelques essais il aide Bilbo à monter sur la planche de surf. Ils travaillent sur le fait de rester dessus en premier, ce que Bilbo échoue de manière spectaculaire, et finalement il en a assez de voir Thorin cacher son sourire. Il affiche un air décidé et se tient sur la planche, fier de lui quand il réussit, jusqu'à ce que Thorin dise qu'il est temps d'essayer de prendre une vague et ruine son plaisir.
Il continue de se ridiculiser mais il finit par rire avec Thorin et Fili, qui surfe de temps en temps à côté d'eux en criant des astuces à Bilbo, même s'il vient juste de commencer à surfer lui-même et est encore un peu mal assuré sur sa planche.
Kili nage dans la partie moins profonde de l'océan et encourage Bilbo, ce qui est à la fois mignon et très amusant.
Une fois que Bilbo est épuisé, il dit qu'il ne peut plus continuer et Thorin rit, nageant avec lui vers la plage et ils rejoignent Kili sur le sable. Il a son seau et un petit château en construction et Thorin et Bilbo l'aident à le construire, suivant soigneusement ses directives. Fili surfe encore un moment avant de les rejoindre. Ils travaillent tous ensemble sur le château de sable en parlant et en riant et Bilbo se sent comme chez lui.
Les garçons annoncent qu'ils ont faim après un moment et Thorin invite Bilbo à manger des sandwiches avec eux, ce qu'il accepte, puis ils se dirigent vers la maison du monarque. Ils se rincent et vont dans la cuisine pour faire leur repas. Bilbo et Thorin partagent quelques bières et passent un bon moment.
Bilbo passe le reste de la journée avec eux. Ils regardent des films et boivent plus de bières, les garçons jouent à des jeux vidéo, puis ils préparent le dîner ensemble quand vient le moment. Bilbo profite au maximum de chaque instant, sachant que c'est son dernier jour avec eux et essaie de ne pas penser qu'il ne les reverra peut-être plus jamais si aller en Erebor ne se passe pas comme ils l'ont prévu. Il essaie de ne pas y penser et se promet qu'il reverra les Durin, quoi qu'il en coûte. Ils se sont fait une place dans sa vie en quelques jours et il ne veut pas les laisser partir.
Il reste plus tard ce soir-là, ni lui ni Thorin ne faisant mention de l'heure, jusqu'à ce que Kili s'endorme devant la télévision et que Fili semble sur le point de faire la même chose. Bilbo n'en a pas envie mais il sait qu'ils partent au matin et dit qu'il doit aller se coucher lui-même.
Fili réveille Kili et le garçon s'enroule autour de Bilbo qui le serre contre lui en retour et lui promet qu'il le reverra. Même Fili lui fait un câlin d'un seul bras et lui dit qu'il veut toujours lui apprendre à skier et Bilbo a la voix un peu tremblante quand il leur dit au revoir.
Cela prend du temps pour trouver les mots pour parler à Thorin quand il le raccompagne pour la dernière fois. Il lui serre la main et le contact dure, au point qu'il pense que Thorin trouve au moins aussi difficile que lui de le lâcher mais il essaie de ne pas avoir trop d'espoir.
« Bien, euh… Merci d'avoir rendu mes vacances spéciales, dit Bilbo une fois qu'il a lâché la main de Thorin, ressentant vivement la perte de sa chaleur. Ça l'était vraiment. »
Thorin sourit mais cela sonne faux. Ses yeux ne pétillent pas de la façon dont Bilbo a l'habitude de les voir à présent, et il reste silencieux un moment. Puis il pousse un profond soupir et incline la tête.
« Comme les nôtres. Vous les avez rendues spéciales pour mes garçons et je ne peux pas vous remercier assez pour ça. J'espère pouvoir vous retourner l'attention quand vous viendrez en Erebor. »
Bilbo s'est habitué à ce que Thorin soit certain qu'il fera ce voyage et se force un peu à sourire.
« Je suis sûr que oui, dit-il. Merci encore. »
Il n'a pas vraiment envie de partir mais Thorin ouvre la porte pour lui et il sort en le saluant de la main.
« Au revoir, Thorin.
-Au revoir, Bilbo » Dit Thorin avec les sourcils froncés, comme s'il était mécontent de quelque chose.
Quand Bilbo s'est tourné et commence à marcher vers sa maison, Thorin dit :
« Bilbo ?
Il se retourne, son estomac faisant des bonds et regarde Thorin.
-Oui ?
-Ah… non, ce n'est rien. Peu importe, dit Thorin. Bonne nuit.
-Bonne nuit, Thorin. Prenez soin de vous » dit Bilbo et il s'éloigne avec le cœur lourd.
Il veut se retourner mais il ne le fait pas et rentre dans son cottage, où il va directement dans son lit et s'effondre dessus, sachant qu'il va passer une autre mauvaise nuit. Ses yeux piquent, il se traite d'idiot complet pour cela, et tente d'être reconnaissant pour le cadeau qu'il a reçu.
Bilbo se sent terriblement mal le matin suivant et se prépare maussadement un petit déjeuner et du café. Il s'assoit sur son canapé plutôt que sur sa terrasse, regarde Netflix et prétend qu'il n'est pas en train de penser aux Durin, même s'ils occupent toutes ses pensées.
Il ne saura pas quand ils seront arrivés sains et saufs en Erebor et se dit que ce ne sont pas ses affaires et qu'ils iront bien. Il parvient à s'en convaincre après un moment et débat avec lui-même à propos d'être saoul tôt dans la journée pour perdre conscience et faire une sieste et tout oublier pour un moment.
Thorin est trop pour lui. C'est un roi, il dirige un pays et a une certaine image à maintenir. Bilbo n'est rien d'autre qu'un auteur moyennement célèbre avec rien d'autre que son nom. Il ne peut pas être assez bien pour Thorin, même si ce dernier était attiré par lui. Il est trop, trop grand, trop loin, et quand Bilbo ira en Erebor, il espère qu'il aura réussi à s'en convaincre et ne traînera pas son béguin sans espoir avec lui.
La dernière chose dont Thorin a besoin est quelqu'un qui lui court après. Bilbo est sûr qu'il en a déjà suffisamment comme cela.
Il va dans son garde-manger et sort sa bouteille de rhum, pensant à se faire quelques shots et se trouvant plutôt pathétique, quand trois coups résonnent sur sa porte.
Le cœur de Bilbo accélère brutalement jusqu'à ce qu'il regarde l'heure et il sait que les Durin sont déjà partis, donc ce doit être quelqu'un d'autre. Il secoue sa déception, pose sa bouteille et va vers sa porte, la déverrouille et l'ouvre.
Il cligne des yeux plusieurs fois devant la vue.
Ils ne sont apparemment pas encore partis puisque Thorin se tient sur son perron, le Sedan noir garé devant le cottage.
Le cœur de Bilbo bat furieusement et il ouvre la bouche, la referme et l'ouvre de nouveau.
« Salut, dit-il, sans savoir quoi dire. Mon dieu, j'espère que vous n'allez pas rater votre avion. »
Ce n'est pas exactement ce qu'il avait prévu de dire mais Thorin sourit.
« Il attendra un moment » dit-il en tendant la main, dans laquelle il y a un bout de papier.
Bilbo le prend et le regarde, clignant des yeux devant le numéro de téléphone écrit dessus. Il regarde Thorin.
« Qu'est-ce que c'est ?
-Mon numéro. Oubliez le mail. Envoyez-moi un message, dit Thorin un peu rapidement. Envoyez-moi un message bientôt. Appelez-moi, si vous en avez envie. »
Bilbo sent sa bouche s'ouvrir et ne peut vraiment pas la refermer. Il est trop surpris pour cela. Il cligne des yeux vers Thorin, qui est doucement en train de devenir rouge vif, et sent ses propres joues rougir.
« Vous… vous êtes sûr que j'ai le droit ?
Thorin expire doucement.
-Je peux donner mon numéro à qui je veux, peu importe ce que mes conseillers ont à dire à ce propos, dit-il et il sourit tellement largement que cela semble douloureux puis se rapproche. Bilbo, s'il vous plaît, appelez-moi. Ne me faites pas attendre un an pour avoir de vos nouvelles. »
Bilbo le fixe, un rugissement comme les vagues de l'océan dans les oreilles et il n'est pas sûr d'avoir entendu Thorin correctement. Il déglutit difficilement, regarde le numéro de téléphone puis de nouveau Thorin, une joie immense commençant à envahir ses veines. Il se souvient comment faire fonctionner sa bouche et sourit doucement, en tenant le morceau de papier contre sa poitrine.
« Je ne le ferai pas, promet-il. Je… Je vous appellerai bientôt, Thorin. »
Thorin laisse échapper une expiration brutale, comme si un énorme poids avait été retiré de ses épaules, et son regard est doux quand il se pose sur Bilbo.
« Bien », murmure-t-il.
Le klaxon de la voiture retentit et Thorin soupire de nouveau.
« Je dois y aller. Je vous attendrai. »
Il hésite puis se penche rapidement et presse un baiser léger sur la joue de Bilbo.
Avant même que Bilbo puisse penser à répondre, Thorin s'est tourné et se précipite vers la voiture. Il regarde le monarque partir, trop surpris pour respirer et quand Thorin ouvre la porte, Kili tombe presque de l'habitacle.
« Tu l'as embrassé ! » dit le garçon, et il fait de grands signes en direction de Bilbo avant que Thorin ne le fasse rentrer et se glisse dans la voiture en regardant vers Bilbo, sincèrement amusé.
Bilbo lève la main et salue la famille. La porte de la voiture se ferme et Bilbo reste où il est, la regardant jusqu'à ce qu'elle ait disparu au tournant. Ses mains tremblent et il regarde vers le numéro de téléphone encore, le fixe, espère que ce n'est pas un rêve.
Il ferme sa porte et erre dans l'entrée, attrape son téléphone et enregistre le numéro avec le nom de Thorin. Il s'assoit sur le canapé et touche sa joue, hébété. Il a l'impression de flotter.
Il rit après un moment et attrape son ordinateur.
« Je suppose qu'il est temps de prévoir des vacances. »
Et il le fait. Et quand vient l'hiver, il embarque dans un avion avec la voix de Thorin résonnant dans ses oreilles lui disant qu'il l'attend pour le serrer dans ses bras.
