Bonsoir ! Plusieurs d'entre vous attendaient avec impatience le point de vue de Luis sur les scènes de son retour à Scotto, j'espère que vous ne serez pas déçu. Ce chapitre fut ardu. On a si peu d'infos que de donner de la cohérence dans la globalité de l'histoire à Luis, c'est mission presque impossible, je fais de mon mieux ! Puis l'histoire avec Mila a été assez difficile à écrire, je dois bien l'avouer. La violence, le harcèlement sexuel… Luis souffre mais cela n'excuse pas ce qu'il fait non plus, l'idée est plus qu'on comprenne un peu plus le pourquoi. Et c'est ce qui fait toute la richesse de ce personnage, cette ambivalence, capable du pire mais pas que. Merci à la personne derrière le compte twitter LuisCareille qui a gentiment partagé avec moi une vidéo qui me manquait pour écrire ce chapitre. Pour ceux qui ne suivent pas encore ce compte, foncez, chaque jour, 2 extraits sur Luis et ses intrigues sont diffusés ! C'est qu'il manque notre Luis ! Alors ça fait plaisir de le retrouver dans ces souvenirs !
Pour ceux qui me laissent un petit mot/review, je vous réponds sur mon profil, n'hésitez pas à aller y jeter un œil. Merci à tous pour vos retours ici ou sur twitter c'est vraiment sympa !
Chapitre 3 :
C'était le grand jour, lundi 03 septembre 2018, la rentrée à Scotto… Luis se préparait, enfilant t-shirt et pantalon beige tout en se demandant comment son retour au lycée allait se passer. Il aurait pu changer d'établissement mais il ne le souhaitait pas. Après ce qu'il avait vécu durant tous ces mois, il avait payé sa dette et il voulait faire un effort avec Cla..Antoine. Première chose qu'il ne devait pas oublier : l'appeler par le prénom qu'elle… qu'il considérait refléter sa véritable identité. Il avait été touché par Samira. Même s'il ne comprenait pas, même si son père avait raison -comment pourrait-il en être autrement ? – il savait que ce qu'il avait fait à Antoine n'était pas bien. Luis n'était pas un idiot. Il avait bien vu à quel point Samira souffrait en elle, il le comprenait, pour une raison qui lui échappait, il avait ressenti cette souffrance au plus profond de lui-même, c'était comme ça qu'il avait su que c'était elle qui était enfermée dans cette salle de bain. Au final, même si ça ne lui plaisait pas, Antoine n'avait pas à subir ce qu'il lui avait fait. Il espérait qu'il accepterait ses excuses. Mais quand on était sincère, les gens ne pouvaient que vous pardonner non ?
Il rangeait ses affaires tranquillement dans son casier, étrangement heureux de retrouver le lycée et plein d'enthousiasme et d'espoir. Tout se passerait mieux cette fois. La chance était avec lui, sa grand-mère et lui s'étaient réconciliés, elle allait bien, son opération s'était bien passée. Il s'excuserait auprès d'Antoine, il avait déjà pris l'habitude de le considérer comme un garçon dans sa tête et tout irait bien. Après tout, on pouvait tirer un trait, comme avec Tom. Pourquoi il repensait à lui ? Non, il n'avait pas envie de penser à la crevette. Il pouvait bien faire un effort avec Antoine mais Tom… C'était compliqué. Il ne s'était jamais acharné comme cela sur quelqu'un et cela le questionnait. En même temps, si Antoine ne lui avait rien fait à part le gêner en étant lui-même, Tom s'était moqué de lui… Bien que cela n'ait pas valu tout ce qu'il lui avait fait… il le reconnaissait… Mais tout cela, c'était du passé, de l'eau avait coulé sous les ponts depuis… Il ne voyait même pas pourquoi il y repensait. Non, il se sentait bien, il avait envie que cette année soit meilleure et tout se passerait bien pour lui. Il avait réussi son évaluation et continuerait d'avoir de bonnes notes, allait se consacrer au sport en devenant encore meilleur et enfin décrocher la première place qui rendrait ses parents fiers de lui. Et ce serait peut-être l'année où il rencontrerait une potentielle copine. Il n'avait pas vraiment eu le temps de penser à ça jusqu'à maintenant entre les entraînements puis toute cette histoire avec Tom puis Antoine. Et ce n'était pas dans l'association qu'il aurait pu trouver quelqu'un pensa-t-il avec un sourire narquois. Les nanas étaient soit des mecs soit lesbiennes… Ses potes de la natation n'étaient pas vraiment des amis proches, ils ne prenaient pas de ses nouvelles et lui non plus, ils n'avaient en commun que les compétitions et se comparaient un peu trop les uns aux autres, pas forcément l'idéal pour forger une amitié. Puis, il n'aimait pas vraiment l'idée de tout partager avec des amis. Se voir dans un vestiaire puis en-dehors du lycée, se parler de ses problèmes, ce n'était pas naturel pour Luis, créer une « intimité » était compliqué pour lui, il le savait. Après, ce serait sympa parfois de savoir que quelqu'un pensait à lui. Il savait qu'aujourd'hui ce n'était pas le cas mais cela aussi pouvait changer. Luis était un homme nouveau et cela paierait !
XXX
Luis était un abruti qui croyait au père noël !
Après avoir refermé son casier, il releva la tête et aperçut Antoine alors qu'il s'apprêtait tranquillement à sortir après la fausse alerte incendie et s'était dit que c'était le moment idéal de s'excuser, seul à seul. Bien sûr, il se doutait qu'il ne l'accueillerait pas à bras ouvert, il le regarda avec un peu d'appréhension mais s'approcha. Cependant, sa réaction fût glaciale. Il l'avait toisé, les bras croisés, sur la défensive, en lui demandant ce qu'il foutait ici.
« -Ben c'est la rentrée, je viens en cours, annonça-t-il un peu gêné.
-A Scotto ? lui demanda-t-il la colère montant à son visage.
-Oui, ils… ils ont accepté de me reprendre, répondit Luis avec un sourire fier en repensant à son évaluation réussie après s'être beaucoup investi dans son travail. Et mec c'est bon, on passe à autre chose.
-Ah ouais ? ne semblant pas convaincu du tout.
-Ils m'ont fait faire des TIG, des Travaux d'intérêt général, ça m'a fait réfléchir, avec un sourire qui se voulait bienveillant.
-Ouais c'est ça ouais… »
Antoine n'avait pas l'air de le croire du tout. Peut être pensait-il qu'il le dégoutait. Il voulait lui montrer qu'il avait vraiment évolué.
« -Antoine, je t'assure…
-Me parle pas, prononce même pas mon nom en fait !
-Ecoute je… je suis vraiment désolé pour l'année dernière, je te jure voilà je.. je m'excuse. »
Il eut un sourire un peu fébrile, espérant qu'Antoine le comprendrait.
« Bon, on est pote maintenant », annonça-t-il en s'approchant de lui et posant sa main vers son épaule.
Antoine eut un air absent quelques secondes et sembla dégouté. Il repoussa sa main.
« Antoine ! »
Il ne voulait pas que ça reste comme ça entre eux, vraiment. Il ne vit pas arriver mais sentit le poing du jeune Bommel en plein dans son nez. Il en tomba à la renverse.
« Mais t'es malade, tu m'as pêté le nez là, tu m'as pêté le nez ! »
Antoine s'approcha de lui et commença à lui foutre des coups de pied en hurlant « ta gueule, je te hais ! »
« Mais t'es malade, je vais porter plainte ! » cria Luis complètement choqué.
Antoine partait quand le blond le traita de « sale bâtard va ! » en tentant d'arrêter l'écoulement de sang de son nez. Il n'était vraiment pas bien. Il avait fait un effort, il avait vraiment voulu arranger les choses et il ne récoltait que la violence. Il ne l'avait pas loupé ce con…
C'était comme si Antoine ne l'avait même pas écouté, il disait la vérité pourtant. A quoi cela servait d'être gentil si c'était pour être reçu comme ça ? Il se releva, tentant toujours d'arrêter le sang.
Mais c'était parfois dans les pires moments qu'il nous arrivait du positif. Mila Valle, élève arrivée en avril alors qu'il n'était plus au lycée, était venue lui parler. Elle s'était montrée sympa. Cela faisait tellement longtemps qu'il ne se rappelait même plus quand quelqu'un de son âge s'était montré aussi sympa avec lui.
Luis rentra chez lui à la fois déçu et un peu remonté mais avec l'espoir qu'il avait peut-être fait une rencontre cool. Il laisserait à Antoine un joker. Il s'était vengé, ils étaient quittes maintenant, ils pourraient peut-être enfin passer à autre chose. Luis pensa au sourire de la jolie Mila et cela lui réchauffa un peu le cœur. Non, l'année ne commençait pas si mal finalement…
Sa grand-mère, qui logeait dans sa maison pour quelques jours car ses parents étaient en voyage d'affaires, remarqua tout de suite son nez mais n'osa pas lui demander quoi que ce soit. Depuis leur dispute, c'était comme si elle marchait sur des œufs avec Luis, elle ne souhaitait pas risquer qu'il lui reparle comme il l'avait fait. Et c'était certainement mieux ainsi…
Il s'était un peu renseigné sur Mila auprès de ses potes de la natation. Apparemment, elle était la fille de parents fortunés qui adoraient faire des fêtes sur des yachts. Au moins, ils avaient des choses en commun. Peut-être qu'elle l'apprécierait elle aussi, qu'ils se comprendraient, tous deux avec des parents qui pouvaient tout leur offrir mais qui de fait demeuraient plutôt absents.
Le mercredi, il la croisa dans les couloirs et la salua; ils discutèrent un peu mais quand il la recroisa quelques heures plus tard, elle avait changé de ton avec lui. Assis sur les marches à l'intérieur du lycée, elle lui annonça rapidement la couleur :
« -C'est vrai que t'as été horrible avec les autres l'année dernière ?
-Bon, ça y est, maintenant on m'a taillé un costard quoi », s'agaça-t-il faussement choqué.
Mais putain de quoi ils se mêlaient ces cons, pour une fois que quelqu'un l'aimait bien, il fallait qu'ils débarquent et le cassent.
« -Non mais sérieux, ce que t'as fait à Antoine ? l'interpella-t-elle choquée.
-Non mais attends, j'y peux rien, le mec c'est une meuf. Du jour au lendemain il se met une bande sur les seins et faut l'appeler Antoine, s'expliqua-t-il en se demandant toujours comment on pouvait être comme cela quand même. Mais apparemment cela ne choquait pas Mila.
-Il fait ce qu'il veut avec son corps, t'as pas à le désaper devant tout le monde pour lui taper la honte !
-Je sais mais… j'ai déconné. L'année dernière j'étais pas bien, j'avais la haine. » Il ne voulait pas que Mila pense du mal de lui. Et c'était vrai qu'il avait la haine, tout avait dérapé mais au tout départ il avait vraiment eu la haine contre Tom.
-Ouais sauf que maintenant c'est Antoine qui a la haine contre toi. Et Tom aussi !
Luis esquiva la remarque sur Tom. C'était déjà assez compliqué comme ça avec Antoine, pas besoin de rajouter la crevette au milieu de tout cela.
-J'ai essayé de m'excuser mais il veut même pas comprendre que… que j'ai changé. Tout le monde a le droit à une deuxième chance non ? lui demanda-t-il d'un ton radouci.
-Ouais, c'est clair, se ravisa-t-elle.
-Bon, mais moi je préfère me concentrer sur les gens cool, les… les belles personnes tu vois… » lança-t-il avec un sourire enjôleur.
Mila se retourna sur lui, surprise.
« -Ah moi, je suis une belle personne ? en riant. Tu me connais pas.
-Oh, ça peut s'arranger, avec un beau sourire. On va se prendre un verre, je t'invite », osa-t-il.
Elle se mit à rire.
« -Tu choisis où tu veux ! L'endroit le plus cher !
-Tu crois que je te vois pas venir avec ton plan tout pêté ? Tu crois pouvoir m'acheter ?
-Pas du tout. Tu sais pourquoi ? J'ai tout de suite vu que t'avais pas de prix… »
Bon, il y avait plus original comme tactique mais cela avait l'air de plaire à Mila. Après tout, il n'était pas un habitué de la drague, à part sa copine du CM2 et deux/trois flirts au collège, à ce niveau-là, en se consacrant au sport, il n'avait jamais vraiment eu le temps d'apprendre à connaitre une fille, la côtoyer et sortir vraiment avec. Et vu qu'il n'allait pas vers elles, le côté sportif populaire et un peu froid devait intimider les filles qui avaient été rares à venir vers lui. Après, on disait aussi, que si on n'avait pas l'air disponible et open, les autres le sentaient et ne se dirigeaient pas vers vous, alors il allait se montrer très ouvert avec Mila.
« -Ok, alors je vais t'emmener dans un endroit vraiment cher. Et on verra si t'as que de la gueule ! le défia Mila.
-Deal », annonça Luis, tout fier de lui.
Et alors que la sonnerie sonnait, il récupéra son sac et suivit la jolie brune, heureux de passer du temps avec elle.
Ils se rendirent place du Mistral et discutèrent de leurs vacances, de ce qu'ils aimaient comme sport, des endroits qu'ils avaient visités… Il ne put s'empêcher de remarquer la présence de Tom, assis au bar avec Antoine. Il sentait son regard sur eux mais fit comme si ne rien était, Mila était aussi drôle que pleine d'esprit que belle, tout le contraire de cette minable et moche crevette avec son petit polo violet en somme. Alors il ne devait pas se préoccuper de lui. Il était sûr qu'il se foutait de sa gueule de toute façon avec son pote Antoine, qui devait être fier de lui avoir collé son poing dans la figure. Mais il ne lui ferait certainement pas le plaisir de se retourner sur lui. Il n'en avait rien à faire après tout. Mila était vraiment une fille intéressante. Il n'avait pas l'habitude d'en rencontrer d'aussi cool alors il profita juste de ce moment à promener avec elle.
Le lendemain, Luis s'ennuyait profondément en cours de maths. Non seulement il détestait cette matière mais en plus avec cette conne de Terminator… c'était dur. Il était assis à côté de Lisa, une fille sympa qui faisait natation aussi. Elle demeurait un peu trop sérieuse en cours donc il ne rigolait pas spécialement mais elle était normale au moins. Rochat apparut dans la classe, tout bizarre, il parlait mais tous les élèves avaient du mal à saisir ce qu'il voulait. Un concours d'éloquence ? Il ne comprenait pas vraiment le principe.
« -Et c'est quoi un concours d'éloquence ? demanda-t-il alors.
-Normal que tu saches pas, ça demande d'utiliser son cerveau ! » lâcha Tom, tout fier de lui.
C'était franchement blessant. Il n'avait rien fait à Tom depuis qu'il lui avait filé son téléphone pour dédommagement, il s'était même excusé auprès d'Antoine et il ne trouvait rien de mieux que de l'humilier devant tout le monde. Une partie de lui lui soufflait qu'il ne récoltait que ce qu'il avait semé mais cela n'empêchait pas que Tom exagérait, cette remarque avait été totalement gratuite. Et le pire, c'était que la crevette savait taper où il fallait avec lui… il fit comme si de rien était, il n'allait pas donner la satisfaction à ce connard de penser qu'il l'avait heurté de quelque manière que ce soit. Tom Gassin n'existait plus depuis longtemps pour lui de toute façon. Heureusement, il pouvait compter sur Mila qui avait fait une remarque sur l'inexistence de pensée de la moitié de la classe, elle avait du culot Mila, de l'audace et de l'humour en plus d'être jolie. Tout le contraire de l'autre là, qui prenait plaisir à faire de l'humour pas drôle uniquement sur lui. Il mâchonnait son feutre sans en avoir conscience, un tic nerveux. Bien sûr les deux fayots, Tom et Antoine, voulaient participer à ce concours.. Pff ! Bouffons ! Il détourna le regard, ne voulant même pas voir leurs têtes d'abrutis ! Mais Rochat leur annonça que les ateliers pour s'entraîner au concours remplaçaient les maths. Il ne pouvait pas laisser passer ça ! Il pouvait ignorer Antoine et la crevette mais écouter cette prof pendant une heure, s'il pouvait l'éviter, il ne se priverait pas. Et apparemment, Mila s'inscrivait aussi. Ce serait l'occasion qu'ils apprennent à se connaitre. Il n'hésita d'ailleurs pas à s'assoir sur la table à côté d'elle pour ce premier atelier.
Elias leur expliquait comment allaient fonctionner les débats et franchement, cela avait l'air intéressant, plus que les maths en tous cas, c'était certain.
« C'est trop dur si ce qu'on dit c'est pas ce qu'on pense ! » entendit-il de la bouche d'Antoine. Donc le garçon était toujours honnête, hein, il voulait quoi ? Rappeler à Luis que contrairement à lui, il était toujours franc, c'était ça ? Comme s'il n'avait pas été sincère... Non, il parlait juste d'opinion de débat non ? Il avait toujours le sentiment d'être visé avec lui…
Tout d'un coup, Tom intervint :
« -Moi j'ai un sujet ! en regardant Luis droit dans les yeux. C'est la violence ».
Luis le prit pour une invitation. Il avait beau faire comme si Tom n'existait pas, il se rappelait toujours à lui… Mais il n'allait pas se dégonfler. Tom voulait jouer, il allait jouer. Il lui fit un grand sourire, l'air de "celui qui allait grave t'écraser tout en sympathie". Il était un champion pour feindre cette assurance, Luis.
« Bon alors J'imagine que t'es contre, dit-il en se redressant de la table sur laquelle il était installé. Ok, je vais faire comme si j'étais pour ».
Il se leva et Tom en fit de même et s'installa face à lui, à moins d'un mètre.
« Pour moi les gens violents en fait c'est des impuissants !»
Ouch. Il attaquait fort.
« Ils arrivent pas à s'exprimer alors ils frappent », poursuivit il en lui souriant d'un air narquois.
Ces paroles étaient clairement pour lui. Gassin avait trouvé un moyen de lui dire tout le mal qu'il pensait de lui et il avait l'air de kiffer. Et comme toujours, Luis ne savait pas comment il faisait, il tombait pile là où ça faisait le plus mal, comme s'il arrivait à lire au-delà de tous les murs qu'il érigeait autour de lui. Et cela, il ne pouvait ni le permettre, ni l'accepter.
« Mais ça, ça marchait à l'époque de Neandertal; aujourd'hui, le vrai pouvoir, il est dans les mots ».
Luis souriait, ne jamais montrer de failles… Ok, il allait lui faire voir à ce crétin arrogant qui se croyait supérieur à tout le monde avec ses airs de princesse.
« -Ouais, mais des fois les mots ça prend trop de temps. Si tu veux faire passer un message, au moins la violence c'est direct, continua Luis, lançant un uppercut verbal à Tom. Sauf que pour frapper il faut avoir du courage. En fait celui qui utilise jamais la violence, c'est lui l'impuissant. »
A malin, malin et demi, il asséna le coup de grâce avec les propres mots de Tom. Celui-ci sembla d'ailleurs déstabilisé durant quelques secondes. Il se reprit et se rapprocha de Luis.
« -Si la violence c'était mieux que les mots, à la place des diplomates, il y aurait des boxers. C'est juste une solution de facilité, rien de plus. Le mec violent, il se sent exclu et au lieu de faire quelque chose pour que ça change, il se venge en cognant sur les autres. »
Cela fit mal à Luis, vraiment. Il se sentait exclu, toujours, quoi qu'il fasse. Tom avait encore une fois vu juste. Et il ne le permettrait pas, il ne pouvait pas le mettre à nu, le voir tel qu'il était, voir ce qu'il cachait au plus profond de lui… qu'il n'en valait pas la peine, pour rien, pour personne… Il serra les dents et riposta direct. De sa souffrance ressortait toujours qu'une seule chose de Luis : la méchanceté pure.
« Mais celui qui veut pas avouer qu'il est pêté de trouille c'est pire, il flippe d'aller au contact et il le justifie par des mots et il fait même pas l'effort d'apprendre à se défendre… »
Lui aussi pouvait très bien deviner qui était Tom derrière ses bravades, ses bons mots… C'était un gamin qui s'était retrouvé impuissant face à la violence de Luis et qui avait eu peur malgré tous ses airs et il n'allait pas le rater !
Il le regarda, droit dans les yeux, s'approchant légèrement :
« Alors il s'écrase », appuyant le dernier mot, « toute sa vie, ça restera une larve ».
La tension était palpable dans la salle de classe, si bien qu'Elias mit un terme à leur échange.
Luis mit quelques secondes à décrocher son regard de celui de son vis-à-vis et à réaliser qu'on leur parlait. Mais Tom aussi, ses mots l'avaient percuté de plein fouet, tout comme les siens. Il avait eu le dernier mot et le prof les avait félicités, il avait de quoi être content. Il sourit mais le cœur n'y était pas complètement, ressassant les mots de la crevette à son égard. Exclu, impuissant… Ils tournaient dans sa tête mais bientôt il eut l'occasion de se changer les idées. Ce fut au tour d'Antoine et Mila de débattre sur un sujet plutôt ardu : le libéralisme.
Luis sentait qu'il allait s'amuser. Mila était hyper cash et n'allait pas faire de cadeau à Antoine et vu ces derniers jours, ça ne lui déplaisait pas de voir le jeune garçon moins sûr de lui.
Mila était une fille vraiment loin d'être conne en plus du reste. Elle avait sorti un super argument contre Antoine : aux Etats-Unis, le taux de chômage était bas parce qu'il n'y avait pas d'aides comme en France. Elle plairait même à ses parents Mila, si jamais ils devaient se rapprocher. Elle s'entendrait bien avec son père, leurs idées politiques se rejoignant. En même temps, Antoine ne se laissait pas faire avec son « est-ce que c'était légitime de cracher sur les chômeurs en étant née avec une cuillère en argent dans la bouche ? » C'était une bonne question quand on y réfléchissait. En tous cas, pour une fois, ce n'était pas lui qui mettait un peu de piment dans les discours et ça faisait plaisir à voir. Oh et le summum, Mila venait d'attaquer Antoine sur sa transsexualité pour rétorquer, elle avait sacrément du répondant et n'avait pas peur de dire ce qu'elle pensait la Mila !
La belle brune lui plaisait décidément beaucoup et il espérait passer un peu plus de temps avec elle, apprendre à connaitre la lionne. Il la rejoignit le lendemain matin. Mais elle se sentait un peu mal d'avoir parlé de la transsexualité d'Antoine et voulut aller le voir pour s'excuser. Mila était de son côté. Pour elle, ils auraient dû être quitte après le coup de lundi quand Antoine l'avait tapé. Il assura à Antoine qu'il avait oublié et qu'ils pourraient repartir sur de meilleures bases. Il s'excusa à nouveau, lui dit qu'il était un petit con l'année dernière et qu'il avait changé, qu'il avait vraiment envie de se rattraper. Mais il ne le croyait pas, peu importait ses efforts. Il ne voulait rien entendre. Il pensait qu'il faisait ça pour ne pas se faire virer du lycée mais c'était ridicule, il n'y avait aucun adulte, aucun personnel du lycée qui pourrait entendre Luis. Il était sincère. Et même si cela lui faisait gagner des points auprès de Mila, ce n'était pas son seul but. Il l'avait déjà dit à Antoine lundi. Il n'était plus le même. Mais quand il tenta de se comparer à lui, celui-ci le prit très mal.
« -Ben tu sais, toi aussi tu as changé, t'es passé de fille à garçon. »
Luis voulait lui montrer qu'il l'acceptait, qu'il comprenait au moins un peu, au moins assez pour le respecter. Il avait au moins retenu ça de son passage à l'association. Même s'il ne comprenait pas tout, même s'il trouvait ça vraiment bizarre, il pouvait faire l'effort de tenter de comprendre et surtout de respecter les personnes transsexuelles.
« -Je ne suis pas passée de fille à garçon, j'ai toujours été un garçon !
-Oui, enfin, dans ta tête, oui peut être, mais avant, tout le monde t'appelait Clara, c'est pas vraiment un nom de mec.
-Ah ouais super, la grande classe ton pote ! » ajouta-t-elle pour Mila.
Ok, là, il l'avait vraiment gonflé. Pourquoi faire un effort alors qu'il détestait Luis ? Ça ne servait vraiment à rien. Mais Mila était là et il garderait alors le même cap afin de ne pas se mettre la jeune fille à dos.
« Je voulais pas te vexer, toi qui es pour la tolérance, tu pourrais comprendre au moins que j'ai changé ! »
Ça c'était bien parce que ça montrait qu'Antoine prêchait la tolérance pour lui-même mais qu'au final, il était comme tout le monde pas forcément tolérant avec les autres.
« Tu sais quoi, va te faire foutre ! »
Il le savait, rien de ce qu'il dirait ne pourrait le faire changer d'avis. Mais au moins Mila l'avait vu. Luis joua un air dégoûté qu'il ne ressentait pas vraiment. En vrai, il était plutôt en colère. En colère d'avoir perdu son temps à s'humilier en tentant de se faire pardonner par quelqu'un qui n'en avait rien à foutre de lui ou de ses excuses. Cela suffisait. Il parla un moment avec Mila avant d'aller en cours. Elle eut envie de faire un selfie avec lui et ça lui fit vraiment plaisir. C'était spontané et sincère. Il se prêta au jeu avec beaucoup d'enthousiasme. Il alla en cours plutôt content et il se sentit même pousser des ailes quand Mme Blain leur annonça qu'ils ne devaient pas sortir leur manuel. Il pensa qu'elle avait enfin craqué mais non, malheureusement elle leur avait préparé un contrôle pour, comme l'avait fait remarquer Tom, la première semaine de rentrée. Quelle garce ! Pour une fois qu'il était d'accord avec le précieux petit Gassin avec sa chemisette verte, c'est que c'était grave ! Mais il n'était pas d'accord avec lui sur tout. Sérieux, il croyait qu'il y avait un fantôme dans le lycée ? Elle était complètement à l'ouest la pauvre crevette. Il s'acharnait à raconter des histoires bizarres… il ne put s'empêcher de lâcher à Lisa, sa voisine de table qu'il lui avait bien dit que c'était les freaks du lycée. Oui, il avait parlé de Tom et Antoine à la natation avant son renvoi et il y avait maintenant des preuves de ce qu'il disait il y a des mois de cela maintenant.
Mais Antoine cherchait décidément à en découdre, à le défier en classe. Il avait été sympa mais c'était terminé, il ne voulait rien savoir et ne se laisserait plus marcher dessus. Et maintenant c'était l'autre crevette qui s'y mettait. Il avait dit haut et fort espérer que Luis se tue ou disparaisse, vraiment ? Pauvre con ! Et il était fier de lui en plus ! Il faisait moins le malin quand Luis le frappait mêle s'il n'en était pas forcément fier. Et en plus il y avait ce putain de contrôle ! Mais c'était normal que toutes ses journées étaient toujours pourries dans ce bahut ?
Son père l'avait appelé le week-end mais il n'avait pas pu parler à sa mère. Il lui avait dit qu'elle avait pris ses médicaments. Son père avait dû la stresser pour qu'elle reprenne des anxiolytiques. Cela faisait un moment qu'elle n'en avait plus pris. En même temps, il l'avait déjà vu quand il allait signer un gros contrat, il fallait que tout soit parfait. Alors sa mère avait dû avoir beaucoup de pression de la part de son mari pour faire bonne impression. Son père aimait sa mère, il était fou d'elle, sa mère lui disait souvent combien ils étaient amoureux, mais parfois il se demandait si sous les sourires de façade elle n'en avait pas marre de toujours devoir se conformer à ce que lui voulait. C'était peut-être pour ça qu'elle avait besoin de ces cachets, comme d'une bouée de sauvetage... Il échangea également quelques textos avec Mila après qu'elle lui ait envoyé leur selfie, ce qui lui changea les idées.
XXX
Le lundi, Luis cherchait le dernier chapitre qu'il devait réviser dans son manuel quand Antoine vint vers lui, plutôt agressif. Celui-ci lui demanda des comptes sur lui et Mila. Il se demanda un instant si Antoine voulait sortir avec elle, ça aurait été drôle. Mais non, même pas, il voulait l'accuser encore une fois de ne pas être sincère, de jouer un jeu. Cela agaçait profondément Luis et quand Antoine le menaça, là, il ne put plus laisser passer. Alors il décida de lui en donner pour son argent, c'était fini le Luis compréhensif, il préférait quand Luis le défonçait, alors c'était ce qu'il allait lui donner. Il l'attaqua sur un possible traitement hormonal, pour lui rappeler qu'il était une fille malgré tout et le menaça à son tour. Mais Antoine avait un avantage dont il joua. Luis ne pouvait rien contre lui car il avait déjà été renvoyé du lycée et un autre écart de conduite ne passerait jamais, même avec cette guimauve de Rochat. Il détestait se sentir impuissant. Mais il devait ravaler sa salive pour le moment.
A ce moment-là, Mila s'approcha.
« Hey Mila ! ça va ? la forme ? et dis donc, t'as piqué mon cœur vendredi, faudrait que tu me donnes le tien en échange ! flirtant avec elle, non seulement parce qu'il l'aimait bien mais encore plus parce qu'il avait grave envie de foutre les boules à Antoine vu que cela le dérangeait qu'il la fréquente.
-J'avoue, c'est stylé, tu veux me pécho ou quoi ?
-Peut-être. »
Et peut-être que oui, après tout, elle était tout ce dont Luis pouvait rêver non ?
« Ok, ben j'attends de voir jusqu'où t'es créatif alors ! » lui lança-t-elle en l'embrassant sur la joue.
Cela ne fut pas l'excitation qu'il attendait mais en tout cas il s'était senti apprécié et cette marque d'affection lui fit chaud au cœur. Mais il n'eut même pas le temps de savourer, Antoine le traitant déjà de « bouffon ». Il faisait vraiment chier celui-là à toujours tout gâcher.
Plus tard, il invita la brune à aller boire un verre, ce qu'elle accepta.
Ils se retrouvèrent à partager un coca dans un petit café. Mais Mila était absorbée dans ses textos.
« -Tu sais que t'es plus accroc à ton téléphone qu'à moi, hein. Comment je vais faire pour te pécho moi ? Luis rigolait, elle était à peine croyable cette fille, elle jouait les inaccessibles et ce n'était pas pour lui déplaire.
-Excuse, j'ai une pote elle vient de se faire larguer et j'essaie de lui remonter le moral. Mais j'arrête. »
Il s'apprêtait à lui répondre quand il vit une scène hilarante un peu plus loin. Une nana complètement pêtée qui voulait un dernier verre. Elle était presque prête à tomber parterre. Oh purée, son père aurait vu ça, il aurait quitté le bar. Elle commençait à faire un scandale au mec qui refusait de la resservir. Waouh ! elle était sacrément dosée !
« -Putain c'est un déchet ! s'exclama-t-il en riant.
-Ça me déprime, viens on se casse », s'empressa Mila en se levant de leur table. Elle semblait très pressée de partir d'un seul coup.
Luis lui demanda si elle était sûre, il aurait bien voulu voir jusqu'où elle serait allée l'ivrogne pour avoir son dernier verre. Elle traitait le serveur de connard cette folle.
Mila sembla plus sur la défensive après ça, c'était un peu étrange. Et finalement elle écourta leur rendez-vous. Apparemment, la scène du bar avait un peu entamé son enthousiasme. Il se rattraperait. Il allait trouver une super sortie à faire avec elle, lui faire passer une soirée inoubliable. Il passa quelques coups de fil, déboursa une grosse somme pour avoir deux entrées pour le club hyper select du Quai Lazaret, pour une soirée electro prisée, Mila allait être éblouie !
XXX
Luis parlait avec Lucas, un excellent nageur plutôt sympa quand Mila fit son apparition dans le couloir.
« -Hey, salut Mila ! ça va ? »
Lucas lui fit un signe et partit, il devait rejoindre leur entraineur ce matin.
« -Hé j'ai deux entrées pour une soirée, ça te dit ?
-Ça dépend, c'est où ?
-Euh, c'est un club ultra branché euh… Quai Lazaret.
-Ah ouais, je vois, ça pête comme endroit !
-Ah, tu y es déjà allée ?
-Ma mère connait le patron. »
Merde, Mila n'était pas impressionnée du coup.
« Mais c'est chaud pour avoir des invit, d'où t'as eu des entrées toi ? »
Ah, finalement elle l'était un peu quand même, ça valait le coup d'avoir dépensé 200 euros.
« Ben, tu sais moi, quand je veux un truc ben je l'obtiens tu vois. Bon, allez, bloque ton jeudi soir, bébé ! »
Mila avait l'air plutôt emballé. Mais Théo vint tout gâcher. D'abord en se moquant de sa gueule parce qu'il l'avait appelée bébé. Ça ne se faisait pas ou quoi ? Il l'avait entendu dans les films, ça plaisait aux filles non ? Il n'appréciait pas vraiment que Théo vienne se foutre de lui devant Mila. Puis en bloquant la soirée de jeudi de la jeune fille. Et tout ça pour quoi ? Pour passer la nuit au lycée enquêter sur « la main » ? Ils étaient sérieux là ? Mila essaya de l'inclure à leur soirée pyjama minable. Il était partagé sur la question mais il n'eut le temps de rien dire. Théo lui fit bien comprendre qu'il n'y avait pas de place pour lui. Il n'en revenait pas. Mila n'envisageait pas sérieusement de passer la nuit avec ces nazes dans le lycée à faire une chasse aux fantômes plutôt que de passer la soirée avec lui dans un super club ? Eh bien si, deux secondes d'hésitation et elle lui avait vraiment dit qu'elle n'aimait pas l'electro et que son club, elle y allait quand elle voulait avec sa mère. Sérieux ? Il avait grave galéré pour avoir ces invit. Et ce connard de Bommel qui lui avait lancé un « garde la pêche ! » Luis ne les supportait plus ces bandes de cons ! Mila avait eu l'air de l'apprécier et finalement elle l'avait jeté devant Théo comme s'il était transparent. Ça faisait chier ! Il ne réussissait décidément jamais rien…
En classe, Mila s'était installée à côté de Théo, voilà qu'ils ne se lâchaient plus les deux maintenant. Ils étaient en pleine interro mais ils parlaient de la soirée de jeudi. Luis décala sa chaise afin de tout entendre. Il ne put s'empêcher de remarquer qu'il n'était pas le seul à s'intéresser à Théo et Mila. Tom n'arrêtait pas de se retourner sur eux. Terminator venait d'ailleurs de le griller parce qu'il parlait avec Antoine. Lui aussi devait être super excité par leur putain de soirée pourrie dont il avait été comme toujours exclu. Mais il n'avait pas l'air très content pourtant. Enfin, qu'est ce qu'il en avait à foutre de toute façon de ce que pouvait penser Gassin ?
A la fin des cours, fatigué de sa journée, Luis se répétait la matinée. Il se demandait ce qui n'allait pas chez lui. Pourquoi il ne pouvait jamais être assez bien ? Mila avait l'air de préférer Théo et elle l'avait vraiment snobé avec le fait que sa mère pouvait lui offrir tout ça. Il descendait les marches quand il aperçut justement Mila au loin, avec une femme. Et pas n'importe laquelle, non, il s'agissait de la femme du bar de la veille, il en aurait mis sa main à couper. Il ne pouvait pas bien voir de là où il était mais il la reconnaissait la poivrote. Que pouvait faire Mila avec elle ? Cela n'avait aucun sens… il décida de les suivre. Elles étaient installées au petit bistrot où la jeune fille et lui avaient bu un coup. Elles avaient l'air proche. Elles semblaient de la même famille et cela ne cadrait pas du tout avec ce qu'avait raconté Mila sur sa vie. Il attendit, caché, que la jolie brune parte pour s'approcher de l'alcoolique. Il la flatta en demandant si elle était la sœur de Mila. Cela la mettrait dans de bonnes dispositions pour lui parler. Il s'installa, lui fit son plus beau sourire et commença à glaner quelques infos. Il se montra malin, lui parlant de Mila en bien, qu'ils révisaient ensemble, glissant qu'elle lui avait dit qu'elle habitait trop loin de chez lui pour savoir où elle habitait vraiment. Cité Cascade ? Non ce n'était que sa mère qui vivait là maintenant. Il joua la corde sensible, que ses parents avaient divorcé, qu'il comprenait donc que ça pouvait être compliqué… puis il sortit l'artillerie lourde : la chaleur donnait soif n'est-ce pas ? Elle se confierait plus facilement avec un verre dans le nez… il lui proposa une petite bière pour l'accompagner. Elle refusa dans un premier temps mais il n'avait pas eu à insister beaucoup, vu comme elle était accroc… Quand Luis vit arriver le serveur avec les bières et la mère de Mila se jeter dessus comme une assoiffée, il entendit Maurice de l'association dans sa tête, résurgence d'un souvenir, « J'ai toujours dit que tu étais intelligent. Et tu sais te servir de ton intelligence, même à des fins malveillantes, n'est-ce pas Luis ? » Il se sentit gêné l'espace d'une seconde mais après que Mila l'ait humilié devant Théo comme s'il était insignifiant, il avait besoin de tout savoir sur elle, savoir comment la faire descendre de son piédestal.
Il en avait appris des choses. Finalement, Mila était sans le sou, elle n'avait aucun contact avec personne, aucun bien, elle vivait aux crochets d'une directrice d'hôpital qui l'aidait mais tout le fric passait à aider sa mère qui était franchement un cas désespéré selon Luis. Mila avait vécu toute sa vie avec des racailles… et elle était douée pour le mensonge et pas que sûrement… ça leur faisait un autre point commun ça. Ou plutôt ils n'avaient que celui-ci finalement. Non, en même temps il avait appris par sa mère que le caractère qu'elle montrait au lycée était bien le sien, bien trempé. La seule chose qu'elle n'avait pas usurpé. Que faire de ces infos ? Luis décida de garder ça pour lui pour l'instant. Après tout, il pouvait comprendre pourquoi elle avait menti. Avoir une mère alcoolique comme ça… Et puis, Mila lui avait montré de l'intérêt avant que Théo et compagnie ne viennent se mettre entre eux. Il allait lui laisser une chance. Elle finirait par voir qu'ils étaient nazes…
Comme s'il valait mieux… pensa-t-il au fond de lui. Oui, il le devait, il devait rendre fier sa famille, il était forcément mieux qu'un trans, qu'un mec avec des airs de princesse et qu'un idiot, dernier de sa classe, comme Théo Bommel.
Il tenta les deux jours suivants de glaner des informations, les écoutant à leur insu. Tom avait donc eu l'idée de se laisser enfermer dans le lycée. Il était le seul cerveau de leur bande mais réfuta tout de suite cette pensée, manquait plus qu'il se mette à complimenter la crevette maintenant… quand il le vit avec son sac à dos et sa lampe frontale, il eut un sourire… Non, pas un sourire, un air moqueur: celui-ci était d'un ridicule avec tout son barda. Il les avait observés de loin, lui et Antoine. Ils étaient complètement à la masse, alors c'était ça leur kiff ? Se promener en expédition au lycée la nuit à échapper au concierge. Il se cachait lui aussi en même temps… il y avait un côté un peu excitant là-dedans… enfin, ce le serait vraiment s'il pouvait comme eux le partager avec d'autres… la pensée de sa solitude le submergea. Puis la colère. Pour une fois qu'il avait quelqu'un qui s'intéressait à lui, ils avaient tout fait foirer, Antoine surtout, qui n'avait jamais voulu ne serait-ce qu'écouter ses excuses, qui ne lui avait laissé aucune chance. Peut être que s'il l'avait fait il serait là ce soir au bras de Mila à chasser du fantôme lui aussi. Il serra les dents, non il n'en avait rien à foutre de cette soirée de merde. Mais Antoine lui pourrissait la vie et il ne pouvait rien contre lui en plein jour. Il se saisit de sa cagoule et quand Antoine et Tom s'approchèrent de l'endroit où il se cachait, il fit du bruit contre la porte pour qu'ils entrent. Enfin, qu'Antoine entre. Il connaissait Tom, il savait qu'il aurait trop peur, mais le téméraire Antoine viendrait par là, il le savait et cela ne loupa pas, il entra dans la pièce. Il referma la porte direct et tenta de frapper le responsable de tous ses malheurs depuis plusieurs mois. Mais celui-ci l'esquiva. Il tapa direct dans le mur. Il réprima un cri de douleur, il ne devait pas se trahir. Il réussit au deuxième coup à rattraper Antoine et le frappa, plusieurs fois au visage, le faisant tomber. Il était un mec et il le méritait, se répétait-il dans sa tête, tout était de sa faute. Les autres s'affolaient derrière la porte, ils ne tarderaient pas à rentrer. Il s'en alla en courant. Il ne s'arrêta pas, courant vite, vite, l'adrénaline le soutenant jusqu'à chez lui. Sa grand-mère était endormie, il fit attention de ne pas faire de bruit et traça direct dans sa chambre. Il avait sa propre salle de bain et s'occupa de désinfecter sa main. C'était rien comparé à ce à quoi devait ressembler Antoine. Un brin de remord pointa en lui mais il ne le laissa pas le dévorer. Antoine l'avait cherché depuis la rentrée, il avait eu ce qu'il voulait. Il avait tellement désiré que Luis montre cette facette et arrête d'être gentil. A croire qu'il était un connard, il lui avait juste donné raison.
Le lendemain, Luis vit Mila avec Antoine devant les casiers. Décidément Bommel n'était vraiment pas sympa avec Mila non plus. Peut-être que celle-ci allait comprendre qu'il n'y avait que lui qui s'intéressait vraiment à elle. Il s'approcha, lui faisant la bise. Puis il regarda son œuvre sur le visage d'Antoine et décida de se moquer, cela laisserait croire que ce n'était pas lui, sinon il ne le ferait pas aussi ouvertement. Il s'en foutait et le montrait comme ça cela écarterait les soupçons. Il décida même de jouer les victimes accusées faussement. Mais il ne put s'empêcher de le clasher au passage. Antoine le bouscula en partant, Luis ne l'aimait vraiment pas. Mila défendait encore Antoine alors il ne ferait aucun effort, à commencer par redire « elle » en parlant de lui, s'il en avait envie. Il ouvrit son casier, décidant de faire regretter Mila en s'inventant une fausse soirée electro de ouf qui viendrait en plus lui fournir un alibi auprès d'elle. Il lui tendit ses bouquins qu'elle lui garda pendant qu'il rangeait, lui fit un beau sourire et l'invita à aller en classe avec lui.
Lors de l'atelier débat, il était installé à la table à côté de celle de Tom. Il ne put s'empêcher de se placer non pas en tailleur, comme les autres élèves, mais de s'étendre, laissant entrevoir sa façon d'être à l'aise dans son corps. Après tout, il était sportif et plutôt bien foutu. Mila arriva en retard et s'installa à côté de ce con de Théo. Mais elle prit rapidement la parole et demanda de débattre avec lui, c'était plutôt encourageant. Il se leva alors que Tom l'observait et se prépara en revérifiant la thématique : « la lâcheté bien ou mal ? ». Il déchanta vite lorsque Mila l'attaqua en l'accusant de s'être caché dans le noir, cagoulé, pour frapper Antoine; elle lui dit qu'il n'avait pas de couilles. C'était faux, tellement faux, mais il ne pouvait pas frapper Antoine à visage découvert, il n'aurait pas d'autre chance. Mila avait choisi le mauvais camp et elle allait le regretter. Il balança que le mensonge était une forme de lâcheté et largua la bombe : « quand tu dis à tout le monde que tu es dans une famille de riches, alors qu'en fait tu as toujours vécu dans une cité de crevards, ça c'est de la lâcheté ! »
Elle ne s'y attendait pas à celle-là ! Et elle montra son vrai visage de petite racaille en le bousculant et lui demandant de fermer sa gueule. Il n'en avait pas fini avec elle. Il cracha le sourire aux lèvres qu'elle avait une mère alcoolique et fit le raccord avec le débat qu'on mentait par lâcheté car sinon on crèverait de honte. Elias voulut l'arrêter mais il n'avait pas terminé, Mila l'avait rejeté pour eux et elle ne s'en tirerait pas comme ça. Il l'humilia, lui demandant comment elle payait ses fringues de marque avec l'argent de sa mère qui passait dans l'alcool. Il se moqua d'elle, lui fit mal comme elle ne s'était pas gênée en les préférant eux. Il n'écoutait pas Elias qui lui demandait d'aller à sa place, non, il continua en disant qu'elle volait, forcément, une racaille de son quartier ça mentait et ça volait. Il savait comment ça se passait dans ces cités, cela faisait partie des fléaux que son père combattait. Mila partit, anéantie. C'était ce qu'il avait voulu. Il murmura « casse-toi » en se rasseyant, Tom le dévisageait, tout le monde était choqué. Il était allé loin mais elle l'avait mérité, c'était elle qui s'était mise toute seule dans la merde en mentant et Luis n'avait fait que lui rendre la monnaie de sa pièce.
XXX
Avec du recul, Luis avait repensé au débat se transformant en pugilat tout le weekend. Il y était allé fort quand même… ça l'avait tellement mis hors de lui qu'elle préfère Antoine, Tom et Théo. Elle ne le calculait plus et il le comprenait. Il souhaitait arranger les choses si possible. Il décida de sécher la fin d'après-midi, les cours l'avaient saoulé. Si jamais cela revenait aux oreilles de ses parents, ce qui l'étonnerait beaucoup vu qu'ils n'avaient passé que deux jours en France depuis début septembre, il dirait qu'il était parti s'entrainer. Il alla au café où Mila avait ses habitudes et la trouva assise à une table en tain de regarder son portable. Il s'assit en face d'elle en la saluant.
« -Qu'est-ce que tu fous là ?
-Comme toi apparemment, je sèche, j'ai soif. »
Il aurait pu lui dire qu'il l'avait cherchée pour s'excuser mais cela serait un peu trop pathétique non ? Son père ne s'excusait jamais directement avec sa mère.
« -Et moi, j'ai envie d'être tranquille, lui asséna-t-elle en se levant et récupérant son sac.
-Attends ! Où tu vas ? » l'interrogea-t-il d'un ton agressif.
Plus agressif qu'il ne l'aurait voulu; mais il ne souhaitait pas tirer un trait sur elle, alors elle ne pouvait pas le laisser comme un con comme ça sans lui laisser une chance de s'excuser.
« -Lâche moi, je me casse !
-Écoute, Je suis vraiment désolé pour la semaine dernière, j'ai été lourd.
-Lourd ? Mais t'as juste été une grosse merde ouais ! »
Luis n'apprécia pas l'insulte. Une grosse merde… il n'était qu'une grosse merde, encore et toujours… pour tout le monde…
« -Ben en même temps c'est toi qui m'as chauffé en m'accusant à tort, moi j'ai juste répliqué hein.
-Ah, parce que c'est pas toi qui es tombé sur Antoine peut-être ?
-Pas du tout, jouant les innocents.
-Pauvre mytho !
-Je te jure que c'est vrai ! » ok il mentait grave mais il ne pouvait décemment pas avouer la vérité à Mila…
« -C'est quoi ton problème ? Tu kiffes de défoncer les gens pour mieux pleurer après en leur demandant pardon non ? »
Il ignora ses insultes, elle était juste en colère.
« Je comprends pourquoi t'as menti par rapport à ta mère. »
Voilà, il avait trouvé : lui parler vrai, qu'il l'avait comprise dès le départ. Et peut-être qu'il devrait lui prouver qu'il comprenait vraiment. Il n'avait qu'à parler de son père qui aimait bien boire avec ses amis politiciens et chefs d'entreprise.
« Mon père aussi, il est alcoolique. »
Pas vraiment en fait, mais ça pouvait marcher. Mais en même temps, il ne pouvait pas laisser penser Mila qu'il ressemblait ne serait-ce qu'un peu à sa mère.
« -Bon sauf que lui c'est plus champagne et whisky 18 ans d'âge…
-Toi et moi on a rien en commun ok ? »
Bon c'était un peu nargueur ce qu'il lui avait dit en fait, il n'était même pas capable d'être compatissant et gentil cinq minutes ? Il faisait toujours tout foirer… non, ce n'était pas lui, c'était elle à force d'écouter Antoine et les autres, elle s'était laissée monter le bourrichon et ça le gonflait.
« -Eh, t'as pas payé ton verre ! cria-t-il alors qu'elle s'éloignait.
-Je peux pas, je suis pauvre ! »
Luis se retrouva comme un con à devoir payer la consommation pour elle. Il foirait vraiment tout… Non, c'était pas lui le problème, c'était elle. Elle et tous ses potes qui ne valaient rien…
Il avait ruminé pendant des jours…
XXX
Luis avait vu Antoine pénétrer dans les toilettes. Il hésita un moment puis le suivit, bien décidé à lui faire payer son cassage auprès de Mila. Il prit garde de bien fermer la porte derrière eux.
« -T'es au courant que c'est les chiottes des mecs ici ? avec un air de défi juste pour le faire bien chier.
-Bon, euh, écoute, tu ne veux pas me lâcher stp ?
-ça t'a plu de me croiser dans le noir la semaine dernière ? T'en as eu assez ou t'en veux encore ?
-C'est quoi ton problème en fait ?
-Ah, tu veux te battre ? D'homme à homme ? P'tain, c'est bon ça, vas-y moi je suis chaud !
-T'es au courant que t'as une attitude d'homo refoulé là ? »
Luis ne s'était certainement pas attendu à cela. Sa question le désarçonna complètement. D'où ça sortait ça maintenant ?
« -De quoi ? se mordant la lèvre.
-Ben si, c'est ça en fait. Depuis le début tu veux me pécho, se rapprochant du blond.
-Vas-y me touche pas là, d'un ton agressif en se reculant mal à l'aise.
-Non mais vas-y laisse toi faire », avançant davantage jusqu'à le plaquer à la porte des toilettes.
Luis n'était vraiment pas à l'aise, ne savait plus où regarder, entre les lèvres d'Antoine, à quelques centimètres de son visage, et il finit par se reculer, reprendre ses esprits quand il s'approcha d'un peu trop près.
« Ne me touche pas sale pédale va ! »
Il se dégagea et sortit rapidement des toilettes.
Non mais il était barge cet Antoine, c'était vraiment n'importe quoi, beurk, il s'était approché vraiment près de lui en plus… il reprit son souffle, ayant retenu sa respiration jusque là.
Quand il rentra chez lui, Luis se sentait vraiment mal. Il n'arrêtait pas d'entendre Antoine lui dire qu'il était un homo refoulé, sentir le trans tout près de lui… Ça avait été bizarre… il avait un corps de nana en même temps, c'était pour ça qu'il s'était sentit troublé pendant quelques secondes. Il se sentait extrêmement nerveux. Il s'enferma dans sa chambre, prit sa tablette sur son lit et mata pornhub, bien décidé à se masturber devant de belles nanas qui se faisaient culbuter. Homo refoulé mon cul ouais, pensa-t-il quand il atteignit la jouissance.
XXX
Luis se faisait vraiment chier. Les cours d'anglais c'était vraiment nul avec Leserman. Voilà qu'il se lançait dans une imitation merdique maintenant. Pfff ! Mais que faisait Antoine ? C'était un mot qu'il lisait ? Finalement ce serait peut-être un cours intéressant aujourd'hui… pensa-t-il le sourire aux lèvres. Luis chopa le mot et le lut. Mort de rire. Il essayait de lui récupérer et le prof les capta. Il fit mine de rien tout en montrant bien le mot à Leserman volontairement. Il savait qu'il allait lui faire lire devant toute la classe. Ces profs se révélaient si prévisibles. Là, il se leva et se fit un plaisir de lire le petit mot de Victor… ça faisait du bien de mettre Antoine mal à l'aise, surtout après ce qu'il lui avait dit dans les chiottes. Chacun son tour de se retrouver déstabilisé… il le lut jusqu'au bout afin que personne ne pense que c'était lui, fallait pas déconner. Et il le fit bien savoir. Et pour bien enfoncer le couteau dans la plaie, il leva le doigt.
« Mais si Victor sort avec Antoine ça fait que Antoine est hétéro ou homo ? non parce que il a pas encore de… enfin voilà quoi… avec un petit sourire contrit …enfin, du coup, ça fait que je suis un peu perdu moi dans tout ça là… »
Il n'était pas cool là de lui faire ça devant tout le monde mais franchement rien ne serait arrivé s'il avait voulu accepter ses excuses. C'était de sa faute. Mais bien sûr Leserman l'envoya chez Rochat. Ça faisait chier ! Après tout ce qu'il s'était passé, il espérait que Rochat ne soit pas trop en colère. Il les sentait les regards de Tom et de Théo qui lui cracha un « connard » en sortant de la salle de cours !
Il débarqua dans le bureau de Rochat.
« -Luis, vous n'avez pas cours ?
-Si mais Mr Leserman m'a demandé de venir vous voir.
-Ah, non, Luis, qu'avez-vous fait encore ?
-Monsieur, c'est un malentendu.
-Il y a souvent des malentendus avec vous Mr Careille…
-J'ai juste posé une question à propos de la sexualité d'Antoine et il a cru que je me moquais de lui.
-Mais enfin, vous n'avez pas à vous préoccuper de… la … sexualité de votre camarade, lui répondit le proviseur un peu gêné.
-Mais monsieur, vous savez que j'ai fait mes TIG dans cette association qui accueille les transsexuels qui n'ont pas la chance d'Antoine et se retrouvent à la porte. Et leur histoire m'a beaucoup touché. Et je souhaite juste aider Antoine, pour que jamais il n'ait à se retrouver seul comme ces jeunes. J'ai juste été un peu maladroit…
-Oh, Luis, c'est vraiment touchant. Je comprends, mais il vaudrait mieux laisser Antoine gérer et si un jour il a un .. problème, on a tous les… on a l'infirmière, tenez, qui pourra aider Antoine dans ses questionnements.
-Je comprends, vous avez raison. Merci monsieur. »
Il avait bien eu Rochat, il était d'une naïveté ce type. Décidément, elle lui avait été bien utile cette assoc finalement. L'image du regard désapprobateur et déçu de Maurice s'imposa à lui mais il la chassa très vite. Il retrouverait ses parents ce week-end, il ne laisserait rien lui gâcher sa bonne humeur.
Ils avaient assisté à sa première compétition de l'année et il l'avait remporté. Il était ravi, son père aussi, bien qu'il l'ait un peu asticoté sur son temps.
XXX
Luis profitait d'une heure de permanence pour regarder la saison une d'Iron fist, il n'avait pu la regarder ce weekend, avec ses parents qui étaient là. Il était à fond dans son visionnage quand il entendit un grand salut.
C'était Mila, toute sourire, qui s'était postée devant lui. Il se demanda ce qu'elle faisait là, après la façon dont elle l'avait jeté la dernière fois, il ne voyait pas ce qu'elle pouvait bien lui vouloir. Il écarta son casque audio pour l'écouter.
«Ah ouais d'accord. Donc toi, d'un coup, tu décides de plus me faire la gueule c'est ça ?
-Je te faisais pas la gueule.
- C'est pas toi qui m'as planté comme une merde la semaine dernière au bar, là ?
-J'étais fâchée.
-Et moi je me suis excusé.
-Et je viens m'excuser à mon tour. Écoute, je suis comme ça, je m'énerve. Je dis tout ce que j'ai à dire et je redescends aussi vite. Et d'un côté, c'est plutôt cool, non ?
-Ouais ok. Excuses acceptées, allez. »
Il n'était pas vraiment convaincu mais ok. Il remit son casque comme il fallait pour regarder la suite de sa série. Mais Mila resta là et commença à le spoiler. Il était agréablement surpris de voir que Mila aimait Iron Fist. Mais elle continua de le spoiler et il comprit qu'elle ne lâcherait pas l'affaire. Au final, il pensait que c'était mort avec Mila mais peut-être pas, si elle revenait à la charge au fond c'était qu'elle l'aimait bien non ? Il lui demanda ce qu'elle voulait. C'était pour un exo de maths, ce qui fit halluciner Luis. Il n'était pas celui qu'on venait voir pour les maths. Quelque part, ça le toucha. Mila ne le considérait pas comme un abruti, elle. Pas comme Tom par exemple… il chercha et l'aida. Ils passèrent un bon moment. Il n'aurait jamais cru passer un bon moment grâce aux vecteurs et pourtant. Il s'était senti utile et Mila l'avait remercié chaleureusement. Il se sentait sur un petit nuage.
Le lendemain, il se trouvait devant la classe à attendre Leserman, Mila devant lui. Mais il ne lui parla pas. Ses « potes » discutaient avec elle, il ne voulait pas foutre la merde. Mais il les entendit s'adresser à un mec qu'il n'avait jamais vu, enfin apparemment puisqu'il se trouvait de dos et le voyait mal. « Tu vas te faire cramer » les entendait -il murmurer. Il se demanda ce qu'ils foutaient encore ces abrutis. Il fit tout de suite remarquer à Leserman qu'il y avait un « nouveau ». Mais bien sûr, comme toujours, ils s'en sortaient bien, ils étaient tous venus à la rescousse, Théo, Mila… et voilà que le gringalet rentrait en classe avec eux et avec les compliments du professeur en plus… pathétique. Antoine avait l'air de le kiffer ce mec en tous cas. Ça le rendait curieux.
XXX
Il avait entendu parler après coup d'une fête : ils avaient été un paquet à y aller. Et personne ne l'avait invité. Luis était dégoûté. Qu'est-ce qu'il fallait qu'il fasse pour qu'on l'apprécie ? Il avait merdé mais il s'était excusé à chaque fois, ou presque… il se disait que Mila ne l'avait pas invité à cause des autres, c'était forcément ça. Il passa le week-end enfermé dans sa chambre. Il avait regardé Netflix tout le long. Mais son ordi planta. Il voulut prendre sa tablette dans son sac mais se rendit compte qu'elle n'y était plus. Il la chercha dans sa chambre mais ne trouva rien. Il était sûr qu'elle était dans son sac, il ne l'utilisait qu'au lycée pratiquement. Il l'avait prise pour regarder Iron Fist en début de semaine… c'était le jour où Mila était venue lui parler. Non, elle n'avait quand même pas fait ça ? Pourtant si, c'était la seule explication. Il l'avait mise dans son sac et ne s'en était pas servie depuis. C'était forcément elle et cela expliquait son revirement de comportement. Elle n'en avait rien à foutre de lui en fait. Luis sentit une énorme colère le submerger. Pourquoi ? Tout le monde le prenait pour un imbécile… Mais il l'était de toute façon. Il avait vraiment cru que Mila le trouvait assez intelligent pour lui demander de l'aide en maths, si ça c'était pas de l'idiotie… Et Antoine qui avait suggéré qu'il était un homo refoulé. Ça n'arrêtait pas de revenir dans sa tête… il fallait qu'il pense à autre chose. Mila… Il kiffait Mila, il la trouvait super bonne, c'était à elle qu'il devait penser même si elle n'avait pas été cool. Il se laissa aller dans son désir pour elle, pensant à ses courbes et à sa façon de lui sourire...
Le lundi, il ne put approcher Mila qui passait décidément tout son temps avec ces dégénérés. C'était eux qui l'empêchaient de la voir, de lui parler, c'était de leur faute si Mila ne l'aimait plus autant qu'avant. Parce qu'avant ça, lui, Luis, avait réussi à lui plaire, elle l'avait bien aimé, il le savait. Alors il pouvait retrouver ce sentiment, bientôt, elle le trouverait sympa à nouveau, elle le kifferait à nouveau. Et il sortirait avec elle. Cela mettrait les choses au clair une bonne fois pour toute avec tous ces cons. Il aimait les gonzesses et surtout, il aimait beaucoup la belle Mila.
Le lendemain, Luis la coinça dans les toilettes du lycée dès qu'il en eut l'occasion.
« -Salut !
-Je peux sortir ?
-Alors, d'abord, j'aimerais bien que tu me rendes ma tablette.
-Je vois pas de quoi tu parles.
-C'est bon, je sais que c'est toi qui l'as volée.
-D'où tu m'accuses toi ? je l'ai pas ta tablette de merde ok ?
-Euh tu sais, tu me l'aurais demandée je te l'aurai donnée hein. Tout ce que tu veux je te le donne, t'as pas compris ça ?
-Oh, super ! balança t elle ironiquement. Bon vas-y bouge, faut que je passe. »
Il l'en empêcha.
« Pour aller faire quoi ? Pour aller trainer avec les autres losers là ? Le trans machin, l'orphelin et l'autre baltringue dernier de sa classe, là? »
Ça le mettait hors de lui qu'elle les préfère à lui.
« -Parle pas de mes potes comme ça !
-C'est pas tes potes ! t'as rien à voir avec eux. »
Si c'était le cas, Luis ne s'intéresserait pas à elle.
«-Tu vaux mille fois mieux qu'eux.
-Alors comment t'expliques que je m'éclate avec eux alors ? »
Il pouffa.
« Mais ça, c'est c'est parce qu'ils t'ont retourné la tête contre moi ! Pour t'éloigner de moi. Alors que nous deux, on est fait pour être ensemble. »
Elle ricana.
« -On se ressemble trop…
-Faut que t'arrête la piscine parce que là, le chlore, ça te bouffe le cerveau !
-Pourquoi tu me rejettes ? je suis en train de te dire que… que je tiens à toi, que je pense tout le temps à toi… »
Pourquoi elle le rejetait ? pourquoi tout le monde le rejetait tout le temps ? Parce qu'il était une merde incapable d'être bon à quoi que ce soit, incapable d'être quelqu'un de bien… incapable d'être aimé…
« C'est con hein ? parce que moi je te calcule pas en fait. En plus, j'ai rencontré un mec beau, intelligent, drôle, tout l'inverse de toi quoi ! »
Pourquoi elle était si méchante avec lui ? à part pour sa mère où il n'avait pas été cool mais il s'était excusé, Luis avait toujours été sympa avec Mila. Non, elle lui mentait, elle essayait de le rendre jaloux, c'était la seule explication.
« C'est pas bien de mentir. Il se radoucit. Mais tu sais quoi ? Même ton sale caractère je l'aime bien. En fait, tout me plait chez toi. »
Il s'apprêtait à lui caresser la joue quand elle repoussa violemment sa main.
« Oui mais moi j'en ai rien à foutre, tu me dégoutes, t'as compris ça ou pas ? Alors lâche l'affaire ! » cria-t-elle en sortant des toilettes.
Luis n'y comprenait plus rien. Elle qui avait été si sympa le rejetait comme la dernière des merdes. Il s'était ouvert à elle, lui avait dit des choses qu'il n'avait jamais dites à aucune fille et c'était comme ça qu'elle le traitait ? Il décida de la suivre de loin. Elle allait comme toujours rejoindre ces enfoirés. Le soi-disant cousin d' Antoine était là aussi. Il était caché à bonne distance mais les voyait bien. Mila avait l'air mal. Regrettait-elle ses paroles envers lui ? Est-ce qu'elle était comme lui ? Parfois elle allait trop loin mais regrettait ? Elle prit une photo avec l'autre bouffon là, elle se serrait contre lui, et lui fit un bisou sur la joue, comme elle lui avait fait peu de temps après l'avoir rencontré, avant que les autres ne s'en mêlent, ça le dégoûtait...
Il eut envie de pleurer cette nuit-là mais serra les dents. Il n'était pas faible. Il reconquerrait Mila, c'était juste une question de temps. Il avait enfin trouvé une fille qu'il kiffait vraiment et il ne la lâcherait pas. Pas quand il savait qu'en fait, elle le kiffait aussi…
XXX
Luis géolocalisa sa tablette et il trouva Mila non loin du point de repère. Il savait bien que c'était elle qui l'avait piquée.
Elle l'interpella de suite :
« -Qu'est ce que tu fous là ?
-Moi aussi je suis content de te voir ! »
Elle faisait une de ces têtes, comme si Luis lui avait fait du mal alors qu'il n'avait fait que de se montrer sympa avec elle. Il l'empêcha de passer.
« -On va finir la petite discussion qu'on a eue tous les deux.
-Casse-toi je te dis ! »
Il sentait la colère monter de plus en plus en voyant son attitude.
« Et en fait t'en as fait quoi de ma tablette ? tu l'as revendue pour acheter la picole de ta mère ?
Luis aussi pouvait lui faire du mal, comme elle, elle lui en faisait.
« -Je suis pas une voleuse ok ?
-T'es une voleuse et une menteuse ! Mais tu vois c'est con parce que ma tablette elle est géolocalisée juste à côté d'ici.
-Ben j'en sais rien, peut-être qu'elle se promène toute seule. »
Elle le prenait vraiment pour un con.
« Écoute, y'a personne ici alors dégages, tu me saoules ! »
Il n'en pouvait plus. Il l'attrapa avec force.
« Mais lâche-moi connard ! »
C'était lui le connard alors qu'il n'avait fait qu'être gentil avec elle, lui offrir des verres, des soirées et qu'elle lui avait menti, l'avait volé, s'était servie de lui et pris pour un con ?
« Tu t'es bien foutu de ma gueule toi et tes potes hein ? »
Il s'imaginait les autres, Antoine et Tom en tête, en train de se foutre de sa poire. « Quand il sera un peu accroc tu lui mets le coup de grâce… » c'était leur idée même peut -être… Il perdait le contrôle de tout ça et il ne le supportait pas.
« Mais maintenant c'est fini, c'est MOI qui décide ! »
Il la colla contre le mur et essaya de l'embrasser. Après tout ce qu'elle l'avait allumé… fallait pas qu'elle s'étonne. Il la serra de plus en plus fort et tenta de trouver ses lèvres mais elle ne se laissait pas faire…
Quand tout à coup, un mec sortit de nulle part et le décolla de Mila. Il menaça Luis qui réalisa que c'était le « cousin » d'Antoine. Il se moqua de lui mais n'eut pas vraiment le temps de quoi que ce soit qu'il se retrouva parterre avec la tête fracassée par le jeune brun.
Luis se retrouva seul dans la ruelle, la tête lui lançant atrocement. Ce connard lui avait démonté la tête. La rage le consumait. L'humiliation aussi. Il rentra chez lui, se passa de la glace sur son œil mais cela ne lui évita pas la nuit blanche. Ce mec allait payer. Il allait voir la police. On ne rigolait pas avec les Careille. Son père respectait beaucoup le travail des forces de l'ordre et Luis savait que lui seul aurait peu de chances de retrouver le brun et ça lui ferait les pieds de se mêler de ce qui ne le regardait pas. Il ne pensa pas à Mila, il n'avait pas envie de repenser à ce qu'il avait failli lui faire la veille. C'était de sa faute aussi s'il s'était mis dans un tel état de rage. Ça ne se faisait pas de se servir des gens comme ça...
Il pénétra dans le commissariat le lendemain matin à la première heure et fut reçu par le capitaine Norman. Il lui demanda où étaient ses parents vu qu'il était mineur mais ils étaient sur un gros contrat en Espagne. Il lui demanda comment était arrivée l'agression et Luis lui répondait quand il remarqua un mur de photos derrière le policier. Et sur celui-ci… Victor… il demanda si c'était des disparus mais non, c'était des gens qui avaient des trucs à se reprocher lui avait répondu le capitaine. Il avait senti que Luis avait reconnu quelqu'un mais il réfuta, il s'était juste étonné de la jeunesse de certains. Le flic était guère patient mais semblait avoir du flair. Il réfléchit rapidement à ses options et réalisa que ce serait un moyen de pression bien plus utile que de coller les flics au cul du naze. Au final, il n'était pas sa cible principale. Ce mec avait défendu Mila, même s'il n'avait pas apprécié qu'il lui refasse le portrait, ce n'était pas lui le pire dans tout ça. Et il ne voulait rien de lui. De Mila, par contre… Il était dans ses pensées quand le flic l'interpela. Il lui avait semblé plutôt intelligent et le côté brut de décoffrage il aimait bien, mais il était pressé, il avait quelque chose à dire à Mila.
En fin d'après-midi, il la vit de loin et la rattrapa aussitôt.
« Salut princesse ! »
Elle se retourna et n'eut vraiment pas l'air ravi de le voir.
« -Tu veux quoi ? ça t'a pas suffit de te faire éclater hier ?
-J'y crois pas, t'as peur de moi en fait. Oh, la petite voleuse a la frousse, c'est mignon », dit-il en approchant sa main de sa joue.
Elle se défila.
« -Me touche pas !
-Tu fais moins la maline sans ton garde du corps, hein ? Sans ton super héros, ton super Victor !
-Je sais pas, je…je le connais pas !
-Ah, pourtant moi je le connais ! je t'ai vu avec lui et ta bande de losers. Vous le protégez, c'est ça ?
-Ferme ta gueule, tu sais pas de quoi tu parles ! »
Ah, là, il avait touché un point sensible chez Mila.
« -Ah si si je sais très bien de quoi je parle . Ton pote là, il est recherché par les flics et toi tu le couvres en faisant croire que tu le connais pas. D'ailleurs il a fait quoi ? Il deale c'est ça ?
-Ben lui au moins c'est pas un putain de violeur comme toi!
-Mais moi non plus je te rassure, moi tout ce que je veux de toi, c'est coucher avec toi, c'est tout!
-Mais dans tes rêves, ouais !
-Mais si tu vas voir, tu vas dire oui tout de suite ! Sinon toi, Victor et ta bande de potes je vous balance aux flics ! »
Il lui avait fait mal là à Mila et il était content de lui avoir rendu la monnaie de sa pièce. Elle allait y penser tout le weekend… Comme lui devenait obsédé par elle quand elle le rejetait…
Luis avait passé son week-end à faire des recherches sur Victor. Il avait trouvé qu'il était recherché par Interpol. Il allait loin là avec Mila. Mais elle l'avait traité comme un pestiféré. Et si elle se laissait faire c'est qu'elle aimait ça non ? Il la tenait mais elle n'était pas si revêche que ça, elle en avait envie. Non ? Lui, il en avait envie, il ne pensait plus qu'à ça depuis quelques temps… il avait besoin de coucher avec elle, il le fallait, il se demandait parfois pourquoi c'était devenu aussi important pour lui… à cause de son comportement d'allumeuse ? Parce qu'elle l'avait rejeté alors il avait besoin de se sentir désiré ?
Dès son arrivée au lycée le lundi, il choppa Mila. Il la reluqua des pieds à la tête et fut ravi de constater qu'il avait raison, elle ne le rejetait plus. Il chercha rapidement à savoir ce qu'elle avait décidé, si elle allait coucher avec lui. Il avait besoin qu'elle le veuille. Il en avait vraiment envie. Il perdrait sa virginité avec une belle nana, ce qui aurait déjà du arriver, non ? Ce n'était pas normal qu'il n'avait pas eu de vrai copine jusque-là. Elle essaya de s'esquiver en lui disant qu'il n'avait rien contre eux mais Luis lui parla de ses recherches, ce qui fit déchanter Mila. Il lui demanda de s'habiller sexy pour lui. Il fallait qu'elle l'aguiche, qu'elle montre son intérêt pour lui. Sa mère s'habillait toujours pour faire plaisir à son père. Des robes élégantes pour le rendre fier lors des soirées cocktails par exemple. Il avait envie que Mila fasse de même, qu'elle s'habille pour lui… rien que pour lui…
Son « on verra » l'énerva au plus haut point. Elle lui résistait encore alors qu'il avait toutes les cartes en main. Dès lors, ses demandes montèrent en épingle. Il voulait une photo de ses seins. Un cadeau pour lui. Il ne l'écoutait plus, elle l'insultait mais il n'en avait rien à foutre, il voulait une photo de ses seins maintenant, il en avait marre qu'elle le rejette, qu'elle le regarde d'un air dégouté comme si Luis n'était pas normal… il aperçut Théo et s'éloigna. Installé en cours d'anglais derrière Théo et Mila, il reçut un texto d'elle avec la photo. Bien, elle était enfin prête à l'écouter. Il lui envoya un sms « je veux une photo de ton cul ». Mais Théo le vit en même temps que Mila et ce con se mêla de ce qui ne le regardait pas. Il se retourna direct et lui demanda si ça l'excitait de faire ça.
Pas vraiment s'il était complètement honnête, mais c'était le seul moyen qu'il avait trouvé pour que Mila le calcule à nouveau… sa gorge se serra. La colère de Théo le ramena à la réalité de ce qu'il faisait mais Mila vint à sa rescousse. Elle lui avoua qu'ils étaient ensemble. Il arrivait enfin à son but. Il ne flancherait pas. Peu importait les moyens, la fin les justifiait toujours si on arrivait au but fixé, disait son père. Il fallait se battre avec toutes ses armes pour avoir ce qu'on voulait dans la vie. Et là, tout de suite, il voulait Mila. De plus, cerise sur le gâteau, il adorait énerver Théo, il n'aimait pas ce mec. Il ne savait pas pourquoi, de toute leur bande c'était celui auquel il avait le moins eu affaire et le plus "normal", mais il ne le supportait pas. Mais il voyait Mila enfin se radoucir, redevenir plus sympa avec lui, comme avant, au tout début. Et c'est ce qu'il voulait.
Le soir, chez lui, il s'impatientait, il fallait qu'il assoie sa dominance sinon Mila finirait par le laisser comme tout le monde. S'il la contrôlait, elle ne pourrait pas partir. Il reçut la photo de son cul. Mais il n'éprouva pas l'excitation qu'il aurait du. Il forçait Mila, au fond il s'en rendait compte...
Le lendemain matin, il décida de lui envoyer un mot gentil, de lui montrer qu'il tenait à elle, que ce n'était pas que du sexe qu'il recherchait. Après tout, il n'était jamais vraiment sorti avec une fille, il avait attendu la bonne. Il lui envoya un sms « tu me manques, j'arrête pas de penser à toi » il aimait la sensation de ne penser qu'à elle, ça comblait un vide en lui et pour une raison obscure, il se sentait rassuré.
Au lycée, il la rattrapa :
« -Salut princesse !
-Salut, désolée mais là je suis pressée !
-D'ailleurs merci pour les photos de ton cul, t'es exactement comme j'aime, lui avoua Luis en la reluquant.
-Tu vas pas les montrer à tout le bahut les photos ?
-C'est ça qui t'inquiète ? Ouais, c'est une idée. »
Elle pensait vraiment que c'était une pourriture.
« -Mais non, mais tu me prends pour qui ? ces photos là c'est juste un cadeau entre nous; moi je veux que personne d'autre te voit. Tu vois ? regarde, dit-il en sortant son téléphone. Je vais les effacer, là. Regarde. Et voilà. Tu vois bien que je suis gentil au final. Pourquoi t'as peur ? C'est cette bande de dégénérés là qui t'a monté la tête contre moi ?
-Donc, on est quitte, tu vas laisser Victor tranquille ? »
Ceci blessa Luis. Au final, il ne comptait vraiment pas pour Mila.
« -Ah ouais d'accord, il n'y a que ça qui t'intéresse hein ? Ben si tu veux pas que je le balance aux flics, il va falloir faire un petit peu plus. Parce que là je te jure que c'était que les préliminaires… et toi qui as l'habitude de voler, ça doit pas te choquer de payer en nature non ?
-Ferme ta gueule, jamais je couche avec toi moi ! »
Il la retint et lui glissa à l'oreille :
« Oh, j'ai juste une petite question. Tu crois que Victor il va aller en prison ici ou alors dans son pays ? Pour savoir si tu lui dis juste un au revoir ou un adieu. »
Elle lui décocha un regard noir avant de s'en aller.
Luis savait que ce qu'il faisait dépasser tout ce qu'il avait fait jusque là mais ce dégoût qu'il voyait dans ses yeux, il ne le supportait pas. Alors il n'arrivait plus à s'arrêter. Pourquoi elle ne voulait pas de lui ? Rien ne marchait, ni la manière douce, ni la forte, rien… il était une merde à ses yeux… il le voyait bien..
Il se demandait jusqu'où il irait comme ça, il ne se voyait pas la forcer à coucher avec lui, il devait arrêter, ça devenait n'importe quoi là… mais en même temps, dès qu'il sentait son rejet, il n'arrivait plus rien à contrôler… ce n'était pas normal. Il reçut un message un peu plus tard. Il le lut et à sa grande surprise, c'était Mila. Elle lui proposait un rendez-vous jeudi… c'était surréaliste. Avait-il mal lu la situation ? Finalement, c'était un jeu entre eux ? elle l'aimait bien et feignait le dégout pour l'exciter peut-être ? Il ne comprenait pas vraiment mais l'idée de coucher enfin avec une nana ne le fit pas plus se poser de questions que ça. Bientôt, il ne serait plus vierge et coucherait avec une fille pas banale… C'était tout ce qui comptait. Ils étaient peut-être faits l'un pour l'autre après tout…
Il pensa toute la journée à son rendez-vous avec la belle brune. Il devait assurer. Il mata du porno et s'excita pour se mettre dans l'ambiance. Il la rejoignit dans la voiture qu'elle avait dû piquer à sa tutrice et but la vodka qu'elle lui proposait, même s'il trouvait ça bizarre. Serait-elle comme sa mère ? Non, elle devait chercher à se mettre dans l'ambiance, comme lui avec les porno. Ils s'installèrent dans les bois. Luis commença à l'embrasser dans le cou, il se sentait bizarre mais s'allongea sur elle. Il se sentait lourd, très lourd. Elle lui dit « pas ici » mais sa voix semblait lointaine alors qu'elle était juste là. Il avait un peu de mal à respirer et se sentait confus, sa tête tournait. Mila le china sur le fait qu'il ne tenait pas l'alcool ou qu'il lui faisait le coup de la panne. Il le prit pour un défi et recommença ses baisers dans son cou. Il n'allait pas avoir une panne alors qu'il était si près du but. Il entendit du bruit et releva la tête. C'est là qu'il les vit, toute la bande. Qu'est-ce qu'ils foutaient là ? Luis ne comprenait rien mais il se sentait dans le brouillard en même temps. Mila voulait qu'il les kiffe parce que s'il la kiffait elle, il devait accepter ses amis. Elle l'embrassa et cela fit disparaitre ses doutes. Ils s'installèrent dans l'herbe. C'était un peu surréaliste d'être là avec Antoine, Tom, Théo et Victor… non ? Mais sa tête tournait toujours et du coup ça n'avait peut-être pas tant d'importance. Il était fier et content de leur dire qu'il était avec Mila, de leur montrer que tout ce qu'ils avaient fait n'avait servi à rien, elle le kiffait quand même. Elle lui dit que c'était privé mais il s'en foutait, il se sentait d'humeur à parler, ce qui était très bizarre, ce n'était pas vraiment dans sa nature. Il leur avoua qu'il aimait Mila. C'était bien la seule fille qui avait vraiment trouvé grâce à ses yeux alors c'était forcément de l'amour non ? sa tête était de plus en plus lourde et il évitait de regarder Tom assis en face de lui, il sentait son regard sur lui et c'était… bizarre. Il se concentrait sur Mila. Il se sentait de plus en plus étrange, il s'approcha d'elle et se sentit partir. Il pensait à Mila, rien qu'à Mila, à personne d'autre… il sentit quelque chose de vraiment étrange…
XXX
Luis se sentit sortir comme d'un long sommeil. Théo lui tendait une bouteille d'eau et il était extrêmement confus. Il le faisait encore boire. Et c'était vrai qu'il avait très soif… il demanda où ils étaient, il ne se rappelait pas comment il avait atterri dans des bois. Il ne sentait même plus sa jambe non plus. Théo lui expliquait qu'il avait fait un malaise à cause de l'alcool et qu'ils lui avaient fait une piqure. Mais c'était quoi ce délire ? Il était dans les vapes mais ça n'avait aucun sens. Une réaction allergique ? il n'avait jamais fait de réaction allergique à cause de l'alcool !
Là, Tom intervint :
-Tu t'es peut-être fait piquer par une bête. Le plus important c'est que tu ailles bien, continua-t-il d'un ton plein d'empathie en lui mettant sa main sur l'épaule.
Luis le regardait droit dans les yeux. C'était naturel d'être comme ça à côté de Tom, sentir sa main caresser doucement son épaule… Mais en fait, ça aussi c'était bizarre, non ? Depuis quand Gassin s'inquiétait pour lui ? Depuis quand son sort l'intéressait alors qu'il n'avait fait que l'ignorer pendant un mois à part lors de leur débat ?
Mila lui dit qu'elle avait eu peur… mais tout clochait dans cette histoire. Il se laissa un moment pour réfléchir, les autres étant juste un peu plus loin. Le brouillard se dissipait. Il commençait à y voir plus clair dans ce qu'il s'était passé. Il se releva péniblement. Tom lui demanda comment il se sentait. Cela fit pêter un câble à Luis. Il le prenait pour un con. Il le détestait et il se faisait du souci pour lui ?
Luis explosa :
« Dès que j'arrive à marcher je vais chez les flics et je balance tout. »
Mila le prenait pour un con, comme s'il n'avait pas compris qu'elle l'avait drogué.
Tom intervint :
« Tu vois pas que t'es parano là, c'est à cause de l'alcool. »
Que Gassin le prenne pour un con ça l'énervait encore plus que tous les autres.
« Putain mais alors toi, t'es toujours obligé de ramener ta petite gueule de petit merdeux là ! Mais je te jure tu vas la fermer quand tu seras en taule ! » cracha-t-il.
Ils se regardaient droit dans les yeux, prêts à se sauter dessus.
Puis Luis s'attaqua aux autres, il n'allait pas leur faire de cadeau. C'était une tentative de meurtre. Et avec l'ami commissaire de son père, ils ne s'en sortiraient pas comme ça.
Mila tentât une approche, cela le mit hors de lui.
« Mais toi, mais t'es la pire de toute, là ! tu mens, tu trahis, t'as… t'as pas de face ! » hurla-t-il.
Elle l'écœurait. Il lui avait laissé sa chance… il se sentait trahi. Rejeté. Abandonné. Comme toujours. Il décida de l'humilier pour se venger.
« En fait, c'est de famille chez vous, vous êtes la loose. »
Il la regarda, face à face:
« Tu vas finir comme ta mère, dans le caniveau ! » lui hurla-t-il dans la tronche.
Il sentit la claque magistrale de Mila lui retourner la tête.
« -Connard va !
-Tu vois, tu vois bien que j'ai raison. Tu vaux que dalle. Rien. Et c'est pour ça que tu traines avec des petites salopes comme toi ! »
Voilà, c'était ça, depuis le début il avait cru Mila différente mais non, elle était comme ces malades ce n'était pas lui le problème, c' était elle, c' était eux !
« Putain, mais ta gueule ! » intervint Tom tout à coup.
Luis n'en revint pas. La crevette devenait virulente. Il la vit chercher quelque chose dans son sac. Il en ressortit un taser.
« -Tu fais quoi là ?
-Maintenant tu fermes ta gueule ou je te fais bouffer mon taser ! »
Théo l'empêcha de s'approcher de Luis mais il lui souriait comme un fou, comme s'il avait envie de lui faire payer…
Luis vit dans son regard cette haine à son encontre et il chargea. Il ne lui était pas indifférent. Ils s'étaient ignorés pendant des mois tous les deux et tout à coup, tout le ressentiment ressortait… ils n'avaient jamais été indifférents l'un à l'autre…
« Ah ouais, tu veux jouer au méchant toi ? La petite lopette qui dès qu'on la gifle ça pleure ? Mais toi en prison tu vas t'éclater ! »
Ils ne se lâchaient pas du regard, plus rien n'existait autour à part Tom qui pensait qu'il lui avait poussé des couilles et lui-même qui n'arrivait plus à s'arrêter.
« Sous la douche ça va être le pied ! »
Tom se dégagea de l'étreinte de Théo et s'approcha direct en lui donnant un premier coup de taser. Il sentit une affreuse décharge dans le haut de la cuisse. Il tomba et sentit Tom se jeter sur lui.
« Ça c'est pour m'avoir fait chier ! » lui cracha le brun en se cramponnant à lui. Il lui assena un second coup de taser au niveau du rein cette fois-ci. Il ressentit une douleur atroce qui le fit hurler.
« Ça c'est pour avoir retiré la chemise d'Antoine ! »
Il vit vaguement Théo essayer de repousser Tom mais celui-ci s'accrochait à lui et lui asséna une troisième décharge, au niveau du rein gauche également.
« Ça c'est pour avoir essayé de violer Mila. »
Luis ne l'entendait presque plus, il se tordait de douleur, tendu sur le sol, complétement crispé. Il le voyait s'agiter alors que Théo avait réussi à le stopper. Il l'entendit à peine hurler « c'est qui la lopette maintenant ? C'est qui la lopette ? » complètement hystérique. La douleur était vraiment atroce. Il pensa à quel point Tom le haïssait quand il se sentit partir, la douleur l'entrainant doucement au point de non-retour.
XXX
Luis se réveilla à l'hôpital. Très vite les médecins vinrent lui expliquer sa situation :
« Vous avez subi une violente agression, vous êtes resté inconscient 4 jours, vous avez été retrouvé dans les bois le jeudi 11 octobre en fin de soirée. »
« Vous savez ce que vous faisiez là-bas ? »
« Nous étions très inquiets. Vous êtes resté dans le coma. »
« Vous avez bien failli mourir »
« Vous allez garder des séquelles graves »
« Vous avez malheureusement perdu un rein, nous n'avons rien pu faire »...
Luis demanda d'une voix faible si ses parents étaient là. Ils avaient été prévenus, sa grand-mère viendrait dans l'après-midi mais ses parents ne seraient pas de retour avant trois jours. Ils étaient au Brésil et il y avait des protocoles, ils ne pouvaient pas revenir aussi vite qu'ils le voulaient mais ils appelaient tous les jours pour savoir s'il était sorti du coma, ils s'inquiétaient pour lui. Très faible, on lui avait dit qu'on l'avait mis sous anti-douleurs.
Luis, seul dans son lit, se sentit mal. Pas seulement à cause de son rein, pas seulement parce qu'il était épuisé mais surtout parce qu'il se repassait cet horrible moment dans la forêt. Tom avait littéralement pêté un fusible et tout ça à cause de lui. Il avait entendu ses reproches avant de sombrer dans l'inconscience. Le mal qu'il lui avait fait, ce qu'il avait fait à Antoine, le harcèlement à Mila. Il avait été un monstre, c'était ce qu'il ressentait, là, en revoyant le regard de haine de Tom. Pousser quelqu'un comme lui à cet acte qui avait failli lui coûter la vie… il avait envie de pleurer. Comment il en était arrivé là ? Il voulait juste ne plus être seul… il voulait juste être aimé…
XXX
Luis était allongé, toujours très fatigué, quand il entendit la porte de sa chambre s'ouvrir. Il avait du mal à bouger la tête mais reconnut Mila. Il fut surpris de la trouver là.
« Je suis désolée, commença-t-elle d'une petite voix. Ce qu'on t'a fait c'était injuste et débile. Je sais pas ce qui nous a pris. »
Il se sentait heureux de la voir là. Il ne le méritait certainement pas, mais il était heureux. Il leva sa main et lui fit signe d'approcher la sienne.
« -Quoi ?
-Donne-moi ta main s'il te plait », lui demanda-t-il faiblement.
Elle lui attrapa la main, il la serra.
« Moi aussi je me suis mal comporté avec vous. Et surtout avec toi. »
Elle baissa les yeux.
« -C'était pas une raison pour qu'on se venge de cette façon.
-Tu sais, ça fait pas très longtemps que je suis réveillé mais, depuis j'arrête pas d'y réfléchir et…
-Quoi ?
-Ben, les médecins ont dit que j'avais failli mourir, annonça-t-il fébrilement. C'était encore très étrange pour lui d'imaginer que tout aurait pu s'arrêter là. Et du coup, ça m'a fait vachement relativiser sur nos prises de gueule et la haine que j'ai envers tes…tes potes, dit-il essoufflé.
-Forcément.
-Et du coup j'ai compris un truc c'est que … je les aime pas mais ça sert à rien que je m'acharne sur eux parce que regarde où ça m'a amené.
-Tu le penses vraiment ? »
Il acquiesça de la tête mais ça lui fit un mal de chien.
« J'ai envie de changer. Et, j'ai envie d'arrêter toutes ces conneries. Du coup, je vais pas vous balancer. »
Mila sembla soulagée. Elle lâcha sa main et souffla :
« Oh putain, merci. Je savais que tu comprendrais mais.. je t'avoue qu'on a flippé. »
Luis la regarda, heureuse de voir qu'il ne balancerait rien. Sans plus vraiment le calculer.
« -Ah ok, donc c'est pour ça que t'es venue en fait. Pour savoir si j'allais vous balancer, c'est ça ?
Comment il avait pu croire qu'elle tenait sincèrement à lui et s'était inquiétée.
« Quoi ? non non pas du tout. »
Elle tenta de reprendre sa main.
Il s'éloigna.
« Non, c'est bon. J'ai envie d'être seul là, tu peux partir s'il te plait ? les larmes au bord des yeux.
Il détourna le regard, l'entendit prendre son sac et la porte claqua. Luis craqua. Les larmes coulèrent.
Il se sentait si seul. Ses parents n'arriveraient pas avant deux jours, il n'avait aucun ami et Mila n'était venue que pour s'assurer que leur secret resterait bien gardé. Et il ne pouvait s'en prendre qu'à lui, il ne valait rien, alors personne ne s'intéressait à lui, il avait failli crever et il n'y aurait eu personne à son enterrement… il se dégoûtait. Quand sa grand -mère arriva en fin d'après-midi, il passa il ne savait combien de temps à pleurer dans ses bras…
XXX
Une policière blonde interrogea Luis à l'hôpital pour en savoir plus sur ses agresseurs. Mais le jeune homme ne fit qu'un récit vague sur des gars en voiture qui l'avaient pris en stop alors qu'il allait à une soirée chez des amis. Comme s'il avait des amis…
« Vous savez, moi, je suis quelqu'un de sans histoire » avait-il déclaré à la flic.
C'était mieux pour son père de toute façon, qu'il ne fasse pas remonter toute cette merde. Il l'avait déjà assez déçu, il le décevrait encore plus quand il saurait qu'il ne pourrait jamais devenir un champion de natation à cause de son rein. Il n'allait pas rajouter la honte de s'être acoquiné avec une racaille et d'avoir encore été mêlé à des histoires avec ces dégénérés…
L'infirmière rentra. Et le sauva de la blondasse pas commode. Elle était gentille l'infirmière, elle s'occupait de lui. Mais c'était son travail…
Mila repassa le voir.
« -Je suis venue te remercier, t'as rien dit aux flics.
-Je t'avais dit que je baverais pas. T'avais pas confiance en moi ? »
Bien sûr qu'elle n'avait pas confiance en lui. Il était fautif mais elle et ses potes étaient loin d'être des anges, mais ça ne les empêchait pas de se prétendre comme tels.
« Non, mais je culpabilise. T'as perdu un rein en plus. »
Elle le prenait vraiment pour un con… mais elle ne serait pas la seule. Il ne savait pas vraiment ce qu'il allait faire mais il ne laisserait pas ce qu'ils avaient fait impuni. Il n'avait rien dit pour sa famille, pas pour eux, car même s'il méritait leur colère, il n'avait pas mériter d'être laissé à moitié crevé comme un chien dans une forêt… Et il méritait encore moins son hypocrisie écœurante.
« -Hum.
-Je sais pas quoi te dire, je suis désolée.
-Ouais mais moi ce qui me fait chier c'est que je vais pas pouvoir faire la rencontre sportive à Oxford.
-Ouais, c'est vrai qu'il y a ça aussi.
-Ouais. Mais bon, il faut relativiser aussi. Je suis encore vivant. Et puis ça m'a fait réfléchir aussi, avant j'étais tout le temps en train de me comparer aux autres, d'essayer de me prouver des choses… mais, en fait c'est pas ça la vie. »
Il avait bien compris sa leçon quand il avait eu les séances psy pendant son TIG: toujours envelopper le mensonge avec de la vérité pour que ça fonctionne.
« -Ok mais, je comprends toujours pas pourquoi tu nous as pas balancés. Franchement, ça méritait.
-Ah ok, donc en fait t'es sourde ou aveugle ? peut-être les deux.
-Pourquoi tu dis ça ?
-Mais je t'ai pas balancé aux flics parce que je t'aime. Parce que j'ai pas envie que t'ailles en prison. Et j'espère qu'un jour tu comprendras qu'on est fait l'un pour l'autre. »
Elle baissa les yeux.
Et maintenant il allait lui balancer l'ultime bombe.
« -C'est ça qui m'aide à tenir.
-Je te demande pardon, pour tout.
-Moi aussi je m'excuse pour tout le mal que je t'ai fait, vraiment. »
Il l'avait pensé réellement mais quand il voyait son hypocrisie, il avait envie de gerber..
« -J'ai vraiment changé Mila, tu me crois hein ?
-Oui. »
Ils parlèrent un moment, il lui avoua qu'il était content que quelqu'un le remplace pour les rencontres…
XXX
Luis avait eu un coup de fil de Mila. La bande voulait passer le voir pour s'excuser. Exactement ce qu'il voulait, son plan se déroulait comme sur des roulettes.
Ils arrivèrent en milieu d'après-midi, Antoine, Théo et Mila. Tom n'était même pas venu. Il ne valait pas le déplacement.. .
Antoine, tout crispé, s'excusa. Ça avait l'air de sacrément lui coûter d'être là.
Luis leur joua la comédie jusqu'au bout. Il ne les avait pas balancés, c'était pas la peine de venir l'amadouer.
Oh, ils étaient venus le remercier, comme ils étaient mignons. C'était exactement ce qu'il voulait. Allez, qu'ils disent ce pourquoi ils le remerciaient. ..
Ils allaient au-delà de ses espérances, ils avaient tout avoué. Parfait. Maintenant, il ne voulait plus les voir, ils l'écœuraient. Il leur annonça qu'il ne voulait plus en parler, qu'il avait autre chose à gérer, montrant la machine à laquelle il était relié. Et c'était vrai. Pour le moment.
Mila ajouta qu'elle le laissait se reposer.
Il savait que c'était la dernière fois qu'il la voyait, elle avait eu ce qu'elle voulait, qu'il ne les dénonce pas… ils sortirent sans un regard. Il attendit que Mila referme la porte et sortit son téléphone. Il avait bien tout enregistré. Il ne savait pas encore ce qu'il allait faire de cet enregistrement mais ils allaient le payer. Mila, qui l'avait pris pour un idiot en lui faisant croire que pour une fois quelqu'un tenait vraiment à lui. Antoine et Théo qui s'étaient pointés là comme des fleurs croyant vraiment qu'une excuse suffisait à tout effacer alors qu'il avait perdu un rein… Luis s'était moqué de lui et l'avait désapé, ce qui en comparaison n'était pas grand chose par rapport à ce qu'ils lui avaient fait mais il avait refusé de lui parler, de lui pardonner… Et il pensait vraiment que deux mots dits à la dégoûté suffiraient…
Et surtout Tom, qui avait eu les couilles de le taser pratiquement à mort mais n'avait même pas daigné venir s'excuser, prendre de ses nouvelles, qui continuait sa petite vie tranquille pendant que lui allait passer les prochains mois à déguster.. Il se sentait seul, ses parents n'étaient toujours pas arrivés et sa grand-mère ne pouvait venir le voir tous les jours.
Et il avait mal et en ayant aussi mal, il avait la haine, comme jamais auparavant…
