Chapitre 4:
Bonjour à tous ! Merci encore pour tous vos retours !
Je vous laisse ici avec un chapitre traitant d'une période inédite puisque nous n'avions plus vu Luis durant tous ces mois de convalescence dans pblv puis je traite le podcast « le cauchemar de Tom » et l'arrivée de Luis, avant qu'il n'aille voir Tom. Bref, pratiquement que de l'inédit où on plonge un peu plus dans l'univers de Luis, son environnement familial…. En espérant que cela vous plaise…
La grand-mère de Luis demeurait le plus possible à son chevet. Elle semblait inquiète pour lui. En même temps, il se sentait très fatigué et la douleur le transperçait parfois, malgré les antidouleurs. Il s'était vu dans le miroir de la salle de bain et il faisait peur. Le teint pâle, des cernes extrêmement marquées, les lèvres si sèches qu'elles pelaient. Sa cicatrice le tiraillait. Il ne l'avait pas encore vue, recouverte d'un pansement. Il tenait mal sur ses jambes mais marchait quelques pas dans la chambre pour faire circuler son sang après être resté alité pendant trois jours où il avait dû demander un bassin pour faire ses besoins. On lui avait au moins enlevé la sonde urinaire assez rapidement… Il voulait que ses parents arrivent, il en avait marre qu'ils ne soient pas là. Il devait porter des bas de contention qui ressemblaient à ceux de sa grand-mère pour éviter la formation de caillots, il se sentait tellement ridicule. Il devait aussi régulièrement inspirer dans un inspiromètre afin d'éviter la pneumonie…
Comme il l'avait pensé, il n'avait plus revu Mila. Pas un message, rien. Il avait suivi sur les réseaux sociaux les rencontres d'Oxford. Il y avait eu deux ou trois messages de soutien dont un de Lisa avant que le groupe créé sur Facebook pour l'occasion ne devienne que la vitrine des exploits des uns et des autres… il n'avait aucune valeur pour ces gens-là, mais il le savait déjà que ses relations au sein des nageurs avaient été superficielles. Etrangement, il regrettait un peu de n'avoir pu participer aux rencontres sportives car ce devait être une chouette expérience mais il ne ressentait pas vraiment d'anxiété quant à son avenir au sein de la natation. Pourtant, il se doutait bien que la perte de son rein allait compliquer les choses.
Le chirurgien qui avait pratiqué sa néphrectomie vint d'ailleurs dans sa chambre cette après-midi-là.
« -Bonjour, votre grand-mère n'est pas là ?
-Non, elle est venue ce matin mais elle avait un rendez-vous médical cet après-midi qu'elle ne pouvait pas décaler.
-C'est embêtant. Vos parents ne sont toujours pas arrivés.
-Qu'y a-t-il docteur ?
-Je souhaitais vous parler concernant les suites.
-Vous pouvez m'en parler et revenir voir mes parents.
-Oui, j'imagine que vous devez être impatient de savoir comment votre rééducation va se passer, je sais par la directrice de l'hôpital que vous êtes un jeune espoir de la natation et cela doit vous inquiéter.
-Je vous écoute, éludant sa remarque.
-Je ne vous le cache pas Luis, la natation de haut niveau va être très compliquée dans votre état. Vous allez récupérer petit à petit, votre état de santé général est excellent et votre convalescence sera plutôt courte, vous êtes jeune, sportif, vous avez un corps sain. Il est tout à fait possible également de vivre tout à fait normalement avec un seul rein. Concernant le sport, dans quelques temps, vous serez capable d'en refaire tout à fait normalement, pour retrouver un niveau comme le vôtre, cela prendra davantage de temps et si vous comptez faire carrière dans le sport, ce n'est pas impossible mais je dois vous prévenir, cela va vous demander des efforts considérables et vous devrez être très prudent. Je déconseille très fortement tout sport ou entrainement de contact. Je ne sais pas quoi vous dire », termina le médecin, un peu gêné.
Luis s'y attendait. Mais cela ne le dévasta pas. Il sentit même un poids quitter ses épaules. Il aimait la natation, vraiment, mais ce n'était pas sa passion, il n'avait jamais ressenti l'étincelle avec ce sport. Et s'il comprenait bien, il devrait fournir des efforts supplémentaires pour y arriver alors qu'il faisait du mieux qu'il pouvait et n'arrivait même pas à être premier de la région. Il se saisit de cette porte de sortie, de toute façon, il ne pourrait jamais devenir un médaillé d'or de la natation, et son père ne voudrait jamais moins que cela pour lui. Il trouverait autre chose qui lui conviendrait mieux et qui pourrait rendre fier son père car là, avec son rein en moins et sa médiocrité, c'était mort…
« -Je… je ne veux pas prendre de risque, ça ne vaut pas le coup, lâcha-t-il à la surprise du médecin.
-Vraiment ?
-Oui, je ne veux pas vraiment faire de ce sport ma carrière. »
Voilà, il l'avait dit, haut et fort, pour la première fois.
« -Bien, alors dans une pratique normale, il ne devrait y avoir aucun souci. Je reviendrai vous voir quand vos parents seront là.
-Docteur ?
-Oui ?
-Est-ce que vous pourriez présenter un peu différemment les choses pour la suite ?
-Comment ça ?
-Parler avant tout des risques si je devais continuer la natation à un haut niveau. »
Un éclair de surprise traversa les yeux du médecin qui fut remplacé par une sorte de complicité.
« Je leur ferai bien comprendre les risques », en acquiesçant de la tête.
Il quitta la pièce, laissant Luis avec la sensation d'avoir trahi son père. Il se sentit mal mais il n'avait plus envie de faire semblant. Il n'avait pas envie d'affronter son père et le médecin lui donnait un moyen détourné de se défaire de cet avenir tout tracé que lui avait dessiné son patriarche. C'était certainement ingrat mais à quoi bon si de toute façon il ne se sentait pas capable de satisfaire son père. Au moins là, ce n'était pas de la faute de Luis, c'était un coup du sort et il ne le décevrait pas vraiment par sa faute.
XXX
Il se reposait, repensant pour la énième fois au regard de Tom quand il l'avait tasé, quand ses parents arrivèrent, avec leurs valises.
Sa mère se jeta sur lui, l'embrassant sur le front. Il ne put s'empêcher de remarquer le regard de son père tournoyer autour d'eux afin de vérifier que personne ne pouvait les voir. Toujours sauvegarder les apparences…
« -Excuse-nous mon chéri, finit par dire sa mère, en lui attrapant les joues, le regardant, inquiète. On a fait aussi vite qu'on pouvait mais ça a été compliqué, on ne pouvait pas quitter les investisseurs tout de suite et ensuite nous avons dû organiser le retour des marchandises avant de partir puis le temps du voyage… Mais nous sommes là.
-Oui, nous sommes là », confirma son père en lui posant la main sur l'épaule dans un geste pudique.
Il avait l'air soulagé de voir qu'il allait bien. Enfin autant qu'on le pouvait après ce qui lui était arrivé.
Sa mère s'installa sur le fauteuil à côté de son lit, ne lui lâchant pas sa main, le touchant comme pour se rappeler qu'il était bien vivant. Il aimait son contact, il avait presque envie de pleurer mais un homme ne pleurait pas parce qu'il avait retrouvé sa mère…. Son père resta un peu plus en retrait mais il pouvait voir son émotion quand même. Au travers son regard qui ne le quittait pas et s'attardait sur les stigmates de ce qui lui était arrivé. Il le vit tout à coup grincer des dents.
« Si je tenais les petits enfoirés qui t'ont fait ça ! »
Cela surprit Luis et sa mère, peu habitués à un si piètre langage dans la bouche du patriarche.
« Je vais appeler le commissaire, cette affaire doit être leur priorité. Ce doit être encore ces saletés de racailles, incapables de s'intégrer à la France, ses valeurs et ses lois ! Et qui vont voler, frapper nos enfants… ils ont le démon en eux. C'est le président Sarkozy qui avait raison il faudrait nettoyer tout ça au karsher ! »
Il s'emportait comme rarement Luis l'avait vu en colère. S'il savait que tout ce qui s'était passé, c'était lui qui l'avait provoqué et que c'était Tom Gassin qui lui avait fait ça. Son père était aveuglé par sa haine. Non, il ne pouvait pas penser ça, il avait raison, il savait de quoi il parlait non ? Il avait des liens avec beaucoup de politiques et savait donc comment ça se passait dans ces quartiers non ? Même lui n'arrivait pas vraiment à y croire complètement. Après tout, Mila venait de ces quartiers et elle n'était pas si horrible que ça, moins que lui en tous cas. Quelques jeunes de la natation aussi et ils n'avaient rien de voyous. Lui était riche et il ne valait pas grand-chose… Il était perdu dans ses pensées et avait perdu le fil du discours de son père sur les différentes raisons qui faisaient que « ces gens-là » ne pouvaient pas changer…. Puis, il vit quelque chose qu'il n'avait encore jamais vu chez son père, une sorte de désespoir.
« T'avoir laissé comme ça, dans cette forêt, où tu aurais pu… tu aurais pu… »
Son père avait les larmes aux yeux.
Luis se leva difficilement et s'approcha de lui.
« Je suis là papa, bien vivant. »
Son père lui attrapa les épaules et le rapprocha brièvement contre lui. Il se détacha rapidement, certainement conscient de se donner en spectacle et lui frotta la tête affectueusement. Ses yeux étaient déjà secs.
Son père passa quelques coups de fil mais il comprit vite que vu la description de son fils à la police qui ne se souvenait plus de rien ou presque, la tâche serait ardue, voire impossible, de retrouver ses agresseurs. Le père fulminait.
Ils ne partirent que quand l'heure des dernières visites avaient été largement dépassée et qu'il s'étaient faits gentiment engueulés par Babeth, l'infirmière, qui leur rappela que leur fils avait besoin de calme et de repos. Il se sentait un peu mieux d'avoir vu ses parents. Au moins, eux l'aimaient vraiment.
Le lendemain, ils revinrent avec sa grand-mère. Luis ne resterait plus qu'un jour à l'hôpital avant de rentrer chez lui. Le médecin vint leur expliquer que la perte d'un rein allait être dangereux pour Luis s'il souhaitait faire carrière dans la natation. Sa grand-mère ne l'avait pas lâché des yeux alors qu'il n'avait fait aucun commentaire. C'était comme si elle savait. Son père n'avait pas l'air très content, demanda un second avis puis Sophie, une fois le médecin parti, sachant bien qu'il ne valait mieux pas montrer devant quelqu'un, encore moins un docteur qu'elle n'était pas d'accord avec son mari, lui dit que la santé de leur fils passait avant tout. Elle était rarement aussi tranchante, aussi sûre d'elle, mais quand il s'agissait de Luis, de sa santé, elle ne tergiversait pas. Son père sembla contrarié et sur le point de réagir quand il entendit Luis se plaindre de douleurs. Juste au bon moment. Il n'osa plus rien dire.
La cicatrisation se passait bien et Luis fut autorisé à rentrer chez lui. Ce n'était pas la grande forme.
Au bout de quelques jours, après avoir semblé atterré, son père retrouva le sourire. Luis comprit bientôt pourquoi. Son père vint lui parler d'une école de commerce tenue par un ami à lui. S'il ne pouvait plus faire carrière dans le sport, il rejoindrait très vite son vieux père dans les affaires. Il travaillerait beaucoup plus au lycée maintenant qu'il n'aurait plus tous ces entrainements et intégrerait cette grande école marseillaise pour se former à venir travailler avec son père. Luis se plaignit de douleur afin qu'il le laisse tranquille. Il n'était même pas rétabli que son père avait retracé un nouveau destin pour Luis. Quel mot avait-il à dire là-dedans ? Son père payait tout pour lui, s'occupait de lui donc sûrement rien. Après tout, il savait certainement mieux que lui ce qui était le mieux pour son fils…
Sa mère passa le voir dans sa chambre. Elle voulut savoir s'il allait bien, si ce que son père lui avait dit lui convenait. Mais que pouvait-il lui dire. Oui, bien sûr, le commerce ? C'était formidable, travailler avec son père, c'était une chance, comme elle, elle le faisait. Elle lui sourit, le regard vague. Elle était passée aux antidépresseurs après ce qui était arrivé à Luis et semblait parfois un peu absente. Ce nouveau traitement devait être fort, il l'avait vu parfois sujette aux tremblements quand elle portait un verre à ses lèvres… Encore une fois, il ne savait que faire du mal. Il avait causé tellement de peine à sa mère avec ses conneries...
XXX
Il n'avait plus aucune nouvelle de personne, absolument personne. C'était comme s'il était mort pour les autres. Et cela faisait mal.
Il repensait sans cesse à Mila et Tom. Il regrettait vraiment ce qu'il avait fait à la jeune fille. Comment la situation avait pu dégénérer à ce point-là ? Comment avait-il pu lui faire ça ? il avait tellement voulu qu'elle veuille de lui… il ne comprenait pas vraiment. Maintenant, il ne ressentait pas de l'amour pour Mila, il le savait. Il lui avait fait croire ça pour qu'elle pense qu'il ne dirait jamais rien sur ce qu'il s'était passé mais il ne l'aimait pas. Il l'aimait bien ou en tous cas, il aurait pu vraiment bien l'aimer si elle ne l'avait pas drogué et si surtout elle avait été sincère avec lui quand elle était venue à l'hôpital. Mais non, elle l'avait juste utilisé car personne qui avait vu sa vraie nature de malade ne pouvait vraiment l'aimer… Alors, pourquoi être allé jusque-là ? Pourquoi l'avoir harcelée pour avoir ses faveurs ? jusqu'où serait-il aller ? qu'avait-il à se prouver pour vouloir absolument coucher avec elle ? C'était comme si les réponses étaient toutes sur le bout de sa langue mais que quelque chose les empêchait de se révéler.
Il se sentait triste. Pouvait-on passer toute sa vie tout seul ? il avait parfois la certitude que c'était ce qui l'attendait... il craqua et se mit à sangloter. Il tenta de camoufler ses pleurs dans son oreiller quand il entendit des éclats de voix.
« -Je ne veux pas partir et laisser notre fils ! s'écria sa mère.
-Mais Sophie, commença-t-il un peu abasourdi par la véhémence de sa femme, le marché va nous passer sous le nez si on ne se déplace pas et tu sais que Mr Seran n'appréciera pas qu'on ne se déplace pas tous les deux.
-Marc, Il y a deux semaines il a failli y rester, je n'irai nulle part !
-Tu as raison. J'irai seul.
-Notre fils a besoin de nous, de nous deux. Ta mère m'a dit qu'aucun ami ne venait jamais le voir. Est-ce qu'il t'a semblé qu'on lui demandait beaucoup de nouvelles ? On n'a vu personne venir le voir à l'hôpital non plus.
-A cet âge-là les gamins tu sais comment ils sont. Et notre fils se consacrait au sport et il va se concentrer sur ses études, je comprends qu'il n'ait pas de temps à perdre avec les ados de sa classe, surtout vu qui il a dans sa classe…
-Peut-être, mais on ne peut pas le laisser seul Marc, on a été trop absent.
-Bien, je vais installer mon bureau ici quelques temps mais je pense que tu devrais appeler notre médecin de famille, tes antidépresseurs ne doivent pas être bien dosés pour faire une telle crise. »
Luis ne pouvait voir ses parents mais il imagina le visage triste de sa mère… Mais celle-ci ne lui répondit rien et il savait qu'elle appellerait leur médecin dès le lendemain.
Luis avait été heureux pendant quelques jours que ses parents soient restés pour lui. Le soir, ils jouaient tous ensemble à des jeux de société, sa grand-mère les rejoignait même parfois, ce n'était pas des jeux très fun, le scrabble en particulier mais ils se retrouvaient tous ensemble. Le matin, il avait le kiné qui venait à la maison et le jeune blond pratiquait des exercices afin de retrouver ses capacités. Il était toujours sous antidouleurs à petite dose. Il dégustait s'il était vraiment honnête. Tom ne l'avait vraiment pas raté.
Tom… Pourquoi ça le dérangeait autant qu'il ne soit pas passé s'excuser ? ça n'avait aucun sens, lui-même ne s'était jamais excusé de ses multiples coups… mais ça l'enrageait qu'il ne soit pas venu, était-il si inexistant pour lui ? avec Tom, c'était toujours le chaud et le froid. Il ne le calculait pas mais quand il le faisait il n'y allait jamais de main morte. Quand il l'avait harcelé, parce que clairement c'était ce que Luis avait fait, Tom s'était toujours rebellé, lui répondant à toute ses vacheries. Même quand il était revenu, alors que chacun faisait comme si l'autre n'existait pas, il l'avait cherché plusieurs fois en classe… et lors de cette fameuse après-midi en forêt, il ne l'avait pas quitté des yeux… et cette main sur son épaule… il s'en souvenait encore, cette sensation étrange en lui, qu'elle était à sa place... il ne se souvenait même plus de ce qu'il avait ressenti en embrassant Mila, l'allongeant au sol. Il y avait eu un peu d'excitation, c'était certain, à son âge il ne lui en fallait pas beaucoup pour se sentir excité, mais qu'avait-il ressenti au fond de lui ? Pas grand-chose. Cela le confortait dans ce qu'il pensait il n'avait pas vraiment été amoureux de Mila. Alors, c'était juste parce qu'il s'était senti rejeté qu'il avait agi comme ça ? Qu'est-ce qui ne tournait pas rond chez lui ?
Après, elle n'avait rien fait pour arranger la situation, s'amusant avec lui pour lui voler sa tablette, le laissant comme un con alors qu'il avait déboursé 200€ pour une soirée…
XXX
Son père était venu un après midi avec un programme de révisions. Il tenait à ce que Luis travaille pendant sa convalescence, il fallait qu'il obtienne de meilleurs résultats maintenant qu'il devait entrer en école de commerce après sa terminale.
Il en avait marre, il n'arrivait pas à se concentrer sur ses cours. Il repensait sans arrêt à Tom qui aurait pu le tuer sans aucun scrupule… il serait mort de sa main et celui-ci l'avait laissé au milieu des bois, comme une merde… il n'en avait rien eu à faire de lui… il s'en fichait complètement, il n'était absolument rien pour lui, même pas un être humain peut-être… une immense tristesse submergea Luis. Il n'y avait eu que la haine et la rage dans ses yeux avant les coups fatidiques et puis plus rien…. Il laissa les larmes couler. Il ne pouvait pas les empêcher… elles ne s'arrêtaient plus mais il ne pouvait stopper ses pensées. Il ne comptait pour personne. Même ses parents… s'ils savaient qui il était vraiment… jamais ils ne l'aimeraient… il saisit de l'agitation de l'autre côté de sa porte, ils l'entendaient sûrement. Son père devait avoir honte d'avoir un fils si faible… qui pleurait comme un petit garçon dans sa chambre… ce qui fit redoubler ses larmes…
Malheureusement pour Luis, il n'arrivait plus à se concentrer, plus le temps passait, plus c'était pire. Plus d'un mois depuis son agression et il n'existait plus pour personne. Il s'enfermait dans sa chambre tous les après-midi pour réviser mais dès qu'il ouvrait un livre ou sortait son ordi, il ne passait pas beaucoup de temps sur ses cours avant d'être à nouveau pris d'une crise de larmes. Il avait eu la mauvaise idée d'aller voir les instagram de la bande de cons et il vit que leur vie continuait quand la sienne s'était arrêtée dans la douleur et la solitude… et il pleurait, cela ne voulait pas s'arrêter, il ne se supportait plus. Il passa sa main machinalement sur sa cicatrice. Une ligne de dix centimètres qui serait un souvenir à jamais de ce qu'il avait provoqué et qui n'avait ému personne…
Il repensait toujours à Mila. Qu'est-ce que signifiait ce besoin de passer à l'acte avec elle à tout prix ? ça l'angoissait totalement. Il sentait quelque chose, comme si son cerveau voulait lui passer un message qu'il ne pouvait voir, tapi dans son ombre.
Au bout d'un mois après son retour au bercail, sa mère et son père l'attendaient pour le dîner. Il prenait toujours garde de ne plus avoir les yeux rouges avant de les rejoindre.
« -Luis, on doit te parler, annonça son père.
-Qu'est-ce qu'il se passe ? demandât-il d'un ton enjoué qu'il ne ressentait pas du tout.
-Mon chéri, on t'entend… pleurer, hésita sa mère.
-Oh, vous m'avez entendu ? ce n'était rien, un petit coup de blues.
-Luis, ce n'est pas que depuis aujourd'hui.
-Que se passe-t-il ? Tu peux nous parler tu sais, ajouta sa mère. Tu ne nous racontes jamais rien.
-Oui, bien sûr que je sais maman. Je.. c'est juste que j'ai peur pour le bac. Maintenant que je n'ai plus la natation, j'ai peur de ne pas y arriver. Ça me stresse beaucoup, c'est tout, mentit-il.
-Je comprends Luis, assura Marc Careille. Je sais que tout ça te tient à cœur et c'est normal, mais il va falloir calmer ton stress.
-Oui, d'ailleurs, je me disais que de prendre des anxiolytiques pourrait m'aider à contrôler mon état », glissa Luis qui rêvait de pouvoir avaler des pilules magiques qui enfin l'empêcherait de penser à tout ce qui le dévorait.
Sa mère eut un imperceptible mouvement de surprise. Et il n'osait pas imaginer ce que devait penser son père de lui.
« -Bien. Nous prendrons rendez-vous dès demain. Affaire réglée.
-Tu es sûr Luis ? demanda Sophie, l'air inquiet.
-Oui, ça va m'aider à gérer mon stress, maman.
-Il a dû hériter de ton caractère anxieux. Rien qu'un bon traitement ne saura régler. »
Luis se retrouva deux jours après chez leur médecin avec sa mère.
-Ta mère m'a expliqué que tu souhaitais prendre des anxiolytiques Luis.
-Oui, je suis extrêmement stressé pour mon bac de français avec l'écrit et surtout l'oral surtout après tout ce qui m'est arrivé et le fait que je ne peux pas aller au lycée suivre les cours à cause de ma rééducation. J'ai vraiment peur de me planter et du coup, je n'arrive plus à réviser, ça me prend la tête, ça me ronge de l'intérieur...
-Je comprends Luis. Mais tu sais que les anxiolytiques sont un traitement médicamenteux et à ce titre ce n'est pas à prendre à la légère. Nous ferons un suivi, il y a un réglage de dose également puis un sevrage. Ce sera 12 semaines maximum, pas plus, il y a des risques d'accoutumance avec ce type de médicaments.
-Je sais. Mais maman sera là pour me suivre également. »
Elle lui sourit.
« Y aurait-il autre chose Luis ? lui demanda-t-il en jetant un œil à sa mère. Tu viens de vivre une expérience extrêmement traumatisante, est-ce que tu fais des cauchemars ? »
Est-ce que penser à Tom Gassin en plein jour et la nuit et à ses yeux fous pouvaient passer pour un cauchemar ? Oui sûrement, il n'en pouvait plus de voir son visage constamment dans sa tête, les cachets allaient l'aider…
« -Non, pas du tout, ça a été dur au début mais mes parents ont été là pour moi, dit-il en se retournant souriant à sa mère.
-Bien. Si jamais les médicaments n'étaient pas efficaces, on pourrait aussi tenter une psychothérapie. »
Luis se sentit mal mais ne le montra pas, sa mère semblait anxieuse également, elle devait penser à la tête de son père s'il devait voir un psy. Et lui en avait eu assez avec la psy du centre qu'il avait vue lors de ses TIG.
« Non, je ne pense pas que ce sera nécessaire. Je vais prendre votre traitement strictement selon vos recommandations et passer ce bac et tout ira bien… »
Ou pas…
Ils quittèrent le cabinet avec l'ordonnance.
Luis commença dès le lendemain à prendre son traitement. Ça allait l'aider. Il arrêterait de se sentir aussi mal, de pleurer comme un imbécile… il regarda la vidéo de Tom qu'il avait gardée en avalant sa première pilule. Bientôt, cette image lui passerait…
On était déjà presque noël. Il fit la décoration de l'énorme sapin et du salon avec sa mère, il était heureux. L'espace d'un instant c'était comme quand il était petit . Elle le prit dans ses bras quand ils eurent fini et une pensée saugrenue vint à lui alors qu'il s'immergeait dans la douceur des bras de sa génitrice. Il se demanda si la mère de Tom lui manquait dans ces moments-là… D'où ça sortait ça... Ce mec le faisait vraiment tourner en bourrique…
Luis prenait de temps en temps un anxiolytique de plus, sa mère elle-même semblait prendre davantage d'antidépresseurs au fur et à mesure que la frustration de son père à ne plus faire ses voyages d'affaire se faisait ressentir. Du coup, elle ne s'apercevait de rien.
Il n'arrêtait pas de penser à Tom. Il regardait ses différents comptes mais n'étant pas amis avec lui, n'avait pas accès à toutes ses photos. Il avait fini par trouver le mot de passe de Tom : le mélange de la date de naissance de sa mère qu'il avait retrouvée sur le net et du prénom de son meilleur ami : Théo. Bizarrement, il s'était senti terriblement mal après cette découverte que Théo faisait partie de son mot de passe avec sa mère décédée, c'était là qu'il avait pris sa première double dose de cachet. Il regarda ses messages privés mais ne vit aucune mention de lui, il n'existait pas dans la vie de Tom. Ni culpabilité, ni rien. Cela le mit en rage… Les larmes au bord des yeux…
Noel se passa entre lui, sa mère, son père et sa grand-mère. Sa mère, en hôte parfaite, avait tout préparé comme s'ils recevaient le président de la république. Il était content d'être avec sa famille, il les aimait ces trois-là. Plus que tout. Mais pourquoi il ressentait ce vide et cette froideur ? Les couverts brillaient, leur maison scintillait de mille feux, les plats se succédèrent, plus succulents les uns que les autres, mais il manquait quelque chose… la magie de noël…. Même quand son père célébra la vie, son fils en vie dans son toast, il n'arrivait pas à s'enlever de la tête qu'il n'était pas à sa place, qu'il ne faisait que leur mentir, sans vraiment comprendre pourquoi il ressentait ça, ce sentiment d'imposture…
Tom avait dû recevoir une alerte de connexion étrangère sur son compte car il avait changé son mot de passe. Il décida de ne pas chercher davantage, de toute façon, il avait vu ce qu'il y avait à voir. Avant de fermer son compte, il vit la photo facebook sur le compte du père de Tom : Jérôme Balesta, qu'il avait également tracé. Celui-ci publiait en mode public, il n'avait pas du tout comprendre aux paramètres de confidentialité. Et la photo le saisit au cœur. La famille Balesta-Gassin réunie, à quatre, comme ses parents, sa grand-mère et lui mais l'ambiance de cette photo n'avait absolument rien à voir. Le décor était minuscule, leur appartement ne devait vraiment pas être grand, il y avait trois pauvres guirlandes et un sapin de moins de dix centimètres complètement ridicule posé sur la table. Mais il se dégageait du bonheur de cette photo. Ils riaient, Kévin et Tom faisant des grimaces, et leur père les regardait avec amour et fierté… La femme riait, l'air tellement heureuse. Il ne pouvait s'empêcher de les comparer à sa propre famile. Même quand ils étaient heureux, passaient un bon moment, qu'ils souriaient, ils n'étaient jamais comme ça, libre, autant expressif… sa mère se disait heureuse mais jamais il ne l'avait vue regarder son père comme cela… les larmes lui montèrent aux yeux. Il se déconnecta. Tom ne méritait pas tout ça après ce qu'il lui avait fait, il lui ferait payer. Pourquoi il était si heureux quand lui était si malheureux, si mal dans sa peau, alors que ce n'était pas lui le mec qui regardait des photos de mecs à poil. Il les avait vues dans son historique de recherche facebook … il l'avait toujours su que la princesse était une pédale…
Le jour de l'an se passa simplement. Son père avait passé la soirée pendu au téléphone pendant que sa mère se décarcassait. Il l'avait aidée mais ne pouvait pas encore porter de poids, cela faisait trop tirer sur sa ceinture abdominale.
Le lendemain, dès qu'il se leva, il consulta l'instagram de Tom. Une nouvelle photo avec pour légende « la tête que fait mon frère quand il apprend qu'on n'a plus de chips à la maison parce que notre père s'est lancé dans le bio » le cliché représentant une grosse grimace de Kévin. Cela arracha un sourire à Luis. Avant qu'il ne se reprenne et se dise qu'il s'éclatait pendant que lui souffrait encore, de son ventre, de son dos, ressentait une fatigue anormale dès qu'il faisait quelques efforts et était toujours en rééducation et devait bouffer des graines pour améliorer son transit qui connaissait quelques soucis depuis l'intervention. Ce type était responsable de tous ses malheurs, c'était pour ça qu'il pensait toujours à lui, qu'il l'obsédait et ce, malgré son traitement. Il allait se venger. C'était le seul moyen d'oublier Tom, remettre les comptes à zéro. Il ne restait plus que ça. Il commença à réfléchir. Bien sûr, l'enregistrement qu'il avait serait sa pièce maitresse mais comment l'utiliser ? S'il balançait, il les mettrait tous dans la merde. Mais il n'avait pas envie que Tom aille en prison, cela ne lui apporterait aucune satisfaction. Il voulait qu'il lui mange dans la main, il voulait le posséder, l'obséder comme lui avait l'impression d'être possédé par Tom depuis ce qu'il lui avait fait.
La première étape de son plan consisterait donc à menacer Tom avec l'enregistrement. Il savait que s'il le menaçait lui, il n'obtiendrait rien. Mais en faisant planer une épée de Damoclès au-dessus de la tête de ses amis, il pourrait tout obtenir de lui…
Pour le convaincre qu'il ne plaisanterait pas, il le menacerait avec un taser. Après tout, il n'avait pas hésité lui, à presque le tuer avec cet engin de malheur. Il lui ferait connaitre un aperçu de ce qu'il avait vécu.
Peut-être le mettrait-il dans un climat d'insécurité avant même de se montrer à jour. Après tout, il n'était que début jan=vier et sa rééducation était loin d'être finie. Il allait peut-être se servir de son homosexualité, qu'il voie bien que sa perversité le perdrait... il devait également acheter un portable à carte prépayée…
Dans les mois qui suivirent, Luis passa son temps à recueillir des informations, l'adresse de Tom, chercher des indices afin de savoir s'il avait quelqu'un dans sa vie. Il avait l'intuition qu'il était amoureux de Théo mais il pouvait l'être d'Antoine également. Après tout, il y avait beaucoup de photos d'eux deux sur ces comptes. Mais Luis ne pensait pas qu'il était son genre. Il voulait les séparer cette bande de potes. Il voulait que Tom connaisse la même solitude que lui… Il imprima une photo d'eux et creusa des écarts entre eux à l'aide de son ciseau. Bientôt, la super bande de potes ne serait qu'un lointain souvenir… il enferma la photo avec le taser, son portable intraçable… au fur et à mesure qu'il recevait ses objets. Son père avait petit à petit repris l'intégralité de ses activités puis sa mère l'avait suivi. Luis l'avait assuré que ça allait mieux. Et dans un sens c'était vrai. Les cachets ne l'avaient pas vraiment aidé, même s'il s'était senti un peu plus détendu au début il avait vite ressenti des effets secondaires tels que de l'agressivité, comme s'il avait besoin d'empirer la sienne. Et il avait petit à petit baissé les dosages, conformément à ce que lui avait dit le médecin. Il révisait pour le bac, il n'allait pas laisser Tom le faire décevoir son propre père. Mais parfois, quand il ouvrait le tiroir de son bureau avec la photo des quatre jeunes il se demandait jusqu'où il irait, s'il ne fomentait pas un plan de dingue… puis il revoyait Tom, prêt à le massacrer à coup de taser et il se disait qu'il le méritait, qu'il ne pouvait pas les laisser s'en tirer comme ça, surtout lui. Lui qui hantait ses pensées, ses rêves. Il se sentait anormal d'être obsédé par ce mec comme ça et il ne le supportait plus. Et cela s'arrêterait quand il lui aurait rendu la monnaie de sa pièce, quand Tom verrait qui avait le contrôle…
XXX
La rééducation de Luis touchait à sa fin, il avait quasiment retrouvé toutes ses facultés. Il allait tous les jours sur le compte insta de Tom. Et cette fois-ci, celui-ci s'était surpassé. Il avait créé un mouvement Nobac… Cela donnait des idées à Luis. Il rentrerait bientôt au lycée. Et il verrait de quel bois il se chauffait…
En attendant, il allait commencer par lui faire un peu peur, ce ne serait qu'un avant-goût de ce qu'il lui réserverait…
Luis composa le numéro de Tom sur son téléphone avec carte prépayée.
Tom répondit rapidement.
« -Allo ?
-Salut, commença Luis, un peu troublé d'entendre la voix de sa némésis après tant de temps, mais sans rien laisser paraitre.
-euh, ouais, salut, c'est qui ? l'interrogea le brun, un peu perplexe.
-On se connait pas… »
Luis prit sa voix la plus sexy, bien que recouverte par un déformeur de voix. Il y avait quelque chose d'excitant dans ce qu'il était en train de faire, se cacher, dans sa chambre, pour draguer Tom par téléphone pour lui préparer la pire « blague » de sa vie…
« -Ah, d'où le numéro inconnu.
-Non, mais, euh… je t'ai vu au lycée… enfin, euh, dans la rue… à la sortie quoi… »
-Ok, c'est chelou là, faut que je m'inquiète ou…. »
Ok, mauvais plan, il commençait à s'inquiéter. Mais Luis voulait faire durer le plaisir…
Il se mit à rire en haussant les yeux au ciel.
« -Mais c'est que t'es drôle en plus d'être mignon ! »
Qu'est-ce qu'il ne fallait pas faire pensa Luis mais en même temps, cela lui correspondait assez bien, mignon, pas canon, plutôt un certain charme et c'était vrai qu'il était drôle.
« -En fait, j'ai pas osé venir te parler en direct. Du coup, j'ai demandé ton numéro à un de tes potes. Antoine, je crois.
-Ok, mais, t'es qui ? T'es à Scotto ? »
Tom semblait intéressé. Il lui envoya une invitation sur Facebook avec son faux profil, créé pour l'occasion.
« -Non, euh, le lycée, c'est pas trop mon truc.
-Dis, c'est toi Lou ? Non, parce que je viens de recevoir une invit facebook. C'est un chat ta photo de profil ?
-Ouais, ça te choque pas j'espère ? »
Luis espérait ne pas en faire trop, après tout, il n'était pas habitué à la drague et il ne voulait pas que Tom raccroche.
« -Quoi ?
-Que je te contacte comme ça, j'ai pas l'habitude de…. La drague. »
Autant dire la vérité.
« -Euh, parce que tu me dragues ? »
Ok, il n'était pas doué. Ou alors Tom se dévalorisait assez pour ne pas penser qu'un inconnu pouvait le trouver charmant. Un peu des deux certainement.
« -Je suppose. »
Ok, c'était quand même un peu étrange de faire ça. Il avait eu une drôle d'idée Luis. Mais c'était pour se venger, donc ça valait le coup.
« -Euh, t'es pas gay ?
-Euh si, enfin, je suppose. »
Donc Tom n'avait pas plus d'expérience que lui. S'il avait déjà couché avec un mec il ne serait pas si hésitant. Il l'entendait pianoter sur son clavier.
« -Voilà, c'est bon. On est amis maintenant. Qu'est ce que tu fais si t'es pas au lycée ? Tu bosses ? T'as quel âge en fait ?
-Ah, content que tu m'aies ajouté Tom. Euh, je viens de Suisse, et j'habite à Marseille depuis des années déjà, je suis venu pour le boulot, il y a cinq ans.
-Et du coup t'as genre combien ?
-Devine, sur un ton de flirt.
-Euh, je sais pas.. 30 ans ?
-Moins…
-25 ?
-Moins…
-20 ?
-Plus …23 en fait.
-Oh mais ça va, t'es pas si vieux ! C'est quoi ton boulot ?
-Je suis dans la restauration, sur le Vieux Port. Heureusement que Luis avait bien préparé son faux personnage, il était curieux Tom.
-Dis, excuse-moi de te demander ça mais je peux avoir une photo de toi ? Ta page Facebook est juste méga vide.
-Ah, c'est vrai, mais j'aime pas trop m'exposer.
-T'inquiète, moi non plus. »
Luis lui envoya une photo de son grand cousin de Bretagne. Comme ça, s'il cherchait sur Internet, il ne retrouverait pas la photo.
« -Ah ouais, quand même, t'es plutôt BG
-Et encore, c'est avec le t-shirt ! Mate ça. »
Il lui envoya une deuxième photo de son cousin, torse nu, laissant admirer ses abdos de gymnaste.
Apparemment Tom en était resté sans voix.
« -Ça te plait pas ? tu dis rien… s'amusa Luis.
-Ah si si, c'est… euh… impressionnant ! »
Il allait enfin pouvoir s'amuser…
« -Tu m'envoies une photo de toi ?
-Maintenant ?
-Ouais, après, je vais devoir aller bosser. J'aurais plus mon portable et je veux du sexy, au moins autant que moi. »
Oh putain ! Il lui avait envoyé une photo avec son pantalon baissé, on voyait sa queue ! Luis n'en revenait pas.
« Oh, merci, j'en demandais pas tant ! »
Il avait réussi à ne pas rire malgré la surprise. Il glissa la photo dans le dossier Tom de son ordi, enlevant l'image de ses yeux pour ne pas être déconcentré.
« -T'es vraiment dingue ! ça te dirait qu'on se voit ?
-C'est pas un peu rapide là ?
-T'as pas envie de me parler en vrai ? ça te va si on se dit ce soir au parc Borély ? 18h ? »
Luis avait tout prévu, un lieu aussi public soulagerait tout de suite Tom.
« Ok pour 18h. »
Luis raccrocha. Son plan avait fonctionné au-delà de ses espérances. Ça avait été bizarre de parler avec Tom sans menace, sans saloperie à se cracher dessus…
Il ne put s'empêcher d'aller dans son dossier et aller voir la fameuse photo. Il la regarda un assez long moment. Il se sentait troublé et referma vite le dossier. Il avait le temps de se mater un porno avant le rendez-vous cauchemardesque. Cela n'avait rien à voir avec la photo de Tom, c'était juste le côté drague qui l'avait mis dans l'ambiance…. Il ne pensait absolument pas à Tom…
17h55. Il s'installa dans l'allée d'arbres, bien caché, il aurait vu sur l'ensemble du parc.
Tom l'appelait, il lui avait laissé un message, il était posé sur le banc à côté de l'entrée. Oui, il le voyait bien. Il allait lui faire la peur de sa vie. Il l'appela, respirant bruyamment dans le téléphone. Tom commençait déjà à s'affoler… c'était tellement facile avec lui.
« -Salut mon petit Tom ! Alors, comme ça on se laisse séduire par des beaux inconnus ?
-C'est qui, qu'est-ce que vous voulez ?
-La vraie question c'est qu'est ce que tu veux mon chou ?
-Lou ?
-Lou ? Mais tu crois vraiment qu'il y a un Lou qui voulait de toi ? Déjà que t'es moche, c'est dommage que tu sois si bête.
-Et vous allez faire quoi ? C'est quoi ? C'est des menaces ?
-Non, j'ai tes photos, tes messages, j'ai toutes les preuves de qui tu es vraiment, un lycéen puceau qui se laisse chauffer par des hommes plus âgés. Ça t'excite hein ? »
C'était quand même très étrange cet échange avec la crevette, mais… on n'avait rien sans rien…
« Arrête, arrête avec ça ! »
Il commençait à paniquer…
« Arrête ça tout de suite. »
Luis éclata d'un rire sadique. Bon, il faudrait qu'il le retravaille, ce n'était pas très naturel.
Tom raccrocha. Mais il n'en avait pas fini avec lui. Il le rappela à plusieurs reprises jusqu'à ce que Tom craque.
« -Allo ?
-Tu décroches plus ? Tant pis ! je sais où t'habites Tom ! Je te vois même maintenant, je sais comment tu es habillé. Pas mal ce petit pantalon rouge, très sexy. »
Euh, ça partait loin, là, qu'est-ce qu'il lui prenait ? Il était moche !
« -Dommage que j'aime pas les PD dans ton genre ! cracha-t-il. On va jouer à un petit jeu, tu vas faire faire tout ce que je te dis sinon c'est tout Scotto qui recevra notre discussion…
-Je vais rien faire du tout espèce de malade ! je rentrerai pas dans ton délire ! »
Il lui résistait… il n'en attendait pas moins de Tom mais ça l'énervait quand même .
« Oh que si, sinon j'imprime les belles photos que tu m'as envoyées. Tu vois la fontaine derrière toi ? Tu vas courir jusque là-bas… allez cours petit chaperon rouge… »
Il voyait Tom courir comme un dératé, bousculer des gens au passage. C'était ce qu'il voulait, qu'il ne pense qu'à lui, qu'il lui obéisse, rien qu'à lui…
« Accélère, accélère ! » lui criait-il.
« -Tu y es ? maintenant, tu vas prendre une petite douche, il fait chaud…
-Non, non c'est mort, je fais pas ça.
-Allez, d'un ton séducteur, c'est rien, après je te fous la paix… »
Il le vit rentrer dans la fontaine, se tremper des pieds à la tête, les passants le regardant étrangement…
« -C'est bon, tu me lâches maintenant ?
-On verra mon petit Tom, quand on se rencontrera, bientôt j'espère… »
Et il raccrocha. Il regardait Tom s'acharner sur son téléphone, trempé jusqu'aux os.
Un avant-goût seulement… il ne s'arrêterait pas en si bon chemin, pas après les mois qu'il venait de passer…
Il avait hâte de le voir de plus près, ça ne lui avait pas suffi de l'observer de loin, il voulait le regarder dans les yeux, le sentir près de lui, pouvoir lire dans ses yeux, ses gestes…
Il avait tout préparé pour Tom. En chemin, il eut envie de voir Mila. Il la trouva avec son nouveau mec, au bord de la plage où elle aimait se promener. Ils discutaient, riaient… elle était avec lui comme elle 'n'avait jamais été avec Luis. Elle l'avait juste pris pour un imbécile, elle ne s'était jamais intéressée à lui. Elle aussi elle aurait droit à sa part de vengeance, se dit il alors qu'il les observait au loin, assis dans le sable….
Mardi, il rentrerait à Scotto…
