Chapitre 6:

Bonjour !

J'ai dû commencer en parallèle de cette fic à partir de ce chapitre des parties du point de vue de Tom pour que tout concorde bien. Je pense les publier une fois que toute la fic sera finie en bonus. J'ai quelques bonus en tête et du coup je me dis que cela pourrait être sympa. Vu que ce sera écrit de toute manière, autant les publier. Mais je veux vraiment garder la fic en tant que tel uniquement du point de vue de Luis que j'aime tellement !

Ce chapitre est un mélange d'inédit avec la période entre juillet et février où nous n'avions plus vu Luis et une bonne partie de la fameuse période de février et mars. Qui quand même se déroule extrêmement vite. J'ai regardé un peu avant ce qu'il se passait pour me remettre les choses en contexte car je ne regardais jamais tout dans pblv et franchement du côté de Tom c'est très fou. Après vu qu'il est très « carpe diem » ça correspond aussi à sa personnalité mais quand même, tout s'enchaîne à une de ces vitesses !

C'est un chapitre de transition avant d'attaquer leur relation en tant que tel…

Dans la voiture, Luis parla peu. Sa mère ne l'interrogea pas plus sur son histoire avec Esperanza bien qu'elle avait l'air d'en mourir d'envie. Ils mirent la radio et Luis fit semblant de s'endormir au bout d'un moment. Il avait beau ne plus vouloir y penser, le baiser que Tom et lui avaient échangé tournait en boucle dans sa tête. Comment, mais comment, il avait pu ? C'était écœurant, vraiment dégueulasse… Et pourtant… il ne l'avait pas arrêté, au contraire, cette main dans ses cheveux… Il devait arrêter de se faire subir ça. C'était toute cette histoire de vengeance qui avait pris des proportions inattendues et c'était ce qui l'avait conduit à être très vulnérable après tous ces jours seul dans sa cachette… Il avait été obsédé par Tom et c'était la seule raison qui l'avait poussé à se laisser faire, cette obsession. Mais maintenant, c'était fini. Il allait en Espagne, retrouver son père et passer du temps avec ses deux parents. Ils allaient en profiter.

Ils arrivèrent à Madrid 12h plus tard. Ils avaient fait plusieurs pauses vu que Luis ne conduisait pas encore. Ils s'installèrent à l'hôtel. Marc avait réservé la chambre à côté de la sienne pour Luis. Comme cela, ils auraient tous leur intimité. Ils ne virent pas le père du jeune adolescent avant le soir car il s'occupait de rencontrait le PDG d'une grande entreprise. Il arriva en retard au restaurant de l'hôtel mais finit par arriver, embrassant sa femme sur la joue, et pour montrer sa joie de retrouver son fils, mit sa main sur son épaule, très rapidement. Luis eut un flash. La main de Tom sur son épaule avant le tragique événement dans la forêt. Il se sentit mal à l'aise, ce que remarqua tout de suite sa mère.

« -Luis, ça va ?

-Oui, oui, c'est le plat qui est un peu trop salé, c'est rien », glissa-t-il avec un petit sourire.

Elle eut un regard triste. Son père ne sembla pas s'en apercevoir. Il se mit rapidement à parler du contrat passé avec le PDG puis dit à Luis qu'il se languissait qu'il vienne travailler avec lui, dès qu'il aurait fait au moins une année en école de commerce, il viendrait sur le terrain, avec lui, pour connaitre les ficelles qu'on n'apprenait pas sur les bancs, même dans les meilleures écoles. Luis tenta de sourire mais il n'était pas sûr d'y être parvenu. Il ne savait pas ce qu'il voulait faire de sa vie mais il ne se voyait pas mener la vie de son père. Bien sûr, il aimait l'argent. Voyager comme aujourd'hui dans des hôtels 4 étoiles était franchement cool mais il avait surtout envie de faire un job qui lui plaisait, vu le temps qu'il allait y passait. Mais bon, il n'avait pas vraiment le choix. Et que pourrait-il faire sans l'aide de son père ? Au moins, il le pistonnerait, lui ferait connaitre les bonnes personnes et Luis n'aurait plus qu'à les convaincre et pour cela, il était doué, cirer les pompes des gens, connaitre leurs failles pour mieux les exploiter, puis tous les coups étaient permis en affaires… Et ça, ça le connaissait. C'était bien ce qu'avait dit Maurice : l'intelligence malveillante…. La pensée du vieil homme lui arracha un léger sourire. C'était un mec bien. Tout ce que ne serait jamais Luis, jamais. C'était comme si quelque chose à l'intérieur de lui le poussait à faire du mal… Sa mère le fixait du regard mais ne lui demanda rien. Il devait faire une drôle de tête à force d'avoir des pensées si négatives. Son père aimait vraiment s'écouter parler parfois. Il n'arrêtait pas de discuter travail. Est-ce que c'était toujours comme ça quand sa mère l'accompagnait d'habitude ?

Ils finirent le repas avec une crème catalane puis se dirigèrent vers leurs chambres respectives. Luis se mit en tenue de nuit avant de se caler devant Netflix. Il réalisa qu'il ne s'était pas lavé les dents et se releva. Il retourna dans sa salle de bain et en prenant son dentifrice, il entendit la voix de sa mère puis son prénom :

« … pour Luis. »

Il tendit l'oreille :

« -Oui, mais tout est bien qui finit bien. Tout ça pour une fille, je ne comprendrai jamais ces ados.

-Je trouve ça plutôt romantique. Je savais notre fils sensible, mais qu'il aille jusque-là pour récupérer une fille qu'il aimait je trouve ça plutôt beau.

-Un peu ridicule surtout. A son âge on croit aimer, mais ce sont les hormones. L'amour c'est avant tout le partenariat qu'on construit, la confiance, pas une passion de midinette. Je t'en prie, il faut avoir de l'ambition. D'après ce que tu m'as dit, cette fille n'était pas un avenir pour Luis.»

Luis n'avait rien d'une midinette ! Il n'était pas une fiotte comme Gassin lui ! Ah, non, il ne fallait pas qu'il pense à la crevette. Il colla davantage son oreille au mur mitoyen.

« -Marc, je pensais que tu viendrais me rejoindre quand Luis a disparu.

-Tu sais très bien qu'ici tout est compliqué, le marché est extrêmement tendu.

-Oui mais Luis aurait pu être blessé ou pire. Et, je ne sais pas, je suis encore inquiète pour lui. Quelque chose semble le perturber. »

Il avait vu juste, sa mère soupçonnait quelque chose. Il devait vraiment chasser toute cette histoire de sa tête avant qu'elle n'essaie d'en savoir plus.

« -Où veux-tu en venir ?

-J'aimerais que tu fasses un peu plus attention à nous, à… à moi.

-Qui t'a mis ces conneries en tête ? c'est encore ma mère c'est ça ? mais de quoi elle se mêle ? je fais vivre notre famille, je t'ai laissé reprendre du temps avec notre fils et ça ne va encore pas ! Mais qu'est-ce que tu veux à la fin ?

-Marc, je… j'ai parfois l'impression d'arriver en dernier de tes préoccupations et Luis aussi. Et que quand tu t'intéresses à moi c'est plus pour la meilleure manière dont je dois me comporter avec tes clients.

-Tu veux quoi Sophie ? soupira-t-il passablement saoulé, Je ne te conviens pas ?

-Je n'ai pas dit ça. »

Sa mère semblait en détresse.

« -Ah oui ? Parce que ça en a tout l'air. Je ne te demande jamais de changer pour moi. Tu es fragile, et je t'accepte comme tu es avec tes hauts et tes bas, haussa le ton son père. Quand tu prends tes putains de cachets qui le temps des ajustements te zombifient je te prends comme tu es, je t'aime comme tu es. Alors oui, parfois, je peux être trop impliqué dans mon travail mais je ne changerai pas, tu entends ? Tu m'as pris comme ça, tu as voulu m'épouser et tu me garderas comme ça. Sinon, tu veux quoi, divorcer peut-être?

-Non, bien sûr que non Marc, tu sais bien à quel point je t'aime.. Ne le prends pas comme ça… Je ne peux pas vivre sans toi, je ne le veux pas, tu sais bien, toi et moi...

-Bien, on est d'accord alors. »

Au final, son père avait réussi à se faire réassuré de son amour et avait complètement noyé le poisson, il s'écoulerait sûrement un temps très long avant que sa mère n'ose lui parler à nouveau de son manque d'investissement dans leur couple.

Et le pire, c'était de voir sa mère l'aimer autant alors qu'il la traitait parfois si mal… Pouvait-on tout accepter par amour ? le devait-on ? que pensait sa mère au fond d'elle-même ? Qu'elle méritait ça ? que son père avait ses raisons ? En tous cas, Luis savait d'où lui venait son don pour manipuler les autres….

Mais qui était-il pour les juger ? Une dispute, ça arrivait dans un couple. Et puis encore une fois, ils ne se seraient pas disputés si Luis n'avait pas disparu. Et pourquoi Luis avait simulé sa disparition ? Pour Tom… Ce mec ne lui avait fait faire que des conneries depuis qu'il était entré dans sa vie. Il était vraiment temps que Luis se reprenne en main. Il allait se montrer irréprochable, ils vivraient des vacances idylliques ce qui réconcilierait ses parents et tout irait bien…

Il entreprit dès le lendemain d'aller chercher ses parents assez tôt pour aller faire une visite en ville avant que son père n'ait rendez-vous avec des investisseurs. Ils ne montrèrent ni l'un ni l'autre qu'ils avaient eu des mots a veille. Ils dissimulaient tous parfaitement les Careille, les rois des apparences…

Ils prirent leur petit déjeuner dehors puis allèrent visiter une exposition de peintures à l'espace culturel du Círculo de Bellas Artes. Marc les quitta vers 11h et le fils et sa mère profitèrent dutoit-terrasse qui offrait une vue imprenable sur la ville de Madrid. Ils y mangèrent également. Durant le repas, Luis eut envie de poser une question à sa mère :

« -Maman ?

-Oui mon chéri ?

-Comment as-tu su que tu aimais papa ? »

Elle sembla surprise mais eu l'air ravi de raconter ce pan de leur histoire.

« On s'est connu au lycée, tu sais. Et il était magnifique. La première fois que je l'ai vu j'ai su je crois. Mais j'étais timide et je n'aurais jamais osé aborder ton père. Puis on était à côté en cours de mathématiques alors petit à petit, on a fini par se parler, et un jour ton père m'a invité à sortir boire un verre. Et on ne s'est plus jamais quitté, lui raconta-t-elle les yeux émerveillés. Il était si timide lui aussi alors qu'il était si sûr de lui avec les examens, avec ce qu'il voulait faire… ses ambitions. Du coup, je le trouvais vraiment… mignon. »

Mignon ? Son père ? C'était… bizarre… Difficile de l'imaginer timide avec sa mère aussi d'ailleurs.

« On a construit tant de choses ensemble puis on t'a eu toi… Que demander de plus ? »

Sa mère aimait vraiment énormément son père… Luis se demanda si ça lui arriverait un jour aussi d'être aimé comme cela. Il n'y avait jamais cru… Personne ne pourrait jamais l'aimer… Même Tom, même s'il n'en avait rien à foutre de lui évidemment, lui avait dit avec dégoût qu'il ne l'aimait pas… comme s'il n'était qu'une merde, un parasite… En même temps c'était ce qu'il était non, après tout ce qu'il avait fait. Quelle personne normale irait faire des plans aussi dingues que lui ? Sa souffrance dût se lire sur son visage car il entendit sa mère lui demander :

« -Tu penses encore à Esperanza, c'est ça ?

-Euh oui, ça passera.

-Elle avait l'air d'une fille bien. Et elle était vraiment très jolie. Mais si elle ne s'est pas rendue compte d'à quel point tu es un garçon formidable, elle n'en valait pas la peine mon garçon, lui chuchota-t-elle en caressant légèrement sa joue. Alors, profitons ensemble, ne sois pas triste Luis.

-Oui, tu as raison. »

Il n'avait jamais dit un si gros mensonge. Et pourtant il était devenu expert dans l'art de mentir depuis quelques temps. Mais sa mère disait ça car elle ne connaissait pas sa vraie nature. Il ne pourrait jamais lui faire voir ce qu'il y avait en lui…

« Puis, tu sais parfois, l'amour se présente à soi sans qu'on le cherche, il y a juste des évidences… même si ce n'est pas forcément qui on attendait. »

Luis voulait vraiment changer de sujet finalement, cette conversation finissait par le mettre mal à l'aise.

Ils rejoignirent plus tard dans l'après-midi Marc à l'hôtel et commencèrent à établir un plan pour les prochains jours. Son père allait enfin avoir plus de disponibilités.

Les journées furent bien remplies, entre les visites dans les jardins et celle du stade Santiago Bernabéu où ils avaient pu voir la salle des trophées du Real Madrid à la plus grande joie de Luis.

Dès que son père fut libre de ses engagements, ils allèrent presque tous les après-midis à la piscine couverte de l'espace COAM, complexe ultra moderne où leur mère faisait souvent du shopping pendant qu'ils nageaient. Cela fit du bien à Luis de se retrouver dans l'eau, à faire quelque chose qu'il maitrisait, lui qui avait la sensation que tout lui échappait dans sa vie, tout son contrôle sur lui-même…

Lors de leurs promenades, ils tombèrent une après-midi sur un espace très particulier, au cœur du quartier de La Latina : Campo de la Cebada. Le concept de cet endroit était de faire de friches industrielles des espaces ouverts aux citoyens, en y faisant de l'art par le biais d'associations et de la ville. Les Madrilènes occupaient ces espaces et avaient notamment fait un superbe triple portrait sur un mur. Ce qui le frappa, ce fut la ressemblance d'un des visages avec Samira… il trouvait vraiment l'œuvre très belle et il pouvait se l'avouer, il y avait quelque chose de touchant dans ce regard, comme celui de Samira… il se demanda ce qu'elle avait bien pu devenir. Il ne le saurait jamais mais une part de lui aurait aimé savoir si elle s'en était sortie. Si Maurice avait pu vraiment l'aider. Il espérait que ce soit le cas. Il fut coupé dans ses pensées par son père.

« Que dans cette magnifique capitale on ait de telles absurdités ! Voilà où passe l'argent public ! Dans des pseudo ateliers d'art pour les gens des quartiers. Pour les pauvres défavorisés, tu parles, pour des vauriens qui ne pensent qu'à toucher des aides pendant que d'autres bossent deux fois plus pour leur payer tout ça… ça m'écœure », s'énerva son père.

Luis savait que son père travaillait beaucoup et qu'il payait un max d'impôts. Mais il ne savait pas vraiment comment c'était chez les gens pauvres. Quand il avait vu dans quoi vivaient Tom et sa famille… ils étaient quatre à vivre dans ce tout petit appart… alors que lui avait une immense maison pour lui tout seul quasiment tout le temps. Et sa belle-mère avait l'air de bosser dur… Mais bon, cela ne voulait pas dire que tous les pauvres bossaient, certains se complaisaient dans la feignantise, son père avait sûrement raison.

Ils visitèrent la basilique de San Francisco El Grande, la décoration était belle, sa mère aimait beaucoup Goya mais Luis n'avait jamais trop été attiré par tout ce qui était religieux. Mais son père était attaché aux valeurs catholiques alors ils n'allaient jamais quelque part sans visiter un lieu sacré. Ils finirent la soirée à manger des tapas et à aller voir un film en VO au Renoir Plaza.

Ils restèrent encore le week-end à Madrid et ses parents voulurent lui faire plaisir et ils allèrent donc le samedi au parc Warner faire tout un tas d'attractions plus sensationnelles les unes que les autres. Luis s'était retrouvé la tête en bas bien plus de fois qu'il ne l'aurait cru, il adorait les montagnes russes … il ne contrôlait rien mais ça ne lui faisait pas peur car il s'y sentait libre en haut, tellement libre tout en haut… mais cela ne durait jamais longtemps puisqu'il fallait toujours redescendre…

Le dimanche ils se rendirent au parc de la Casa de Campo qui proposait une expérience exceptionnelle inspirée de The Walking Dead et Luis adorait cette série ! Il retrouva la maison du Gouverneur, la prison et la gare Terminus où il s'était éclaté. Et quand son père l'accompagnait dans ce genre de délires, c'était tellement rare, qu'il voyait le jeune homme qu'il avait dû être et dont sa mère était tombée amoureuse, il avait l'air si différent, moins stricte. Mais cela ne durait jamais bien longtemps…

Ils repartirent tous les trois en voiture, sa mère et son père conduisant à tour de rôle. Luis avait passé plutôt de bonnes vacances, il s'était senti bien avec ses parents et il n'avait presque plus pensé à Tom et ce putain de baiser. Il ne devait pas retourner à Scotto avec tous ces losers, c'était une évidence.

Il décida de leur en parler dès qu'ils arrivèrent à la maison.

« -Maman, papa, j'aimerais vous demander quelque chose.

-Oui mon chéri ? s'inquiéta sa mère.

-J'aimerai suivre des cours de correspondance. Ça m'a plutôt bien réussi quand j'étais en convalescence et…

-Si c'est à cause de cette fille Luis, je te le dis tout de suite c'est non, c'est ridicule de compromettre son avenir pour une amourette d'adolescent. »

Sa mère se crispa mais ne dit rien.

« - ça n'a rien à voir avec Esperanza. Je ne dis pas que ce ne serait pas un peu difficile de la voir mais c'est ce lycée, il m'est arrivé plein de choses depuis que j'y suis, cette altercation qui m'a valu des TIG, mon agression qui m'a fait perdre mon rein… J'ai bien vu quand j'y suis retourné que je ne m'y sentais pas bien.

-Luis, je ne sais pas si c'est une bonne idée… » commença sa mère.

Elle devait s'inquiéter vu qu'il était déjà beaucoup seul. Mais son père se rangea finalement de son côté.

« -Non, il a peut-être raison. C'est vrai que je n'ai jamais aimé la fréquentation de ce lycée. Je ne voulais pas te mettre dans un lycée privé, je sais que tu n'es pas adepte de la religion et que si on n'a pas la foi, cela ne sert à rien d'avoir un enseignement religieux et je ne voulais pas t'y mettre sans que tu ailles dans les enseignements catholiques, qu'est-ce que le directeur aurait pensé de notre famille ? Mais Scotto a beau avoir globalement des familles plutôt de bons milieux il y a quand même quelques sacrés spécimens… Alors oui, mais à la moindre moyenne qui baisse, tu retournes au lycée Luis, on est d'accord ?

-Très bien, merci papa. »

Sa mère n'avait même pas eu son mot à dire mais là, à vrai dire, ça l'arrangeait…

XXX

Luis repassa l'épreuve écrite de septembre mais il ne vit pas la bande, ils n'étaient pas dans les mêmes salles. Cela l'arrangea, il n'avait aucune envie de revoir la crevette. Il ne s'était pas mal démerdé, il n'avait fait que bosser depuis son retour d'Espagne car s'il n'avait pas un bon résultat à cette épreuve, son père le renverrait direct au lycée et il voulait à tout prix éviter cela. Il eut les résultats deux semaines plus tard et avait eu un 14. Il était fier de lui et ses parents et sa grand-mère l'avaient emmené au restaurant pour fêter cela. La soirée avait été belle. Il aimait vraiment sa famille, les seuls qui étaient là pour lui, même s'il ne parvenait pas à réellement se confier à eux. Mais sa mère allait bientôt repartir beaucoup plus régulièrement avec son père dans ses voyages d'affaire. Il avait été convenu que sa grand-mère s'occuperait de lui. Cela avait été la condition.

Luis révisait ses cours, chaque jour il avait un programme bien précis quand il voulut faire une pause et se chercher un goûter. Mais il entendit sa mère et sa grand-mère dans la cuisine.

« -Vous prendrez bien soin de Luis, Evelyne, je compte sur vous.

-Pourquoi ne restez-vous pas avec lui, Sophie ? Je sens votre inquiétude pour Luis. Et je la partage à vrai dire.

-Je sais que je peux compter sur vous et que vous aurez certainement plus de force que moi pour vous occuper de Luis.

-C'est idiot.

-Non, je n'ose jamais rien lui demander, les médicaments me fatiguent tout le temps, ils me font devenir l'ombre de moi-même, parfois, je me dis que je suis un zombie.

-Mais enfin qu'est-ce que vous racontez ? D'où cela vient-il ? »

Sa mère éluda la question mais Luis, lui, savait.

« -J'ai discuté avec Marc et je ne peux plus le laisser gérer seul, c'est égoïste et il a besoin de moi. Tout comme j'ai besoin de lui.

-J'aime mon fils mais je pense sincèrement qu'il ne vous mérite pas, vous êtes un ange ma chère.

-Il travaille dur pour moi, pour nous.

-Oui, mais quand prend-il le temps de s'occuper de vous ?

-Il le prend parfois. Et son travail l'accapare mais il le passionne, c'est normal.

-Parfois, j'aurais aimé que vous divorciez. »

Luis fut choqué. Il n'avait jamais entendu sa grand-mère parler comme cela.

« -Je suis désolée, je m'emporte mais je ne suis pas sûre que Marc soit un bon exemple pour Luis et je ne suis pas sûre qu'il vous rende heureuse comme vous le méritez.

-Il m'aime et je l'aime c'est tout ce qui compte.

-Pas toujours, non, soupira-t-elle. Je le connais vous savez, c'est mon fils et le digne fils ou plutôt héritier de mon mari. Mais c'est votre vie Sophie, je suis désolée, je suis allée trop loin. Mais je ne voudrais pas que vous commettiez les mêmes erreurs que moi.

-Je sais que vous ne souhaitez que notre bonheur à tous. Et parfois, cela ne fait pas de mal à mon mari quand vous lui parlez, cela lui rappelle ce qui compte le plus.

-Oui, si seulement il pouvait s'en rendre compte tout seul… »

Sa grand-mère avait décidément du mal avec son père, il ressemblait beaucoup à grand-père, ce n'était pas faux. Et sa grand-mère avait construit toute sa vie autour de lui, comme beaucoup de femmes à son époque et elle le regretta beaucoup, à sa mort, elle s'était rendue compte de tout ce qu'elle n'avait pas en termes de vie sociale, à tout ce qu'elle avait raté également pour vivre avec cet homme.

XXX

Luis travaillait mais après le départ de sa mère, il broyait du noir parfois, repensant à la perte de son rein et à sa vengeance qu'il avait fait aller si loin, qui l'avait fait se focaliser sur Tom et fut moins motivé. Un soir de fin septembre, son téléphone s'emballa, il reçut un nombre incalculable de notifications facebook. C'était le groupe natation du lycée : il y avait eu un effondrement au gymnase. Apparemment il y avait des morts. Le cœur de Luis s'emballa. Il fallait qu'il sache qui était mort… il fit le tour des réseaux mais ne vit que les messages publics des anciens de la natation. Ils avaient l'air tous sains et saufs. Il ne put dormir de la nuit. Il parla à sa grand-mère le lendemain matin de ce qu'il s'était passé. Elle fut épouvantée. Il lui demanda chaque jour son journal pour voir s'il y avait des infos sur l'identité des morts. C'est là qu'il le vit au bout de trois jours : Jérôme Balesta. Le père de Tom était mort… si Tom l'avait été aussi, cela aurait été marqué. Il ressentit un soulagement étrange. Il se demanda l'espace d'un instant comment allait Tom. Sa mère, maintenant son père… il n'imaginait pas ce qu'on devait ressentir à la perte de ses deux parents… Mais Luis se ravisa, ce n'était certainement pas son problème ce qui arrivait à la crevette. Ils se détestaient mutuellement, c'était tout.

Quelques jours plus tard, le lycée fut apparemment de nouveau en ébullition, Luis avait d'ailleurs comme les autres élèves, halluciné en apprenant que Terminator couchait avec Théo Bommel. Vu les posts, c'était complétement fou. Voilà qui n'avait pas du tout dû plaire à Tom. Il ressentit une étrange satisfaction à cette pensée. Cela avait dû finir de vacciner le jeune homme de son crush sur Théo « qui prenait vraiment bien la lumière ». Après tout, on ne se lançait pas dans une histoire comme ça où tout vous séparait sans avoir de profonds sentiments. Enfin, il n'en savait rien, ce n'était pas comme s'il était un expert en amour. Il fallait qu'il arrête avec tout ça, il fallait qu'il se reconcentre sur ses cours, il avait plusieurs devoirs notés à rendre.

Luis dormait mal ces temps-ci. Il avait rêvé plusieurs fois de ce putain de baiser de merde échangé avec l'autre fiotte. Il ne comprenait pas pourquoi ces images le hantaient encore la nuit après tout ce temps. Cela le rendait dingue. C'était sûrement à cause du temps qu'il avait passé sur les réseaux à voir tous ces posts sur Théo et toute la bande. Il décida d'arrêter. Luis resta loin des réseaux de Tom et compagnie. C'était mieux ainsi. Le temps avait passé vite, il bossait un peu moins, regardait beaucoup Netflix et jouait aux jeux vidéo. Ce n'était pas hyper palpitant comme manière de passer ses journées. Pour être honnête, il en avait un peu marre mais s'il ne s'occupait pas la tête avec des séries ou en jouant à la play, il y avait des images qui lui revenaient en tête qu'il voulait absolument oublier. Et qu'il n'y parvenait pas le mettait en rage. Puis des sensations étranges aussi qu'il n'arrivait pas vraiment à chasser. Ses cours ne le distrayaient pas assez.

Ses parents n'étaient pas beaucoup revenus mais étaient descendus pour Noël et jour de l'an. Luis avait été heureux de les revoir mais quand son père s'occupa d'un peu trop près de son travail il souhaita surtout qu'il reparte en le laissant tranquille. Ce qu'il fit mais non sans lui annoncer qu'il reviendrait début février et que si ses notes ne s'amélioraient pas d'ici là, il le remettrait illico au lycée. Aucun Careille ne pouvait se permettre de ne pas avoir son baccalauréat avec une mention, ajouta-t-il.

Luis ne travaillait presque plus depuis cette « menace », comme si une partie de lui souhaitait que son père le remette à Scotto. C'était incompréhensible. Il n'avait pas envie de remettre les pieds dans ce lycée avec Tom… avec tous ces cons… Non ?

Sa grand-mère et lui passaient beaucoup de temps ensemble et c'était bizarre parfois, un garçon de son âge ne devrait pas passer autant de temps avec une personne si âgée même s'il l'aimait profondément. Ils jouaient parfois au Monopoly, sa grand-mère, réalisa-t-il durant cette période était vraiment très seule elle aussi. Elle n'avait qu'une ou deux amies avec qui elle buvait parfois le thé mais sinon… Vu qu'elle n'en avait pas quand son mari était encore en vie, cela devait être difficile à son âge après toute une vie déjà construite de s'en faire. Comme si cela était plus facile au sien…

XXX

Début février, le verdict tomba. Son père n'était pas satisfait de son travail et Luis retournerait à Scotto le mardi 11 février…

La veille, il pensa à son retour toute la nuit. Qu'allait-il se passer ? Comment Tom réagirait ? Mais en même temps, tout était derrière lui maintenant, il ne pensait plus à tout ce qu'il s'était passé non ? Tout irait bien… Qu'est-ce qu'il en avait à foutre de ce que penserait la crevette ?

Le lendemain, Luis ne se sentait pas vraiment nerveux, ni stressé étrangement. Il était finalement content d'une certaine manière. Il prit ses affaires dans son casier, retrouva rapidement ses vieilles habitudes. Il marchait tranquillement dans le couloir du lycée quand il les vit : Mila et Tom, assis sur les escaliers. Ils avaient l'air vraiment proche ces deux-là. Cela faisait bizarre à Luis. Il fit comme s'il ne les avait pas vus, filant droit, les mains dans ses poches, tranquille. Il pensa tout son premier cours à la réaction très surprise qu'avait eue Tom. Il ne l'avait vu que furtivement, mais son retour avait eu son petit effet. Lorsqu'il sortit de la salle de classe, il le vit de loin, emprunter les escaliers. Il ne le laisserait pas l'ignorer davantage. Il se mit à dévaler les marches jusqu'à rejoindre le brun qu'il poussa légèrement pour qu'il se mange la rambarde.

« Ben alors, commença Luis, qu'est-ce que tu fous ? T'es bourré ou quoi ? » s'approchant très près de Tom.

Luis avait un sourire jusqu'aux oreilles. Ça lui procurait beaucoup de plaisir de revoir Tom. Enfin, de l'emmerder quoi.

« Ouais, je me disais bien que je t'avais vu dans les couloirs. »

Ça avait l'air de moins faire plaisir à Gassin. Ils ne se lâchaient pas du regard. Tout comme Luis, il avait l'air un petit peu plus « mature » physiquement que la dernière fois qu'il l'avait vu, quand… rien du tout. Rien ne s'était passé, rien.

« Et ouais, alors, tu m'as apporté un cadeau de bienvenue j'espère ? »

Tom restait impassible et cela commençait à l'agacer. Ce jeu n'était drôle que si on y jouait à deux.

« Même pas ? Mais c'est pas gentil ça. »

Il allait passer à la vitesse supérieure. Il attrapa son sac. Il en avait maintenant un qu'il portait à la main au lieu de son éternel sac à dos. Ce qui facilita la tâche de Luis. Il renversa tout le contenu parterre. Cela lui rappelait des souvenirs.

Il guettait sa réaction mais Gassin le prenait de haut, faisant comme s'il n'en avait rien à foutre.

« -Ça y est, t'es content ?

-Ouais, jubila Luis avec un grand sourire. J'adore te voir faire la boniche. »

Il attendait sa réaction, il y avait quelque chose qui l'éclatait dans tout ça.

« Pourquoi t'es revenu à Scotto ? j'te manquais trop c'est ça ? »

Il lui fit un putain de sourire, il était trop content de son coup ce con !

Luis ricana mais tourna sa tête, il n'avait pas envie de regarder Tom dans les yeux, ni que quelqu'un les entende d'ailleurs. Mais il se retourna vers lui, tout sourire, il ne fallait jamais se montrer déstabilisé.

« Noon, s'exclama Tom en se rapprochant encore un peu plus, tu t'es pas remis de notre petit baiser d'avant les vacances ! »

Luis changea de couleur. Comment osait-il parlait de ce baiser dégoûtant qui n'arrêtait déjà pas de l'obséder ? Il sentit la colère en lui et attrapa violemment Gassin par le col de sa chemise et le poussa dos à la rambarde.

« -Putain tu fermes ta gueule ok ? Je suis pas une fiotte comme toi, moi !

-Pourquoi tu t'énerves comme ça, alors ? » lui demanda-t-il en souriant.

Il avait raison, tranquille, il ne devait pas sortir de ses gonds, c'était ridicule ce que la crevette disait… il le relâcha de mauvaise grâce, Tom finissant d'ôter ses mains de lui.

Il le regardait, comme s'il avait gagné, comme si cette fois-ci c'était lui qui avait le pouvoir… Luis paraissait légèrement troublé.

« Si tu permets, faut que j'aille en cours », rajouta Tom.

Il osa même un sourire ce petit con !

« Ramasse ! il le regardait prendre une à une ses affaires au sol. Façon Gassin, j'en ai pas fini avec toi, c'est que le début ! »

Il le repoussa une dernière fois en lui crachant :

« Allez, casse-toi ! »

Et il partit vite vers son prochain cours, à l'instar du brun.

Revoir tom avait été étrange. Luis se sentait tiraillé. D'un côté, il était content, ce qui n'avait pas vraiment de sens. C'était quoi son kiff, de le faire chier ? Et de l'autre, ce que la crevette insinuait de plus en plus ouvertement le faisait sortir de ses gonds. Le mieux serait de le laisser et ne plus le calculer mais il n'y parvenait pas, il n'en avait même pas vraiment envie. Il se languissait même le prochain cours qu'ils auraient en commun le jeudi car le lendemain, ils ne se verraient pas, n'ayant pas les mêmes options.

Ce jeudi, il rentra en cours en n'ayant qu'une idée en tête, faire tourner en bourrique l'autre mocheté de tapette ! Quand il entra en cours de Maths, il était déjà là, à côté de Mila, il le capta tout de suite. Il le suivait du regard alors qu'il allait s'installer à son bureau. Mila le regarda étonnée et un peu revêche, à la Mila quoi, il commençait à connaitre son caractère impulsif depuis le temps. Tom releva la tête et le regarda à son tour.

Mila demanda très gentiment pourquoi « l'autre taré » était revenu en parlant de Luis.

Sympa pensa Luis, elle faisait moins la maline quand elle voulait l'enregistrement. Après, il savait qu'elle se donnait toujours de grands airs Mila, cela faisait partie de ce qui lui avait plu chez elle, sûrement qu'il se reconnaissait un peu en elle.

Bien sûr, Gassin ne résista pas à l'envie de le casser assez fort pour qu'il l'entende. A croire que ça lui plaisait bien à lui aussi… pensa Luis en déballant ses affaires de classe.

« Apparemment, il a merdé avec les cours par correspondance et du coup, ses parents l'obligent à revenir au lycée, dit-il en se retournant vers lui. On ne savait jamais, si des fois Luis n'avait pas compris qu'il parlait de lui.

-Si on l'ignore, il n'y a pas de raison qu'il nous fasse chier.

-Attends, tu parles, il m'a pris la tête dès mardi, bon par contre, tu serais fière de moi, je me suis pas laissé faire ! »

Luis écoutait ce qu'il disait à Mila, il n'avait quand même pas parlé du baiser ?

« Vas-y, raconte ! »

Tom lui fit signe qu'il lui raconterait plus tard. Il n'avait pas l'air de lui en avoir parlé. Ce qui en soit était étrange. Il ne s'était pas foutu de sa gueule en racontant ça à ses potes ? Ou alors c'est qu'il était tellement insignifiant pour lui que ça ne valait même pas le coup ?

Terminator était toujours aussi désagréable, sortir avec Bommel ne semblait pas l'avoir calmée.

Tom était concentré et ne parlait plus de lui. Il avait envie qu'il le calcule et fit le premier truc qui lui passa par la tête. Il enleva un morceau de l'énorme chewing-gum qu'il avait dans la bouche et le lança sur Tom.

« Aïe ! »

Qu'elle était douillette la crevette !

« -Non mais t'es sérieux toi ? lui lança Mila alors que les deux amis se retournaient sur lui. Des boulettes de chewing-gum, tu t'es cru au CP ou quoi ?

-Mademoiselle Valle ! les interrompit Terminator. Taisez-vous !

-Non mais c'est lui, il nous lance du chewing-gum en même temps, » la défendit Tom.

Luis joua les innocents.

« Careille, vous voulez vraiment être collé la semaine de votre retour ? »

Il fit signe que non mais dès que la prof eut le dos tourné, il balança à nouveau une boulette de chewing-gum sur Tom qui cria :

« Aïe, hé ! » en se retournant sur lui.

Luis s'amusait comme longtemps il ne s'était pas amusé, Tom ne le lâchait pas du regard et il se sentait euphorique, il n'était pas insignifiant pour lui. Pus il entendit Terminator annoncer :

« Careille, vous avez gagné, 2 heures de colle. »

Luis eut les boules, il avait gagné sa semaine en effet, et Tom se retourna à nouveau, leurs regards se croisèrent et ils le détournèrent rapidement, chacun revenant à son cours. Luis jeta plusieurs coups d'œil discrets à Tom lors du cours. Il s'en sortait toujours bien lui. Il allait le choper à la sortie.

Ce qu'il fit dès que la sonnerie retentit. Il poussa Tom devant la rambarde des escaliers, décidément, ça allait devenir une habitude.

« -A cause de toi, je me suis mangé deux heures de colle, cracha-t-il agressivement en l'attrapant par le col de sa veste.

-Qu'est-ce que tu veux ? demanda Tom passablement énervé en enlevant les mains de Luis, encore une fois. Pourquoi t'es toujours sur mon dos comme ça ?

-Mais j'y peux rien si t'es un martyre moi, lui dit Luis, son regard oscillant des lèvres aux yeux de son vis-à-vis.

-On t'a aidé à te sortir de la merde avec les flics…

-Non mais, vous y avez gagné aussi hein, arrête de faire ton sauveur comme ça.

-Je pensais qu'on était quitte.

-Ouais, mais ta gueule ne me revient pas, ajouta Luis, le scannant entièrement. J'y peux rien moi.

-T'es sûr que c'est pas plutôt l'inverse ? »

Il souriait presque comme s'il flirtait avec lui.

Luis se mit à rire :

« -Tu prends tes rêves pour une réalité là.

-Non non, assura Tom, redevenant sérieux. Tu me kiffes, c'est ça la réalité. »

Il avait l'air tellement sûr de lui, ça avait le don de profondément énerver Luis. Il suivit le mouvement de ses lèvres alors qu'il lui lança :

« -Le pire c'est que tu t'en rends même pas compte.

-Tu fermes ta gueule ! »

Luis n'avait plus du tout envie de rire maintenant. Mais la crevette insista :

« C'est pour ça que tu me tournes autour. Toi, tu veux ton bisou comme la dernière fois. »

Ces putains de lèvres qui le narguaient, Tom était trop près de lui.

Luis le repoussa avec dédain :

« -Tu me traites encore une fois de PD et je t' écl…

-PD ! » lança Tom avec assurance, ne le laissant même pas finir sa phrase.

Luis lui asséna un sacré coup de genou dans le ventre. Il y était allé très fort mais il fallait que Gassin comprenne qu'il n'avait rien à voir avec lui. Absolument rien. Il n'était pas un PD lui !

Tom s'écroula au sol, l'air d'avoir vraiment mal.

Luis le redressa pour qu'il le regarde bien en face quand il lui ferait comprendre.

« Ça va, t'as compris maintenant ? »

Tom hocha la tête.

« Ouais ? »

Il confirma.

Luis fit ce geste qu'il ne comptait même plus avec Tom : il lui tapota la joue, en souriant et le laissa comme ça, la souffrance lui faisant certainement regretter ce qu'il avait dit.

Luis s'était mis dans une situation impossible. A vouloir emmerder Tom, il n'avait pas réalisé que c'était lui qui avait le pouvoir maintenant. Avec ce baiser de merde, il le tenait, il n'avait qu'à parler de ça pour tout de suite le déstabiliser. Il était dans la mouise. Il n'avait plus qu'une solution : ignorer Gassin. Après tout, ce n'était pas la première fois, il en avait l'habitude. C'était la seule solution. Sinon, il n'allait pas le lâcher avec ça et Luis ne pouvait plus l'entendre lui dire qu'il était un gros PD comme lui, ce n'était pas possible. C'était fini les gamineries, il ferait comme il aurait dû faire dès le début, comme il avait décidé quand il n'avait plus voulu retourner au lycée : Tom Gassin n'existait plus.

Quand il retourna au lycée le lendemain, il ignora totalement Tom. Mais celui-ci lui envoya plusieurs fois des regards rapides. C'était étrange. Il semblait agité. Mila lui avait parlé, excitée comme une puce mais Tom avait l'air d'avoir du mal à partager son enthousiasme. Il avait vaguement entendu les mots Saint Valentin prononcés. C'était vrai que c'était aujourd'hui. N'ayant pas de copine, Luis ne faisait jamais gaffe à cette date-là à vrai dire. Est-ce que Mila était aussi enjouée pour elle ou pour Tom ? Tom avait-il un mec ? Il serra fort son stylo à cette pensée mais se dit qu'il s'en fichait, au moins, si c'était le cas, il le laisserait tranquille…

Luis passa une soirée de merde. Il avait été exécrable avec sa grand-mère et voyant que ça ne s'arrangeait pas, il partit s'enfermer dans sa chambre jouer aux jeux vidéo. Il y passa son week-end.

La seule chose qui le réconforta le lundi matin c'était de voir que Tom avait passé le même week-end de merde que lui. Il avait une de ces têtes. Il ne pouvait pas avoir de mec ou alors ça se passait très mal. Enfin, il n'en avait rien à faire de toute façon.

Luis était content, il avait réussi à ne pas calculer Tom de tout ce début de semaine. Il avait été tenté, en plus le brun avait semblé complètement déphasé et Luis avait bien remarqué qu'il le fixait du regard parfois. Mais il s'était tenu à distance et tout était parfait. Il lui arrivait encore de cauchemarder sur ce ridicule baiser mais ça aussi, ça passerait. Il ne le verrait pas ce mercredi car ils n'avaient pas les mêmes options, ce jour était sa bénédiction de la semaine. Quand il sortit du lycée, il téléphona à sa grand-mère devant la vitrine d'un café. Il allait nager un peu mais il mangerait avec elle ce soir. Il préparerait le diner. Il avait envie de se faire pardonner son comportement de ces deniers jours avec elle. Il était ravi car sa grand-mère avait l'air contente et de ne pas lui en avoir tenu rigueur. Elle devait commencer à avoir l'habitude de ses sautes d'humeur…

Ils avaient vraiment passé une agréable soirée et tout revenait à la normale, petit à petit. Le lendemain, il eut une impression bizarre. Lors du cours de mathématiques, Tom s'était retourné plusieurs fois et à un moment, il avait fait tomber son stylo et il était presque sûr qu'il lui avait fait un sourire. Il devait rêver. Luis avait continué de regarder le tableau, faisant comme s'il n'avait rien remarqué. Il y avait quelque chose qui le troublait dans l'attitude de Tom, une différence, subtile, mais une différence. Mila, elle, l'avait regardé bizarrement aussi et avait chuchoté un truc à Tom. Mais il ne pouvait pas entendre de là. Cependant, ce n'était pas comme si cela l'intéressait…

Ce soir-là, il rêva de Tom, en cours, qui se baissait pour attraper son stylo, sauf qu'ils n'étaient que tous les deux dans la salle de classe. Il le ramassa tout en faisant un sourire à Luis, flirtant avec lui. Il se leva et s'approcha de son bureau et se pencha près de lui. Il lui chuchota quelque chose qu'il ne put entendre et luis ne pouvait quitter ses lèvres des yeux… Tom l'embrassa alors. Et luis se laissa faire, goûtant à ces lèvres douces, encore et encore… ne voulant plus les quitter… il se réveilla en sursaut.

Putain mais qu'est ce qui n'allait pas chez lui ? Mais c'était l'autre là qui le dévorait des yeux maintenant en cours… Tout était de sa faute !

Luis se prépara, la tête encore pleine de ce rêve dégoutant, comme si cela ne suffisait pas de savoir en vrai quel gout avaient les lèvres de ce putain de mec… il se lava et s'habilla, déjeuna seul car sa grand-mère se préparait, et sortit de chez lui. Il ferma sa porte et vit Tom derrière lui, sur le seuil, quand il se retourna. Il hallucina mais essaya de garder une certaine contenance.

« Qu'est-ce tu fous là toi ? » lui demanda-t-il avec agressivité.

Luis se sentait perdu et complètement désarçonné.

« Je suis venu te voir. »

Tom avait l'air hésitant, c'était rare de sa part.

« -Pour ?

-Parler…

-De quoi ? »

Luis se sentait mal, il avait la sensation de savoir exactement de quoi il voulait lui parler mais il ne le voulait pas, absolument pas.

« Tu veux pas qu'on aille faire un tour plutôt ? »

Luis n'en avait aucune envie, déjà qu'il ne contrôlait rien il n'allait pas partir « faire un tour » avec Gassin. Et même si Tom avait l'air d'avoir un peu peur, il possédait une assurance et un aplomb qui le faisaient trembler lui.

« -Non !

-Deux secondes, insista Tom.

-Je t'ai dit NON ! Casse-toi ! »

Luis se rapprocha pour impressionner Tom et qu'il abandonne.

Celui-ci baissa les yeux et lui demanda doucement :

« Tu te rappelles quand je t'ai embrassé ? »

S'il se rappelait quand il l'avait embrassé ? Mais putain ce baiser lui pourrissait la vie !

« -Tu te rappelles que je suis plus fort physiquement que toi ? et que je peux te casser la gueule quand je veux !

-Tu peux pas toucher un mec sans le frapper ?

-Je peux pas toucher un mec tout court ! s'exclama Luis en riant.

-Arrête ! tu sais très bien que c'est faux ça, » lui dit Tom, son regard se posant sur la bouche de Luis.

Luis qui fut attiré comme un aimant par celle de son vis-à-vis qui ne s'arrêtait plus de parler.

« Tu t'es jamais gêné avec moi, non ? »

Luis releva les yeux, Gassin allait vraiment dans cette direction ?

« Le corps à corps, les coups, les bastons… »

Luis n'en pouvait plus d'entendre ça, de le regarder, de le sentir s'approcher de plus en plus, de se sentir comme…attiré ?

« Qu'qu'est ce tu veux en fait ? » tentant de reprendre le contrôle de lui-même.

Ils étaient si proches, c'était difficile pour Luis de rester concentré.

« Qu'on laisse tomber les masques toi et moi », lui répondit Tom.

Luis rassembla toute sa résistance, toute sa force et lui cracha :

« Va te faire foutre ! »

C'était clair comme ça ?

« Tu veux savoir la vérité ? » lui demanda-t-il avec un petit sourire en coin.

Luis n'arrivait pas à détacher son regard de cet abruti, putain, qui ne s'arrêtait plus de dire de la merde.

« Si c'est avec toi, pourquoi pas ?

Luis ne pouvait pas laisser passer ça, là c'était trop !

« Vas-y répète-ça pour voir », l'agrippant au niveau de son épaule de manière brutale.

Mais cela ne stoppa pas la crevette pour autant, qui n'en menait pourtant pas large.

« -J'ai dit si c'est avec toi, pourquoi pas ? répéta-t-il.

-Pédale de merde va ! »

Il le regardait énervé, peut-être un peu blessé également. Luis le repoussa, dégoûté, en lui ordonnant de se casser de chez lui. Il avait l'air mal mais il s'attendait à quoi franchement ? Venir le harceler jusque chez lui où sa grand-mère aurait pu l'entendre pour… pourquoi d'ailleurs, c'était quoi ça ? il lui avait dit qu'il voulait quoi ? Coucher avec lui ? Franchement il ne doutait de rien. Luis était passablement choqué. Pourtant, une part de lui comprenait parfaitement ce que Tom avait voulu dire quand il avait parlé de tomber les masques. Non, Gassin se faisait des putains de films, il fallait qu'il arrête son délire lui. Mais il avait dû lui passer l'envie de venir le voir cette fois. Il espérait en être débarrassé cette fois, oui, il l'espérait vraiment…

Il pensa à cette entrevue tout le week-end, sa grand-mère l'avait trouvé encore plus bizarre que d'habitude et il s'était isolé pur ne pas avoir à subir ses yeux sondeurs. Elle était bien trop perspicace comme femme. Cette putain de crevette avait vraiment l'art de toujours embrouiller Luis et de l'obséder…. Il n'en pouvait plus. Quand ce cauchemar prendrait-il fin ?