Bonjour ! Ce texte est la première partie de ce qui sera à terme un Towshot dont je posterais le seconde partie bientôt.

Il s'agit ici d'un texte où je réinterprète le film d'animation Violet Evergarden : Éternité et la poupée de souvenirs automatiques. Si j'ai choisi de respecter le déroulé du film, j'y intercale également un moment qui n'est pas présent dans la version originale. Je prête donc ici aux deux protagonistes des sentiments bien plus forts que la simple amitié évoquée initialement.

La fiction est classée en M car le passage que je rajoute s'adresse à un public averti!

Le film d'animation Violet Evergarden : Éternité et la poupée de souvenirs automatiques a été réalisé par Haruka Fujita et diffusé par le studio d'animation Kyoto Animation, rien ne m'appartient donc.

Bonne lecture !


Je l'ai fait, j'ai réussi. Ce bal que je redoutais tant est enfin terminé et je crois pouvoir affirmer avoir passé cette épreuve haut la main. Il y a encore trois mois je ne pensais pas une telle chose possible, et pourtant. Mais ce succès, je ne le dois pas à moi-même cependant.

Je me souviens encore de son arrivée dans notre établissement. Cette splendide cage dorée que je haïssais tant. Elle était libre d'aller et venir comme le vent quand moi j'étais condamnée à contempler le monde derrière ces barreaux d'acier.

Quand je repense à la façon dont je l'ai traité… Une envoyée de mon « père », missionnée pour me surveiller et veiller à ce que j'apprenne bien mes leçons afin de devenir à terme une jeune femme tout ce qu'il y a de plus distinguée. A peine avais-je appris la nouvelle de sa venue que je me suis juré lui en faire voir de toutes les couleurs ! Elle était déjà mon ennemie sans même savoir qui je suis. Pourquoi en aurait-il été autrement ? Elle n'était là que pour me pousser un peu plus dans ce carcan étouffant que je détestais tellement.

Une nourrice, un surveillant, une préceptrice… Que dis-je ? Nulle autre que ma geôlière enveloppée de jolis rubans ! Oui, c'est ainsi que je la percevais avant même de lui avoir parlé pour la première fois. Sa voix douce qui a retentit à travers l'huis de ma chambre était le son de ma condamnation à plonger contre mon gré dans cette société d'image et de bonne éducation. Je l'ai durement interrogée sur sa présence à peine ma porte entrouverte, prête à la jeter dehors au moindre faux pas de sa part. Et pourtant, je savais déjà pourquoi elle se trouvait là et surtout qu'elle n'en commettrait aucun.

Elle m'annonça alors qu'elle séjournerait avec moi durant les trois mois nous séparant du bal des débutantes durant lequel j'étais tenue d'avoir du succès. La danse, le phrasé, la couture et toutes ces choses nobles plus ennuyeuses les unes que les autres… J'avais bien du mal à croire qu'une poupée de souvenirs automatiques puisse rendre un tel service, bien différent que de simplement rédiger des lettres pour ceux en faisant la demande. Pourquoi diable était-ce à elle que mon « géniteur » s'était adressé ? Car c'est bien à la demande de la famille royale, appuyée par la mienne, qu'elle accepta cette offre parfaitement incongrue s'il en était.

Seigneur… Je crois bien l'avoir traité de snob ou quelque chose dans ce goût quand n'avions alors échangé qu'une ou deux phrases… Quelle peste j'ai été mais c'était alors ma colère qui parlait. Ce n'est pas une excuse, je le sais bien. Seulement à cet instant c'était bien le seul sentiment dont j'étais capable, si ce n'est la tristesse qui n'en finissait pas de me ronger, tout comme ces fichues quintes de toux intervenant toujours au pire moment.

Et elle, pleine de sollicitude, accourant immédiatement à mon aide en me voyant déchirée par une nouvelle salve de tousserie. Pliée en deux, je ne voulais surtout pas paraitre si faible et l'ai alors repoussée violemment. C'est alors que je les sentis, pour la toute première fois mais pas la dernière. Ces mains qu'elle possède, d'une dureté inhabituelle au point qu'un tintement ait résonné lorsque je les ai frappées. Etrange, que cela pouvait-il bien être ?

Elle me regardait, impassible malgré mon violent rejet et qu'ai-je trouvé de mieux à faire ? Poser cette question parfaitement indiscrète. Alors, toujours aussi impassiblement, comme si ce n'était rien, elle me dévoila ces mains particulières qui sont les siennes. Son gant de velours marron ôté, ce membre métallique étincela à ma vue tandis qu'elle m'expliqua qu'il s'agissait là de prothèses. Elle avait fait la guerre et les avait perdues lors de celle-ci… Elle, une femme si frêle et raffinée, une guerrière ? Une créature d'une telle beauté, une ancienne soldate ? Impossible, je refusais d'y croire quand quelques instants plus tôt je la traitais de snob sans même connaitre son histoire.

Je la détestais tellement, elle qui était tout mon contraire. Elégante, magnifique, un ange tombé du ciel, qui possédait par-dessus tout des ailes la portant où bon lui semblait. Si j'eu un jour de telles plumes j'étais à ce moment persuadée qu'on m'en avait depuis longtemps dépouillée. Le mépris était tout ce à quoi je la destinais, refusant âprement tout rapprochement ou même son amitié qu'elle semblait pourtant encline à me donner.

Qu'elle me suive partout si c'était là sa sacrosainte mission. Pour moi elle ne vaudrait pas plus qu'un chien obéissant aveuglément aux ordres de mon « père » dès cet instant. Je lui interdis même de simplement m'adresser la parole pour autre chose qui ne soit pas absolument nécessaire à mon éducation. Je ne voulais rien connaitre de plus sur elle qui représentait tout ce que je n'aurais jamais. Membre d'une famille plus qu'aisée, je me sentais pourtant plus que démunie quand bien même je côtoyais la misère dans mon ancienne vie.

J'avais l'impression que toutes ces jeunes filles fréquentant ce même établissement me jugeaient en permanence, passant leur temps à me scruter pour ensuite entre elles glousser. Comme je me sentais mal à l'aise en ces lieux tant détestés… Et elle, qui se mit effectivement à me suivre à chaque instant, rendit cette torture pire si c'était seulement possible. Passait encore que je ne sois pas à la hauteur au milieu de ces jeunes nobles aisées, toujours est-il qu'elles n'étaient encore que des aspirantes débutantes tout comme moi.

Mais près de celle devenue ma tutrice pour ces trois mois, rayonnante partout où nous nous rendions, je faisais vraiment pâle figure à ses côtés. Ironique quand c'est en fait aux miens qu'elle se tenait. Si auparavant je passais relativement inaperçu malgré mon ressentit d'être épiée, il ne faisait nul doute que depuis qu'elle m'accompagnait tous les regards, vers nous, sans cesse se tournaient.

Bien évidemment, qui ne l'aurait pas regardé après tout ? Sauf que leurs yeux me rencontraient également sur leur chemin, car bien qu'elle aurait pu m'éclipser totalement, elle se tenait toujours en retrait bien sagement. Si au moins elles se faisaient discrètes à ainsi nous détailler, mais bien au contraire puisque nous subissions invariablement leurs chuchotements à peine dissimulés.

Peu importe, cela ne l'empêchait nullement d'accomplir son devoir. Qu'il s'agisse seulement de m'ouvrir une porte ou de simplement mener une conversation quand j'étais incapable de faire preuve de la moindre diplomatie envers mes camarades. Elle volait systématiquement à mon secours, tel un chevalier servant ayant jurer de protéger sa Dame du moindre danger la guettant éventuellement.

Une Dame… J'avais plutôt tout du dictateur imposant et maltraitant cependant. Incapable de même lui dire un simple merci quand pourtant elle me tira un nombre incalculable de fois de situations fort épineuses. Sa courtoisie et ses manières si bien élevées provoquaient en moi de contradictoires sentiments. Tantôt j'étais soulagée qu'elle prenne sur elle de répondre à quelque demande que l'on me formulait, tantôt cela m'exaspérait au plus haut point qu'elle fasse montre de tant d'éducation, elle qui se révélait pourtant orpheline d'après ses dires. Nous étions si différentes bien que nous partagions cette même particularité. Comment une telle chose était-elle seulement possible ?

La Princesse que j'étais et la Servante qu'elle devint pour moi durant ces trois mois… Nos rôles auraient tout à fait pu s'échanger que cela n'aurait sonné que plus juste aux yeux de tous. Quoiqu'il en soit, elle fut d'un soutien indéfectible, s'appliquant à m'enseigner au mieux de ses capacités. Elle éblouissait tout ceux dont le regard sur elle se posait. J'étais tellement piètre à côté, à peine capable de faire ne serait-ce que tenir un livre en équilibre sur ma tête lors de nos cours de maintient. Ridicule et désœuvrée, quand elle réussissait avec brio tout ce qu'elle entreprenait, je ne l'en détestais que plus pour tout cela.

Elle endura mon mauvais caractère qui en résulta avec toujours cette même impassibilité qui semblait être sa marque de fabrique. Mon attitude envers elle ne changea pas, pas une seule fois. Jusqu'à cette fameuse nuit du moins. Cela se produisit alors que plus tôt dans la journée elle me sauva encore d'une des catastrophes dans lesquelles je me plongeais seule comme une parfaite sotte. Répondre avec si peu de délicatesse à Mademoiselle Lancaster dont la famille est des plus influente après la mienne, quelle monumentale erreur que pourtant elle réussit une fois de plus à rectifier.

Et pourtant, malgré cela, j'eus l'audace d'un jour lui déclarer que simplement la regarder me rendais malheureuse. Car je l'étais, c'était vrai, bien qu'elle n'ait rien à voir avec cet état de tristesse qui enserrait mon cœur à ce moment. C'est d'ailleurs à cette occasion qu'elle me confia son statut d'orpheline alors que je lui disais sans la moindre douceur qu'elle passerait aisément pour un membre de la famille royale tant elle était parfaite en tous points.

Cette nuit-là, cela faisait déjà quelques temps qu'elle séjournait avec moi. Nous partagions depuis lors la même chambre pour des raisons de commodités. Je venais d'achever ma toilette quand je m'adressais à elle pour autre chose que mon éducation. Sans doute était-ce même la première fois que mes paroles ne contenaient aucun venin ni trace d'amertume quelconque. Ses doigts d'argent volaient alors agilement au-dessus de sa machine à écrire en un spectacle qui me fascinait étrangement. Son habileté à manier ces prothèses était tout simplement incroyable.

Je lui demandais alors si elle resterait véritablement trois mois comme elle me l'avait annoncé. J'avais alors beaucoup de mal à comprendre comment elle pouvait partir si longtemps d'où que ce soit, même pour honorer une requête de la famille royale. Elle ne m'offrit pas la moindre réponse, se contentant de s'interrompre et de m'observer de ce regard profond qu'elle arborait toujours. Je lui posais ensuite la question du pourquoi de sa non-réponse quand elle me rappela que j'étais celle à lui avoir interdit de me parler si cela ne concernait pas les études. Bien sûr, idiote que j'étais. Il était évident que même à cet ordre elle obéirait.

Je lui dis alors de ne plus en tenir compte, du moins pour le moment. J'étais soudainement curieuse et cette curiosité cherchait avidement son assouvissement en cet instant. Forte de mon désir de savoir, je lui demandais alors franchement si personne ne l'attendait au-delà de cette prison dorée. C'est sans aucun doute la première fois qu'une émotion autre que son habituel air détaché se manifesta sur son visage. Quelle tristesse que ce soit pour me confier qu'elle avait bien quelqu'un mais qu'elle ne pouvait le voir.

Un autre point commun que nous partagions sans le vouloir car j'étais moi aussi privée de revoir la personne la plus chère à mon cœur, ma petite sœur… Néanmoins, au lieu de faire preuve de la compassion attendue dans une telle situation, je me refermais immédiatement de peur qu'elle ne se rende compte de mon non-dit. Hors de question de partager avec elle ma propre peine ! Elle ne comprendrait pas de toute façon.

Cependant, au cours de la nuit, l'une de mes crises de toux me prit. Elle fut d'une violence rare au point que j'eu l'impression que mes poumons explosaient dans ma poitrine quand je peinais à effectuer cette simple action qu'était celle de respirer. Je jetais alors un regard à son lit déserté dans l'espoir vain d'une aide quelconque. Pour une fois qu'elle me quittait brièvement, je regrettais son absence pour le moins amèrement.

La douleur explosait dans mon thorax, noyant mes yeux de larmes de détresse. Seigneur, j'avais si mal, quand soudain au milieu de ma tourmente, je sentis une main froide mais bienfaisante sur mon dos. Cette caresse apaisante ainsi que son attitude calme me firent revenir à moi alors que ma respiration peinait encore à se stabiliser. Elle me releva délicatement avant de me faire avaler un liquide qui éteignit les flammes de ma poitrine. Le soulagement accompagna la délivrance de mes voies respiratoires se libérant enfin, tandis qu'elle posa sa seconde main prothétique sur la mienne alors la première continuait ses douces caresses entre mes omoplates.

Oui, après cette nuit-là tout changea…

Lorsque le lendemain je m'éveillais, elle tenait toujours ma main dans la sienne. Ou bien était-ce l'inverse et ne l'avais-je pas lâchée de la nuit ? Peu importait car à peine réveillée, et ayant pris conscience de ce contact, je me dégageais par réflexe. Pleine de toujours cette même sollicitude elle s'enquit de mon état, nullement vexée que je me sois si vite dérobée. Elle m'avait apparemment veillé toute la nuit, ne prenant pas une minute de repos pour me surveiller et anticiper éventuellement une nouvelle crise. Tant de bonté, pourquoi continuait-elle à ainsi me la témoigner ? Je n'en étais pourtant pas digne…

Peut-être était-il temps de faire un pas vers elle ? Je lui proposais alors de nous parler plus simplement et bien que je cru qu'elle refuserait, elle accepta à ma grande surprise. Certes, c'était surtout car elle n'avait pas bien saisi ce que j'entendais par-là. C'est étrange comme parfois elle me semblait aussi innocente qu'une enfant en ce qui concerne les relations humaines quand pourtant elle excelle pour toutes les choses de l'étiquette. Je lui expliquais alors que je lui demandais l'autorisation de la tutoyer. Si elle me l'accorda sans réserve, elle préféra quant à elle continuer à me vouvoyer.

A partir de là, notre relation évolua vers des rapports bien plus apaisés. Une sorte de complicité s'installa doucement et ce, bien plus facilement que je n'aurais pu m'y attendre. Le problème venait donc effectivement de moi car elle ne changea absolument pas son attitude. La seule chose qui fut vraiment différente était les contacts physiques qu'elle n'hésita plus autant à me prodiguer.

Je dois avouer que la première fois, lors de ce cours pour apprendre la danse de salon, cela me surprit au plus haut point de sentir ainsi ses mains autour de ma taille. Bien que je sache qu'elles étaient faites de métal, elles étaient étonnamment douces à travers leur prise délicate. Cette dualité me perturba plus que de raison au point d'accélérer mes battements. Que m'arrivait-il ? Je n'en avais pas la moindre idée.

Et toutes les autres, une fois de plus à nous dévisager, chuchotant entre elles qu'elle ressemblait en tout point à mon chevalier. Pourtant elle demeurait encore et toujours impassible tandis que je m'excusais par avance de probablement martyriser ses pieds. Me détendre, tel fut alors son conseil pour que je réussisse au mieux ces pas. En étais-je seulement capable ? Entre ses bras, il semblait bien que oui. Je me laissais alors totalement emporter jusqu'à même occulter la présence de toutes les autres dans la salle. Il n'y avait plus que la musique, nos pas dansants sur celle-ci et elle.

Quel beau souvenir, je le chérirais sans doute toute ma vie. Depuis bien longtemps je n'avais pas été si détendue que lorsque nous tournoyions dans ce salon. Tellement d'ailleurs, que le soir venu je lui proposais de prendre un bain avec moi. Si elle refusa de prime abord, j'insistais jusqu'à la convaincre en employant des moyens détournés, lui indiquant que les amis se baignaient souvent ensembles. Quelle supercherie, bien qu'il fût vrai que je la considérais alors ainsi. J'exploitais de fait sans vergogne sa méconnaissance du fonctionnement des relations.

Mes intentions étaient pourtant dénuées de la moindre arrière pensée cependant car je ne souhaitais que me rapprocher d'elle de la même façon que j'avais l'habitude de le faire avec ma petite sœur. C'était peut-être certes l'idée de départ mais… Force était de constater que je n'aurais sans doute jamais détaillé à son insu ainsi ma cadette. En effet, car je profitais qu'elle regarde ailleurs un moment pour caresser de mes yeux les parties de son corps laissé à nu par sa serviette.

Je remarquais alors qu'il n'y avait pas que ses mains qui étaient argentées mais bien ses deux bras jusqu'aux épaules environ. La pauvre, quelle tragédie avait-elle vécue à la guerre pour que cela lui laisse de telles cicatrices ? Quoiqu'il en soit, cela n'enlevait rien à sa beauté alors que j'observais dans le même temps les gouttelettes d'eau, provoquées par la vapeur, glisser sur ses longs cheveux blonds.

Je ne m'arrêtais pas là cependant car une fois notre toilette achevée, je lui fis le même manège pour la convaincre de partager le même lit. Enfin, au détail près que je lui indiquais qu'il s'agissait là d'une habitude que j'avais avec ma petite sœur une nouvelle fois. J'étais déjà plus honnête qu'en ce qui concernait le bain. Et elle, si douce et compréhensive, elle accepta sans rechigner ma demande déraisonnable. Et, je l'espérais, ce ne serait pas la dernière fois qu'elle le ferait.

Après cela, elle prit soin de moi comme si c'était finalement elle la grande sœur en quelque sorte. Quant à moi, je m'appliquais davantage à apprendre mes leçons de mon mieux, sous son paisible regard azuré approbateur. Le temps s'écoula paisiblement, la belle saison du printemps s'installant peu à peu. Le baume qu'elle apportait à mon cœur était aussi doux que ses mains tressant soigneusement mes cheveux à l'occasion. Ces séances furent d'autre parts fort agréables alors que nous nous coiffions mutuellement.

Elle était souvent si pragmatique, me disant que mes coiffures lui rendraient la tâche difficile en cas de danger pour pouvoir soit se déplacer ou même observer. De même, lorsque je lui dis que ses cheveux étaient si beaux et doux qu'ils devaient sans doute valoir cher, elle me demanda si j'avais dans l'intention de les vendre. J'avoue avoir hésité à lui répondre par l'affirmative avant de songer qu'elle pourrait me croire. Je ne m'étais plus amusée comme cela depuis si longtemps que je ne me rappelais plus à quand remontait la dernière fois.

Ma main dans la sienne ainsi que nos moments passés ensembles avaient véritablement le don de réchauffer mon cœur, glacé depuis tant de temps. L'espace de quelques instants, j'avais presque l'impression d'être libre de nouveau. Comme si sa liberté d'esprit offrait la possibilité au mien de s'échapper. Hélas, le bal approchant, je redevins sombre en songeant à cette épreuve à laquelle je redoutais à la fois de réussir et d'échouer.

Echouer était synonyme de décevoir ma « famille » en prouvant que je n'étais effectivement pas destinée à devenir une lady. Réussir, si cela voulait dire enfin quitter cette cage dorée, cela signifiait aussi en rejoindre une autre dans le mariage qui ne manquerait pas de m'attendre avec un quelconque gentleman. Alors bien entendu, dans un réflexe que je n'avais su perdre si facilement, je la repoussais immédiatement, redevenant l'espace d'un instant celle qui la traitait avec tant de mépris à son arrivée.

Je m'excusais vite ensuite, mais le mal était fait. Pourtant, elle ne m'en tint toujours pas rigueur alors que dans le cliquètement familier des ses mains argentées, elle remettait une mèche rebelle derrière mon oreille en m'assurant que ce n'était rien. Elle mit cela sur le compte de mon éventuelle fatigue et j'étais encline à la laisser m'entourer de sa chaleur bienfaitrice, accueillant égoïstement son étreinte réconfortante. Je crois surtout que, le temps de son départ approchant n'y était pas étranger non plus. Je n'étais cependant pas prête à me l'avouer à cet instant.

Lors de l'une de nos dernières soirées, je l'interrogeais sur son métier. Tout le monde ne pouvait se targuer de fréquenter une poupée de souvenirs automatiques exerçant ce travail si atypique. Elle me raconta qu'elle avait dû, depuis qu'elle a débuté, écrire pour ses clients des types de lettres divers et variés. Ce qui attira mon attention dans son récit fut qu'un jour elle écrivit une lettre d'amour pour quelqu'un. Je m'étonnais car j'avais bien compris qu'elle n'était pas très douée en matière de relations humaines. Que devait-il en être concernant la plus compliquée de toutes ? L'amour.

Finalement, toutes ces missives étaient apparemment empreintes de toutes sortes d'amours comme elle me le dit avec une certaine mélancolie. Il me sembla alors que cela devait être dur d'être suffisamment empathique pour réussir à transmettre les sentiments d'une autre personne à travers les mots d'une lettre. Méditant sur ces réflexions qu'elle avait en moi suscité, je le regardais éteindre la lampe à huile du chevet. C'est alors que pour la première fois je lui offris ce mot que j'avais tant pensé sans jamais le prononcer : Merci.

Et surtout, je lui présentais mes excuses pour mon comportement inqualifiable à son encontre lors de son début de séjour. Je fis l'éloge de sa gentillesse, ce qui sembla l'étonner étrangement. Alors elle me témoignait tant de bonté sans même s'en rendre compte ? Elle était tellement peu douée avec les sentiments… La tête dans les étoiles, alors qu'elle me décrivait les constellations qu'elle connaissait à la suite de l'une de ses missions dans un observatoire, je rêvais paisiblement, sa douce voix m'emportant.

Puis, ce jour tant attendu et redouté par nombres des futures débutantes, moi comprise, enfin arriva…