Chapitre 10 :

Ce chapitre sera assez court, on est dans une transition avant de passer à un moment très important de l'intrigue et je suis quand même du coup ici encore un peu la série puisqu'il fallait bien que Luis, comme les autres, passe son bac car du coup dans la série MDR il a disparu le bac Luis pff pas besoin ! Bref…. Mais même si c'est un chapitre de transition où en termes d'action il n'y a pas grand-chose, il est très important dans le cheminement de Luis. Sinon, Mamie Careille, je l'aime!

Merci pour vos retours et bonne lecture !

Luis au milieu du couloir était sonné et abattu. Tom avait été très sérieux, cette fois c'était vraiment fini. Il ne savait plus quoi faire. Retourner en cours après ça ? Non, il ne se sentait pas. Aller chez lui ? Non. Marcher ? Il ne voulait pas rencontrer Tom ou un de ses potes… il se sentait franchement mal. Il finit par rentrer quand même chez lui. Sa grand-mère n'était pas là mais elle avait laissé un mot. Elle était chez le kiné et lui demandait s'il pouvait aller faire deux courses avec une petite liste accrochée derrière. Comme un robot, il s'en saisit, pris l'argent que sa grand-mère cachait dans la corbeille de fruits de la cuisine et s'en alla à la superette bio la plus proche. Il prit les quelques articles listés puis arriva au rayon frais, il récupéra ses fromages et elle voulait des jus. Quand il arriva devant le frigo, les bouteilles de jus d'orange au centre des étagères, il sentit une larme couler. Tom… son sourire quand il lui offrait son petit-déjeuner… c'était fini, plus jamais il ne vivrait ça, plus jamais il ne serait proche de lui, plus jamais il ne sentirait sa peau, son regard amoureux sur lui… Luis ne put retenir ses larmes. Il se demanda de quoi il devait avoir l'air devant le frigo d'un supermarché à pleurer comme une gonzesse... Mais il restait comme paralysé…. Au bout d'un moment, il sentit une main lui taper sur l'épaule.

« Jeune homme… jeune homme ? » l'interpella une voix féminine.

Ce fut comme une décharge, Luis devait partir de là… il laissa tomber ses articles et sortit en trombe du magasin… sans rien capter autour de lui… Tom allait passer son bac et se tirer… Comment Luis avait-il pu laisser les choses dégénérer à ce point ? C'était comme si la douleur se réveillait après une anesthésie… il se mit à courir, courir, jusqu'à la maison de la plage… il se réfugia ici, dans cet endroit où il s'était caché quand il avait fait croire à sa disparition et fait accuser Tom. Il resta un long moment, là, à regarder les vagues s'entrechoquer… elles étaient libres elles, lui se sentait prisonnier de sa propre tête. Qu'est-ce qu'il allait pouvoir faire maintenant ? Tom était venu le chercher, l'avait séduit, l'avait fait tomber amoureux, l'avait fait s'avouer qu'il était une pédale et maintenant ? Tom le quittait et que lui restait-il de tout ça ? il était resté à repenser à Tom, à tous ses souvenirs… car aujourd'hui ils n'étaient plus que ça, des souvenirs...devant la mer… il ne l'avait même jamais amené ici, trop occupé à ne surtout pas lui montrer ses sentiments, sentiments qu'il n'avait pas pu empêcher de toute manière. La nuit commençait à tomber, il devait inquiéter sa grand-mère, il fallait qu'il rentre.

Quand il entra, elle s'étonna de l'heure tardive et lui demanda où étaient les courses. Il avait même oublié ça du coup…

« -Je suis désolé, je… je… j'ai pas pu y aller…

-Tu es allé chez ton ami pour réviser ? demanda-t-elle avec un ton d'inquiétude.

-Ouais, désolé j'ai pas vu l'heure. Tiens je te rends tes sous.

-Tu pouvais les garder, t'acheter quelque chose qui te fasse plaisir, lui dit-elle en souriant.

-Ça va, j'ai tout ce qu'il me faut… »

Luis luttait pour ne pas craquer. Tout… oui, du matériel. Il ne manquait de rien grâce à l'argent familial. Mais rien, il n'avait plus rien d'autre. Il inspira fort et alla poser ses affaires dans sa chambre, reprendre un peu de courage. Mais il posa son sac et se revit, arrivant chez Tom, posant ses affaires et l'embrassant… « Après le bac, je pars » Il le laissait… et Luis ne put s'empêcher de pleurer… encore… « avec les gens qui me plaisent » et encore… « quelqu'un qui me respecte et qui n'a pas honte de m'aimer »… « tu changeras pas »…. Et ça le mit en colère, dans une rage folle de ne pas pouvoir contrôler cette putain de tristesse en lui…. Il attrapa son sac et l'envoya valdinguer contre sa lampe de chevet. Il y avait une telle colère en lui qu'il ne pouvait plus contenir. Il prit tous les stylos, papiers, carte du monde, objets décoratifs, livres… qu'il put trouver sur son bureau et envoya tout valdinguer avec violence… il jeta sa chaise de bureau au travers de la pièce. Elle avait raté de peu sa fenêtre et le mur avait dû morfler. Il se haïssait profondément, incapable de faire quelque chose pour Tom, incapable de l'avoir retenu. Il avait raison, il ne changerait pas, ni pour leur relation ni pour rien…. Il ne se supportait plus. Il avait perdu Tom par sa faute, uniquement sa faute. Il éclata en sanglots…

« Je suis nul, je suis qu'une merde ! » s'écria-t-il parce qu'il avait besoin que ça sorte.

Ce fut à cet instant-là que sa grand-mère rentra. Il pleurait et se laissa tomber au sol, dos à son bureau. Sa grand-mère s'agenouilla à sa hauteur, le prit dans ses bras, lui chuchotait des « Luis, que se passe-t-il ? » mais il refusait de parler. Ils restèrent ainsi un moment, Luis continuant de pleurer.

Il finit par se calmer puis il se leva, aidant sa grand-mère qui avait pris place à ses côtés. Il avait de la chance de l'avoir.

« -Luis…

-C'est le bac, c'est tout, essuyant ses yeux. Je me suis énervé car je n'y arrive pas, c'est dur.

-Luis… lui caressant la joue.

-C'est juste le bac, ok ? ça ira mieux quand il sera derrière moi. »

Elle ne le croyait pas, clairement, mais elle n'osa pas insister non plus. Il commença à ranger et sa grand-mère insista pour l'aider, ils ramassèrent les objets parterre, sa chaise à l'autre bout de la pièce et ils regardèrent l'état du mur. Ce week-end, Luis boucherait les trous que ça avait fait et mettrait sûrement des posters de séries et de natation pour cacher la tapisserie bien abimée. Evelyne le suivait des yeux et semblait très inquiète.

Il s'était occupé de son mur puis de ses révisions durant tout le week-end mais avait surtout passé son temps tiraillé entre avoir de la colère contre Tom, le détester, puis se rappeler que c'était lui qui était détestable et ressentir son absence et lutter contre ses larmes. Il savait que c'était irrationnel mais il se demandait si Tom l'avait aimé, s'il avait ressenti quoi que ce soit pour lui. Et c'était ridicule car la réponse à cette question il la connaissait, il savait. Même pas parce qu'il lui avait dit mais parce qu'il l'avait vu c'était aussi évident que le fait que Luis l'avait aimé. Il voulait être en colère contre Théo et il l'était mais ce n'était pas de sa faute non plus. Certes, il avait précipité les choses en venant voir Luis plutôt que de se mêler de ses affaires, en montant le bourrichon de Tom… mais il n'avait fait que protéger son ami. Et si Luis avait donné plus à Tom, rien ne se serait passé comme ça. Tom avait beaucoup sacrifié pour Luis. S'il n'avait pas essayé de manipuler Tom pour qu'il arrête de vouloir être un vrai couple, s'il avait été moins cruel avec lui s'il ne l'avait pas fait autant souffrir… mais ce n'était pas possible de revenir en arrière. Et puis pour faire quoi ? Luis ne se serait jamais affiché, non, jamais et se montrer vulnérable avec Tom ça avait été une telle hantise… Tom avait eu raison, c'était ça le pire. Il ne changerait pas. S'il lui avait donné une autre chance, il aurait fait un effort un moment mais ça n'aurait pas duré, il serait retourné dans ses travers, il l'aurait traité mal à nouveau…

Le dimanche après-midi, au lieu de réviser, il s'était même caché pour pleurer… parce que son cœur saignait…

Puis il passa la soirée avec sa grand-mère mais le cœur n'y était pas. Il avait tellement pleuré qu'il était vidé et sec, comme ses yeux…

Il se rendit au lycée le lundi matin avec appréhension, était-il prêt à revoir le brun ? Il n'eut pas à se poser la question longtemps, au premier intercours, Luis adossé au mur, le cœur battant à tout rompre, vit arriver Tom… qui passa devant lui comme s'il n'existait pas… il avait tracé sa route sans un regard… Luis ne pouvait pas lui en vouloir, combien de fois lui avait –t-il fait la même chose ? le snober comme s'il n'avait aucune espèce d'importance... Cela lui fit l'effet d'un coup de poignard. C'était ça qu'il avait ressenti à chaque ignorance de Luis ? Et aujourd'hui, Tom était-il vraiment passé à autre chose ? l'avait-il oublié en 2 jours ou se forçait il ?

Une pensée folle le traversa l'espace d'une seconde : Pouvait-il le récupérer ? pas sans être mieux mais il ne le pouvait pas, ça, il le savait. Donc il valait mieux qu'il le laisse tranquille. Mais son indifférence l'avait profondément touché, ça faisait mal. Et quand il avait mal, quand la rancœur prenait le dessus, Luis se mettait en colère. Il se surprit à attendre Tom à la sortie et le suivre de loin. Il rejoignait Théo… Bien sûr… toujours Théo… il le voyait de loin lui sourire, le regarder comme s'il attendait son approbation. Il ne pouvait pas entendre ce qu'ils se disaient mais voir Tom avec Théo c'était tout ce dont il n'avait pas besoin. Pour n'importe qui, Tom aurait eu l'air heureux. Pourtant, dans le langage corporel de Tom, il sentait quelque chose de crispé, il souriait, il bougeait, il avait même tourné sur lui-même, dans ses habitudes extraverties, mais il le connaissait bien, il l'avait si souvent observé. Il n'était pas aussi bien que ce qu'il montrait à Théo. Et ça ne le réconfortait même pas. Il continuait à faire du mal à Tom même quand il n'était plus avec lui… Puis il le vit rire avec Théo. Un nouveau coup de poignard… Comment il pouvait rire alors que Luis avait envie de pleurer putain ! Qu'il sentait son cœur se serrer à chaque fois qu'il pensait à lui... il le pouvait parce que lui avait des amis, des soutiens, qu'il avait pu se confier. Et ça n'empêchait pas sa peine… il repensa à Tom devant la photo de son père. Lui qui était toujours si pétillant, avec un air si heureux, il était au fond extrêmement triste de la mort de ses parents. Mais il n'en parlait pratiquement pas, préférant laisser croire qu'il était heureux, un système de défense comme un autre… Luis s'y connaissait bien…. Il décida de partir, ce qu'il faisait était ridicule. Cela ne servirait à rien de suivre Tom, cela ne le ramènerait pas à lui, cela n'empêcherait pas Luis d'avoir honte. Et il devait au moins respecter les choix de Tom maintenant, ne pas pêter un câble comme il l'avait fait avec Mila. Il lui avait fait assez de mal comme ça. Tom ne voulait plus le voir, pour lui c'était définitif, il le savait. Ça faisait mal mais il ne voulait pas se laisser happer. Puis, il pensait également à la menace de Théo, personne d'autre ne devait être au courant, il ne le supporterait pas, si jamais son père l 'apprenait… il aurait pu avoir envie de se venger sur Théo mais il savait que Tom avait trop souffert à cause de lui déjà et faire du mal à Théo ne ferait rien à part encore plus de mal à Tom. Ce n'était pas ce qu'il voulait car il l'aimait… et c'était justement parce qu'il l'aimait qu'il le laisserait tranquille, il ne le harcèlerait pas, il ne lui ferait plus de mal. Il était résigné.

Il décida de ne plus aller au lycée jusqu'aux épreuves afin de ne plus revoir le brun, de toutes façons, il restait peu de jours qu'il passait enfermé dans sa chambre, luttant contre les pensées obsédantes qui se bousculaient dans sa tête… comme le fait que bientôt, il ne serait plus qu'un affreux souvenir pour Tom et c'était terrible… Mais Luis devait penser au bac, il ne devait pas rater ça aussi, son père serait si déçu de lui s'il ne réussissait pas et sans le reste… ce qu'il ne saurait jamais… il fallait qu'il se reprenne. Il voulait reprendre un traitement mais il ne voulait pas déranger ses parents, il avait déjà eu peur que sa grand-mère les appelle. Il alla dans la salle de bain attenante à la chambre de ses parents et fouilla la pharmacie. Il prit des xanax. Ce n'était pas les mêmes anxiolytiques que lui avait prescrits le médecin de famille mais peu importait. Il en avait besoin, jusqu'au bac… Juste tenir quelques jours… c'était tout… Un cachet toutes les six heures, réviser le bac, un planning qui ne devait pas lui laisser le temps de penser à Tom et leur désastre…

L' épreuve de philosophie arriva enfin et Luis eut l'impression de ne pas s'en être trop mal sorti. C'était toujours un peu étrange pour lui la philosophie mais il connaissait les auteurs et il aurait peut-être la moyenne.

Il prenait ses médicaments, toujours, heureusement que sa mère avait une sacrée réserve bien qu'il se demandait quand même pourquoi elle en avait autant… il avait commencé à ressentir les premiers tremblements et maux à l'estomac pendant un après-midi de révisions. Mais il en avait besoin, ça l'aidait à se canaliser. L'épreuve de Maths ne se passa pas très bien mais il avait limité les dégâts. L'Histoire-géographie moyen, de toutes façons il comptait sur l'épreuve d'économie en plus avec l'option éco renforcée, il avait intérêt de cartonner. Mais lors de l'épreuve, il eut de plus en plus de tremblements et mal à l'estomac. Il n'arrivait pas à se concentrer. Il n'aurait pas le résultat escompté. Il n'aurait peut-être même pas son bac… son père appela comme chaque soir après une épreuve mais il ne lui répondit pas ce soir-là, il ne voulait pas lui dire qu'il s'était planté. Sa grand-mère l'avait pris au téléphone et lui avait menti, lui disant que Luis était allé nager, que ça lui faisait du bien après une épreuve et qu'il valait mieux qu'il l'appelle à la fin plutôt que de lui ajouter du stress supplémentaire.

Le jeudi 25 juin marqua la fin des épreuves du bac. Luis avait fait ce qu'il pouvait mais il ne le sentait pas, il n'allait pas bien, les médocs ne lui convenaient pas et lui provoquaient de plus en plus de douleurs. Mais il n'en avait rien à faire. Au contraire, la douleur l'empêchait de trop penser au brun dont il était séparé depuis deux semaines maintenant. Mais en sortant du lycée, il avait entendu des élèves parler, Tom et ses potes faisaient une fête à la baraque… une fête pour la fin des épreuves… Luis se renferma dans sa chambre. Il lutta puis ouvrit instagram, Facebook et snap. Il voulait savoir, est-ce que Tom s'amusait bien ? Il y avait plusieurs photos sur les comptes des élèves de la classe. Il était le seul à ne pas avoir été invité. Evidemment que Tom ne l'aurait pas invité mais cela faisait mal quand même d'être toujours l'exclu. L'ambiance avait l'air bonne, l'alcool pleuvait puis il vit une photo avec la bande de loin. Puis une autre avec Mila toute souriante. Mila… la seule qui aurait pu être une alliée s'il n'avait pas fait n'importe quoi avec elle… Tout ça pour quoi ? Se prouver qu'il était un mec, un vrai et pas un PD… ça avait bien réussi… puis une photo de Tom dansant avec Théo au loin… il éteignit tout. Il aimait vraiment se faire du mal… ça aurait dû être lui, là, avec Tom dans ses bras… Mais non, jamais il n'aurait pu… à une fête, danser, avec tout le monde autour…

Il recommençait à penser à Tom alors il se rendit dans la salle de bain de ses parents. Il y prit des somnifères en plus d'autres anxiolytiques. Il en avait besoin. Durant les dix jours avant les résultats, il resta enfermé, rerévisa un peu l'économie car il avait bien peur de devoir repasser l'épreuve. Il stressait beaucoup. Son père avait dit qu'il téléphonerait le soir du 07 juillet pour l'annonce des résultats.

XXX

Luis se trouvait avec sa grand-mère quand les résultats tombèrent : 9,2. Il devait aller au rattrapage. Son père allait être furieux. Il ne dit rien à sa grand-mère et chercha Tom dans la liste, il ne put s'en empêcher. Il n'avait pas eu le résultat qu'il pensait. Ce débile de Theo avait eu une mention Bien et pas Tom ? Tom n'avait eu aucune mention. Pourtant il la méritait largement, bien plus que Théo. Il était bien plus intelligent que lui mais Luis n'avait-il pas été une entrave à son travail, ses révisions ? Une part de lui aurait aimé que ce soit le cas, preuve qu'il l'aimait toujours mais une autre part de lui se dégoûtât : il avait vraiment fait du mal jusqu'au bout au jeune brun.

Il n'eut pas le temps d'annoncer à sa grand-mère son échec que la sonnerie de son portable retentit. Marc Careille et sa femme attendaient vraiment avec impatience les résultats du bac pour l'appeler avant même l'heure qu'ils avaient convenue. Luis leur dit rattrapage, sa grand-mère se rapprocha de lui en signe de soutien. Au téléphone, son père ne dit rien mais soupira, l'air de dire je le savais…

« -T'es déçu ? Je suis désolé papa.

-Déçu ? il eut un rire amer. Même pas déçu Luis, je crois que je savais mais comme ta grand-mère nous disait que tu bossais beaucoup... J'aurais quand même pensé… »

Un silence… Luis retint ses larmes.

« -Tu te rends compte que tu ne peux pas aller à la prépa de mon ami ? Même si tu as le bac, sans mention et après l'avoir eu au rattrapage, tu vas finir où ? En fac d'Eco ? lui cracha-t-il avec dédain.

-Marc ça suffit, entendit-il sa mère de loin.

-Bien. Si la médiocrité vous suffit, je m'incline. J'espère qu'au moins tu ne redoubleras pas. »

Sa mère prit le combiné :

« -Ne l'écoute pas Luis, c'est parce qu'il est...

-Déçu que je sois le seul Careille à être débile ?

-Luis, non…

-Laisse tomber ! Je te passe mamie, je crois qu'elle veut vous parler », donnant son portable à sa grand-mère.

Il partit dans sa chambre et quelques minutes après, il fut rejoint par sa grand-mère qui lui ramena son téléphone.

Il s'était assis sur son lit, triste mais ce que lui avait dit son père, c'était rien comparé à sa rupture avec Tom. En plus, il se doutait bien de la réaction qu'il allait avoir. Les cachets semblaient faire effet, il devenait apathique, comme sa mère, comme étranger à ce qu'il se passait autour de lui…

Sa grand-mère prit place à ses côtés.

« -Regarde-moi Luis, en attrapant ses mains, tu es intelligent, je le sais. Tu as raté ton épreuve d'éco car tu étais mal, ne crois pas que je n'ai rien vu je ne sais pas ce qui t'arrive en ce moment Luis mais je sais que tu vas mal. Si un jour tu le souhaites, et je voudrais tant que tu le puisses, tu peux me parler. »

Luis ne disait rien.

« -Et tu peux y arriver mon chéri, tu as des capacités tu sais… Je sais à quel point tu as bossé. Qu'est-ce que tu vas passer au rattrapage ?

-J'ai eu 5 en éco.

-Alors tu vas tout donner Luis, je sais que tu peux tout cartonner en éco, je t'ai vu bosser, je sais que tu es prêt. Quand on tombe de cheval, on se relève. Et tu le sais car tu t'es relevé de la perte de ton rein, Luis, de la fin de la natation… tu vas y arriver. Je crois en toi. Et il n'y a rien de honteux à avoir son bac au rattrapage ni à ne pas avoir son bac Luis, ton père te met trop de pression.

-Il faut que je l'aie mamie.

-Tu vas l'avoir. Mais je ne sais pas exactement ce qu'il t'a dit au téléphone mais moi je sais ce que tu vaux Luis. Tu es très intelligent, tu m'entends ?

-Ouais, » répondit Luis, pas très convaincu mais touché par sa grand-mère. Il n'avait qu'un jour pour bosser, le temps était toujours très court entre l'annonce des résultats et la convocation au rattrapage mais il avait beaucoup bossé l'éco et il pouvait le faire, sa grand-mère croyait en lui. Il avait déjà déçu son père, il n'allait pas décevoir la seule personne qui le soutenait…

Il avait passé son oral et en effet, cela se passa relativement bien. Il connaissait les réponses à toutes les questions qu'on lui avait posé. Il ne s'était pas trop étalé sur certaines réponses mais il avait remonté des points, c'était sûr. Il espérait que c'était suffisant.

Quand il rentra, sa grand-mère le regardait étrangement. Il lui dit que tout s'était bien passé, qu'il n'y avait plus qu'à attendre. Elle le fixait, comme si elle cherchait à savoir quelque chose, à voir quelque chose dans ses yeux mais Luis ne voyait pas quoi. Il posa ses affaires. Maintenant, quoi qu'il advienne, le bac était derrière lui. Il prit un cachet. Il attrapa son ordi et regarda une série sur Netflix. Il allait refermer quand il vit sa liste de lecture : Dark… l'épisode qu'il avait vu avec Tom lors de cette belle soirée… Voilà que ça recommençait… Tom… toujours Tom. Il se demanda ce que faisait le brun. Maintenant qu'il avait eu son bac, il était libre d'aller faire ses fameuses études. Lesquelles, Luis n'en savait rien vu qu'il connaissait son corps par cœur mais qu'en dehors de ça, Luis ne lui avait jamais rien demandé. Il ne put s'empêcher d'aller sur le profil de Tom, voir s'il y avait un indice. Et ce fut le choc. Une photo de lui avec Antoine « Direction Paris » avec la gare Saint Charles en fond. Tom partait aujourd'hui. Son premier réflexe : une partie de lui eut envie d'aller à la gare, en courant, lui dire qu'il l'aimait et le retenir, comme dans les films.. mais on n'était pas dans un film et Luis n'avait rien du prince charmant. Il était plutôt l'horrible némésis... son regard glissa sur le commentaire de Mila « Bon vent Mr le conservateur national, m'oublie pas quand tu iras chercher ton 1er oscar » Il allait faire du théâtre. Tom allait faire du théâtre… Cela ne l'étonna pas, il avait tout ce qu'il fallait pour cela. Mais il allait découvrir un autre monde, une autre vie, sans Luis. Il regarda l'heure du post. Trois heures auparavant. Il était peut-être même déjà à Paris. Tom était parti sans se retourner… Il ne le verrait plus jamais... Sa peau, son odeur, son rire, tout lui manquait... Luis reprit un cachet. Il en avait besoin. Il commença à sangloter. Sa grand-mère rentra tout à coup, sans même frapper, comme si elle l'avait entendu pleurer, ce qui était impossible, à moins qu'elle ne l'espionnait derrière la porte. Mais pourquoi aurait-elle fait cela ? Il essuya ses larmes de sa main gauche mais elle le trouva avec la boîte de cachets dans la main droite et elle l'a lui arracha.

« Mais qu'est-ce que tu fais Luis ? Tu peux pas prendre ces merdes comme ça ! »

Luis fut choqué, sa grand-mère ne disait jamais de gros mots, elle n'était jamais vulgaire, contrairement à lui.

« Tu sais ce que ça fait à ta mère. Tu crois que tu vas oublier comme ça ? ça va juste un peu plus te détruire… »

Luis n'en pouvait plus, Tom était parti et le pire c'était qu'il se disait que c'était le mieux pour Tom d'être loin, très loin de lui...

« Je ne te laisserai pas cette fois... pas tant que tu ne m'auras pas parlé Luis… »

Il la regarda, cet ange de femme qui était toujours là pour lui alors qu'il ne le méritait pas. Et il avait envie de se confier. Il en avait marre de lutter. Il ne pouvait plus être sur le qui-vive en permanence, il en avait trop dans la tête et sur le cœur. Alors il parla de ce qu'il pouvait révéler même si ce n'était pas le pire. Il ne pouvait pas parler du pire, jamais.

« Papa, il en attend trop de moi.. Il veut que je reprenne ses affaires mais… je veux pas… même si j'ai mon bac, ça va servir à quoi ? je ne me sentirais ni soulagé, ni libre… il n'y a que ce qu'il veut lui, putain ! Mes vœux parcours sup, c'est les siens ! C'est ses putains de voeux ! Je ne sais même pas ce que je veux faire de ma vie, j'en sais rien… il se mit à pleurer. Tout ce que je fais, c'est décevant de toute façon. »

Comme tout ce qu' était Luis, rajouta-t-il dans sa tête.

« -Il veut que j'aille en fac d'éco alors que je n'en ai aucune envie et qu'il a honte que j'y aille, que je ne sois même pas capable de faire sa putain d'école de merde à son pote là ! Mais tu sais quoi ? Je vais le faire parce qu'on ne dit jamais non à Marc Careille ! Parce que ça le décevrait encore plus !

-Non, Luis, je t'aiderai, tu n'es pas obligé de faire ce qu'il te dit, tu peux faire ce que tu veux…

-Mais je sais pas ce que je veux ! s'écria-t-il. Je sais même pas qui je suis ! » hurla-t-il en sanglots…

Sa grand-mère l'agrippa, elle le serrait comme si elle voulait l'empêcher de couler mais Luis avait déjà coulé. Il n'était que paraître depuis si longtemps pour cacher l'horreur, le secret enfoui en lui et il ne savait même pas ce qu'il aimait vraiment, ce qui était lui et ce qui était son père en lui, son besoin de correspondre à ce que voulait son paternel…

« Regarde-moi, Luis, regarde-moi. »

Il leva les yeux vers elle.

« -Non, tu ne feras ce qu'il te dit. Tu ne sais pas ce que tu veux ? Tu as 17 ans et la vie devant toi Luis, toute une vie à construire. Et tu vas commencer à le faire pour toi, tu m'entends ?

-Co…comment ? j' veux pas…

-Tu ne veux pas affronter ton père ? Je comprends. »

Elle relâcha enfin son étreinte de crabe.

« -Alors comment tu veux que je fasse ?

-Je t'ai dit que j'allais t'aider et je vais le faire. Je te propose de te laisser un an pour réfléchir, découvrir des choses pour trouver ta voie.

-Non, papa voudra jamais…

-Personne n'est obligé de lui dire. »

Il la regarda, interloqué.

« -Je vais t'aider, tu vas faire des expériences, tes expériences, on va chercher ensemble si tu ne sais pas comment faire et je te couvrirai.

-Je comprends pas…

-On va faire croire à ton père que tu vas à la fac.

-Quoi ? »

Il ne reconnaissait plus sa grand-mère.

« -Vu qu'il n'est pas très souvent là, je m'occuperai de ta soi-disant inscription et on lui fera croire que tu es inscrit.

-Mais il va vouloir voir des papiers.

-Je m'en charge Luis, je me charge de tout. Je ne te laisserai pas croire que tu ne vaux rien, que parce que tu n'es pas comme ton père veut que tu sois que tu es moins que quiconque ici. Jamais ! »

Luis se surprit à la prendre dans ses bras avec une sorte de soulagement. Il n'avait même jamais réalisé à quel point ça le bouffait de suivre son père à la lettre. Et le côté « plan de dingue » de sa grand-mère lui plaisait, c'était peut-être à elle qu'il ressemblait finalement. Même si elle au moins, elle mettait ses plans au service de Luis, pour son bien. Mais comment réagirait son père s'il apprenait ce qu'elle avait fait ? il laissa cela de côté pour le moment. Il fallait déjà qu'il ait son bac de toute façon.

« -Luis, par contre, promets-moi une chose…

-Oui ?

-Plus jamais de ces cachets…plus jamais, promets-le moi.

-Plus jamais, je te le promets. »

Elle le rattrapa, soulagée et le serra, il l'aimait si fort…

XXX

Il apprit qu'il avait eu le bac quelques jours après : formidable remontée à 11,8 de moyenne générale. Sa grand-mère était fière de lui. Ça ne changeait rien pour son père qui voulait toujours qu'il aille en fac d'économie tout en dénigrant cela. Mais sa grand-mère lui avait dit qu'elle s'occuperait de tout avec Luis… en faisant un clin d'œil à son petit-fils. Luis sentit naître un sourire sur ses lèvres. Ça ne lui était plus arrivé depuis sa rupture avec Tom… Tom… le brun lui manquait tellement. Mais il était sur Paris maintenant… loin de Luis… Son regard se voila.

Luis passait son temps à tenter de ne pas penser à Tom, sans grand succès. Il avait juré à sa grand-mère de ne plus prendre de cachets et s'y était tenu. Mais il se sentait seul face à sa douleur. Il se masturbait parfois aux souvenirs de Tom et finissait avec les larmes et même lui pouvait dire que c'était malsain et inutile. Alors, quand le désir devenait trop fort, parfois, il s'était remis à regarder des pornos et s'il avait eu le moindre doute quant au fait qu'il était PD, il n'en aurait plus eu en voyant bien que ce n'était pas la nana qui l'excitait…

Un jour, il finit même sur un site gay. Mais il eut tellement peur que son père demande le relevé internet du fournisseur d'accès, alors que c'était ridicule, pourquoi ferait-il ça, qu'il avait tout éteint. Il n'en pouvait plus. Tout ça le bouffait chaque jour un peu plus, il le sentait bien. Et pour couronner le tout, ses parents revenaient pour le mois d'Août. Avant, il aurait tout donné pour passer autant de temps avec eux mais maintenant… entre le mensonge qu'il préparait avec sa grand-mère et son secret qui le rongeait de l'intérieur, il avait du mal à se réjouir de voir son père. Mais sa mère et son père lui manquaient quand même.

Quand il les retrouva début Août, il eut la sensation que sa mère avait parlé à son père car il se montrait plus doux, enfin autant qu'il pouvait l'être et n'avait plus fait allusion au bac ou à son raté de fils, même s'il avait parfois des regards qui ne mentaient pas. Et encore, il ne savait pas à quel point son fils était raté…

Il eut un coup de stress le soir du lendemain de leur arrivée quand sa mère s'interrogea sur les cachets qu'elle avait laissés dans sa pharmacie. Mais sa grand-mère lui sauva la mise, encore.

« -Oh, désolée Sophie, j'aurais dû vous le dire, j'ai eu quelques moments un peu compliqués et je vous en ai pris. Je vous referai faire une ordonnance.

-Non, pas du tout, pas de souci, simplement, faites attention Evelyne, je suis très suivie sur mes dosages, l'auto-médication peut être très dangereuse. Vous allez mieux j'espère ?

-Oui, ne vous inquiétez pas ma chère, je reprends le cap. »

Elle regarda Luis dans les yeux, comme pour lui faire passer un message. Le cap ? Luis reprenait-il le cap ? Rien n'était moins sûr. Il se sentait étrange ces temps-ci. Avec le retour de ses parents, il avait un peu moins pensé à Tom. Il cicatrisait mais le mal que l'absence lui faisait, que l'amour perdu lui faisait ressentir était présent constamment. Il apprenait seulement à vivre avec. Des jours avec plus de succès que d'autres... Puis sa grand-mère avait été un soutien précieux. Sans elle, il ne savait pas comment il aurait fini. Prendre ces cachets comme on prenait des bonbons l'autodétruisaient sans qu'il ne s'en rende vraiment compte mais c'était peut-être le but qu'avait cherché Luis, au fond, ressentir la douleur qu'ils lui infligeaient pendant le bac lui avait servi à moins se focaliser sur Tom mais aussi peut-être à se punir... il réfléchissait beaucoup ces temps-ci à ce qu'il avait fait. Il observait notamment les interactions entre ses parents. Et clairement, sa mère n'était pas heureuse, pas vraiment. Il s'en était douté mais il savait maintenant. Ce regard plein de tristesse, c'était le même que celui qu'il avait mis sur le visage de Tom à chaque insulte, à chaque humiliation, à chaque fois qu'il l'avait considéré comme son objet sexuel, à chaque fois qu'il lui avait fait mal. Et sa mère arborait des sourires de façade, il le voyait avec clairvoyance maintenant. Comment avait-il pu penser une seule seconde que de traiter Tom comme son père avait fait avec sa mère, de le manipuler, fonctionnerait ? Comment il avait pu vouloir le contrôler à ce point ? Il était même content que Tom ne se soit pas laissé faire. Il l'aurait détruit sinon. Mais inconsciemment ne savait-il pas qu'il allait trop loin quand il l'avait mis plus bas que terre dans ce couloir du lycée ? Que Tom, son courageux et fort Tom, ne se laisserait pas traiter comme ça ? Pas jusque là ? Que cette fois, il ne l'excuserait pas ?

Il avait voulu le contrôler certes, pour qu'il arrête de vouloir l'afficher mais il y aurait eu des moyens autres pour le faire… Il avait tapé si fort, il lui avait fait si mal que Tom avait rompu avec lui dès le lendemain. Etait-ce au fond ce qu'avait cherché Luis ? Car s'il se sentait malheureux comme les pierres, et c'était le cas, vraiment, la douleur la plus intense qu'il n'avait jamais ressenti, le transperçait parfois comme des coups de couteau. Mais il se sentait beaucoup plus apaisé en un certain sens. Car malgré cette douleur, il n'avait plus à se cacher autant, il n'avait plus à avoir peur qu'on le découvre. La menace que représentait Tom dans son monde de contrôle avait disparu. C'était comme s'il avait tout fait pour que Tom le quitte vu que lui avait été incapable de le faire. Parce qu'il l'aimait trop. Parce que perdre ce sentiment d'être aimé était terrible mais peut-être moins que d'avoir à se montrer vulnérable, à dire à ses proches ou à quiconque qui il était, montrer ce monstre à l'intérieur de lui, se dévoiler. Comme ça, il n'affrontait rien. Il avait juste à vivre avec un trou béant à la place du cœur….