Chapitre 11 :
Pour celui-ci, je vous retrouve en bas. Bonne lecture ?!
Luis était finalement ravi que son père parte. Il avait de la peine pour sa mère qui semblait très réticente à l'idée de le laisser encore avec sa grand-mère, mais il avait réussi à la convaincre que tout allait bien alors que c'était si faux. Luis n'allait pas bien, pas bien du tout…
Sa grand-mère avait soi-disant pris rendez-vous pour son inscription à la faculté d'économie de Marseille, enfin ça c'était ce qu'elle avait raconté à son fils. En vrai, elle avait pris rendez-vous avec quelqu'un qui lui avait fourni des fausses attestations universitaires. Sa grand-mère était pleine de ressources. Luis était admiratif de la vieille dame. Et elle faisait cela pour lui. Il ne le méritait pas mais il se sentait touché de toute cette attention positive.
Lui, avait pris un rendez-vous au CRIJ pour avoir des pistes d'orientation. La conseillère d'orientation qui l'avait reçu lui avait parlé de formations, de dispositifs, tout en lui posant tout un tas de questions auxquelles il n'avait pas de réponses. Quand il avait craqué et dit à sa grand-mère qu'il ne savait pas qui il était, c'était vrai. Il n'avait aucune idée de ce qu'il aimait vraiment, de ce en quoi il était doué à part le sport mais il était un peu plus limité aujourd'hui, il ne pouvait pas en faire une carrière de compétition. Elle lui avait dit qu'il avait un bon profil pour être professeur de sport, lui avait parlé du CAPEPS mais Luis n'avait aucune envie de travailler dans un établissement scolaire ni de faire de longues études. Il n'était pas vraiment plus avancé, elle lui avait donné tout un tas de documents qu'il étudierait plus tard mais ses questions l'avaient mis mal à l'aise. Est-ce qu'il y avait beaucoup de jeunes aussi paumés que lui ? Certainement pas des fils de « bonne famille » comme lui en tous cas. Il ne savait même pas vers où se diriger. Il n'était réellement doué que pour trois choses : le sport, mentir et faire du mal. Pas sûr que cela l'aiderait à trouver un job fait pour lui…
Tom lui manquait toujours autant malgré la distance et le temps qui passait. Il n'avait que les souvenirs présents dans son esprit, il ne lui restait rien d'autre. Jamais ils n'avaient fait de photos ensemble bien sûr, pas de cadeau non plus, rien… il avait tellement traité Tom comme son plan cul… même moins que ça par moment, comme une merde, alors qu'il l'aimait… Du coup, c'était presque comme si rien n'avait existé parfois. Rien n'avait été ajouté ou enlevé dans la vie de Luis. Enfin, en apparence, car dans son cœur et sa tête c'était tout l'inverse : Tom avait tout bouleversé.
Le lendemain, ce serait l'anniversaire de Luis : 18 ans le 18 septembre 2020. Et il ne savait même pas si Tom connaissait cette date d'anniversaire. Lui connaissait la sienne. De toute façon, même s'il le savait, jamais il n'appellerait Luis, jamais. Pas après tout ce qu'il lui avait fait. Et pourtant, il y avait toujours cet espoir fou en lui, qui ne le quittait pas quand il s'agissait de Tom. C'était ridicule et inutile mais c'était présent tout le temps. Le brun l'avait quitté, mais pas lui en quelque sorte. Luis avait le sentiment de faire du surplace dans sa vie. Bloqué sur Tom, bloqué sur cette homosexualité non désirée, bloqué dans ses mensonges, à ce nouveau faux-semblant avec son père, bloqué dans son avenir… Cela faisait beaucoup.
Sa grand-mère lui prépara un repas spécial pour son anniversaire. Ses parents l'avaient appelé et son père lui avait demandé comment se passaient ses cours. Mais avec Evelyne, ils avaient tout prévu, il avait récupéré des cours en ligne pour voir au moins de quoi les différents modules parlaient. Ils prenaient vraiment son père pour un imbécile… d'un côté il en avait un peu honte, c'était un nouveau mensonge à son père, qui tôt ou tard, même s'il ne voulait pas y penser, le décevrait. Mais d'un autre côté, il y avait quelque chose de satisfaisant dans le fait de faire quelque chose pour lui pour une fois et sa grand-mère avait l'air de retrouver une seconde jeunesse dans tout ce petit plan et ça, ça lui faisait plaisir.
«- Merci mamie, lui dit Luis en lui faisant une bise sur la joue.
-Pourquoi ?
-Pour tout ça. Pour les lasagnes, le gâteau, t'étais pas obligé de faire tout ça pour moi.
-Mais, tu le mérites Luis. Et… »
Il baissa la tête.
« -Tu le mérites.
-Ne parle pas de ce que tu ne sais pas, annonça-t-il abruptement.
-Et si tu m'expliquais ce que je ne sais pas.
-Je suis pas un ange, c'est tout. Pas tous les jeunes de 18 ans ont fait des TIG que je sache.
-Non, et alors ? Parce que tu as fait des erreurs, tu es pour toujours un paria ? Ce n'est pas comme ça que ça marche Luis. Tu n'es pas parfait ? à la bonne heure ! Qui l'est ?
-J'ai…
-Oui ? l'encouragea-t-elle.
-Rien. Merci pour ce super repas. »
Elle soupira, frustrée.
« Tu sais, tout le monde fait des choses dont il a honte. La seule chose qui compte, c'est d'essayer de réparer le mal qu'on a causé. Quand on est sincère, même si la personne à qui on a fait du mal n'est pas encore prête à pardonner, ça peut lui apporter à elle aussi. »
C'était si simple dit comme ça mais dans la réalité…
« Pas quand c'est irréparable. »
Elle le regarda, prête à l'entendre se confier. Mais il ne voulait surtout pas parler de Tom. Alors, il parla de ce que sa grand-mère savait.
« -Comment veux-tu réparer ce que j'ai fait à Antoine ? C'est trop tard…
-Il y a peu de choses irréparables dans la vie Luis. Et on sait vraiment s'il est trop tard que lorsqu'on a essayé. Ecoute ta vieille grand-mère, pleine de sagesse. Ce jeune homme que tu avais agressé, il sait que tu es désolé ?
-Il n'a jamais voulu m'écouter mais peut-être qu'il a eu raison.
-Non, je ne pense pas. Il n'était peut-être simplement pas prêt et le sera un jour. »
Luis acquiesça sans vraiment le penser. Il ne verrait jamais plus Antoine qui était à Paris, avec Tom… Et il ne verrait jamais plus Tom non plus….
Luis vers 21h embrassa sa grand-mère et se dirigea vers sa chambre. Cette conversation lui avait fait douloureusement penser à Tom. Il avait une furieuse envie de l'appeler. Pour s'excuser. Ce qui était n'importe quoi, sa grand-mère avait tort, il y avait des choses impardonnables. Et irréparables. La manière dont il s'était comporté avec Tom en faisait partie. Il n'avait aucun droit d'appeler Tom et de l'emmerder avec ses états d'âmes. Il avait été très clair. C'était fini et il devait le respecter. Il ne ferait que raviver une vive douleur chez lui. Mais Luis ne put s'empêcher d'aller sur les réseaux. Il avait besoin ce soir de voir son visage, son sourire…
Mais il tomba sur une photo de Tom qui lui serra le cœur. Le brun, tout sourire, devant le conservatoire où il devait étudier, avec un jeune homme brun aux cheveux longs qui avait son bras autour de son cou. Il avait des yeux bleus… Tom aimait les yeux bleus, lui, Théo… Et maintenant ce mec, là ! C'était terrible de voir Tom aussi proche d'un autre mec. Ça pouvait être seulement un ami mais il pouvait être plus… Luis ne savait pas ce qui était le pire : ne pas savoir ou avoir une terrible confirmation. Que le brun l'avait oublié, affaire classée dans le rayon des souvenirs à zapper. Est-ce que Tom l'avait déjà remplacé ? Ça ne saurait tarder si ce n'était déjà fait. De toute façon, lui ou un autre, tôt ou tard, il serait avec un mec qui l'aimerait et le respecterait… Qui n'aurait pas honte de lui… Et l'aimerait comme il le méritait… Tout le contraire de Luis... C'était bien cela qu'il lui avait dit... Et Luis n'avait pas son mot à dire. Tom ne lui appartenait pas. Il avait l'air tellement heureux sans lui que Luis se sentit terriblement mal.
Il avait besoin de prendre l'air. Il fallait qu'il se sorte de la tête cette image de celui qu'il aimait avec un autre. C'était plus facile d'être sans Tom, c'était plus facile d'être sans Tom, se répétait Luis comme un mantra. Et c'était vrai, mais c'était aussi faux car il manquait quelque chose à Luis. Tant qu'il n'avait jamais connu l'amour, c'était plus facile de se priver de cette partie-là de sa vie mais maintenant, il ressentait juste un grand manque… Il dit à sa grand-mère qu'il avait besoin de prendre l'air. Elle semblait soucieuse qu'il parte aussi tard mais ne lui dit rien. Au moment où il franchit le seuil, elle lui demanda quand même :
« -Ne rentre pas trop tard hein, Luis ?
-Non, t'inquiète. »
Il fallait juste qu'il sorte…
Il se dirigea vers son bar fétiche qui n'avait jamais été très regardant sur l'alcool à vendre du moment qu'on avait le pognon. Et de toute façon, il était majeur maintenant, depuis quelques heures. Luis prit du whisky, un verre, puis deux, puis trois… Dans sa tête, il n'y avait que Tom, il n'y avait que leurs échanges, que leurs moments ensemble… il reprit un autre verre. Puis un autre. Et un autre… La serveuse ne semblait pas très d'accord mais il s'en foutait, le patron ne lui disait jamais rien car il lui laissait toujours de gros gros pourboires.
18 ans et tout le monde s'en foutait à part sa grand-mère. Ses parents n'avaient même pas fait le déplacement mais il valait mieux de toute façon. Comment les regarder dans les yeux quand il leur mentait sur tout ce qu'était Luis ? Quand leur fils avait pris son pied pendant des mois avec un mec... Il prit encore un verre. Une gorgée. La peau de Tom. Une autre gorgée, son torse… une autre… la sensation d'être en lui…
Non ! Il ne pouvait plus penser à tout ça. Comment il pouvait être aussi malade ? Ça faisait des mois qu'il n'avait plus vu et touché Tom et il se sentait tellement en manque de lui… une dernière gorgée. Tom lui, devait s'éclater au pieu avec le brun aux cheveux longs, qu'est-ce qu'il en avait à foutre de Luis ? Rien. Rien du tout... Il fallait qu'il rentre, il avait la vague impression qu'on l'attendait. Un haut le cœur. Il se rappela la dernière fois qu'il avait vomi… quand il avait couché avec Tom pour la première fois. Cette sensation qu'il avait eue, ce dégout juste après cette incroyable harmonie avec Tom… Encore et toujours TOM TOM TOM ! Il n'en pouvait plus. Il tituba mais arriva à sortir du bar. Il était déjà tard sûrement. Il passa sur la place du Mistral et un mec attendait un autre qui fermait le rideau de fer du bar de la place. Il se rapprocha du grand qui fermait :
« -Allez, Thomas dépêche-toi ! Eric arrive… j'ai pas envie qu'il nous tienne la grappe une heure en plus…
-Mon chéri, je ferme, Eric va venir là de toute façon tu le connais, la patience c'est pas son truc. Et j'ai vraiment besoin de ses conseils pour cette histoire avec Sophie.»
Mon chéri… deux PD… pensa aussitôt Luis.
Le mec aux cheveux noirs s'approcha de son « chéri » et l'enlaça par derrière.
« Allez, Thomas, je ne veux pas qu'on en ait pour des plombes avec lui, j'aimerais bien qu'on finisse la soirée tous les deux… » avec un ton séducteur.
Luis s'imagina un instant Tom avec son nouveau mec…
Il vit les deux hommes s'embrasser devant lui. Un choc. Ils faisaient tout ce que Luis s'était interdit de faire, s'embrasser en public comme ça, comment ils pouvaient ? C'était dégoutant, n'est-ce pas ? C'était tout ce qu'il ne voulait pas pour lui, pour Tom et lui…. Il sentit le dégoût qu'il ressentait pour lui-même remonter et surtout la rage, la rage de les voir faire là, comme si c'était normal, alors qu'il avait tout perdu pour se protéger de ça… justement.
« Putain de tapettes ! » leur hurla-t-il, à sa propre surprise.
Les deux hommes se retournèrent sur lui, interloqués. Sa rage transpirait.
« Ça v'dérange que j'dise ça ? Ouais des tapettes ! V'croyez quoi ? Que se fait d'se rouler des pelles en public quand on est une putain d'pédale ? »
Les larmes lui montaient aux yeux. Luis était en train de péter un câble mais n'arrivait pas à s'arrêter. Il faisait un esclandre alors qu'il n'était pas très cohérent et ne tenait même plus bien debout.
Un des deux mecs lui parlait mais il n'entendait pas ce qu'il lui disait et l'autre avait l'air de le retenir. Mais Luis ne captait presque plus rien. Il s'approcha du couple et hurla en pleurant toutes les larmes de son corps :
« C'est dégueulasse ! se fait pas ! C'est pas normal ! pas normal ! pas norm… » s'étouffa-t-il dans un sanglot.
Il se sentit soudain attrapé par derrière.
« Ça suffit maintenant. »
Une voix grave. Posée. Mais qui ne laissait aucune place à la résistance.
« -Me touche pas ! Me touce pas ! hurla-t-il en se débattant.
-Tu vas te calmer ou tu passes la nuit en dégrisement ! » Tout en le maintenant.
Le mec était flic putain !
Luis ne pouvait plus lutter, il ne voulait plus, il n'en avait plus rien à foutre, cette douleur en lui qui ne partait pas, il ne la supportait plus…
« -Me touche pas !
-Ok, c'est parti pour un tour au poste… »
Il se sentit entrainé. Le flic lui passa quelque chose aux poignets et il se retrouva dans une voiture. Sur le trajet qui dura il ne savait même pas combien de temps, à un moment, il ne put se retenir et dégobilla..
« Oh, eurk… Putain mec, tu fais chier ! Va falloir nettoyer ! Soirée de merde ! »
Le flic le fit descendre de la voiture et amener par deux autres flics dans une… cage. Il ne savait même pas comment il faisait pour avancer. Les flics le soutenaient, heureusement. Luis s'assit, les larmes ne s'arrêtaient plus de couler… il dut finir par s'endormir car lorsqu'il entendit un énorme fracas, il se leva d'un bond, les sons tambourinant dans sa tête. Il avait sacrément dû boire pour se retrouver dans un tel état. Il sentait l'alcool et le vieux vomi en plus…
« T'es réveillé ? C'est bon ? On va pouvoir discuter un peu, toi et moi. »
Il fit sortir Luis de la cage. Il avait du mal à regarder autour de lui, les lumières l'aveuglaient. Puis il réalisa : il était dans un putain de commissariat. Des bribes de la veille lui revenaient en mémoire… il avait bu, beaucoup bu… deux mecs qui s'embrassaient… oh putain, Luis avait merdé, il avait grave merdé !
Le flic le fit s'asseoir.
« Tes papiers m'indiquent que tu t'appelles Luis Careille. Et tu viens d'avoir 18 ans. Drôle de façon de fêter ton anniv hier. »
Il le regardait très bizarrement.
« -Ça t'arrive souvent de hurler des insultes homophobes sur des couples ?
-Qu'est-ce que ça peut vous foutre ? »
Ce n'était peut-être pas une bonne idée de parler comme cela au flic qui l'avait vu se déchainer hier. Le regard que le policier lui lança lui fit comprendre qu'il valait mieux qu'il se calme. Mais Luis avait dû mal à avoir les idées claires.
« -Non, j'ai trop bu, c'est tout. Putain j'ai mal à la tête.
-Oh, le pauvre, dit-il encore plus fort. Non, je t'ai vu, tu avais la haine en toi...
-N'importe quoi, c'est juste l'alcool ! Foutez-moi la paix ! s'exclama-t-il, se sentant agressé.
-Ce que tu leur as dit ? Ce n'était pas que l'alcool ! Qui voyais-tu ? Toi ? »
Luis se leva d'un bond, s'approchant avec hargne du flic mais ne pouvant rien dire. Quoi qu'il dise ce serait une confirmation. Il était si transparent sur sa nature ?
« Rassois-toi, » lui ordonna-t-il calmement mais d'une manière imposante.
Pas grand monde ne devait oser répliquer quand ce mec disait quelque chose. Luis obéit, il n'avait pas le choix.
« -Et c'est quoi la prochaine étape ? Casser du PD ?
-Non. J'ai juste déconné, c'est tout. »
Valait mieux faire son mea culpa. Qu'est-ce qu'il lui avait pris de se donner en spectacle comme ça ? Tout ce qu'il voulait éviter avec Tom… Et il avait fait pire.
« Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? J'aime pas les pédales, c'est tout. »
Il fallait bien qu'il protège son secret, qui même pour cet inconnu ne semblait plus en être un.
« Après, vous perdez votre temps à interroger un mec qui a juste un peu trop bu pour son anniversaire au lieu d'attraper des violeurs, des mecs qui agressent les petites vieilles… Je pensais pas que les flics aimaient tant les tapettes, » essayant de reprendre sa superbe.
Le flic eut un… sourire. Il était bizarre ce mec, imperturbable.
« Tu n'étais même plus capable de marcher, c'était pas juste un peu trop bu. Et tu sais ce qu'elles te disent les tapettes ? Je connais bien les deux mecs que t'a insultés et il y en a un qui serait assez chaud pour porter plainte et crois-moi il est pas commode alors t'as intérêt de faire gaffe à ce que tu dis. Et t'inquiètes pas pour moi, les vrais méchants, je les arrête aussi. Je suis capitaine. Capitaine Norman, si tu veux tout savoir. »
Bon, apparemment, sa stratégie ne fonctionnait pas avec ce flic. Il avait l'air de voir clair dans son jeu. Luis le regarda mieux et son visage lui disait quelque chose. Ce n'était pas lui qu'il avait vu quand il était venu porter plainte contre Victor ?
Un regret le traversa. Il était vraiment prêt à tout parfois… il y avait dû avoir un changement dans son attitude car le flic le fixait de plus en plus.
« -Je vois que t'as déjà eu des TIG et que t'as simulé ta disparition en faisant accuser un autre mec, annonça-t-il en consultant son ordinateur. Ben dis donc… c'est pas mal pour un petit gars tranquille qui n'a fait que prendre une cuite pour son anniv. Je vais te laisser car t'as de la chance que Gabriel et Thomas sont des mecs sympas et qu'ils ont vu ta détresse hier mais t'auras pas toujours cette chance.
-Détresse ? » ricana Luis.
Le flic soupira.
« -Tu me rappelles quelqu'un… Mais tu n'auras pas d'autres chances Luis. Je ne veux plus te revoir ici, tu m'entends ?
-Oui, capitaine », en insistant bien sur le grade du flic.
Il récupéra ses affaires et regarda son téléphone. 10 appels en absence et 3 messages vocaux. Sa grand-mère avait dû se faire un sang d'encre. Il les écouta.
« Luis tu n'es pas rentré, je ne veux pas me mêler de ta vie mais tu n'avais pas l'air bien tout à l'heure.. Dis-moi juste si ça va. » « Luis, je suis inquiète, rappelle-moi s'il te plait » « Luis ? Luis, où es-tu ? » d'un ton désespéré.
Il se mit à courir jusque chez lui, il devait rentrer au plus vite. Mais qu'est-ce qu'il allait lui raconter ?
Quand il arriva vers son jardin, sa grand-mère attendait à la table où il avait discuté avec Tom. Elle avait pleuré, ça se voyait. Elle se leva d'un bond et le serra très fort.
« -Luis ! Luis, j'ai eu si peur.
-Ça va, mamie, ça va. »
Elle prit le temps de le regarder mieux
« -Mais, tu… tu t'es vomi dessus ? Tu as bu Luis ? Tu es sorti boire hier ? C'est ça ? de plus en plus inquiète.
-J'avais juste … C'est rien je te jure..
-C'est rien, tu as vu ta tête ? Tu as bu combien de verres ? ou de bouteilles, vu ton état ?
-Ça va, je te dis, s'exaspéra Luis. Je me suis pris une cuite pour mes 18 ans, c'est rien. Tout le monde fait ça.
-C'est faux Luis, les jeunes ne font pas ça comme ça, tu le sais. »
Les jeunes ne faisaient pas ça comme ça non, tout seul…. eux le faisaient entre amis… et ils ne finissaient pas la soirée en allant insulter des gens qui s'embrassaient.
« -Et tu ne pouvais pas me dire que tu ne rentrais pas ?
-Ça s'est fait comme ça, c'est tout. Et j'ai 18 ans je fais ce que je veux. »
Elle commençait à lui prendre la tête, surtout qu'il avait toujours ses maux de tête et se sentait fatigué.
« Je ne te laisserai pas te détruire comme ça Luis, les cachets, maintenant l'alcool ! Tu comptes aller jusqu'où comme ça ? » l'interrogea-t-elle les larmes aux yeux.
Luis lui jeta un regard noir. Il savait qu'elle était inquiète mais elle approchait trop près de son mal-être et il ne le voulait surtout pas. Il se dégagea pour aller dans sa chambre. Il fallait qu'il se change, il avait une odeur infecte, aussi pourrie que ce qu'il était à l'intérieur. Et il ne voulait surtout pas discuter avec sa grand-mère.
Elle le surprit en le doublant et se positionnant devant lui.
« -Tu vas arrêter maintenant Luis. Je t'ai laissé faire, je t'ai laissé ton espace mais ça ne marche pas. Et malheureusement, je sais qu'en t'aimant et en attendant que tu changes, cela ne fonctionne pas. Ça suffit maintenant. Tu as besoin qu'on te confronte, c'est ça ?
-Je vois pas de quoi tu parles, laisse-moi.
-Non, parce que je t'aime Luis et que je ne peux plus te voir te détruire comme ça, rejeter tout le monde… »
Elle le bloqua à sa grande surprise et se plaça devant la porte de sa chambre.
« -Cette fois Luis tu n'iras pas te cacher, ça suffit maintenant !
-Laisse-moi passer ! ordonna-t-il sèchement.
-Non, tu vas me dire ce qu'il se passe. Je sais Luis. Alors dis-le ! Ça te fera du bien de dire les choses. »
Il paniqua. Il y avait quelque chose en sa grand-mère qui semblait si sûre d'elle…
« Je sais, tu entends ? »
Luis vit dans son regard qu'elle savait pour son homosexualité. C'était une évidence. Mais comment pouvait elle savoir ? il avait été si transparent ? C'était marqué sur son front depuis Tom ? Ce n'était pas possible…
« -Je sais et…
-Tais toi, je t'en prie tais-toi ! la supplia –t-il, les larmes menaçant de couler.
-Non, c'est fini, je ne me tairai plus. Je t'aime Luis, je t'aime. Et ça ne changera pas, peu importe ce que toi tu crois, moi je pense différemment, alors dis le moi, s'il te plait…
-Tais-toi… »
Il était si fatigué de lutter, si épuisé de se sentir aussi mal, mais il ne pourrait jamais dire ces mots-là, ce n'était pas possible. S'il les disait, tout changerait, toute sa vie exploserait, tout volerait en éclats…
« -Luis, dis-le.
-Je t'ai dit de te taire », affirma-t-il durement.
Il ne pouvait pas la laisser faire, la laisser continuer.
« -Si tu ne le dis pas, je le ferai à ta place Luis, je ne te laisserai plus fuir. Je vais le dire… insista-t-elle.
-Tais-toi ! hurla-t-il, la voix entre peur et rage.
-Tu es homosexuel, Luis. »
Ça y était, elle l'avait dit… ces mots entre eux… ceux qui finiraient de le détruire complètement...
Il n'en pouvait plus. Les larmes menaçaient de craquer…
« Non… tenta-t-il, c'est… »
Il n'arrivait même pas à dire que c'était faux, il n'y arrivait plus.
« -Luis, tu es homosexuel et …
-Ferme-là! » cria-t-il.
Sa grand-mère le regarda, les larmes coulant sur ses joues, un peu de crainte aussi au fond des yeux. Elle avait mal. Il lui faisait du mal parce qu'il était une merde, une vraie merde. Et il ne pouvait pas s'en empêcher.
« Ça suffit Luis, tu peux pas continuer comme ça… je t'aime, tu entends ? »
Ce n'était pas possible, comment elle pouvait l'aimer en sachant ça ?
« -Tu es homosexuel et je t'ai..
-Ta gueule ! » hurla Luis, en pleurs, tout en tapant son poing contre la porte, juste à côté de sa grand-mère… La porte de sa chambre s'ouvrit sous la force de son coup. Sans qu'il ne puisse rien y faire, Evelyne Careille tomba en arrière...
« Nooooooooooooon ! » hurla Luis, affolé.
Il s'approcha tout de suite, à terre, s'attelant à lui chuchoter à l'oreille « mamie, mamie » sans la bouger, ni la brusquer. Si jamais la tête avait été touchée…
Elle lui chuchota :
« -Ça va, Luis, ça va.. murmura-t-elle un peu sonnée.
-Non, ça va pas, bouge pas, lui dit-il en pleurant. Bouge pas.
-Luis, ça va, affirma-t-elle.
-Non, comment j'ai pu… c'est ma faute, t'aurais pu… » s'écroula-t-il en larmes, à ses côtés, sans même vraiment sentir son poing qui le lançait atrocement.
Il méritait cette douleur, il méritait pire avec ce qu'il venait de faire.
« -Chut…chut Luis. Ça va. Regarde-moi, ça va.
-Je suis un monstre, mamie, je suis un…
-Ne dis jamais des choses comme ça Luis, c'est faux.
-Si, je sais faire que du mal aux gens qui tiennent à moi… »
Il n'arrivait plus à s'arrêter de pleurer.
« Laisse sortir tout ça, Luis, laisse sortir… »
Il craquait complètement. Sa grand-mère était en larmes elle aussi.
« Si tu savais tout ce que j'ai fait… comme je m'en veux, comme je me déteste… »
Il n'arrivait plus à empêcher ses larmes.
« Tout ce que tu ressens là, c'est ça le problème Luis. Tu as tellement de haine envers toi-même… c'est ce qui te rend agressif. On ne peut pas vivre comme ça…. » lui murmura-t-elle en lui caressant la joue.
Ses paroles faisaient écho à celles de Tom, lorsqu'il l'avait quitté « C'est ça ton problème, tant que tu te détesteras, tu feras du mal aux autres »
Tom… penser à lui, au mal qu'il lui avait fait, au mal qu'il faisait à sa grand-mère, au mal qu'il avait failli lui faire… s'il lui était arrivé quelque chose, par sa faute… c'était trop dur…
« -J'arrête pas de faire du mal … je veux pas… mais j'le fais quand même… j'peux pas faire autrement. Qu'est-ce qui va pas chez moi ? Je suis taré…
-Tu n'es pas fou Luis, tu es perdu, tu ne comprends pas ce qu'il t'arrive et c'est normal Luis. Tu as été élevé dans un environnement hostile à qui tu es. Tu ne peux pas t'accepter pour l'instant, mais il faut que tu comprennes Luis que c'est ton père qui a tort, et avec le temps, je sais que tu finiras par t'accepter, tu es fort, tu es tellement plus fort que ce que tu crois...
-Pa, papa… Il ne supportera jamais que je sois une pédale mamie, jamais, s'il le savait.. je ferai tout exploser… toute sa vie… Tout est de ma faute… Tu diras rien hein ?
-Ne dis jamais des choses pareilles Luis, tu es homosexuel, pas une pédale ! Comment tu peux parler de toi-même ainsi ? Tu ne peux pas te haïr toute ta vie Luis, ce n'est pas possible, ce n'est pas sa vie que tu exploses, c'est la tienne. Tu ne peux pas continuer ainsi. Tu es un garçon qui a tellement de qualités…
-C'est faux, je…
-Non, c'est vrai. Il n'y a que toi pour ne pas le voir. Et je sais que mon fils y est pour beaucoup mais tu es intelligent, sensible, bien plus que ce que tu veux montrer, perceptif, tu sais quand les gens vont bien ou mal, tu comprends tant de choses… alors quand comprendras-tu que ce que tu vis tu ne l'as pas choisi et que ton père se trompe sur toute la ligne ? Il a toujours dit que les homos choisissaient cette vie. Tu vois bien que c'est faux Luis, tu n'aurais jamais choisi cela avec la manière dont tu as été élevé, je le sais malheureusement. On ne peut être heureux qu'en étant soi-même Luis.
-Je peux pas…
-Bien sûr que si… regarde-moi… Tu vas reprendre ta vie en mains, Luis, je ne te laisserai pas sombrer. Je sais ce que c'est que de faire semblant. Je l'ai toujours fait avec mon époux, avec mon fils… même avec toi quand je faisais comme si tout allait bien alors qu'au fond j'ai toujours su que tu allais mal. Mais c'est fini. Je ne veux plus faire semblant et je veux la même chose pour toi, Luis et je t'aiderai. On va trouver de l'aide Luis.
-Non, je veux pas voir de psy… commença-t-il à paniquer.
-Luis, regarde-moi. Je t'aiderai et on va trouver des solutions, ensemble, si ce n'est pas une thérapie, ce sera autre chose, peu importe.
-Je veux plus être comme ça, je veux plus faire du mal…
-Je sais. Il faut que tu extériorise plus, il faut que tu saches que tu peux me parler sinon tu exploseras à nouveau Luis.. Et tu te rends bien compte que ce n'est pas possible Luis, tu ne peux pas te comporter comme ça… Promets-moi que tu ne garderas plus tout pour toi comme cela. »
Un silence.
« -Luis…
-Je te promets d'essayer. »
Elle le prit dans ses bras. Luis était complètement vidé. C'était comme si une tornade était passée sur lui. Ils restèrent un moment assis là, comme ça, dans les bras l'un de l'autre. Luis avait tellement besoin de ce contact... Elle était formidable… Comment pouvait-elle être autant là pour lui alors qu'il venait d'être horrible avec elle ?
Puis Luis finit par aller se coucher. Il ne ressentait plus rien, juste une barre dans la tête à force d'avoir pleuré. Il regarda sa main, il n'avait rien de cassé, il aurait juste de belles marques le lendemain. Mais il s'en foutait, la seule chose qui comptait c'était que sa grand-mère n'ait rien. Il n'aurait jamais pu se pardonner si elle s'était fait quoi que ce soit…. Il l'avait aidée à aller dans sa chambre mais elle l'avait rassuré, elle n'avait absolument rien. Il eut du mal à s'endormir mais il était si épuisé qu'il ne se réveilla que douze heures plus tard…
XXX
Sa grand-mère était installée dans le salon. Il avança avec un peu d'anxiété, ils s'étaient dit tellement de choses… Luis avait totalement craqué. Depuis sa rupture avec Tom, il n'était plus aussi fort qu'avant pour dissimuler ce qu'il ressentait.
Il s'assit à ses côtés.
« -Bonjour Luis.
-Bonjour mamie, répondit-il un peu gêné.
-Tu veux manger quelque chose ?
-Non, pas pour l'instant merci. »
Il ne savait pas quoi dire, s'il devait parler de ce qu'il s'était passé ou continuer comme si ne rien était… il devait au moins s'excuser. Il détestait ça mais ce qu'il avait fait hier était affreux, il ne pouvait pas faire comme si ça n'avait pas eu lieu. Il avait trop tendance à faire cela dans sa vie.
« -Je suis désolé. Jamais j'aurais dû te hurler dessus comme ça… Et encore moins…. Cette violence… Ce truc en moi… Mais le dire… à papa… à maman… je peux pas…
-Je sais Luis que tu es désolé, je le sais, lui dit-elle en lui prenant sa main meurtrie. Je sais que c'est dur pour toi. Et je ne te forcerai pas à en parler maintenant, tu vas à ton rythme, je ne dirai rien à tes parents, c'est ton choix. Mais pour toi, je devais crever cet abcès. Tu comprends ? »
Oui, étrangement, il comprenait. Luis était si renfermé que si elle ne l'avait pas fait, il n'aurait peut-être jamais parlé. Jusqu'à exploser. Ce qui ne voulait pas dire qu'il était encore prêt à s'étendre sur le sujet. Et pourtant… une question le taraudait…
« Comment tu as su ? » s'échappa de lui sans même qu'il puisse s'en empêcher.
Elle eut un léger sourire mêlé à une certaine mélancolie.
« Quand j'ai vu ton… ami Tom, j'ai ressenti quelque chose de particulier. »
Tom… trois lettres qui ne le lâchaient plus… un ami… ils n'avaient jamais été amis. Qu'avaient-ils été de toute façon ?
« Il y avait quelque chose et il m'avait dit qu'il voulait être ton ami mais il ne parlait pas comme si c'était tout ce qu'il voulait. Mais c'était un peu étrange car, avant cela, je ne m'étais jamais posé la question alors je ne savais vraiment pas. Même si j'ai toujours su que tu cachais un mal-être en toi. Puis ton comportement a encore changé après cette visite. Et je me doutais que ça avait un rapport avec lui. Tu sortais le soir, tu semblais plus heureux et léger parfois et d'autres, beaucoup plus mal encore, plus en colère contre toi-même. Alors j'ai fini par comprendre que j'avais raison. Tout simplement.»
Luis ne voulait pas parler davantage et sa grand-mère sembla le comprendre puisqu'elle lui tint la main, en silence un moment puis lui présenta une des brochures que la conseillère d'orientation du CRIJ lui avait donné.
« Je regardais cela tout à l'heure. Je me disais que cela pourrait peut-être te convenir. Je sais que tu ne veux pas te lancer tout de suite et peut-être même jamais dans des études alors… pourquoi pas ? »
Un dépliant sur le dispositif service civique.
« -Tu crois ?
-Oui, ça peut te permettre de découvrir une association, une mission. Il y en a des diverses et variées. On peut regarder cela ensemble, si tu veux. »
Il acquiesça. Tout, sauf reparler de tout le reste pour l'instant.
Ils passèrent l'après-midi à éplucher les différentes missions. Certaines étaient très éloignées de Luis. Aide aux handicapés, Luis n'y connaissait rien. C'était aussi le but lui disait sa grand-mère, de découvrir ce qu'il ne connaissait pas et voir ce qui lui plairait. Il y avait d'ailleurs une association qui proposaient que plusieurs volontaires fassent équipe sur une mission. Il vit le regard de sa grand-mère qui devait vouloir qu'il se socialise plus. Mais Luis ne voulait pas. Il avait l'habitude d'être seul. Et il avait assez de choses à gérer comme ça. Il y avait beaucoup de missions autour de l'aide aux personnes âgées. Peut-être que cela pourrait lui plaire, après tout, il s'entendait bien avec sa grand-mère. Mais non, il devrait trouver quelque chose qui lui plaise vraiment, pas juste qu'il pensait pouvoir faire, toute la différence était là, importante. Le numérique, pourquoi pas… il avait priorisé avec sa grand-mère les missions. Finalement, dans les premières qu'il avait choisies, il y en avait trois autour du sport. Une autour de se servir du sport comme un outil de médiation dans les quartiers nord de Marseille, une comme le sport moyen de lutte contre la sédentarité et la bonne hygiène de vie. Celle-ci avait l'air pas mal et une autour de la promotion d'une association sportive. On était plus autour de la communication mais pourquoi pas. Il avait sélectionné une mission loisirs et une de solidarité également. Sa grand-mère semblait fière de lui. Mais Luis ne pouvait s'empêcher de se demander combien de temps cela allait durer. Il gâchait toujours tout…
Il avait téléphoné aux différentes associations qui accueillaient les volontaires. Une des missions était déjà pourvue. Mais il obtint deux rendez-vous. Un pour la mission de solidarité et l'autre pour la promotion de l'association sportive. Quand il se rendit au premier rendez-vous pour la mission solidarité, il y avait plusieurs candidats. Il ne pensait pas que les jeunes prisaient autant le service civique. Il les entendait parler, alors que lui s'était installé à part. Certains avaient déjà fait beaucoup de bénévolat. Lui, le seul bénévolat qu'il avait fait c'était ses TIG donc un « bénévolat » forcé et ça s'était mal fini en plus… pas vraiment une expérience dont il pouvait parler… il y avait carrément une fille qui avait fait une mission humanitaire au Mali. Ok. Luis n'avait rien à faire là. Il partit sans même tenter sa chance.
Il partit nager un peu puis alla manger un tacos. Il avait son autre rendez-vous dans l'après-midi. Il s'y rendit, passa l'entretien, on lui posa pas mal de question sur la manière dont il promouvrait un club de natation et sur ses motivations. Il n'avait pas dû être très convaincant, il le sentait au regard de l'homme qui s'occupait de l'entretien.
Lorsqu'il rentra, sa grand-mère lui demanda comment cela s'était passé. La tentation était grande de lui dire ça va et de se renfermer mais l'image de sa grand-mère au sol qui le hantait le dissuada directement de faire cela.
« -Je me suis planté.
-Allons..
-Non, je me suis planté. Je ne suis pas allé au premier et le second bof.
-Pourquoi tu n'es pas allé au premier ?
-Tout le monde était bien meilleur, avait déjà de l'expérience…
-Et alors ? Luis, parfois ce n'est pas forcément ce que va chercher le responsable. Ce n'est pas une embauche en plus la motivation compte bien plus pour un engagement.
-Faut croire que de toute façon, la solidarité, c'est pas trop mon truc.
-Luis.. tu ne vas pas baisser les bras ?
-Non… » soupira-t-il.
Luis recommença à appeler dès le lendemain. Sa grand-mère lui disait combien elle était fière de lui. Il ne la méritait vraiment pas.
Il avait obtenu un entretien dans une semaine dans une association qui se servait du sport comme moyen de lutte contre les violences. L'association était proche de Scotto. Sa mission serait de créer et animer des animations sportives. Cela pouvait être intéressant, il s'était déjà occupé de juniors quand il était dans la natation.
Le point positif de toute ses recherches, c'était qu'il pensait moins à Tom. Il ne s'était plus rendu sur les réseaux sociaux. Il avait trop peur de ce qu'il pourrait y trouver et de la réaction qu'il pourrait avoir. Plus jamais, il ne voulait faire ce qu'il avait fait. Ni pêter une durite à hurler son désarroi en pleine rue ni surtout, blesser sa grand-mère. Il avait tellement honte de ce qu'il s'était passé. Avec tout ce qu'elle faisait pour lui en plus…
En attendant son rendez-vous, Luis avait repris le sport tous les jours, pour garder un rythme, une certaine habitude.
Avec sa grand-mère, ils n'avaient plus reparlé de la sexualité de Luis depuis qu'elle lui avait dit qu'elle avait compris plus ou moins à cause de Tom. Il se doutait qu'elle voulait qu'il se confie à elle mais il n'y arrivait pas. Même si elle savait, même si, étonnamment, elle l'acceptait il ne savait plus vraiment où il en était. Un jour où il courrait, écouteurs à fond aux oreilles, il se retrouva devant l'association où il avait fait ses TIG. Comment il s'était retrouvé là ? Est-ce que son inconscient voulait lui faire passer un message ? Est-ce qu'il tenait à passer ce cap ? Non, il se sentait déjà mal par rapport à sa grand-mère, qu'elle sache alors qu'elle avait été si compréhensive, sans aucun jugement, au contraire. Mais il ne pouvait pas aller voir Maurice ou un autre bénévole et se montrer tel qu'il était, ce n'était pas envisageable.
Il passait tous les jours devant l'association durant son jogging matinal mais n'osait pas y entrer, il se tenait toujours à assez bonne distance car il avait peur de rencontrer Maurice mais dans un sens, s'il revenait chaque jour, n'aimerait-il pas que celui-ci le voit ? Il attendait toujours que les autres fassent le pas pour lui, Luis. D'abord Tom, qui avait dû venir le chercher encore et encore alors qu'il était clairement fou de lui, puis sa grand-mère qui avait fait son coming-out en quelque sorte et maintenant... il attendait quoi ? Qu'un type super avec qui il avait été infect vienne lui apporter les réponses à toutes ses questions ? Luis attendait toujours ce qu'il n'était pas prêt lui-même à donner.
XXX
Luis passa son entretien avec le responsable et fut plutôt content de son déroulé. Il avait parlé de ses expériences passées avec la natation, de comment il voyait les animations qu'ils pourraient mettre en place et de ce que le sport lui avait apporté de positif dans sa vie. Le feeling était plutôt bien passé avec le gars. Quand il le voulait, Luis pouvait être charmant.
Le lendemain, le responsable le rappela et lui dit qu'il le prenait pour cette mission de 8 mois. Luis était ravi, sa grand-mère également. Ils dinèrent ensemble. Il avait rendez-vous dans deux jours pour signer son contrat de volontaire en service civique.
Lorsque Luis se prépara ce matin-là, il se sentait un peu plus léger que d'habitude. Quelque chose de positif se déroulait déjà avec ce contrat. Il avait réussi à le décrocher et c'était juste lui. Ce n'était pas son père, ce n'était pas un mec qu'il avait payé, c'était ses capacités qui l'avaient amené là. Il ressentit une pointe de fierté. Enfin, après, c'était juste un service civique, pas le prix Nobel mais ça lui appartenait.
Luis se rendit à l'association sportive en passant par le chemin qu'il prenait il y avait quelques mois pour aller au lycée. On était déjà le premier jour d'octobre. Il tourna une rue en angle mort, proche de l'association sportive, et tomba nez à nez sur Théo Bommel. Il ne put s'empêcher de le regarder très méchamment. Il bouillait de l'intérieur. Ce mec, il le détestait tellement. Théo le suivait du regard, l'air de dire « qu'est-ce tu veux » et ce petit sourire sur ses lèvres… Luis avait juste une envie folle de le lui arracher. Ça lui faisait pêter un câble intérieurement et il s'arrêta devant lui, sans rien dire. Mais apparemment, ça ne plut pas à la grande gigue.
« -Tu veux quoi à me regarder comme ça ? l'interpella Théo.
-Me parle pas.
-Comme si j'avais envie de te parler, répliqua-t-il hautain.
-Pff ! Pauvre con ! cracha Luis.
-C'est moi le con ? Je me demande vraiment ce qu'a pu te trouver Tom… »
Luis fulminait. Ce connard s'était mêlé de ce qui ne le regardait pas et en plus maintenant il osait lui dire ça, en plus dans la rue. Ok, il n'y avait personne mais quand même.
« Tu veux savoir quoi exactement ? Hein ? Qu'est-ce que tu ne sais pas déjà et qu'est-ce que tu ne t'es pas déjà imaginé sur moi ? »
Luis ne supportait pas ce que lui disait Théo, cela faisait un peu trop écho à une question qu'il s'était posée, souvent.
Théo ricana :
« Imaginé ? Avec tout ce que tu nous as fait, à Mila, à mon frère, à Tom… Trou du cul, va. Je lui avais bien dit que t'en valais pas la peine. Je suis content qu'il l'ait bien compris. »
Luis s'approcha davantage de Théo.
« Tu sais rien, de Tom et moi. »
Il ne savait même pas pourquoi il prenait la peine de dire cela, peut-être car il avait besoin de dire que ce n'était pas que du cul, que ce n'était pas une relation qui n'avait pas compté… pour se le rappeler à lui aussi, que Luis avait compté pour Tom, vraiment.
« -Oh, juste que tu l'as bien manipulé mais que t'as fini par te faire jeter comme une merde, c'est tout. Et ça ça me fait bien plaisir tu vois, parce que t'as dû bien kiffer de lui faire du mal, elle était bien toute pourrie votre « relation » enfin, vos coucheries plutôt. Mais c'est fini, tu ne l'atteindras plus jamais. »
Théo fit mine de partir mais Luis s'interposa, profondément énervé par ce qu'il entendait. Il avait fait du mal à Tom, c'était certain, mais jamais il n'avait « kiffé » ça… C'était ça que ce connard avait dit à Tom, sérieux ?
« Et c'est toi qui viens me parler de relation pourrie ? T'as pas baisé ta belle-mère sous le toit de ton père ? » balança Luis sans remord.
Théo vit rouge et agrippa Luis :
« -Tu connais rien de Coralie et moi, de notre amour !
-Et tu connais rien de Tom et moi ! Et encore moins de moi !
-J'en sais une chose ou deux quand même, c'est moi qui l'ai ramassé à la petite cuillère, se demandant quel était son problème alors que TU le traitais comme une merde ! » se rapprochant davantage de lui.
Luis le reçut comme un uppercut. C'était vrai. Il avait maltraité Tom mais Théo en parlait comme s'il n'y avait eu que ça entre eux… Il ne le supportait plus…
« -Mais t'inquiètes, continua Théo en souriant, il va beaucoup mieux maintenant. Je l'ai eu au tel ce week-end et son rencard avec le très charmant et sympa Lucas selon Tom, s'est apparemment très bien passé ! » le nargua-t-il.
Luis se jeta sur Théo. Celui-ci ne se laissa pas faire. Ils s'envoyèrent des coups de poing, s'insultant, du sang gicla. Un cri. Un type débarqua et tenta de les séparer. Puis deux flics arrivèrent. Ils ne devaient pas être loin et avaient dû être alertés par les cris. Le type qui avait tenté de les séparer était le responsable de l'association sportive. Luis était dans la merde. Jamais il ne signerait son contrat maintenant. Vive l'exemple du sport contre la violence…
« Comment j'ai pu me tromper à ce point ? Je devais le prendre en service civique dans mon assoc, vous vous rendez compte ? » disait-il au flic de droite.
Il tenta de se dégager pour retourner frapper Théo. Le flic resserra sa prise.
« Il est enragé celui-là ! »
Les flics les embarquèrent tous les deux. Luis était vert de rage.
Il fut séparé de Théo et amené vers la cage du commissariat du Mistral qu'il commençait à connaitre maintenant, quand le capitaine Norman l'interpella :
« -Encore toi ? allez, amenez-le-moi. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? »
Luis se taisait.
Le flic répondit à son supérieur :
« Il s'est battu avec l'autre gars là-bas et il a pas eu de chance on sortait de Scotto et son ex presque patron l'a vu aussi.
-Son ex presque patron ? demanda Éric.
-Ouais, il allait signer son contrat de service civique aujourd'hui dans une assoc qui lutte contre les violences grâce au sport, s'éclata de rire le flic, je vous dis pas comme le mec était soulagé qu'il ne l'avait pas encore engagé. »
Luis bouillait mais il ne pouvait pas perdre son calme, le capitaine lui avait dit qu'il ne lui ferait pas de cadeau s'il le revoyait. Il ratait vraiment tout… Et tout ça pour quoi ?
« -Bon, Luis, ce mec il est gay aussi ?
-Non, ça n'a rien à voir avec l'autre fois.
-Ah bon ? C'est quoi alors ?
-Rien, on était au lycée ensemble, on avait de vieux comptes à régler.
-Tu sais que je vais l'interroger aussi. »
Luis se mit à paniquer. Si Théo lui racontait ?
« -Je vois pas de quoi vous parlez. C'est juste un mec qui était dans ma classe et on a jamais pu s'encadrer, ça arrive tous les jours ça…
-Ouais, enfin il faut quand même que mes collègues soignent son nez en sang et tu vas avoir de sacrés cocards.
-C'est rien ça.
-Oui, j'imagine que pour toi c'est rien. T'as vécu pire. J'ai vu pour ton rein dans ton dossier. Il y a beaucoup de mystères autour de toi, Luis…. il y a un truc… cette violence en toi… je connais ça… T'as peur qu'on découvre qui tu es..
-Qu'est-ce que vous vous faites, là ? Une œuvre de charité dans votre boulot de flic, c'est ça ? Vous vous occupez chaque année d'un jeune que vous croyez paumé pour vos quotas ? »
Il ricana.
« -Pas vraiment mon genre la charité. Et fais pas le malin, parce qu'avec ton casier et tes récentes conneries, je peux vraiment te faire chier. Mais, j'ai quelque chose à te proposer qui peut nous arranger tous les deux.
-Quoi ? se méfia Luis.
-Tu veux faire un service civique ? j'ai l'endroit idéal pour toi.
-Pardon ?
-J'ai vu dans ton dossier que tu as fait tes TIG à l'assoc de Maurice. Je le connais bien. Je veux bien passer l'éponge si tu m'aides.
-Je comprends pas. Que je vous aide à quoi ?
-Je soupçonne un des bénévoles de rencarder sur les jeunes paumés qui sont à l'assoc.
-Et… ? j'en ai quoi à foutre ?
-Ce que t'en as à foutre ? C'est que si tu ne veux pas repasser devant le juge et que je passe l'éponge sur toutes tes conneries et qu'en passant, j'oublie d'interroger ton petit pote là-bas, tu vas faire ton putain de service civique chez Maurice et me ramener des infos sur les bénévoles.
-Si je refuse ? Vous allez faire quoi ? Théo est une baltringue mais il portera pas plainte contre moi.
- Il y a toujours mes potes tu sais, que tu as agressé verbalement et tu n'arrêtes pas de parler de pédale, de tapette et tu dis ça à un flic homo mon gars, hum insulte à caractère homophobe à un agent gay c'est pas bon pour toi et ton petit casier ça...
Luis regarda aux alentours si quelqu'un entendait. Ce mec était homo ? Ce mec respirait la virilité et il était flic bordel. Et il disait ça comme ça… En plein commissariat… Cela perturba grandement Luis.
Il n'avait pas vraiment envie de retourner à l'association, pas comme ça, maintenant. En plus, ça puait cette histoire avec ce flic. Mais il n'avait pas vraiment le choix. Il ne pouvait pas risquer sa réputation et surtout celle de sa famille en ayant une affaire d'insulte homophobe au cul. Que dirait son père ? Il fut obligé d'accepter le deal. Il devait prendre contact avec l'association dès le lendemain pour commencer rapidement. Luis était dans la merde. Il sortit avec le numéro du flic qui le recontacterait pour voir si tout se déroulait comme il fallait. Il se sentait déboussolé.
Il avait complètement perdu les pédales avec Théo. Mais entendre que Tom… il ne lui avait pas dit que pour le faire chier, non, il disait vrai, c'était évident dans sa manière de lui annoncer. Donc Tom sortait avec ce fameux Lucas aux yeux bleus qu'il avait vu en photo…. Tom était passé à autre chose, ça y était. Et Luis n'allait pas bien, pas bien du tout.
Luis hésita et se demanda s'il rentrait ou s'il… s'il quoi ? Faisait encore le con ? Il ne s'était déjà pas assez mis dans la merde franchement ? Il avait promis à sa grand-mère d'essayer de lui parler quand ça n'allait pas. D'extérioriser. Il pouvait le faire. Elle méritait qu'il lui fasse confiance.
Il rentra et elle vit tout de suite que ça n'allait pas. Elle s'approcha, doucement. Il éclata en sanglots.
« -Luis, ta tête, qu'est-ce qui t'est arrivé ? s'affola-t-elle en touchant son visage qu'il secoua.
Les coups, c'était rien, c'était la souffrance dans sa tête, dans son cœur qu'il ne supportait plus.
« -Je suis ho… hésita Luis. Je suis homo, et… ça fait tellement mal putain ! J'y arrive pas, je peux pas.. et à cause de ça, j'ai perdu Tom. Et c'est juste ma faute…
-Luis… »
Elle le prit dans ses bras.
« Viens-là. »
Ils s'assirent.
« -Pourquoi maintenant ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ? lui demanda-t-elle doucement en lui caressant les cheveux.
-J'ai… rencontré un ami de Tom. On s'est battu quand il m'a dit qu'il s'était… trouvé quelqu'un…. Détournant le regard.
-Je suis désolée Luis.
-J'ai même pas le droit d'être mal, j'en ai pas le droit.
-Bien sûr que si.
-Non, pas après la façon dont je l'ai traité. Et pourtant, j'en crève mamie, j'en crève. J'ai même pas l'impression qu'il m'a aimé parfois… parce que s'il m'avait vraiment aimé il serait pas avec un nouveau mec trois mois après non ? Il serait resté avec moi, Il n'aurait pas pu partir à Paris… quand on aime vraiment, on laisse pas la personne qu'on aime même si elle nous fait du mal... regarde maman.
-Comment tu peux dire ça Luis ? rends-toi compte. Ta mère aime ton père, certes, mais ce n'est pas ça qui la fait rester Luis. Et tu le sais. Tu es déçu, je comprends, mais tu sais bien au fond que ce n'est pas vrai… Si elle s'aimait elle davantage, elle l'aurait quitté je pense. Tom s'est choisi lui, il s'est protégé. Mais ça ne veut pas dire qu'il ne t'aimait pas, je suis même sûre du contraire.
-Comment tu pourrais savoir ? Tu sais même pas ce que je lui ai fait. Il est parti sans se retourner mamie. Il m'a quitté et m'a laissé comme ça, alors que je l'ai supplié de pas me laisser. C'était trop peu, trop tard peut-être mais il s'est même pas retourné… Et maintenant il est avec un autre comme si je n'existais plus…. »
Luis avait si mal encore et imaginer Tom dans les bras de ce mec, à l'embrasser, à lui faire l'amour… n'arrangeait rien. Bien au contraire, c'était un calvaire.
« -C'est pas ça Luis… c'est pas ça.
-Quoi ? Qu'est-ce que t'en sais ? Même moi je doute alors que j'étais avec lui… enfin..
-Apparemment j'en sais plus que toi. Je vais rompre ma promesse mais je ne peux pas te laisser penser ça : Tom t'aimait vraiment et il n'est pas parti sans se retourner… »
Luis la regarda, interloqué, il ne comprenait pas.
« Car Tom est venu me voir….. »
Bon, ce fut un sacré chapitre à écrire, difficile psychologiquement. Je me suis posée beaucoup de questions quand j'avais fait mon plan sur cette partie de l'histoire. Surtout sur comment les choses allaient un peu se débloquer. Et je me suis dit qu'avec Luis, ça ne pouvait pas se faire sans que ce soit violent. Et ça l'est. Il y a des scènes assez dures dans ce chapitre et j'ai hâte d'avoir vos avis car c'est toujours délicat. Mais je voyais les choses comme ça, je dois avoir un esprit assez torturé MDR. J'espère que vous aimez toujours partager ces moments de vie importants avec Luis et sa mamie qui est une femme exceptionnelle quand même. Puis, ce chapitre était capital, il y a plusieurs choses qui se mettent en place pour la suite également. Et pour le fun, qui avait deviné pour la « révélation » de fin ?
