Chapitre 12 :

Salut ! Un grand merci déjà pour tous vos formidables retours sur le précédent chap. Ce chapitre-ci, il se passe pas mal de choses, des liens se créent je dirais et c'est important pour Luis. Désolée pour le retard de publication ! J'espère qu'il vous plaira

Bonne lecture !

« Tom t'aimait vraiment et il n'est pas parti sans se retourner car Tom est venu me voir… »

Le ciel venait de tomber sur la tête de Luis. il avait du mal entendre, ce n'était pas possible.

« Comment ça, Tom est venu te voir ? »

Ça n'avait aucun sens…

« Quand ? »

Sa grand-mère soupira.

« Il est venu lorsque tu étais au rattrapage du bac, juste avant son départ pour Paris. »

Tom était venu voir sa grand-mère… à un moment où il était sûr que Luis ne serait pas là. Mais, pourquoi ?

« -Luis, Tom était vraiment inquiet pour toi. Il est venu me demander de t'aider.

-Attends, tu veux dire que Tom t'a dit que j'étais … que je suis ho…homo ? »

Comme un réflexe, la colère monta chez Luis. Il se sentait trahi, c'était égoïste vu que Tom avait voulu l'aider mais pourquoi il était venu parler de ça alors qu'il savait combien c'était dur pour Luis, que c'était même ça qui avait provoqué leur séparation ? Était-ce une manière de se venger ?

« -Non, Tom ne voulait pas me dire ce qui n'appartenait qu'à toi, ton secret.

Il m'a juste dit que tu étais malheureux et que tu te détestais et que vu comme tu allais mal et qu'il avait aussi vu que tu n'avais pas eu le bac du premier coup, il avait peur pour toi… c'est tout.

Et Je te l'ai dit Luis, j'ai deviné pour toi et Tom, bien avant qu'il ne vienne me voir.

-Alors, il avait pitié de moi c'est ça ? d'un ton amer.

-Non, Luis, que vas-tu imaginer ? Ce n'est pas de la pitié que de s'inquiéter pour ceux qu'on aime quand ils vont mal et Tom t'aimait, c'est une évidence. Et c'est pour ça qu'il est venu me voir. Et parce que c'est quelqu'un de bien. »

C'était vrai. Tom était quelqu'un d'exceptionnel, généreux, drôle, gentil... Luis le savait bien…

« Il m'a… un peu parlé de votre relation, » hésita Evelyne.

Luis paniqua intérieurement, qu'avait-il pu raconter à sa grand-mère, que pensait-elle de lui ?

« -De vos débuts plus que houleux, sans rentrer dans les détails, dit-elle comme pour le rassurer. Mais il m'a expliqué que cette « haine » entre vous était sûrement due à votre attirance et à ton propre mal-être. Et que malgré votre amour, c'était ce mal-être qui l'avait emporté dans votre relation.

-Il m'en voulait beaucoup… chuchota-t-il honteux, comme une évidence.

-Je ne pense pas. Je crois juste que c'était trop dur pour Tom, ce que je sais c'est que tu l'as profondément blessé.

-Je le sais aussi », avoua Luis d'un ton vraiment désolé.

Il ne pourrait jamais réparer ça.

« Mais il t'aimait toujours quand il est venu me voir et il continuait de dire que malgré tout ce qu'il s'était passé, il souhaitait que tu t'en sortes car au fond, tu le méritais… »

Comment Tom pouvait penser une chose pareille après tout le mal qu'il lui avait fait ?

« -Et c'est pour que tu le saches que je te dis ça aujourd'hui. Je ne sais pas si tu reverras un jour Tom, je ne sais pas si tu auras l'occasion de lui demander pardon. Mais je ne veux pas que tu croies que ton amour était à sens unique. Tu comptes beaucoup pour lui. Et c'est d'ailleurs pour cela que tu lui as fait tant de mal, s'il n'avait pas réellement tenu à toi, tu n'aurais pas pu autant le heurter.

-Je m'en veux vraiment mamie, avec Tom, j'ai toujours tout fait de travers, je le sais. Et je me déteste pour ça.

-Alors va droit maintenant. Pas pour Tom, pas pour moi mais pour toi Luis, tu dois avancer droit pour toi, pour arrêter de ressentir cette haine de toi-même… »

Luis était profondément chamboulé. Apprendre que Tom n'avait pas tiré un trait sur lui comme il le lui avait dit était étrange mais c'était dangereux aussi car ça lui laissait un espoir. Il voulait envoyer quelque chose à Tom, mais que pourrait-il bien lui dire ? « Salut, je sais que tu as un mec mais si jamais tu penses à moi vu que ma grand-mère m'a dit que tu m'aimais encore au moment de ton départ, appelle -moi ! » émoticône cœur aussi, non ? Alors il s'empêcha de faire une bêtise, il n'avait pas souhaité le revoir, il était allé voir sa grand-mère quand il était sûr de ne pas lui tomber dessus. Il devait respecter cela. Tom avait déjà été exceptionnel de surmonter sa douleur pour tenter d'aider Luis indirectement alors, il n'allait pas l'embêter. Il avait Lucas maintenant, une nouvelle vie, et il devait accepter que Tom ait droit à tout cela même s'il avait terriblement mal. Tom avait été vraiment formidable avec lui, jusqu'au bout, alors il devait le respecter. Il s'était même intéressé de savoir s'il avait eu le bac… Luis se sentait vraiment touché.

Avec toutes ces émotions, il avait complétement oublié de parler à sa grand-mère de son service civique tombé à l'eau.

Il lui en avait fait part le lendemain matin. Elle semblait désolée pour lui. Théo était vraiment un emmerdeur, il lui avait fait gâcher son embauche, il se retrouvait avec cette histoire chelou au cul avec les flics et il allait devoir appeler Maurice… il avait dit à sa grand-mère qu'il avait pensé à l'association où il avait fait ses TIG et elle avait semblé surprise mais heureuse. Après tout, ça lui avait quand même apporté la première fois. Mais elle semblait quand même un peu anxieuse. Alors il ne lui parla pas de la police et de leur demande. Il ne voulait pas inquiéter davantage sa grand-mère.

Il reprit contact avec Maurice en appelant l'association. Le moins que l'on puisse dire c'était que le vieil homme avait eu l'air surpris. Mais il lui avait proposé un rendez-vous pour le lundi malgré qu'il semblât un peu réticent, voire méfiant. Mais Luis ne pouvait pas l'en blâmer, il avait été odieux en partant de l'assoc alors que Maurice avait été vraiment bienveillant avec lui.

Luis appela ensuite Éric pour le tenir au courant et en savoir un peu plus sur sa mission.

« -Vous voulez quoi comme type d'infos ?

-Je veux savoir les habitudes des employés, des bénévoles, de tout le monde, voire de certains jeunes qui seraient là depuis quelques mois. S'il y a bien quelqu'un qui bave, la personne est installée depuis un petit moment mais pas des années non plus…

-Elle baverait quoi à qui exactement ? »

Silence.

« -Si vous voulez que je vous aide, va falloir me donner des pistes sinon je ne vois pas à quoi je vous sers.

-Ok. Plusieurs jeunes qui sont passés par l'assoc se sont retrouvés dernièrement sur le trottoir. »

Sur le trottoir… Luis ne finirait jamais comme ça… n'est ce pas ? Sans tune, sans famille, à vendre son cul… plutôt crever.

« -Pff, comment ils peuvent faire ça sérieux ? C'est déjà pas assez d'être homosexuels ou trans ? Ne put-il s'empêcher de sortir.

-Certains pensent que c'est leur seule solution, d'autres sont drogués et il n'y a plus que ça pour payer leur dose. Certains finissent par penser qu'ils ne méritent que ça. Ils se haïssent tellement qu'ils se punissent. Alors que d'autres punissent les autres… Luis… »

Un silence… Luis avait puni les autres, souvent, et surtout Tom…

« Tu sais qu'un jour j'ai pété la gueule de mon mec pour qu'il ne révèle rien ? »

Ce mec lisait un peu trop en lui…

« -Ouais, je m'en fous de votre vie en même temps hein !

-Oh putain quel petit con ! Se mit à rire Éric. Et dire que j'ai été pire que toi…Je devais vraiment être infect !

-Donc, vous pensez que quelqu'un donne des infos sur les jeunes à un réseau de prostitution pour les attraper plus facilement ? avait demandé Luis pour changer de sujet car ce mec le mettait vraiment mal à l'aise parfois. Après, ça pourrait être aussi quelqu'un qui est là depuis plus longtemps que quelques mois mais a eu des soucis d'argent et a trouvé ce moyen pour s'en faire.

-Ben tu vois quand tu veux, tu sais faire marcher ton cerveau. Pas mal l'idée, si tu peux, essaie de voir si quelqu'un a des gros problèmes de fric ou au contraire semble avoir plein de cash. Sans te mettre en danger. J'essaie de faire des vérif de mon côté. Tu observes, tu prends des notes et on se fait un point toutes les semaines ou si tu as une info très importante.

-Je ne suis pas sûr que Maurice me prenne.

-Oh, si, Maurice est une pâte si tu sais y faire, tu y arriveras sans souci et quelque chose me dit que t'as pas de problème pour mener les gens en bateau. Et c'est dans ton intérêt, donc tu vas arriver à le convaincre. »

Et il raccrocha. Ce flic était un con qui avait beaucoup de flair. Mais c'était quand même un gros con. Luis hallucinait qu'il soit gay. Il n'était vraiment pas le genre de mec qu'il imaginait quand il entendait le mot homosexuel. Il était viril, fort, avait un caractère de merde, il imposait un certain respect… loin des clichés efféminés, sensibles… Il ne pourrait jamais dire que ce mec était faible malgré son homosexualité… Et ça le perturbait grandement dans sa représentation des choses.

Maurice avait reçu Luis le lundi, dans son bureau dans lequel il n'allait pratiquement jamais. Il n'avait pas vraiment changé depuis la dernière fois qu'il l'avait vu.

« -J'ai été très surpris de t'entendre vendredi Luis, je ne te le cache pas.

-Je comprends.

-Pourquoi faire un service civique ici ? »

Luis allait devoir assurer, il avait réfléchi tout le weekend et il en avait conclu qu'englober un mensonge dans une vérité était la meilleure des solutions.

« -Je suis à un moment de mon avenir où je cherche ce pour quoi je suis fait et ici, c'est le seul endroit où j'ai été bon à quelque chose.

-C'est violent de dire ça, annonça tristement Maurice. Et la natation ? Tu étais très bon il me semble.

-C'est fini, j'ai eu des problèmes et j'ai perdu un rein alors la compèt de haut niveau semblait compromise.

-Je suis désolé Luis. »

Celui-ci haussa les épaules.

« -C'est comme ça, c'est la vie, on ne choisit pas grand chose…

-Tu voudrais faire quoi exactement ?

-M'occuper de la logistique comme je le faisais, et peut-être aussi de proposer des animations sportives aux jeunes si l'idée vous plait.

-L'idée me plait bien pour aider les jeunes à s'épanouir. J'avais envie de proposer des activités culturelles mais j'ai un tout petit budget pour l'animation, et ce n'est malheureusement pas la priorité vu les urgences logements… mais du coup, avec toi ça ne me coûterait pas grand-chose… et le sport, pourquoi pas ? J'ai vraiment envie de t'accueillir Luis, je suis heureux que tu sois revenu, mais il y a quelque chose qui m'échappe… je ne sais pas… j'espère juste que tu es là pour les bonnes raisons. »

Luis acquiesça et Maurice lui dit de revenir le lendemain, une fois qu'il se serait occupé de toute la paperasse.

Il était repassé quand Maurice l'avait appelé et signé son contrat de 8 mois avec un 25h par semaine. Il se demandait si Samira était toujours là. Cela l'étonnerait car les propositions d'hébergement étaient faites pour les urgences et pour du court terme ici, le but étant de rétablir le lien avec les familles ou d'accompagner les jeunes vers leur autonomie. Cela faisait déjà deux ans… ils avaient dû lui trouver une autre solution ou alors elle avait renoué le dialogue avec ses parents…. Est-ce que c'était réellement possible ça ? Mais il n'osa rien demandé à Maurice.

Luis reconnut quelques bénévoles mais plusieurs avaient changé. Il avait dressé la liste complète de tous ceux qui bossaient là, demandant à Maurice s'il avait rencontré tout le monde. Le vieil homme lui indiqua qu'il y avait juste quelques bénévoles très ponctuels qu'il n'avait pas vu et la pédopsychiatre qui ne travaillait pas les mardis. Luis les nota tous, même s'il doutait que ce soit les bénévoles ponctuels car non réguliers, ils ne pouvaient bien connaitre les jeunes. Mais cela pouvait être aussi un moyen de ne pas éveiller les soupçons. Il ne fallait rien qu'il néglige. Au plus vite il se serait acquitté de sa tâche, au plus vite il pourrait revenir à sa petite vie… enfin… c'était pas comme si il avait beaucoup mieux à faire non plus mais bon… il n'avait pas envie de s'éterniser ici non plus…

Luis commença dès le lendemain à préparer les lits, faire le ménage, travailler en cuisine. Dans cette mission, ce qui était bien, c'est qu'il pouvait aller quasiment partout et parler à tous ses collègues de l'assoc. Il notait leurs allées et venues et engageait un peu la conversation afin de récolter des infos.

Sa grand-mère le trouva plutôt en forme, Luis l'avait rassuré, tout se passait bien. Elle semblait heureuse pour lui. Il ne pouvait pas lui dire mais ce petit côté enquête lui plaisait bien. En fait, il utilisait ses talents de « manipulateur » mais pour une « noble » cause et quelque part, ça rendait la chose assez excitante de ne surtout pas se faire pincer. Il lui arrivait encore souvent de penser à Tom, il savait qu'il l'aimait toujours mais il commençait douloureusement à accepter qu'il devait le laisser partir car en vrai il était déjà parti depuis 5 mois de la vie de Luis… Il s'habituait douloureusement à son absence mais c'était compliqué parce que malgré tout, il ne cessait pas d'être amoureux.

Il avait fait un point rapide à Éric en fin de semaine sur le nombre de personnes exactement qui travaillaient à l'association de près ou de loin : 38 en comptant tous les professionnels, les intervenants, les bénévoles…. puis il creusa davantage en profitant de chaque pause pour discuter avec ses « collègues ». Maurice était même venu le voir, surpris de voir la différence entre sa première venue ici et aujourd'hui où il bavardait avec tout le monde là où avant il faisait juste ce qu'on lui demandait de faire. Bien sûr, Maurice ne savait pas que là aussi il faisait juste ce qu'on lui ordonnait, sauf que ce n'était pas lui qui le lui ordonnait. Tout se passait bien jusqu'à ce qu'il y ait une visite particulière à l'association. Luis débarrassait les petits déjeuners quand il l'aperçut… Samira. Il la reconnut tout de suite. Elle était un peu plus féminine que la dernière fois qu'il l'avait vu, peut-être un traitement était-il en cours, et son regard un peu moins hanté, même si ça n'avait pas l'air d'être la panacée non plus.

Elle s'était approchée de lui, timide et hésitante, ravivant des souvenirs en Luis mais aussi de vieilles peurs…

« -Bonjour Luis.

-Bonjour, s'occupant de nettoyer les tables, tout sauf la regarder.

-Maurice m'a dit que tu étais ici. J'ai bien cru ne jamais en avoir l'occasion…Je voulais … te remercier Luis. Sans toi…

-Ça va, pas la peine, c'était il y a longtemps maintenant, si tout va mieux pour toi, tant mieux.

-Je ne sais pas si tout va mieux, mais en tous cas, je n'ai plus envie d'en finir et je suis heureuse que… tu m'aies trouvée à… à temps ce jour-là et que tu aies eu les bons réflexes. »

Luis ne savait pas quoi répondre.

« -J'étais déçue quand Maurice m'a dit que tu étais parti, ajouta-t-elle.

-Ben, écoute, super pour toi, faisant mine de partir.

-Attends ! » Fit-elle mine de l'attraper, mais Luis resta à distance.

Elle commença à vouloir se confier :

« Mon père m'a complètement abandonnée, le seul lien qu'on a c'est l'argent qu'il a été obligé de me verser chaque mois. Grâce à Maurice, j'ai obtenu mon émancipation et une chambre de bonne. Et ma mère…. Elle ne voulait pas divorcer de mon père elle a donc préféré renoncer à moi. Et tout ça, c'est dur à porter. »

Luis ne voulait plus entendre ça, il avait la sensation qu'elle lui décrivait son avenir…

« Mais malgré tout, je suis moi, je suis bien mieux dans ma peau aujourd'hui, je suis de plus en plus celle que je suis au fond, tu comprends… Et c'est grâce à toi. »

Luis ricana :

«- Comprendre? Tu te trompes, je t'ai sauvé parce que j'ai vu quelqu'un en danger, c'est tout, c'était juste un réflexe mais je ne suis pas comme toi, je ne serai jamais comme toi ! Réagit-il violemment, la peur vrillant ses entrailles.

-C'est pas ce que j'ai dit… ayant du mal à comprendre sa réaction.

-Tu sais pourquoi j'étais ici il y a deux ans ? parce que j'avais agressé une petite nana qui se prenait pour un mec, j'ai enlevé sa chemise pour voir ce qu'elle cachait et un pote l'a filmée en direct sur les réseaux ! Juste pour me marrer tu vois… » Sourit-il cruellement.

Samira avait les larmes aux yeux, Luis s'en voulait mais elle ne pouvait pas insinuer qu'ils se comprenaient et le vouer à avoir le même avenir qu'elle. Il avait toujours ses vieux réflexes : attaquer pour s'empêcher de souffrir…

Elle partit, en larmes.

Maurice n'était clairement pas content quand il était venu le voir un moment plus tard. Il lui dit que s'il voulait rester, il n'allait pas pouvoir se comporter ainsi. C'était évident, mais Luis avait du mal à concilier ce qu'il était, le fait de le cacher et voir ces jeunes vivre au grand jour comme ça. Il n'arrivait pas à se dire qu'il était comme eux tout en ayant peur de l'être et de se voir réserver le même sort.

« Si ça se reproduit une seule fois, tu dégages Luis ! C'est clair ? »

Il ne l'avait jamais vu aussi énervé. Il avait merdé, il le savait. Et il ne voulait pas décevoir Maurice mais tout était si embrouillé en lui… il devait parler de cette histoire au capitaine Norman car il était sur le fil.

« -Allo ?

-Luis ? Qu'est-ce qu'il se passe, un souci ?

-Oui… enfin c'est pas très grave mais j'ai eu quelques mots avec une jeune et Maurice était vraiment véner.

-Il te vire déjà ?

-Non, mais je n'aurais pas d'autres chance.

-Ben, va falloir te calmer c'était quoi le problème avec ta jeune ? »

Silence…

« -Si ça avait été un mec, j'aurais cru qu'il te plaisait…

-N'importe quoi, s'emporta Luis.

-C'est quoi le problème avec cette fille ? J'ai pas toute la vie !

-Quand j'étais en TIG ici, elle…

-Attends, tu m'appelles de l'assoc ? Mais t'es con ou quoi ?

-Détendez-vous je suis dehors, personne ne peut m'entendre et y'a personne de toute façon je suis pas con.

-Ça reste à prouver, grommela-t-il. Ok. Continue. Quand tu faisais ton mea culpa à la société, il y avait déjà cette fille ? c'est bizarre ça.

-En fait, elle est venue parce qu'elle a su par Maurice que j'étais revenu.

-Une admiratrice ? »

Luis eut une grimace de dégoût.

« -Elle a dû être déçue.

-Vous insinuez quoi là ?

-Tu sais très bien.

-Vous me faites chier. Bref, elle a fait une tentative de suicide et je l'ai sauvée. Et elle a voulu me remercier.

-Et quoi ? t'as le complexe du héros et t'aimes pas les compliments ?

-Non, c'est pas ça, elle est Trans et elle a commencé à parler de ce qui lui était arrivé avec sa famille et tout…

-Et ça te fait peur…

-J'ai pas peur.

-Non, t'es un big boy toi hein ? Tout le monde a peur, Luis. Mais quand on laisse ses peurs contrôler nos vies, c'est là qu'on ne vit plus. Crois-moi, j'en sais une chose ou deux.

-Bref, continua le blond, voulant éviter son laïus, je lui ai dit pourquoi j'étais à l'assoc la première fois et je lui ai bien fait comprendre qu'elle était pas normale à mes yeux. Je fais quoi maintenant ?

-D'après toi Luis ? T'as merdé, tu t'excuses !

-Ouais.. mais je suis pas doué pour ça moi c'est pas mon truc, c'est pour les faibles, les excuses.

-T'es pas doué pour les excuses ? Comme c'est étrange que ça ne me surprenne pas… Ben il y a un début à tout ! Tu te démerdes pour que cette fille te voit juste comme un crétin et plus comme le dernier des connards. Parce qu'avec tes conneries, on perd du temps et j'ai pas que ça à foutre de régler tes petits problèmes existentiels putain. Qui raconte sa vie maintenant ? » avait-il marmonné en raccrochant.

Ok, dans le genre connard ce flic, il était pas mal !

Luis avait revu Maurice en lui demandant d'arranger une entrevue avec Samira. Il avait hésité mais Luis avait dû se montrer assez convaincant puisqu'il reçut un sms le soir-même avec pour message que Samira reviendrait le vendredi.

Luis était préoccupé, ce n'était que la première étape, comment il allait faire pour ne pas perdre son calme face à Samira et trouver le ton juste pour s'excuser, lui qui n'avait même pas présenté ses excuses à Tom… Tom, ce n'était pas le moment de penser à lui… il n'avait pas besoin de ça…

Il finit par demander conseil à sa grand-mère qui venait de quitter son père au téléphone en lui disant que Luis préparait ses partiels. Elle était une sacrée comédienne !

« -Je dois faire des excuses à quelqu'un et je sais pas… comment je peux faire pour que cette personne me pense sincère alors qu'elle croit qu'elle me dégoute.

-De qui on parle là Luis ? Pas de Tom ?

-Non, d'une jeune de l'assoc.

-Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

-On s'est pris un peu la tête, c'est tout.

-Luis… ça te fait quoi de voir tous ces jeunes « LGBT » c'est comme ça qu'on dit, non ?

-Sûrement, je suis pas un spécialiste de la question, rit-il amer.

-Je sais. Et j'avoue que j'étais à la fois contente et inquiète que tu fréquentes au quotidien des jeunes comme… toi.

-Comme moi ? Super ! Tu les as déjà rencontrés pour dire ça ?

-Ne te braque pas Luis, chaque être est différent, unique même, simplement on peut se trouver des points communs avec d'autres et tu partages la même sexualité que certains de ces jeunes, c'est tout ce que je veux dire.

-Et ? »

C'était toujours très difficile d'entendre sa grand-mère parler de sa sexualité…

« Rien, je me disais que peut-être tu pourrais parler avec eux mais en même temps, tu as une image si déformée de toi-même… et de l'homosexualité. »

Ce mot était toujours aussi difficile à entendre et à prononcer également.

« -C'est une part de toi, Luis et ce n'est pas la seule mais arriver à en parler à quelqu'un te ferait du bien.

-C'est pas ce qu'on fait là ? Et j'ai pas des masses l'impression que ça me fait du bien.

-Tu ne vas pas parler de certaines choses avec moi, je le sais bien. Tu pourrais te faire des amis, là-bas…

-Merci, mais non merci. Je veux juste arranger les choses avec Samira. Pas devenir son meilleur pote.

-Ok. Mais il n'y a pas de recette miracle Luis, il te faudra juste être sincère pour avoir l'air sincère... lui annonça-t-elle avec un petit sourire.

-Je sais pas pourquoi mais j'étais sûr que t'allais me dire un truc comme ça… » soupira-t-il.

XXX

Luis s'était excusé auprès de Samira, lui avait dit qu'il n'était pas prêt à lui parler de certaines choses sur lui mais que ce qu'il lui avait craché avait été un moyen de la repousser mais que c'était lui qui avait un souci, pas elle. Il avait longtemps considéré les gens comme elle comme des dégénérés lui avait-il avoué. Il voyait bien qu'il la faisait souffrir en prononçant ce mot qu'elle avait si souvent dû entendre mais il voulait être honnête. Et aujourd'hui, il savait que c'était peut-être impossible à comprendre pour une personne qui ne vivait pas cela mais il essayait et il était désolé. Elle avait semblé un peu réticente de prime abord puis lui avait dit qu'elle comprenait mieux que quiconque ce que c'était que de ne pas être bien dans sa tête, en soi-même. Et que de faire un pas vers l'autre, c'était important et parfois difficile. Elle lui avait pardonné et lui avait donné son numéro de téléphone. Si un jour il avait envie de discuter ou juste d'aller boire un verre, « on n'avait jamais trop d'amis », lui avait-elle glissé.

Ça, Luis ne risquait pas d'en avoir trop, il n'en avait pas…

Il fourra le numéro dans sa poche sans trop y croire mais ne le jeta pas. Il y avait toujours eu quelque chose chez cette fille qui l'avait ému. Et il admirait de voir son courage et sa gentillesse malgré tout ce qu'elle avait vécu. Elle ne s'était pas comme lui, vautré dans la confrontation avec les autres… elle était lumineuse là où il demeurait si sombre…

Il continua ses recherches sur les employés en notant leurs habitudes sur la semaine, il referait pareil la semaine suivante pour voir s'il n'y avait pas quelque chose de différent ou qui lui taperait à l'oeil. Le problème était pour les heures où il n'était pas à l'association, il ne pouvait pas décemment trainer là tout le temps, cela aurait éveillé les soupçons. Bizarrement, cela l'éclatait bien de jouer au détective. Il y avait une adrénaline à faire quelque chose que personne ne soupçonnait et il aimait plutôt ça. Puis, il fallait dire qu'il se débrouillait plutôt bien tout seul.

Éric lui avait donné rendez-vous le mardi 20 octobre afin de faire un point détaillé.

Il eut une sacrée surprise en arrivant au rendez-vous dans un café. Éric Norman n'était pas venu seul, il était accompagné de Kévin Balesta, le frère de Tom… il déglutit et demanda directement en arrivant :

« -Qu'est-ce qu'il fait là lui ?

-Attendez, c'est lui votre indic ? s'étonna Kévin.

-Salut ! Merci Luis, je vais bien, fallait pas demander ni dire bonjour surtout ! Je vois que j'ai pas besoin de faire les présentations…

-Je peux savoir pourquoi il est là ? s'exaspéra Luis.

-Cher Luis, bien que j'adore nos conversations profondes et ta manière bien agréable de m'envoyer chier, j'ai pas que ça à foutre. Je suis sur une grosse enquête, du coup c'est Balesta qui te suivra quand je pourrai pas.

-Super ! ça devrait vous motiver pourtant ces pauvres petits jeunes qui sont mis sur le trottoir, que peut-il y avoir de plus important que ça pour mettre votre sous-fifre ?

-Hey, je suis pas un sous-fifre ! s'insurgea Kévin.

-Ça concerne notre commissaire et en plus il y a une jeune bien chiante et que tu connais, accrochée à nos basques ! »

Luis releva le sourcil, ne voyant pas de qui il voulait parler.

« -Mila Valle. C'est bien avec elle que t'a inventé un gros mytho sur ta disparition l'an dernier ?

-Mila ? Je donne pas cher de votre peau, elle est plutôt cool je dirais mais elle a un putain de caractère, je sais pas lequel de vous deux va craquer avant l'autre, ricana Luis.

-Ouais, elle est surtout très cool vu qu'elle t'a défendu alors que tu l'avais agressée non ? l'interpella Kévin.

-Y'a un problème entre vous deux là ? je vais pouvoir vous laisser tous les deux pour aller faire mon taff ou vous allez vous tirer les cheveux comme deux gamines ? » soupira Éric en faisant mine de sortir du café.

Kévin partit sur ses traces, suivi de Luis.

« Je crois pas que c'est une bonne idée, il a pas mal fait chier mon frère… mais c'est même pas ça le problème, je crois que ça c'était arrêté… C'était bizarre en fait, réfléchit Kévin. Mais je ne sais pas si on peut lui faire confiance capitaine, c'est tout. »

Cela agaça Luis mais en même temps, vu que ce que savait Kévin sur Luis c'était qu'il avait harcelé Tom et l'avait fait accuser de sa disparition, c'était obligé qu'il ne le porte pas dans son cœur. A moins qu'il était au courant pour le reste… non, Tom n'aurait rien dit. Pendant qu'ils étaient ensemble non… mais… après ? s'il s'était confié à son frère ? Non, il aurait voulu lui démonter la gueule sinon…

« -Je peux te parler Kévin ? à part ?

-Ok, les donzelles, je vous laisse, mais ne vous écharpez pas pendant mon absence !

-Et vous me laissez en partant avec la voiture ? s'insurgea Kévin.

-On est à Marseille Balesta, il y a le métro puis tu pourrais un peu courir pour une fois... Muscler tes petites jambes !

-Ah ah, très drôle. Vraiment très très drôle ! »

Luis avait envie de rire mais ce n'était pas la chose à faire.

Une fois Éric parti, Luis s'approcha de Kévin pour lui parler :

« -Avec Tom, par rapport à tout ce qu'il s'est passé ok, j'ai pas été cool du tout et j'avoue que c'est moi qui aie provoqué tout ça mais on est passé à autre chose… il a dû t'en parler non ? tâtant le terrain pour vérifier si Tom avait parlé d'eux à son frère.

-Comme si t'étais son sujet de conversation préféré… Non, je sais juste qu'il n'a plus parlé de toi après l'affaire de la disparition donc j'ai pensé que vous aviez enfin laissé tomber les règlements de comptes. Je me trompe ?

-Non, c'est ça, mentit Luis.

-Puis Tom, c'est un grand bavard, mais pour ce qui est de ce qui l'affecte vraiment, c'est beaucoup moins ça… » murmura Kévin.

Luis le savait. Il se rappela Tom avec le portrait de son père dans les mains… et se reconcentra sur ce pour quoi il était là.

« J'ai aucune mauvaise intention, je veux juste accomplir cette mission et être tranquille. »

Kévin eut l'air de le croire.

« OK, on bosse ensemble sur ce coup, mais ça veut pas dire que je te pardonne. »

Ça allait à Luis, il ne s'était déjà pas pardonné lui-même alors…

Luis lui donna l'emploi du temps complet des gens de l'assoc. Kévin parut impressionné du nombre de détails que Luis avait emmagasiné sur leurs habitudes, leurs manies aussi.

« Waouh, c'est pas mal, c'est… flippant, mais c'est pas mal. »

Il allait partir quand Luis lui lança :

« -Juste… Je préfèrerais que tu ne dises pas à Tom qu'on…bosse ensemble.

-Pourquoi ?

-Je crois pas qu'il ait envie d'avoir un quelconque lien avec moi, dit-il tristement. C'est comme ça que ça marche depuis un certain temps entre nous après tout ce qu'il s'est passé et c'est mieux ainsi je crois. »

Kévin tiqua.

« Ok, si tu le dis, j'ai pas envie de faire revivre des mauvais souvenirs à mon frère de toute façon. »

Luis accusa le coup. Mauvais souvenirs…

Il repensait beaucoup à tout ce qu'il avait fait à Tom et pas qu'à Tom d'ailleurs : à Antoine, à Mila, à Samira… Il s'était très mal conduit. Même s'il souffrait, ce n'était pas une raison. Il n'avait eu aucune limite pour avoir ce qu'il voulait : se prouver qu'il était un homme un vrai et pas une tapette. Pour posséder Tom aussi en quelque sorte… les photos de sa mère qu'il lui avait arrachées en fracassant son portable… quand il lui avait donné le sien, ça n'avait rien réparé de la souffrance psychologique qu'il lui avait causée. Et de ce qu'il lui avait fait perdre… Est-ce que Mila était restée traumatisée par ses baisers de force ? par les photos qu'il l'avait obligé à prendre juste parce qu'il voulait être normal, un hétéro comme tout le monde ? Il n'avait jamais été question que de Luis pour Luis… Et pourtant, il avait réellement apprécié la jeune fille. Et le mal qu'il avait fait à Tom avant qu'ils ne soient ensemble ? Et pendant… Comment trouver la force d'aller de l'avant ? Tom lui avait dit qu'il fallait qu'il cesse de se détester pour arrêter de faire souffrir les autres mais comment il pouvait arrêter quand il avait commis toutes ces horreurs ? Comment pouvait-il se racheter ? Comment pouvait-il vraiment évoluer ?

Lorsqu'il fit son point habituel avec Éric au téléphone en fin de semaine, il ne put s'empêcher de lui demander ce qu'il s'était passé avec son mec qu'il avait tabassé.

« J'en étais sûr. Je l'ai tout de suite senti ! » s'exclama le flic.

Il se reprit quand il entendit le soupir de Luis.

« -Qu'est-ce que tu veux savoir exactement ? pourquoi j'ai fait ça ? Je crois que tu le sais. Pour les mêmes raisons que tu te caches : la honte la peur….

-Est-ce que vous êtes toujours ensemble ? »

Éric ricana.

« -Non, c'était pas très sain comme relation. Même si lui il me comprenait assez, le con, pour rester avec moi malgré ça moi, j'avais pas envie de l'envoyer à l'hôpital et je l'aurais fait un jour, je l'aurais fait… alors on en est resté là. Ça te rappelle quelque chose, c'est ça ?

-J'ai pas envoyé mon ex à l'hôpital mais je l'ai frappé, souvent, avant qu'on couche ensemble. »

C'était étrange pour Luis de parler de ça à Éric mais il savait qu'il le comprenait. Il n'avait pas vraiment la même honte qu'en parlant avec d'autres vu que ce mec était gay et qu'il avait eu les mêmes problèmes d'acceptation que lui. Sa grand-mère avait raison, il y avait des choses qu'il ne pouvait pas aborder avec elle.

« -Pourquoi ? parce qu'il te plaisait ?

-Je crois que je voulais détruire ce qui m'attirait chez lui, j'en sais rien, s'exaspéra Luis. Mais, il est clair que j'avais une obsession pour lui qui n'était pas normale, je m'en rends bien compte maintenant.

-Alors tu lui faisais payer…. Je connais ça. Et il est quand même sorti avec toi ?

-Ouais, rit amer Luis. je… je sais pas vraiment pourquoi… mais on est tombé grave amoureux… »

Que c'était étrange de parler de ça…

« -Et t'as continué à le maltraiter…

-Je l'ai jamais frappé quand on était ensemble mais…

-Mais tu l'as pourri, tu l'as fait se sentir comme toi tu te sentais ?

-Ouais… et je voulais tellement pas que ça se sache… que j'ai tenté de le contrôler..

-Et tu veux savoir quoi exactement ?

-J'en sais rien, je me demande comment vous avez pu vous sortir de ce cercle vicieux…

-Honnêtement ? J'ai pas eu le choix. Mon homosexualité a été révélée et j'ai fait avec, j'ai passé tellement d'années à avoir peur que ça gâche ma carrière, qu'on me fasse tout le temps chier avec ça, qu'on me harcèle… et j'avais vu ce que ça pouvait provoquer dans mon boulot la souffrance morale….

-Et au final ?

-Rien de ce qu'on a pu me dire n'a été à la hauteur de ce que j'ai pu moi m'infliger et accessoirement aux personnes que j'aimais. Après, j'étais bien plus vieux que toi, j'avais fait mes preuves, je sais pas si à ton âge je le ferai. Je l'aurais peut-être fait plus tôt si j'avais su mais quand ? ou peut-être que tout ça c'est que des excuses…qu'on le fait que quand on est réellement prêt…

-Et si on l'est jamais ?

-Alors on vit comme un lion en cage toute sa vie… Et c'est pas vraiment agréable. »

Luis déglutit.

« Je… je vous appelle si je trouve quelque chose. »

Et il raccrocha.

Cette conversation avait été douloureuse. Serait-il un jour prêt ? il en doutait… mais il n'avait pas envie d'être malheureux toute sa vie et il savait qu'Éric avait raison.

XXX

Il avait remarqué une attitude étrange de la part de la pédopsychiatre. Elle ne prenait jamais sa pause en même temps que les autres. Luis décida de faire comme elle et de la suivre de loin. Elle était sortie par derrière et il l'avait perdue de vue.

Il était allé voir Éric et Kévin au commissariat pour qu'ils creusent son dossier, peut-être avait-elle déjà eu des plaintes d'anciens patients ou autre. Il avait fait son rapport à Kévin et fut surpris de trouver Mila enfermée dans la cage.

« -Qu'est ce tu fous là ?

-Qu'est ce que ça peut te foutre ? répondit-elle à Luis.

-Ah, la tigresse ne s'est pas calmée à ce que je vois. Balança Eric. Ton mec est en taule et je peux rien y faire. Ça fait des jours qu'elle me persécute, râla-t-il auprès de Luis.

-Tu kiffes hein ? cracha Mila en s'adressant à Luis.

-J'ai absolument rien dit.

-Pas besoin. T'es tellement tordu !

-Ok Mila, je sais que tu m'en veux mais c'est pas la peine de t'en prendre à moi, j'ai rien à voir dans ton histoire avec ton mec.

-C'est pas mon mec.

-Mais tu dois y tenir pour être là pour lui. Et tenir tête à un mec comme Éric Norman. »

Elle leva les yeux au ciel.

Luis hésita puis se lança :

« Tu sais, j'ai beaucoup repensé à tout ce qui s'était passé au lycée et….. je m'excuse. Je n'aurais jamais dû te traiter comme je l'ai fait. »

Elle ricana.

« -Ouais c'est vrai que vu ce que t'as fait à Tom il n'y a pas si longtemps j'y crois vraiment à ton petit numéro de repenti.

-Tu crois ce que tu veux. Après, ce qu'il s'est passé avec Tom, c'est… je m'en voudrais toute ma vie mais c'est entre nous deux, ça n'a rien à voir avec toi et là, c'est à toi que je demande pardon.

-Ça te ressemble pas de faire le gentil comme ça, qu'est-ce que tu veux ?

-Rien, juste m'excuser sincèrement. Si ça peut t'amener quelque chose et à moi aussi…

-Tu me l'as déjà sorti tellement de fois ce couplet-là… mais ça change rien au fait que t'es un putain de pervers. Ça a toujours recommencé, toujours.

-Ce que je t'ai fait avec les photos, tout ça, j'essayais de…

-De te prouver que t'étais pas gay ? »

Luis regarda autour de lui, affolé.

« T'inquiète, j'ai chuchoté, je suis pas une garce. Tom me l'a fait ce couplet là aussi, « c'est pas de sa faute il jouait les gros beauf hétéro…. Il s'accepte pas »… et il l'a payé cher. Mais la vérité c'est que t'es un lâche. Même pas parce que tu t'acceptes pas, c'est pas ça, mais parce que t'as pas les couilles de regarder en face tes problèmes et tu t'en prends à ceux qui eux, ont le courage de le faire : Antoine, Tom.. et en plus lui, il a essayé de t'aider malgré tout, c'est ça le pire… »

Luis se sentit bouillir à l'intérieur mais laisser parler sa colère c'était ce qu'il avait presque toujours fait avec Mila et ça ne s'était pas bien terminé. C'était pas ce qu'il voulait cette fois. Surtout qu'elle n'avait pas tout à fait tort.

Il alla avoir Éric et lui demanda ce qu'il pouvait faire pour qu'on écoute Mila. Celui-ci n'avait pas très envie de lui accorder quoi que ce soit, et il le comprenait, il était bien placé pour savoir quelle chieuse elle pouvait être. Mais il obtint que Mila rencontre le substitut du procureur, Xavier revel.

Éric la libéra et lui donna rendez-vous le lendemain avec Revel.

« Tu peux le remercier », lui dit Éric en montrant Luis.

Elle s'approcha du blond.

« -Je comprends pas pourquoi t'as fait ça.

-Je te l'ai dit, je suis sincèrement désolé de ce que je t'ai fait.

-Si tu fais ça pour te rapprocher de Tom, tu perds ton temps.

-Ça n'a rien à voir avec Tom, s'exaspéra Luis. Et je sais, Théo s'est déjà fait une joie de me dire qu'il était très heureux à Paris avec un certain Lucas, te fatigue pas, je suis déjà au courant.

-Ok. »

Elle allait partir quand elle se retourna vers Luis :

« Merci. »

Ce mot avait semblé lui arracher la bouche, mais c'était mieux que rien, elle avait semblé croire qu'il ne faisait pas ça pour Tom au moins…

XXX

Les recherches sur la pédopsychiatre n'avaient rien donné et finalement, Luis avait découvert qu'elle fumait du shit lors de ses « pauses » décalées de celles des autres.

« -Comment t'as su ? lui demanda Kévin.

-Elle m'avait semé la fois d'avant et je me demandais où elle avait pu aller. Et je me suis dit qu'il n'y avait que le petit bois derrière l'assoc. Et je l'ai attendu.

-T'as pas eu peur qu'elle te voit ? Fais gaffe quand même.

-J'avais un buisson camouflage que j'avais caché dans le bois le matin, lança-t-il le plus naturellement du monde.

-Et quoi ? Tu l'as suivi avec ton buisson-mobile c'est ça ? »

Kévin éclata de rire. Puis il se reprit :

« -Ok c'est pas légal et pas très éthique dans son boulot mais bon il n'y a pas mort d'homme, je ne pense pas que ce soit elle.

-Moi non plus, approuva Luis. Puis, en étant psy, elle doit en avoir besoin avec tout ce qu'elle doit entendre.

-N'empêche, je rigole, mais t'es pas mauvais, t'as jamais pensé à devenir flic ? »

Luis se moqua.

« -Je suis sérieux, t'as de l'aplomb, du sang-froid et tu mens bien. Ça, je l'avais déjà constaté devant Rochat il y a quelques années. Puis tu as un bon instinct, mec.

-Ça doit être dur à porter l'étiquette du poulet… s'enquit Luis en regardant le flic en uniforme.

-Pas plus qu'autre chose tu sais, au début c'était super bizarre pour moi, surtout que je voulais vraiment pas être flic et maintenant franchement, je kiffe bien. Et puis t'es un bon manipulateur aussi, Tom m'a raconté deux, trois trucs qui font froid dans le dos… un peu.

-Façon c'est pas possible, détourna-t-il la conversation.

-Pourquoi ?

-Avec mon rein en moins.

-Ah ouais merde, j'avais pas pensé à ça. Tu peux plus faire de sport ?

-Si, mais les sports de contact c'est à bannir. Et dans la police, j'imagine que vous en faites pas mal.

-Ouais c'est sûr que si tu veux pas rester à la circulation vaut mieux être entrainé au combat. Merde, c'est dommage, je t'aurais bien vu flic.

-Je sais pas comment je dois le prendre, se mit à rire Luis. »

Kévin semblait mal à l'aise, ce n'était pas habituel de le voir comme cela.

« Je…je sais que c'est à cause de Tom que t'as perdu ton rein… »

Luis fut vraiment surpris. Tom lui avait parlé de ça…

« -Je suis désolé pour toi, c'est un truc terrible ce qu'il t'a fait. Même si je sais que s'il a fait ça c'est que t'avais vraiment dû faire un truc ignoble et le mettre en rage

-Je sais ça. Quelque part je l'ai mérité.

-Non, c'est pas ce que j'ai dit, personne mérite ça. Je dis juste que t'as vraiment dû y aller quoi. »

Kévin hésita :

« -il y a quand même un truc qui m' échappe… pourquoi t'as jamais rien dit ? T'aurais pu provoquer un putain de merdier dans la vie de Tom.

-C'est rien comparé à ce que je lui ai fait, avec ton frère, j'avais pas de limite… alors il fallait bien arrêter à un moment… » les yeux dans le vague, repensant à leur rupture.

Kévin eut l'air de se demander ce que voulait dire Luis mais ne dit rien.

« -Comment t'es devenu flic si tu voulais pas l'être ? demanda Luis pour changer de sujet.

-C'est une putain d'histoire de fou… commença Kévin, allez je te la raconte… »

XXX

Luis prépara sa première animation avec un parcours sportif : sauts d'obstacle, exercices favorisant la souplesse, un mélange d'athlétisme et de gym. Maurice était très content et lui avait proposé de mettre en pratique ès le début de la semaine suivante. Il s'était du coup rendu à l'association à des horaires différents pour la mise en place de son animation. Et il avait tiqué en voyant le bénévole des cuisines parler à une petite jeune qui était là depuis deux semaines. Cette gamine lui foutait les jetons, elle avait un regard qui du haut de ses 16 ans montrait toute la souffrance du monde. Il se demandait même si elle n'avait pas été violée. Et pourquoi Martin, préposé à la cuisine, se retrouvait de ce côté-là de l'assoc, vers les dortoirs ? Luis avait noté tous ses déplacements. Il s'était absenté le mercredi après-midi. Il ne savait pas s'il faisait cela souvent car d'habitude Luis ne travaillait pas le mercredi aprèm. Sous prétexte d'aller chercher du matos de sport, il le suivit. Il le trouva à parler avec un mec très bizarre. Il prit des photos avec son iphone et retourna à l'assoc avant que Martin ne le voie. Il l'avait revu plus tard, filer de la bouffe restante à un des jeunes garçons… Ce mec était clairement louche… il les amadouait ou quoi ?

Luis envoya les photos à Éric et Kévin l'appela deux jours plus tard.

« -A priori, ton gars parlait à un proxénète bien connu des mœurs, il y a des grandes chances pour que ce soit notre homme.

-Y va se passer quoi maintenant ?

-Ce qu'il faudrait, c'est qu'on le prenne en flag. Tu pourrais essayer de savoir s'il s'absente chaque fois le mercredi à la même heure ?

-Ok, et après ?

-Après tu nous laisses faire, t'as fait du bon boulot Luis, te prends pas pour Batman.

-Ok… référence pourrie…

-Ça va hein ! Respecte tes aînés un peu.

-Même pas en rêve ! »

Il raccrocha, le sourire aux lèvres, il était vraiment sympa Kévin.

Luis était allé voir Maurice. Ils avaient fait un bilan de son animation qui avait compté une dizaine de participants, Maurice était content. Luis lui demanda au bout d'un moment si Martin, qui avait l'air assez sportif, pouvait participer à la prochaine animation, il lui expliqua qu'il aimerait impliquer les bénévoles.

Oui ça peut être une super idée mais le mercredi pour Martin ce n'est pas trop le bon jour, il va s'occuper de son gamin. Il part tous les après-midis et ne revient que pour le temps de la prépa du dîner vers 17h30 .

Ah, ok, tant pis. Mais je pourrais voir avec d'autres. Je garde l'idée en tête.

Luis appela Éric et Kévin et annonça ce qu'il avait appris. Ils montèrent une opération le mercredi 11 novembre.

Une réussite, ils interpellèrent le suspect après un échange de fric pris en photo par Kévin et Éric en planque.

Éric invita Luis à aller boire un verre avec lui et Kévin pour fêter ça. Ils trinquèrent au succès de leur opération. Éric félicita Luis. Et Luis se sentit fier de lui, vraiment, pour une des premières fois de sa vie, il avait fait quelque chose pour aider les autres, même si ce n'était pas qu'altruiste et il s'était montré à la hauteur et il était même félicité pour cela. Éric était un mec râleur et qui ne mâchait pas ses mots mais Luis avait bien vu que sous ses airs d'ours, il était un mec bien. Mais il ne le savait pas si drôle. Il avait eu un fou rire quand il lui avait dit qu'il savait bien que le mec avec qui il s'était battu, il l'avait déjà vu quelque part. il lui avait foutu la honte au lycée sur une intervention qu'il avait fait pour Blanche Marci. Quand Éric avait raconté la manière dont il l'avait cloué le bec à ce con, ça avait fait rire Luis, vraiment, de l'imaginer menotté à la merci d'Éric après avoir fait le malin devant toute la classe.

Kévin aussi riait et avoua que ça lui allait bien car des fois, il se la pêtait grave quand même. Kévin se demanda à voix haute ce que lui trouvait son frère.

« Il le badait tellement… C'était sa muse, son héros, Théo… et je crois que ça, ça le faisait kiffer Bommel. »

Le regard de Luis se voila. Éric le scruta du coin de l'œil. Et quand Kévin alla pisser il lui demanda :

« Le mec dont tu me parlais l'autre jour, c'est le demi-frère de Balesta c'est ça ? »

Luis ne répondit pas. Ce qui était en soi une réponse.

« -Ça se voit ? s'inquiéta-t-il.

-Non, Balesta a rien capté, t'inquiètes, c'est juste que tu t'es battu avec ce mec et quand il a parlé de l'admiration de son frère pour lui, t'avais la tête d'un mec qui veut se pendre donc j'ai juste fait 1+1, je suis flic après tout. Et un putain de bon flic.

-C'est pas faux.

-Oh, Luis, tu me fais un compliment ?

-Vous y habituez pas, c'est pas trop mon style… »

Kévin sortit des toilettes et les rejoignit en proposant de finir la soirée aux jeux d'arcades. Éric avait décliné mais pas Luis. Et il n'avait pas regretté, ils s'étaient marrés. Il était fort, même si depuis qu'il était en couple, d'après ce qu'il avait dit, il avait moins le temps de jouer. Apparemment, quand Tom était encore sur Marseille, ils allaient jouer ensemble des fois.

C'était bizarre, il s'entendait bien avec Kévin. Il ne l'avait pas cherché, il ne l'avait même pas voulu mais c'était là, une certaine… complicité. Mais Kévin ne savait pas tout. Il n'avait aucune envie qu'encore quelqu'un sache pour lui mais s'ils devaient devenir pote… n'importe quoi, ils ne devenaient pas potes, Kévin avait été sympa parce qu'ils travaillaient ensemble sur l'enquête c'est tout, ça s'arrêterait très vite… mais en fait Kévin lui avait envoyé un message le lendemain lui disant qu'il voulait sa revanche, Luis ayant gagné pas mal de parties, vu que Kévin était un peu rouillé. Et il lui envoya un message lui disant qu'ok il acceptait le défi et l'inviterait bientôt à faire une partie chez lui. Il n'avait pas réfléchi, il avait envoyé ça comme ça. C'était vrai qu'il avait pensé que Kévin était sympa quand il avait refilé son portable à Tom et entendre parler Tom de lui parfois l'avait conforté dans cette idée… mais ce n'était pas une très bonne idée de faire ami-ami avec le demi-frère de son ex non ?

Maurice le convoqua dans son bureau quand il arriva à l'association le jeudi. Il rentra dans le vif du sujet direct.

« -J'ai eu Éric Norman au téléphone. Ils ont arrêté Martin, mais tu le sais n'est-ce pas ? Donc ça y est, ta petite enquête est terminée ?

-Ouais.

-Et tu vas faire quoi Luis ?

-Ça dépend de vous, non ?

-De moi ?

-De ce que vous comptez faire maintenant que vous savez que je vous ai menti. J'avais pas droit à l'erreur…

-Pourquoi tout est toujours si compliqué avec toi ? J'étais persuadé que cette fois tu tenais le bon bout, je te voyais t'ouvrir. .. Mais est-ce que c'était que du vent ?

-Au début oui, mais maintenant, non, avoua Luis en baissant les yeux.

-Tu as envie de rester ?

-J'aimerais bien à vrai dire, j'aimerais développer mes idées autour des mercredis animés, si vous le voulez bien.

-Ok. Mais je veux plus de mensonges Luis, la confiance c'est le plus important, sinon ça peut pas marcher.

-Ok.

-Merci, oh fait.

-De quoi ? demanda Luis, surpris.

-D'avoir aidé pour arrêter cet ignoble individu. J'en reviens pas. Ça fait des années que Martin est bénévole ici et j'ai rien vu, rien.

-On sait pourquoi il a fait ça ?

-Pas pour le moment, ou Éric a pas voulu me dire, j'en sais rien. »

Luis retourna à ses tâches, le cœur lourd de la phrase de Maurice « je veux plus de mensonges Luis, la confiance, c'est le plus important, sinon ça peut pas marcher. » il en avait payé les frais avec Tom qui ne pouvait aucunement lui faire confiance vu son comportement et il mentait à son frère maintenant…

En fait, il se rendait compte que les choses avaient bougé pour lui ces temps-ci. Depuis que sa grand-mère avait forcé son « coming-out », il se sentait quand même un peu plus léger. C'était étrange. Il ressentait toujours un mal-être au fond de lui, mais quelque chose était différent. Peut-être aussi le fait que Tom avait voulu l'aider. Il se sentait redevable de ça. Il ne voulait plus le décevoir. Même s'il avançait pour lui-même, même si le brun ne saurait peut-être jamais, il avait aussi ce désir de faire au moins ça pour Tom, après tout ce sur quoi il l'avait laissé tomber. C'était peut-être pour ça qu'il lui écrivit un texto.

Date : samedi 14 novembre

Destinataire : Tom

« Merci d'avoir parlé à ma grand-mère. Luis »

Il n'attendait aucune réponse, il ne savait même pas si entre-temps Tom n'avait pas changé son numéro, mais il voulait juste que Tom sache que ce qu'il avait fait, sa dernière action pour Luis, n'avait pas été vaine. Il ressentit un pincement au cœur en appuyant sur envoyer.

En début de semaine, il demanda à Kévin s'il voulait prendre sa branlée à la play et l'invita chez lui. Il avait expliqué toute l'affaire à sa grand -mère qui avait été très surprise de ses cachotteries mais également ravie qu'il soit ressorti de tout ça avec des liens qu'elle voyait tous les jours agir sur Luis et elle avait préparé un goûter comme si c'était l'anniversaire de Luis.

« -Euh… mamie, Kévin a pas 5 ans tu sais ?

-Ah ah ! je suis tellement heureuse. Même si c'est le frère de Tom.

-Je sais, c'est compliqué.

-C'est sûr que ce n'est pas l'idéal. Il ne sait pas, j'imagine ?

-Non.

-Luis, je…

-Quoi ? tu crois que je devrais lui en parler, c'est ça ?

-C'est juste… que ce serait pire s'il l'apprenait par hasard, par Tom…

-Je sais. Mais je pense pas qu'il va bien réagir. »

Kévin arriva quelques minutes après et parla un peu avec Evelyne. Il était très différent de Tom mais pourtant il avait charmé la vieille dame aussi rapidement que le brun. Kévin raconta à Luis devant Evelyne que Martin n'avait pas nié mais qu'il avait clamé qu'il avait fait cela pour payer une opération spéciale pour son fils qui coûtait les yeux de la tête.

« Ouais, je peux comprendre qu'il ait voulu sauver son fils mais c'est pas une raison pour envoyer des gamins paumés à la rue faire le tapin quoi. Et si c'était à son fils qu'on avait fait ça justement ? »

Evelyne le regarda, une vraie fierté dans les yeux. Luis se sentit si gêné qu'il détourna le regard.

« -Alors comme ça, Kévin, vous êtes policier ?

-Oui madame.

-Appelez moi evelyne. Ce doit être un métier fascinant.

-Euh… il y a beaucoup de paperasse et on s'en prend plein la gueule tout le temps mais ça a de beaux côtés, ouais, dit-il en attrapant une poignée de bonbons.

-Tu vois Luis, qu'il les veut bien mes bonbons !

-Mamie ! »

Ils discutèrent un moment puis Luis l'entraina dans le salon où il avait installé sa PS4 quand sa grand-mère s'en alla. Ils avaient joué à divers jeux et Kévin était content car il avait gagné de peu mais la dernière manche était pour lui. Luis hésita mais il savait qu'il devrait le faire à un moment ou un autre, Maurice et sa grand -mère avaient raison.

« -Kévin…

-Ouais, répondit le flic en attrapant un verre de sirop. Tu maronnes Careille ? I'm the Boss ! » avec un horrible accent.

Contrairement à son frère, il n'était pas le boss de l'anglais ça c'était sûr, il était aussi nul que lui. Il décida d'y aller franchement car il n'était pas sûr que s'il tournait autour du pot, il y arriverait.

« J'ai couché avec Tom. »

Kévin cracha la gorgée de sirop qu'il venait d'avaler.

Ok, c'était un peu abrupt quand même.

Kévin le regarda, choqué, puis éclata de rire.

« -Putain mec, t'es ouf, pendant deux secondes je t'ai cru, en se tordant sur le canapé.

-Je plaisante pas Kévin. »

Il rigolait toujours mais le regarda et vit qu'il était sérieux.

« -Attends, c'est quoi ce délire ? Tom est à Paris.

-Non, je veux dire… il y a plusieurs mois, on a …été…. ensemble.

-Attends, c'est pas possible, Tom aurait jamais pu cacher ça… et puis, t'es gay toi ? » s'étonna Kévin qui ne comprenait plus rien.

Luis respira un grand coup.

« -Oui, je suis… gay. Et Tom t'a rien dit car je l'ai forcé à rien dire à personne.

-Tu l'as forcé ?

-Ouais, je l'ai forcé à mentir à ses amis, à sa famille.. et… j'ai essayé de le contrôler pour ça et humilié parfois…

-Tu lui as fait quoi exactement ? passablement en colère.

-Je lui ai fait croire que j'en avais rien à foutre de lui alors qu'il était amoureux de moi.

-C'était quand ça ? C'est pour ça qu'il avait quitté Eddy ?

-Ça a commencé en février. Je ne savais même pas qu'il était avec un autre mec, je l'ai jamais laissé assez me parler pour ça.

-Ça veut dire quoi ? il était quoi pour toi ? Ton… ton plan cul ?

-C'est ce que je lui disais… »

Kévin lui jeta un regard noir.

« -Mais c'était faux, tu dois me croire, j'aimais ton frère, je l'aime toujours d'ailleurs. Et…

-Attends, c'est quoi ton délire mec ? c'est pour ça que tu fais le sympa avec moi depuis le début ?

-Non, Kévin, ça a rien à voir. Je veux juste être honnête parce que je… on s'entend bien je crois.

-T'as fait quoi exactement à Tom ? attends, vous êtes plus ensemble depuis quand ?

-Début Juin.

-Putain mais c'est pour ça qu'il était si triste. Putain, j'ai cru que c'était dû à la mort de notre père mais c'était pas que ça… alors qu'il partait vers Paris, qu'il avait eu son bac, le concours du conservatoire, il avait des putains d'yeux tristes… Tu lui as fait quoi putain ?

-Je l'ai traité comme ma plus grande honte, je lui ai fait du mal, beaucoup de mal, je le sais, dans mes paroles… ma façon de me comporter… comme s'il n'était rien pour moi…

-Oh, je voulais me dire que t'avais changé, mais t'es vraiment un connard ! Tu le sais ça ? Faire ça à Tom quoi ! C'était pour qu'il te bouffe dans la main, c'est ça ? T'étais plus satisfait de le harceler t'es allé encore plus loin ? Et tu me dis que tu l'aimais ! Mais qu'est-ce qui va pas chez toi putain ?

-Attends. »

Kévin lui mit son poing dans la gueule et sortit en toute hâte.

Quand la grand-mère de Luis rentra des courses, elle trouva son petit-fils sur le canapé, game over affiché sur l'écran de la télé.

« -Luis…

-Je lui ai dit… et je crois que tu reverras personne ici avant longtemps.

-C'est son frère Luis.

-Je lui en veux pas. Il m'a foutu une droite, à sa place je m'aurais défoncé.

-Ne dis pas ça, ça demande beaucoup de courage ce que tu as fait là. Tu es en train d'évoluer Luis et j'en suis heureuse, vraiment et si Kévin ne peut pas voir ça car il est trop proche de Tom, tôt ou tard, quelqu'un le fera, tu t'ouvres aux autres Luis et c'est grâce à ça que tu évolues et que tu vas pouvoir vivre mieux…

-Si tu le dis… »

Le soir, Kévin lui envoya un message. Luis en fut extrêmement surpris.

« On peut se voir demain ? »

« Ouais. Quand et où ? »

« Commissariat. Je finis à 16h. »

« Ok »

Luis se sentit nerveux en allant au rendez-vous fixé par Kévin après sa journée à l'assoc. Au moins, il ne voulait pas le tuer, sinon il ne lui aurait pas donné un rendez-vous devant tant de policiers… En même temps, c'était ses collègues, ils le couvriraient...

« -J'étais hors de moi hier, commença-t-il devant le commissariat.

-Mon visage se rappelle.

-Et je regrette pas mon coup de poing.

-Ok, c'était pour ça que tu voulais me voir ? parce que crois-moi, je m'en doutais quoi.

-Non, j'ai parlé au capitaine et il m'a dit que j'étais aussi con que j'en avais l'air.

-Ça ressemble bien à Éric de dire ça.

-Ouais… mais sauf que pour une fois, il avait raison.

-Comment tu peux dire ça ? j'ai rendu ton frère malheureux.

-Oh Calimero, tu vas me laisser en placer une ? Ouais t'as été sûrement un beau connard avec lui et tu lui as fait mal et c'est mon frère et je pourrais vraiment faire du mal à celui qui lui en fait mais… je te vois et je sais que j'ai pas besoin de t'en faire, tu t'en fais tout seul. Je peux pas comprendre tout ce qu'il se passe dans ta tête mais parfois on peut s'en prendre aux autres quand on n'est pas bien. Mais Tom est mon frère et je peux pas… j'aurais l'impression de le trahir si…

-Je comprends.

-Ok. J'ai oublié ma veste chez toi, je crois, ajouta Kévin, gêné.

-Euh, peut-être j'ai pas fait attention, lui répondit Luis, la gorge serrée. Tu peux venir la récupérer si tu veux.

-Ok. »

Ils se rendirent chez Luis. Lorsqu'ils rentrèrent, Marc Careille les accueillit :

« -Bonjour Luis !

-Euh… pa….papa, qu'est-ce que tu fais là ?

-Moi aussi je suis content de te voir fils !

-Non, oui, je suis content, je…je savais pas que vous rentriez avec maman.

-On a voulu vous faire une surprise et arriver un peu avant les vacances des fêtes mais ta grand -mère n'est pas là. Et Sophie est partie voir sa mère. »

Puis, se tournant vers Kévin :

« -Vous êtes un ami de la fac de Luis ?

-De la fac ? se mit à rire Kévin. Non, moi la seule fac où j'ai mis les pieds c'était pour aller draguer. »

Il se reprit quand il vit que ça ne faisait pas rire le père Careille.

« -Papa, Kévin Balesta, policier et Kévin, mon père, Marc Careille.

-Policier ? Pourquoi vous êtes avec mon fils ?

-Il nous a aidé sur une enquête.

-Quoi ?

-Oui, c'est une longue histoire papa, récupère ta veste Kévin, tu dois sûrement y aller.

-Non, ça m'intéresse. En quoi Luis a aidé la police ?

-Ah, vo…votre fils a été exemplaire, il s'est servi de son service civique pour prendre des infos qui nous ont permis d'arrêter un homme monnayant des informations à un réseau de prostitution.

-Son service civique ? Quel service civique Luis ? Et la fac ?

-Oui, oui, il est à la fac bien sûr mais il… il a fait un service civique dans sa fac… tenta de rattraper le coup Kévin.

-Vous me prenez pour un idiot ? demanda avec mépris Marc. C'est quoi cette histoire Luis ? tu vas à la fac et à côté de ça tu perds ton temps à faire de la merde et à jouer les indics pour les flics ? Et tu vas les réussir comment tes examens ? Déjà que t'as presque pas eu ton bac !

-Ecoutez, ça a été un très bon travail de la part de votre fils. Mon supérieur n'a eu de cesse de faire des éloges sur lui, essaya Kévin de calmer les choses.

-Je vous ai sonné ? C'est à mon fils que je parle. S'il daigne me répondre un jour.

-Je suis pas inscrit à la fac ok ? Alors je risque pas de les réussir tes examens !

-Comment ça ?

-J'ai pris une année pour découvrir ce que je voulais faire.

-Non, mais tu es en plein délire Luis. Tu crois que je me décarcasse pour que tu te prennes des années sabbatiques ?

-Vous feriez mieux d'en parler calmement avec votre fils, Mr Careille, tenta Kévin.

-Mon fils ? mon fils ? Mais est-ce toujours mon fils quand il n'est jamais capable de faire les choses comme il faut une fois dans sa vie ? jamais premier en natation, mauvais élève, délinquant, le bac au rattrapage, et maintenant ça ? Mais que va devenir le nom de Careille ? s'époumona le père en prenant sa tête entre ses mains.

-Si je fais rien comme il faut, c'est peut-être parce que j'ai jamais fait ce que MOI je voulais !

-Comment oses-tu ? on t'a tout donné ta mère et moi. Tout ! et c'est comme ça que tu nous remercies ? Tu nous mens, tu te ridiculises ? tu nous ridiculises !

-Rien n'est jamais assez bien pour toi de toute façon. Et j'ai le droit d'être moi, pas toi ! je veux pas de ta vie, de ton job, c'est pas fait pour moi !

-Et quand est-ce que tu en parles Luis ? Quand est-ce que tu nous dis ce que tu veux ? Si tu sais ce que tu veux bien sûr !

-Ah oui, quand ? Vous êtes jamais là façon ! s'il n'y avait pas mamie, je serais seul en permanence ici !

-Tu veux faire ce que tu veux et tu te comportes comme un petit garçon ! Tu geins comme une petite fille même.

-Un petit garçon, une petite fille ? Non, j'ai toujours été ton projet, ta continuité, un Careille… mais jamais j'ai été un petit garçon dans cette famille….

-Tu es ridicule. Tu vas me faire le plaisir d'arrêter tes enfantillages et d'aller à la fac t'inscrire avant qu'il ne soit trop tard, si ça ne l'est pas déjà.

-Non.

-Non ?

-Non. »

Son père n'avait pas l'habitude d'entendre cela, ça se voyait.

« -Tu vas faire ce que je te dis.

-J'ai 18 ans et tu peux plus rien m'ordonner.

-Si tu ne vas pas à la fac, tu peux partir d'ici, je n'élèverai pas sous mon toit un futur chômeur, dit-il durement.

-Alors je pars. »

Il se mit à rire.

« -Tu es vraiment ridicule, quand je te le disais… Tu vas faire quoi ? Tu vas aller où ?

-Partout sauf ici. »

Luis se dirigea vers sa chambre, mit quelques affaires dans son sac, son chargeur de téléphone, des habits et se dirigea vers la porte d'entrée.

« Si tu franchis cette porte, tu vas détruire ta mère, Luis. »

Kévin regarda Marc Careille, profondément choqué. S'il n'avait plus osé intervenir dans cette querelle familiale, il ne plus put se taire :

« -C'est pas possible de dire ça à votre fils…

-Laisse tomber Kévin, se mettant entre lui et son père avant que Marc Careille ne s'en prenne à lui. C'est toi qui la détruis à petit feu… qui nous détruis tous à petit feu… »

Il suivit Kévin vers la porte.

« Je voulais pas le croire mais… c'est pourtant ça la vérité… »

Et Luis sortit, Kévin sur ses talons.

Ils firent la route à pied en silence jusqu'à ce que Kévin le rompe.

« -Tu vas faire quoi ?

-J'en sais rien, je voulais surtout mettre de la distance.

-Je comprends. Tu peux venir chez moi si tu veux. »

Luis se mit à rire amèrement.

« -Je suis sérieux, insista le policier.

-Il y a même pas une heure, tu voulais me sortir de ta vie et t'avais raison. Je suis un poison pour tout le monde. Pour Tom, pour ma famille, pour les autres.. tout le monde…

-Non, j'avais tort, j'avais pas compris tout ce que tu vivais…Et je crois pas que ce soit facile de vivre ce que tu vis.

-De quoi tu parles ?

-Tu sais de quoi je parle. J'imagine même pas ce que ça doit être de vivre avec ton secret avec ce père… comme tu dois te haïr…

-Je te fais pitié c'est ça, avec du mépris dans la voix.

-T'es pas vraiment le genre de mec dont on peut avoir pitié, non, faut pas exagérer. Mais je comprends mieux certaines choses. Et je te crois quand tu me dis que t'étais vraiment amoureux de Tom même si tu t'es mal comporté avec lui. »

Luis, le regardait, entre méfiance et envie, pour une fois, de croire en quelqu'un.

« Allez, viens chez moi je te dis, au moins le temps de poser les choses. »

Luis ne lutta pas, il était trop fatigué et un peu anesthésié de ce qu'il avait osé dire à son père. Mais pourtant c'était la vérité, il n'avait dit que la vérité, il le voyait à présent. Pendant toute sa vie, il l'avait défendu auprès des autres mais surtout dans sa propre tête, mais c'était fini…

Kévin le fit entrer dans son appart et l'amena pour qu'il pose son sac à la chambre. Chambre qu'il connaissait par cœur, même s'il n'y avait plus mis les pieds depuis des mois… elle lui rappelait tant de souvenirs... il se sentit mal et préféra s'installer dans le salon, même si le canapé aussi lui rappela Tom, leur première fois… Quand il sentit les larmes pointer, il chassa le brun de son esprit, il n'avait pas besoin de se souvenir de ce qu'il avait perdu, il avait déjà assez de souci comme ça. Sa grand-mère et sa mère l'avaient appelé. Il rappela sa grand-mère et la rassura. Il envoya un message à sa mère, il n'avait pas envie de lui parler et l'entendre prendre le parti de son mari, comme à chaque fois. Il n'avait pas bien dormi, et le lendemain il se réveilla aux aurores. Kévin commençait tôt de toutes façons. Laëtitia était arrivée au petit matin.

« -Oh, bonjour, je ne m'attendais pas à voir quelqu'un d'autre que mon fils. Mais, je vous connais, vous n'êtes pas un ami de Tom ?

-Oui c'est ça, s'empressa Kévin.

-Non, je suis Luis Careille », annonça Luis qui en avait marre de toujours mentir pour se protéger.

Laetitia tiqua, ce nom devait lui rappeler quelque chose. Puis il vit une expression d'horreur sur son visage

« -Ouais, je suis le mec qui a harcelé Tom à son entrée en seconde.

-Et tu me dis ça comme ça ? lui cracha-t-elle. Et toi tu l'invites là ? s'adressant à Kévin

-Maman, de l'eau a coulé sous les ponts depuis, avec Tom ils sont… cools… »

Luis et Laëtitia se retournèrent sur lui en chœur :

« -Cool ?

-Ouais, cool. Enfin, ça va mieux aujourd'hui. Et Luis est un pote, c'est mon pote », ajouta d'un ton beaucoup plus sincère Kévin.

Un sourire naquit sur les lèvres de Luis, qu'il ne put empêcher, reflet d'une éclaircie qu'il ressentit dans son cœur.

« -Ok.. je comprends rien, mais ok. Si tu le dis. Alors, bienvenue Luis… Enfin, je crois…

-Il va rester là quelques jours..

-Non, je vais aller chez ma grand-mère, je veux pas vous déranger. Merci encore Kévin, c'était vraiment sympa. Merci madame. »

Luis récupéra ses affaires, les remercia à nouveau et quitta rapidement cet appartement qui lui rappelait trop Tom. Il alla s'installer chez sa grand-mère. Il n'avait plus eu de nouvelles de son père mais ne comptait pas le rappeler il avait très mal parlé à sa grand-mère quand il avait su qu'elle avait aidé Luis.

« -Pourquoi tu lui as dit mamie ? il n'aurait jamais su.

-Je m'en fiche de ce qu'il pense, il a tort Luis . Je n'ai pas honte de t'avoir soutenu, au contraire. C'est lui qui devrait avoir honte qu'on ait dû avoir recours à de tels stratagèmes pour que tu puisses vivre juste comme tu le souhaites, faire tes propres choix.

-Et maman ?

-Elle ne va pas très bien, je ne te le cache pas. Il ne voit même pas à quel point il la stresse.

-Elle m'en veut ? s'inquiéta Luis.

-Non, Luis, elle ne sait pas comment faire, elle est perdue, mais elle ne t'en veut pas. Elle sait comment est ton père et elle te comprend.

-Mais elle n'est pas là avec nous, elle est avec lui, regretta le blond.

-Ça, malheureusement, je ne pense pas que ça change un jour. Mais je pense qu'elle peut lui parler, l'aider à se calmer. Je suis si fière de toi Luis, cela faisait longtemps que je voulais te voir tenir tête à ton père. Enfin, j'ai quand même raté la grande scène, il avait sa veine de la tempe qui sortait ? demanda avec humour Evelyne.

-Les deux. »

Ils s'éclatèrent de rire, ensemble sur le canapé du petit appartement d'Evelyne. Car dans tout ce merdier, il l'avait elle et ça, c'était précieux pour Luis.

Il avait passé les quelques jours suivants à travailler dur à l'association, à jouer de temps en temps en ligne contre Kévin et il était même allé chez lui l'aider à débarrasser sa cave. Ils étaient devenus plutôt proches, Kévin s'inquiétait de savoir ce qu'allait faire le père de Luis mais il ne s'était pas encore manifesté. Il savait qu'il était installé chez sa mère et ne tenait pas à aller la confronter pour le moment. Luis avait droit à quelques congés durant les vacances de fin d'année. Il alla chercher Kévin au commissariat pour l'aider à prendre un sapin car son pote Baptiste avec qui il le faisait d'habitude était trop occupé à pouponner a priori.

Il s'arrêta parler à Éric à son bureau quelques minutes en attendant le fils Balesta. Éric fut appelé à l'accueil et Luis se leva.

Quand il se retourna, il tomba nez à nez sur Tom…

Le brun avait les cheveux un peu plus courts que la dernière fois qu'il l'avait vu, il portait un élégant manteau, il était toujours aussi magnifique… peut-être plus encore…

Ils se regardèrent, yeux dans les yeux, en plein milieu du commissariat du Mistral, Luis oubliant tout autour de lui…

Au bout de quelques secondes qu'il leur fallut à chacun, pour absorber le choc et retrouver leur voix, ils s'exclamèrent tous les deux en chœur :

« Mais, qu'est-ce que tu fais là ? »

Bon, et bien j'espère que ça vous aura plu, désolée pour le cliffhanger mais c'était trop tentant de finir là-dessus j'aurais pu arrêter juste avant mais ça aurait été moins percutant….

J'ai bien aimé développer la relation Kévin-Luis. Ça faisait très longtemps que j'attendais ça ! en fait, j'avais bien aimé la scène à la terrasse je trouvais qu'il y avait un potentiel alors j'ai voulu l'exploiter. J'espère que vous avez aimé et à bientôt pour la suite !