Chapitre 13 :

« Mais qu'est-ce que tu fais là ? » en chœur…

Le cœur de Luis battait si fort, il en avait même peur que Tom l'entende…

« Tu m'attendais ? » lui demanda avec inquiétude Tom.

Cela agaça immédiatement Luis.

« Comment j'aurais pu savoir que t'étais sur Marseille ? On se parle plus depuis… »

Ils se fixèrent. Un silence… depuis leur rupture évidemment… Mais c'était trop dur à dire pour Luis..

« Ouais… Mais le hasard fait bizarrement les choses… tu crois pas …. bref… » se retournant et marchant vers un des officiers.

Luis se remettait doucement de sa surprise mais s'étonna un peu de voir Tom rebrousser chemin et reprendre contenance aussi vite.

« C'est tout ? Tu vas vraiment faire comme si tu ne m'avais pas vu et parler y'a deux secondes, c'est ça ? » ne put s'empêcher de lui demander Luis.

Il ne voulait surtout pas être agressif mais il ne pouvait pas s'en empêcher. Après tout, ce serait peut-être sa seule chance de parler à Tom. Celui-ci s'arrêta mais ne se retourna pas.

« Il y a du monde Luis, je pensais que tu préférerais », annonça Tom d'un ton sec, sans même le regarder.

Un coup bien placé et surtout bien mérité. On ne récoltait que ce que l'on semait… C'était bien ça qu'on disait…

« Oh putain de merde ! » entendit-il la voix de Kévin derrière son dos.

« -Salut Kévin ! s'exclama Tom avec un grand sourire et en lui faisant un petit signe et continuant d'ignorer superbement Luis.

-Salut Tom, se rapprochant. Salut Luis. »

Tom regarda son frère, troublé.

« Je rêve ou… tu n'avais pas rendez-vous avec lui quand même ? » désignant Luis du doigt.

Luis ne savait plus vraiment où se mettre, il sentait que cette conversation allait partir en live à un moment ou un autre.

« -En fait si.

-T'as fait quoi cette fois ? lui demanda Tom directement mais juste en lui jetant un coup d'œil.

-Je… »

Luis ne savait pas quoi dire, la vérité ? Et si Kévin ne le souhaitait pas ? Mentir ? à Tom ? Il n'en avait aucune envie.

« - Laisse tomber, je m'en fous en fait ! s'exclama Tom en haussant les épaules, toujours en fixant son regard sur Kévin.

-L'agresse pas Tom, c'est moi qui lui ai demandé de l'aide pour aller chercher notre sapin de Noël, avoua Kévin.

-Quoi ? hallucina Tom. De quoi tu parles ? Depuis quand vous vous côtoyez tous les deux ?

-Viens, on va parler au calme », annonça Kévin en l'amenant vers une salle d'interrogatoire.

Luis se demandait s'il devait suivre ou pas, les laisser entre frères ou avoir un peu de courage pour une fois et affronter Tom sans laisser Kévin tout seul face à son frère qui allait forcément se sentir trahi.

Il les suivit après un petit signe de Kévin qui finit de le convaincre.

Ils se retrouvèrent, debouts, face à face, à mutuellement se scruter. Enfin, Tom fixait Kévin uniquement et semblait ne pas vouloir regarder Luis dans les yeux.

« -J'attends Kévin, c'est quoi ce bordel ?

-Luis a été un indic pour nous.

-Un indic ? ne le regardant toujours pas.

-Oui, il nous a beaucoup aidés pour une enquête, expliqua le jeune flic.

-Donc, il venait t'apporter des infos… tenta de deviner Tom toujours en faisant comme si Luis n'était pas dans la salle d'interrogatoire avec eux. Et en même temps tu te sers de lui pour aller acheter un sapin ? Je comprends pas.

-Non, Luis nous a permis d'arrêter quelqu'un le mois dernier, » hésita Kévin.

Luis se sentait de plus en plus mal à l'aise. Il n'était pas prêt à voir Tom comme ça, froid et distant. La seule émotion légèrement perceptible : la colère contre lui. Et ça n'allait pas s'arranger avec ce qui arrivait…

« -Le mois dernier….

-Oui, Luis et moi, au cours de cette enquête, on s'est rapproché. »

Tom se mit à rire nerveusement.

« -Toi… tu t'es rapproché de lui ? Dès la première fois que tu l'as vu t' as eu envie de lui éclater la tête !

-Oui, parce qu'il te faisait chier et t'es mon frère !

-Et qu'est-ce qui a changé ?

-J'ai juste appris à le connaitre, on s'est bien marré au cours de l'enquête, franchement, ça s'est juste fait comme ça et je suis désolé Tom si ça te fait de la peine.

-Ça me fait pas de la peine », le coupa Tom un peu abruptement, cette fois-ci en regardant Luis comme pour mettre les choses au clair.

Luis n'avait plus le pouvoir de lui faire de la peine, c'était ça le message.

« -C'est juste que tu sais pas tout.

-Si tu veux parler du fait que vous étiez ensemble, si je le sais.

-Quoi ? demanda Tom avec un air stupéfait en ramenant son regard vers son demi-frère.

-Luis a été honnête et m'en a parlé, et il m'a dit aussi qu'il avait vraiment joué au con avec toi. »

Se retournant vers Luis :

« -Non, mais j'hallucine, tu m'as fait des crises terribles pendant trois mois pour que je ne dise rien à personne, tu m'as obligé à mentir à Mila, à nous cacher comme des pestiférés et t'as rien trouvé de mieux que de parler de nous à MON frère ? Sans jamais te dire que c'était peut-être mon choix que de parler de ça à ma famille ou pas ? Mais comme d'habitude t'en as rien à foutre, tu fais tout comme tu veux toi ! explosa Tom.

-Non, j'ai juste pas voulu continuer à cacher la vérité à Kévin, alors qu'on commençait à s'apprécier c'est tout. Figure-toi que j'ai compris quelques trucs quand même de tout ce qui s'est passé entre nous.

-Et pourquoi mon frère ? C'est cool Luis que tu te rapproches de quelqu'un au point de lui faire ton coming-out mais juste mon frère, c'est pas un peu bizarre quand même ? C'est quoi le but ?

-Je l'ai pas cherché, je te le jure.

-Oui, bien sûr ! et tu t'es retrouvé à jouer les indics pour Kévin par hasard ? »

Luis accusa le coup. C'était normal que Tom soit en colère se répétait-il même si ça l'agaçait. Il ne pouvait pas le croire… ça avait l'air au-dessus de ses forces il pensait tout de suite qu'il avait tout orchestré. Bon en même temps il l'avait fait si souvent…

« -Non, j'ai rien cherché du tout, je me suis bagarré avec ton pote de merde là et comme j'avais déjà eu des problèmes avec les flics j'ai été obligé de jouer les indics.

-Théo ? C'est de Théo que tu parles ? S'énerva davantage Tom.

-Ouais, ton cher Théo… »

Décidément celui-là il fallait pas y toucher…

« -Qu'est- ce que tu lui as fait ?

-Moi ? Rien du tout, je lui ai rien fait du tout. Je peux rien lui faire de toute façon vu qu'il m'a fait chanter. Et je lui ai rien dit au début c'est lui qui m'a provoqué.

-Et c'est Théo qui t'a provoqué, bien sûr. C'est bien connu c'est jamais toi de toutes façons. Et c'est quoi cette histoire de chantage ?

-Oh, comme par hasard, il s'en est pas vanté de ça… pourquoi ça m'étonne même pas ? T'as qu'à lui demander. Juste t'en prends pas à Kévin, il a été super avec moi et je suis sûr qu'il n'a pas voulu te faire du mal. Continue à me détester, ça changera rien de toute façon, mais laisse le. Désolé pour ton sapin Kévin, mais y'a ton frère maintenant. »

Et Luis partit sans un regard en arrière.

Sorti du commissariat, Luis respira un grand coup pour se calmer. Ça aurait pu être encore pire… En même temps, c'était normal que Tom ne prenne pas bien l'amitié naissante entre Kévin et Lui. Mais Tom avait le don de réveiller sa colère, il appuyait toujours sur des points sensibles. Mais franchement, gâcher sa peut-être unique chance de lui demander pardon en lui répondant comme ça et en partant… Luis avait déconné, encore. Comme toujours avec Tom. Ou peut-être qu'il l'avait fait exprès… ça avait été dur de revoir Tom, comme ça, sans préparation, tant de temps après et avec ce ton si froid… il n'avait révélé ses émotions que lorsqu'il avait su qu'il avait parlé d'eux deux à Kévin. Pas un mot sur son texto de début novembre, pas de question sur ce qu'il avait pu traverser après avoir parlé avec sa grand-mère… Mais il s'attendait à quoi franchement ? Il avait fait souffrir Tom et celui-ci ne pouvait pas être heureux de revoir Luis. Ce n'était pas possible après tout ce qu'il lui avait fait. Il ne pouvait pas espérer lui avoir manqué comme le brun lui avait manqué… Il avait un peu pris l'air puis avait pris le chemin de chez sa grand-mère. La voiture de son père était garée au bas de l'immeuble. Il avait une envie folle de faire demi-tour mais il ne voulait pas laisser sa grand-mère seule avec lui, elle était âgée et lui avait déjà du assez la bousculer avec tout ce qu'il s'était passé depuis quelques mois, elle n'avait pas besoin que son propre fils vienne lui chercher des noises à cause de Luis en plus. Il monta jusqu'à son appartement et ouvrit la porte.

« -Ah, Luis, tu es enfin là ! s'exclama son père. Enfin, nous allons pouvoir parler raisonnablement.

-Raisonnablement avec ton débile de fils ? ça va être dur non ?

-Enfin, Luis, je n'ai jamais dit ça », s'exaspéra le père.

Non mais il lui avait tellement fait comprendre pensa Luis…

« Mais comprends-moi, tu m'as pris de court. En plus, tu as parlé de tout cela devant ton ami policier. Même si les petits agents ne sont pas les plus réputés, cela ne se fait pas, tu m'as fait, de plus, donner en spectacle. »

Cette remarque sur Kévin agaça Luis.

« Ah, oui, pardon, j'oubliais que les apparences c'est toujours ce qui compte le plus pour toi. »

Sa grand-mère lui fit un sourire de soutien.

« -Mais qu'est-ce que tu crois Luis ? C'est ma politique qui a toujours ramené l'argent de cette famille. Mon dur labeur. Et toi tu… je ne comprends même pas ce que tu veux faire en fait….

-J'ai été clair pourtant… Tu as décidé de tout pour moi tout le temps, la natation, maintenant mes études… et après ce sera quoi ?

-Je fais juste ce qu'il y a de mieux pour toi. Et je te trouve bien ingrat.

-Marc ça suffit ! s'exclama Evelyne. Luis n'est pas ingrat, Luis te demande juste de le laisser choisir ce qu'il veut faire de sa vie comme toi tu l'as fait. Qu'aurais-tu dit si on t'avait obligé de suivre une autre voie que celle que tu as choisie, ton père et moi ?

-Je n'ai jamais glandé dans une association de pédales sous prétexte de réfléchir à mon avenir ! »

Sa grand-mère allait réagir mais Luis la dissuada d'un coup d'œil. Elle avait l'air folle de rage. Luis se sentait mal, blessé. Mais il ne pouvait pas le laisser entrevoir. Si son père savait, ce serait la fin de tout.

«-Je sais Luis que tu fais ça pour te rebeller, pour m'emmerder dans mes croyances personnelles, mais je n'arrive pas à comprendre pourquoi ! C'est toi c'est ça ? S'adressant à sa mère. Qui lui monte la tête ? Luis ne m'avait jamais parlé comme ça avant. Depuis qu'il a passé autant de temps avec toi, il est… différent.

-Mais enfin, qu'est-ce que tu racontes ? S'offusqua Evelyne.

-Comment tu peux dire ça ? Mamie est juste là alors que tu es incapable de l'être et de me soutenir dans mes choix !

-Bien, je vais te laisser encore du temps pour réfléchir Luis, je vais faire un effort, soupira-t-il, mais tu rentres à la maison avec moi. Ta mère est bien trop triste à cause de toi.

-Non, je ne rentrerai pas tant que tu me parleras comme ça.

-Et si Sophie est trop triste de ne pas voir Luis, annonça sa grand-mère en soutien, elle est la bienvenue ici, toujours, contrairement à toi, mon fils, je t'ai assez entendu pour aujourd'hui », ajouta Evelyne d'un ton glacial.

Marc lui lança un regard noir mais ne rajouta rien et sortit sans un mot, ni pour sa mère, ni pour son fils.

« -Ça va Luis ?

-Je me serais bien passé de ça !

-Oui c'est sûr, mais n'écoute pas ton père, il ne comprend vraiment rien ! Un homme si intelligent et qui peut être si égoïste et borné qu'il en devient idiot… » s'exaspéra-t-elle.

Elle le fixa.

« -Mais tu étais déjà bien pâle quand tu es rentré.

-Oui, sûrement parce que j'ai vu Tom, avoua Luis.

-Tom ? » fut surprise sa grand-mère.

Elle eut un grand sourire.

« -Raconte moi, où l'as-tu vu ? Vous vous êtes parlés ?

-Au commissariat j'allais chercher Kévin pour cette histoire de sapin et je crois que Tom venait voir son frère aussi.

-Mince, il n'était pas au courant que toi et Kévin êtes copains ?

-Non, il l'était pas non ! Et il n'était pas non plus content de l'apprendre. Pas du tout… j'avais rarement vu la crevette aussi énervée. »

Enfin si, même plus encore, mais toujours contre lui et après qu'il ait vraiment fait des trucs ignobles.

« -La crevette ? demanda Evelyne, intriguée.

-Euh, c'est juste un surnom que je donnais à Tom, ça m'a échappé.

-C'est mignon.

-Non, pas vraiment, c'était surtout un moyen de ne pas l'appeler par son prénom. Et au début, de me moquer de lui.

-Alors pourquoi toujours l'utiliser ?

-Parce que c'était un peu devenu notre truc… je sais pas… J'étais le seul à l'appeler comme ça. Et ça me plaisait… » avoua Luis gêné.

Elle eut un petit sourire qui fit rougir Luis.

« -Tu as pu lui parler ?

-Pas vraiment…

-Ne me dis pas que tu t'es énervé Luis ? »

Elle le connaissait bien…

« -Pas vraiment mais je n'ai pas été hyper sympa non plus.

-Luis…

-Oui, je sais, mais avec Tom c'est….compliqué.

-Il doit être là pour les fêtes. Il faut que tu lui parles Luis.

-Pourquoi tu insistes comme ça ?

-Parce que ça te fera du bien et parce que je suis sûre que même si Tom était en colère, il sera content de voir tous les progrès que tu as fait et que c'est en partie grâce à lui, c'est important qu'il le sache.

-Et qu'est-ce que ça va changer ?

-Peut-être pas grand-chose, peut-être beaucoup de choses mais tu n'as pas envie de lui parler, de t'expliquer ?

-Si, bien sûr que si.. C'est juste que…

-Tu as peur ? »

Luis déglutit. C'était un euphémisme. Tom le terrifiait d'une certaine façon, il avait la capacité de le briser en lui… Et il ne supportait pas ça, pas du tout.

« Je sais ce que cela signifie quand tu ne réponds pas. Mais Luis, ne te laisse pas guider par ta peur et ne laisse pas passer cette occasion, il n'y en aura peut-être plus jamais d'autres, tu sais. Et vaut mieux vivre avec quelques remords qu'avec des regrets… »

Luis soupira, il savait qu'elle avait raison, mais il ne voyait pas comment faire.

Il envoya un texto à Kévin :

« Désolé de t'avoir planté pour le sapin. J'espère que t'as pu te réconcilier avec ton frère. »

Quelques secondes plus tard :

« T'inquiètes Tom est pas du genre à rester fâché longtemps. On a parlé tout va bien. A plus ! »

Oui Tom n'était pas ce genre-là, sauf avec lui. Mais il le méritait. Puis c'était injuste d'être en colère contre lui car Tom avait pris le risque de tomber amoureux de lui malgré tout ce que Luis lui avait fait.. Et ça ne lui avait pas vraiment réussi… C'était le moins que l'on pouvait dire…

Mais est-ce qu'il y aurait vraiment un « A plus » ou Tom interdirait ou déconseillerait à son frère de le fréquenter ? Non, ce n'était pas vraiment le genre de Tom mais en même temps, il avait senti quelque chose d'un peu différent chez le jeune homme. Il n'aurait su dire quoi mais il avait ressenti un truc.

Le soir, il tourna en rond dans son lit dans la chambre d'amis qu'il avait investi chez sa grand-mère. Revoir Tom avait été douloureux. Ce n'était pas vraiment comme s'il avait cessé un jour de penser à lui, ce n'était pas le cas mais le voir, là, juste en face de lui et ne pas pouvoir l'approcher, sentir cette distance entre eux… c'était extrêmement dur. Comment il allait gérer tout ça ? Et comment il allait gérer que même si jamais il le revoyait, qu'après les vacances il y aurait à nouveau plus de Tom ? Parce qu'il était clair que Luis l'aimait toujours et le revoir n'allait clairement pas changer cela, bien au contraire…

XXX

Maurice l'attendait à l'association et semblait dans tous ses états. Il n'avait pas l'habitude de voir son patron comme ça.

« -Qu'est-ce qu'il se passe ?

-Ah, Luis, nous avons trois nouveaux jeunes qui sont arrivés ce matin, annonça-t-il tristement.

-Et ? demanda Luis, curieux, car ce n'était malheureusement pas inhabituel.

-C'est juste… on est le 21 décembre… tu imagines, se faire jeter à la rue juste avant les fêtes de famille ? Ce sentiment d'abandon, de solitude… »

Les fêtes… avec la réapparition de Tom, il n'avait même plus pensé à ça ces derniers jours. Qu'allait-il faire ? Passer le réveillon de Noël qu'avec sa grand-mère ? aller tous les deux chez ses parents alors que son père n'acceptait pas ses choix ? Et si… et s'il le passait ici ? si tous ces jeunes étaient seuls, Maurice aussi, et lui aussi, alors pourquoi ne pas faire quelque chose tous ensemble ? Et ça l'empêcherait de se poser des questions. Est-ce qu'il serait accepté par sa famille pour les fêtes ou est-ce que lui-même voudrait les passer avec eux ? Et il éviterait en étant occupé de penser au beau brun à à peine quelques kilomètres de lui…

« J'ai une idée Maurice, on organise un réveillon à l'association. Pas un simple repas comme d'hab avec juste un morceau de bûche pourrav à la fin du repas. Comme ça personne n'aura à se sentir seul, on sera tous ensemble.

-Luis, c'est super, mais, il nous faut de l'aide pour ça et je ne peux pas demander à mon personnel à trois jours de Noël de venir, ni aux bénévoles qui consacrent déjà tant de temps toute l'année à l'assoc sur leur temps personnel, de rater les fêtes avec leurs familles. Habituellement, ce soir-là, il n'y a que moi.

-Ben, moi je serai là.

-Luis…

-Je serai là, on organise tout, on aura besoin d'à peine quelques bénévoles le soir-même et je pense que Colette et Amir déjà seront partants, ils n'ont pas de famille ici, réfléchissait Luis. Et je peux demander à une ou deux personnes. Le seul souci, c'est le budget.

-Ça, limite, je me débrouille, s'enthousiasma Maurice.

Il appela tout de suite Chantal à l'accueil pour inviter tous les jeunes qui étaient également hébergés dans les logements d'urgence ailleurs qu'à l'association.

« Tu m'étonneras toujours Luis… » avec un sourire chaleureux.

Les yeux du vieil homme pétillaient et ça fit chaud au cœur de Luis. Maurice était vraiment un homme bien.

Luis et Maurice organisèrent le déroulement de la soirée et firent une liste de courses. Ils iraient les faire la veille du 24. Luis alla déjà acheter des décorations supplémentaires au pauvre arbre de Noël installé à l'accueil. Il ramena tout à l'association et passa ensuite au commissariat en espérant cette fois ne pas tomber sur Tom. Même s'il y avait peu de chances, il n'y était toujours pas prêt.

« -Salut ! s'adressant à Éric.

-Ça y est on se quitte plus ? tu rentres ici comme dans un moulin maintenant !

-Comme si vous n'adoriez pas ça ! au moins je suis plus derrière les barreaux maintenant.

-C'est déjà pas mal, il y a du progrès. Qu'est ce tu veux ? t'es étrange, tu souris pas comme ça d'habitude. Tu veux me demander quelque chose.

-Vous êtes pas flic pour rien, quel flair capitaine !

-Et maintenant la flatterie, ça doit être du lourd !

-Vous faites quelque chose pour le réveillon de Noël ?

-J'ai une gueule à aller me mettre des oreilles de rennes sur la tronche ?

-Pas vraiment non, vous travaillez ?

-Non, ils ont pas voulu, la hiérarchie m'a dit que cela faisait trop d'années qu'on n'avait pas tourné avec les collègues et que je devais prendre des congés. Des congés putain ! Tu bosses pas ça va pas, tu bosses ça va pas ! cria-t-il vers Patrick Nebout qui passait à côté de lui.

-Ok, il y a de l'eau dans le gaz à la police ? »

Éric lui fit un signe de la main l'air de dire laisse tomber.

« -Bon, t'accouches qu'est ce que tu veux maintenant que tu sais que je suis libre comme l'air ?

-Que vous veniez nous aider à l'assoc.

-A l'assoc ? ça fait un bail que j'y ai pas été.

-Ce sera l'occaz !

-T'as pas des amis pour t'aider sérieux ?

-Non, pas vraiment non », murmura Luis, d'un air triste.

Éric parut s'être aperçu de sa maladresse :

« -Ça va blondie, je vais venir t'aider !

-Hey, m'appelez pas comme ça, ça va pas ! s'insurgea Luis.

-T'aimes pas Blondie ? s'esclaffa Eric.

-Pff, vous êtes con, vraiment con des fois.

-Mais tu vas voir je suis un aussi bon bénévole que je suis bon flic ! »

Kévin arriva derrière eux :

« -Vous, un bon bénévole ? Un bénévole pour quoi ? Vous allez encore aider à écrire un roman érotique ?

-Quoi ? se réjouit Luis.

-Putain, Balesta, tu vas me le payer ça.

-C'est quoi cette histoire Kévin ? S'excita Luis.

-Blanche Marci ? Tu vois ?

-Ouais, la prof de français…

-Elle écrit des romans et elle en a écrit un inspiré d'Éric, chaud, chaud, chaud!

-Nooooon ! s'exclama Luis mort de rire.

-Allez cassez-vous là, vous avez pas du travail au lieu de piaffer !

-Moi, je bosse pas ici, j'ai tout mon temps… s'amusa Luis.

-Fais pas le malin blondie !

-Blondie ? J'adore ! » se mit à rire Kévin.

Ils s'éloignèrent du bureau d'Éric qui secouait la tête.

« -Comment tu vas, du coup on s'est pas vu depuis… commença Kévin, redevenant sérieux.

-Le retour de Tom ? Ouais, mais c'est mieux comme ça.

-Il a compris tu sais.

Ça veut pas dire qu'il veut me voir venir chez toi non plus, hein. Il a quand même cru que j'avais fait exprès de me lier à toi pour garder un contact avec lui.

-Ouais mais faut le comprendre aussi.

-Je dis pas que je le comprends pas, je dis juste que c'est pas une bonne idée que je traine trop dans tes parages tant qu'il est là. Tu… tu veux peut-être plus me voir après non plus ? osa Luis, anxieux.

-Tu déconnes, Tom me demanderait jamais un truc comme ça ! Et je sais tout ce que j'ai à savoir Luis, alors pourquoi quoi que ce soit changerait ?

-Ok », lança Luis, soulagé.

Il regarda l'heure :

« -Faut que j'y ailles. Salut Kévin, à bientôt !

-A bientôt ! »

Sur le chemin pour retourner à l'association, il appela Samira.

« -Sa..salut !

-Oui ?

-C'est..c'est luis.

-Luis ? un peu surprise. Je suis contente de t'entendre.

-Je.. je voulais savoir si tu voulais.. enfin, se reprit Luis se disant que ce qu'il commençait à dire pouvait être mal interprété, surtout avec son ton hésitant. Il avait vraiment l'air d'un débile.

-On organise une soirée le 24 à l'assoc pour tous les jeunes et je me disais que si jamais tu en avais envie, tu pourrais venir nous aider.

-C'est super chouette Luis, j'en suis, en fait j'en étais déjà avant que tu appelles, Maurice m'en avait déjà parlé.

-Ah, c'est…c'est cool. A jeudi alors !

-A jeudi Luis et je suis contente que tu aies pensé à moi.

-Salut ! »

Et il raccrocha. C'était toujours bizarre avec Samira mais il était content d'avoir osé.

Quand il rentra chez sa grand-mère, il lui parla de la soirée du réveillon.

« -C'est une super idée Luis.

-Ouais, je dois avouer que ça me permet surtout de garder l'esprit occupé.

-Tu n'as toujours pas contacté Tom ?

-Non, je peux pas faire ça. Tom veut pas me parler, il a été très clair.

-Luis…

-Mamie, changeant de sujet, est ce que tu voudrais venir nous aider à l'association le 24 ?

-Ça aurait été avec plaisir Luis mais ta mère m'a appelée. Elle voulait qu'on vienne le soir du réveillon.

-Et tu vas y aller ?

Moi oui, je lui ai dit que je t'en parlerai mais que tu déciderais toi-même de ce que tu ferais. Mais maintenant que tu as prévu tout ça…

-Ouais… Non, je n'ai pas envie de passer la soirée ni à me disputer avec mon père, ni à faire semblant que tout va bien. Mais je suis content que tu y ailles, que tu voies maman.

-Je t'avoue que j'y vais surtout pour voir comment elle va et pour parler un peu avec elle.

-Merci mamie. »

XXX

Luis fut bien occupé durant les jours qui suivirent entre la déco, les courses avec Maurice, les préparatifs du repas avec le cuisinier, l'organisation de quelques animations, la mise en place… il n'avait pas chômé.

Le 24 décembre était là. Luis avait l'impression d'avoir des dizaines de choses à gérer mais il devait avouer qu'il trouvait qu'il avait vraiment du sang-froid, il supportait plutôt bien la pression. En même temps il avait vécu en mode cocotte-minute toute sa vie. Et il n'avait pas vraiment le temps de penser à Tom et ça c'était un avantage non négligeable. Il avait fini la préparation avec le cuisinier qui partait à 17h pour rejoindre sa famille et avait bien retenu toutes les instructions de cuisson et de réchauffage. A 18h, Éric arriva, Maurice avait l'air content de le voir et Éric, bien qu'il ne fût pas hyper expressif, avait un sourire discret qu'il avait rarement vu chez le flic. Il les laissa discuter un peu et briefa Éric sur les animations. Il avait été scandalisé !

« -Vraiment ? tu penses que je suis le bon gars pour lancer les animations ? lui demanda un Éric totalement blasé.

-Non, mais j'ai personne d'autre sous la main, lui lança Luis tout sourire

-Je suis pas en service petit con, tu vas voir ce que tu vas voir ! Toi, ce soir tu vas comprendre ce que c'est que de te foutre de ma gueule !

Luis repartit vers la cuisine en riant, il aimait vraiment bien ce flic bougon. Et gay… il avait du mal à l'imaginer mais pourtant.

Samira prépara le buffet pour l'apéritif. Il avait ensuite demandé à Éric de surveiller avec Maurice que les mineurs ne boivent pas d'alcool.

« -Quel homme raisonnable ! Tu as pensé à tout !

-Ouais, j'ai surtout pas envie de ramasser du vomi partout ce soir et quand on n'a pas l'âge de boire de l'alcool c'est souvent qu'on se met d'équerre quoi.

-T'en sais quelque chose.. avec un sourire. Donc, grosso modo, tu veux que je passe ma soirée à jouer les flics chiants avec ces jeunes ?

-Vous avez l'habitude…

-Ah ah très drôle. Et qu'après je m'occupe des animations remise de cadeaux et dj pour danser c'est ça ?

-Ça va être génial !

-Tu leur en veux à ces jeunes ou quoi ?

-Ça va bien se passer je vous dis ! s'exclama Luis en haussant les sourcils.

Et effectivement, tout se passait bien. Luis avait fini le plus gros en cuisine et Éric n'était finalement pas si mal en animateur de soirée. Il faisait les annonces au micro de la suite de la soirée et se montrait plutôt drôle. Il y avait une bonne ambiance et les jeunes semblaient heureux de discuter ensemble, de ne pas passer cette soirée seuls. Mission accomplie.

Samira avait débarrassé les plats des entrées et installé le plat de résistance, elle était au top. Elle lui fit un étrange sourire qui le perturba. Mais il n'eut pas le temps de se poser plus de questions, car Maurice avait disparu depuis un bon petit moment. Il voulut aller voir s'il était dans son bureau mais le vieil homme arriva dans la grande salle du repas avant. Et il n'était pas seul. A la stupéfaction de Luis, Tom l'accompagnait. Et ils se parlaient comme s'ils se connaissaient depuis des années, Tom faisant de grands gestes enthousiastes et Maurice riant.

Ok… Il voyait Tom partout ou quoi ? pourtant Luis n'avait pas bu. Mais il était peut-être temps. Non, c'était bien Tom, habillé tout en noir, plus séduisant que jamais, qui riait avec Maurice. Luis se dirigea vers le buffet et attrapa une bouteille de vin. Il se servit un verre. Puis un autre. Et un autre.

« -Ooooh, c'est toi qu'il va falloir que je menotte au radiateur pour t'empêcher de boire ? L'engueula Éric.

-Non, ça va, je bois juste quelques verres pour me… donner un peu de courage.

-De courage ? Mais t'as géré comme un chef Luis, c'est, ça me tue de le dire, hein, mais c'est super comme soirée. Et on voit que ça fait du bien à ces jeunes…

-Hum…Le mec avec Maurice…

-Ouais, dit Éric, en avalant une olive et se retournant pour mieux voir l'autre bout de la salle.

-C'est Tom, mon ex, avalant cul sec un autre verre de rosé.

-C'est pas vrai !

-Si, je com…comprends pas pourquoi iiiiil est là… et …et…

-Et va falloir t'arrêter de bégayer parce qu'il arrive droit vers toi, lui arrachant la bouteille de vin des mains et arrêter de boire aussi, avec les ex, c'est mieux de rester sobre, lui lança Éric avec un clin d'œil.

« Sa…salut ! hésita Luis.

-Salut Luis.

-Je vous laisse, et à très vite Tom », annonça Maurice.

Non, non, non, non, pourquoi Maurice partait…. Se retrouver seul avec Tom… c'était un rêve et un cauchemar, les deux à la fois.

« -Qu… Qu'est-ce que tu fais là ?

-C'est Kévin qui m'a amené ici avant de prendre son service.

-J'ai rien à voir avec ça hein, s'empressa de dire Luis. Je savais même pas que Kévin savait pour le réveillon. C'est Éric qui a dû lui dire.

-Je sais, ça va, je deviens pas parano non plus. Même si je sais que tu es capable de bien des plans, je sais que mon frère n'aurait jamais été ton complice.

-Pour…pourquoi Kévin t'a amené ici ? éludant les paroles douloureuses mais vraies de Tom.

-A ton avis ? Il voulait pas que… je rate ça.

-Et tu savais que je serai là ?

-Oui, bien sûr. il m'avait dit que c'était ici que tu évoluais et que tu serais là ce soir vu que c'était ton idée. Je dois avouer que ça m'a peut-être encore plus surpris que de te voir pote avec mon frère. Luis Careille servant des repas à des jeunes homos et trans qui ont été chassés de chez eux, je me suis demandé dans quel monde parallèle j'étais tombé…

-Je comprends que ça te… te fasse bizarre et c'est plus un.. concours de circonstances qu'autre chose. »

Luis était hésitant presque bégayant être avec Tom le rendait hyper nerveux. La proximité du brun, même s'il ne s'approchait pas trop près, était difficile à supporter. Parce qu'il se rappelait qu'il ne pouvait pas le toucher, l'embrasser, il n'en avait plus le droit. Bien que de toutes façons, il n'aurait jamais fait ça devant autant de monde, devant qui que ce soit pour être honnête. Mais il en avait envie…

« C'est pas ce que m'ont dit Samira et Maurice. »

Luis comprenait mieux pourquoi Samira avait eu ce petit sourire… Elle avait rencontré Tom. Il se demanda ce qu'ils avaient bien pu se raconter ces deux-là.

« Tu viens, on va s'assoir là-bas ? » lui demanda Tom en désignant les deux bancs un peu éloignés de la table, vers les platines DJ.

Luis acquiesça, se dirigeant vers les bancs. Il s'assit, Tom aussi, mais à bonne distance.

« J'ai… pas mal discuté avec eux. Et je me suis dit qu'ils avaient de la chance de connaitre ce Luis Careille là, annonça Tom les yeux tristes… Un peu lointains aussi…. J'aurais aimé moi aussi que tu me laisses le connaître vraiment. »

Sa voix se brisa sur ces derniers mots et cela brisa le cœur de Luis. C'était dur d'avoir Tom si près et si loin à la fois. Et de l'entendre dire ça. C'était pire que sa colère, la colère il connaissait bien ça, il pouvait gérer. Mais la tristesse, l'amertume… c'était bien pire…

« -Je… je sais pas quoi te dire Tom.

-Tom… dit celui-ci un peu rêveur mais surtout…. Triste. Tu m'appelais jamais Tom.

-Non, bien sûr que non, c'était… trop.

-Trop ?

-Trop intime, murmura Luis, en baissant les yeux.

-On a fait des choses bien plus intimes.. » rit amer Tom.

Un silence.

« -Ça me fait…bizarre, d'être là, avec toi. Alors que je m'étais juré de ne plus jamais te parler Luis. Et… C'est pas facile, pour moi, d'être là ce soir.

-Je sais. Je sais. Alors pourquoi tu le fais ?

-Parce que j'aimerais comprendre comment t'en es arrivé là… »

Il allait devoir parler. Luis allait devoir s'ouvrir un peu à Tom. Sinon, celui-ci repartirait aussi sec, il le savait.

« -Quand je t'ai envoyé ce message, c'était pas… c'était pas un moyen de… te contacter, de pas respecter ce que tu voulais, c'était juste la vérité, je voulais te remercier. Je voulais que tu le saches.

-J'ai surtout vu que ta grand-mère t'avait dit que j'étais venu.

-Ouais, mais ne lui en veux pas. Elle ne l'a pas fait pendant longtemps mais après, après que tu…m'aies …quitté, ça…j'ai…ça a été une période difficile. Et ta visite, ça l'a aidé à comprendre ce qu'il fallait qu'elle fasse pour m'aider je crois.

-Et c'était quoi la clé magique ?

-Y a pas de clé magique Tom. Et je suis toujours pas prêt à m'afficher au grand jour, ici personne ne sait, chuchota-t-il. Donc tu vois bien, y a pas de magie..

-Mais tu vas mieux. Ça se sent tout de suite. Je sens pas toute cette colère chez toi…

-Ouais, faut dire qu'elle y est allé fort ma grand-mère et j'ai été… comme avec toi, terrible... Mais elle a résisté, elle s'est pas laissé faire et elle m'a contré. Mais elle a été un soutien sans faille surtout.

-Contrairement à moi. J'ai jamais su te contrer, aller à l'encontre de ce que tu voulais ou plutôt exigeait.

-C'est pas vrai, t'as fini par y arriver, murmura tristement Luis.

-Ouais. Je… Je suis content pour toi Luis.

-Vraiment ? » demanda Luis en s'approchant de lui.

Tom sursauta et se serra vers le mur. Loin de Luis. Ça lui faisait mal. Mais il comprenait.

« -Bien sûr, c'était le but en allant voir ta grand-mère, que quelqu'un fasse ce que je n'étais pas arrivé à faire du tout.

-Ça c'est n'importe quoi Tom. Parce que j'aurais pas pu autant… avancer si t'avais pas été aussi honnête avec moi et si t'avais pas.. eu le courage de faire ce que t'as fait.

-Quoi ? parler à Evelyne ?

-Non, me quitter », murmura Luis, la voix brisée.

Tom le scruta du regard, cherchant à voir si Luis était sincère. Il dût se dire que oui car il eut un ton un peu plus léger même s'il cachait une âme en peine, lorsqu'il déclara :

« -Waouh ! On s'est plus parlé ce soir en même pas vingt minutes que lors de toute notre… « relation ». Je sais même pas si on peut dire que c'est une bonne chose, ça a un côté tellement… tragique… je pourrais presque le jouer dans mes cours, essaya de plaisanter Tom les larmes aux yeux, tout en se levant.

-Tu t'en vas ? Demanda Luis d'un ton qu'il aurait voulu moins… désespéré.

-Non, pas tout de suite, je suis là pour donner un coup de main tant qu'à faire. C'est formidable ce que fait cette assoc et Maurice m'a dit que ce soir avait lieu beaucoup grâce à toi t'as eu une belle idée, Luis.

Le blond se leva à son tour et se dirigea vers la cuisine.

« -Et ta belle-mère ? Elle est où du coup si Kévin travaille et que toi t'es là ? changeant de sujet.

-Ben au départ, je ne devais pas rentrer pour les vacances donc Laetitia avait fait d'autres plans vu que Kévin travaillait cette année, expliqua Tom en marchant vers la cuisine.

A la grande surprise de Luis, il lui donna un coup de main pour la vaisselle.. Ils n'étaient pas seuls, Colette les aida, ils formèrent une chaine pour laver, rincer, essuyer. C'était très étrange pour lui de faire ça avec Tom ici, dans cet endroit si familier aujourd'hui et en même temps, c'était naturel d'être avec lui, ça l'avait toujours été. Quand ils finirent, ils rejoignirent la grande salle où Éric avait lancé un karaoké. Ce n'était pas prévu ça. Éric improvisait et Luis ne savait pas si c'était une bonne chose ou pas. Il décida que oui lorsque le flic chanta « allumer le feu » avec Igor, Julie et Hervé, trois jeunes de l'association.

« -C'est… pas le patron de Kévin ? demanda Tom.

-Si, c'est lui, répondit Luis en sortant son téléphone pour filmer.

-Faut que j'envoie ça à ton frère ! -Faut que j'envoie ça à mon frère ! » en chœur.

Ils se regardèrent, un peu gênés.

Ils restèrent non loin de l'autre, en silence, le temps de la chanson, tout en filmant la scène délirante qui avait lieu devant leurs yeux.

Jusqu'à ce que Tom ne rompe le silence :

« -Samira m'a parlé de ce que tu avais fait pour elle pendant tes TIG, il y a deux ans.

-Ah bon ?

-Oui, en fait j'ai été étonné qu'elle parle en bien de toi alors qu'elle est clairement trans. Et elle m'a expliqué que oui elle comprenait mon étonnement, que tu lui avais parlé de ce que t'avait fait à Antoine. Et elle m'a raconté que tu l'avais sauvée…. C'était… touchant. Du coup, j'ai pas arrêté de me dire… tu étais sincère quand tu t'es excusé auprès d'Antoine à cette rentrée, n'est-ce pas ?

-Qu'est-ce que tu cherches à savoir Tom ? Si je suis toujours la pourriture que j'ai été avec toi ou si j'ai vraiment changé cette fois ? Je suis toujours le même. Avec ce que tu as connu de pire et ce que tu as vu en moi que je ne voulais surtout pas te montrer. A personne, d'ailleurs. Et que parfois j'ai encore dû mal à… ARGH ça m'énerve, j'aime pas ça putain, j'aime pas… avoir l'air aussi… Faible… je sais que j'ai tout gâché Tom, je suis pas con je sais. Je peux même pas te dire à quel point je regrette… Et pourtant, je sais que ça change rien à ce qu'il s'est passé, au mal que je t'ai fait et je sais même pas comment tu peux encore me parler.

Peut-être que j'ai besoin de savoir… qu'au final, il est ressorti du positif de tout ça…

Luis le regarda, ils étaient tous les deux tristes, c'était évident. Il voulait lui demander pardon, c'était le bon moment.

Quand la voix d'Éric au micro résonna :

« Et ce soir, pour le dernier karaoké de la soirée, je voudrais qu'on encourage bien fort ceux sans qui rien n'aurait eu lieu ce soir : Maurice Truelle et… Luis Careille ! »

Luis hallucina. Quoi ? Non, mais c'était pas possible, hein, Eric pouvait pas lui faire ça !

« -Je crois qu'on t'appelle Luis, se moqua légèrement Tom, apparemment soulagé que ça leur laisse un peu d'espace.

-Non. Non, non,non.

-Ah si ! s'écria Éric en s'approchant, fais pas ton timide, Luis !

-C'est… c'est pas possible de faire ça.

-Je vais me gêner ! Je t'avais dit que j'allais te faire regretter de te moquer de moi Luis, ce soir, lui chuchota Éric dans l'oreille. Et encore sois heureux que je ne t'ai pas choisi « YMCA » comme chanson ! Ou « call me » de Blondie !

« Une chanson, une chanson ! » s'exclamaient tous les jeunes.

« -Allez, tous vos applaudissements pour nos deux supers bénévoles. Le président et son acolyte ! lança au micro un Éric qui buvait du petit lait.

-Je vais te tuer Éric, je vais te tuer ! oubliant le vouvoiement au passage.

-Menace à un policier, ça va plus Luis… ça va plus… »

La musique lancée, Maurice sauta devant la télé, le vieil homme avait de la ressource !

« Quelque chose en toi ne tourne pas rond, un je ne sais quoi qui me laisse con ! »

Oh non, Maurice s'approchait de lui, chantant comme une casserole : « rien ne t'affole »

« Allez Luis ! »

« Car c'est vraiment toi » chanta très faux Luis, mal à l'aise.

Comment d'autres pouvaient se montrer aussi ridicules ? Luis ne savait pas assumer d' être ridicule, il en avait bien trop peur. Ça sortait beaucoup trop de sa zone de contrôle. Il restait figé, à côté d'un Maurice survolté « rien ne t'affole et j'aime encore mieux ça ! »

« J'adore ça ! » les rejoignit en chantant Éric.

« Ça c'est vraiment toi ! oui oui ça, c'est vraiment toi ! ça ça c'est vraiment toi non non non ça c'est vraiment toi ! ça ça se sent ! »

« Ça ça ! » Luis ne disait plus que les « ça », c'était facile au moins. Puis, personne ne faisait attention à lui avec les deux vieux survoltés de toute façon. Personne, sauf Tom bien sûr. Qui le regardait de loin, ne le lâchant pas du regard. Que pouvait-il penser de Luis ? De tout ça ? Il aurait tant aimer être dans sa tête. Ce que Tom avait souvent dû penser de lui aussi avant…

Enfin, la chanson se termina sur « rien d'autre que toi » qui faisait un peu trop écho à Tom pour Luis, surtout que leurs regards s'étaient croisés juste à ce moment-là.

« Merci à tous ! » s'exclama Éric au micro.

Maurice fit un petit discours de remerciements à la fin et petit à petit, la salle se vida.

Tom aida à débarrasser et ranger mais resta un peu loin de Luis. Était-ce la fin de la chanson ? Ça l'avait gêné ? S'était-il senti trop agressé par Luis ? Était-ce juste les souvenirs qui remontaient forcément à la surface ?

Il vit Tom parler à Maurice et remettre son manteau et son écharpe. Luis s'approcha de lui, le rejoignant dans le couloir.

« -Tu pars ? la détresse évidente dans la voix.

-Oui, il est tard.

-Oui. C'est vrai. Merci d'être venu aider.

-C'était une chouette soirée. Merci à tout le monde, c'était cool.

-J'aimerais…j'aimerais te revoir Tom, alors que celui-ci se retournait.

-Je sais pas si c'est une bonne idée Luis. Annonça-t-il, toujours de dos.

-Il y a vraiment des choses dont j'aimerais te parler, j'ai pas eu le temps ce soir mais... c'est important. »

Tom soupira :

« Je vais y réfléchir. »

La voix de tom était si triste…

« OK. Merci. »

Et Tom s'éloigna, Luis avait vraiment peur que ce soit la dernière fois qu'il le voyait… Combien de fois il devrait vivre ce moment où Tom le laissait seul dans un couloir ?

XXX

Luis était rentré le 25 décembre à 6h du matin, après tout le nettoyage. Il s'était couché direct et ne s'était levé qu'à midi. Sa grand-mère lui raconta son réveillon avec ses parents. Elle avait pu parler à la mère de Luis et elle le soutenait. Elle avait pris son parti face à son mari.. Evelyne avait parlé de l'initiative de Luis et Sophie avait été fière de lui. Ils avaient beaucoup discuté et, convaincu par sa femme, Marc avait accepté d'écouter Luis. Il avait vraiment envie de revoir son fils. Ils y allèrent le soir-même pour fêter Noël. Luis était très nerveux mais il était vraiment ravi de voir sa mère et elle ne semblait pas trop mal. Ils avaient passé une bonne soirée. Mais ils avaient évité tous les sujets sensibles. Quand Sophie amena la buche au champagne, son père porta un toast.

« à la famille ! »

« à la famille ! » répondirent-ils tous en chœur.

Marc proposa à Luis de le laisser finir son service civique et lui laisser ce temps pour se décider sur son avenir.

« Tu avais raison, Luis, il est important que tu choisisses toi-même ce que tu souhaites faire pour le faire bien. Nous avons beaucoup parlé avec ta mère, et je crois que je me suis laissé emporté par mon envie de te voir réussir. Alors, nous attendons tes choix avec…impatience. »

Luis n'avait aucun moyen de savoir si son père disait vrai. Il avait envie d'y croire mais quelque chose était bizarre, il y avait à peine quelques jours, il voulait presque le déshériter et là, il acceptait… Mais sa mère fit quelque chose qu'il ne l'avait jamais vu faire : un clin d'œil à sa grand-mère lorsque son père avait eu le dos tourné.

Puis elle lui dit :

« J'aimerais beaucoup que toi et Evelyne reveniez à la maison… »

Luis décida de faire un pas vers eux, ils étaient ses parents après tout, imparfaits mais il n'avait rien à dire, il était le pire de tous, et accepta.

Luis passait beaucoup de temps à l'association durant ces vacances, il avait remarqué que les jeunes, depuis la soirée, étaient venus plus nombreux sur ses animations sportives et lui disaient bonjour plus facilement. Il leur paraissait moins replié sur lui-même depuis.

Alors qu'il préparait le lundi son matériel pour la semaine, il vit arriver Tom. Il en laissa tomber ses ballons de handball. Tom l'aida à ramasser.

«- Tu venais me voir ?

-A vrai dire, je venais voir Maurice. Mais je me doutais que tu serais là et comme tu voulais me parler… je me disais qu'après, on pourrait discuter un peu.

o…ok. Ouais, cool. Tu dois voir Maurice, je savais pas. »

Tom lui fit un léger sourire et se dirigea vers le bureau du vieil homme.

Luis se demandait comment aborder les choses avec Tom. Et que pouvait-il bien faire avec Maurice ? Il n'avait pas beaucoup de temps pour réfléchir à ce qu'il allait lui dire et comment, car Maurice était un type efficace qui n'aimait pas perdre du temps en parlotte. Et en effet, vingt minutes après, Tom sortait de son bureau. Ils s'installèrent à une table un peu éloignée des autres dans la salle du repas. De toutes façons, à cette heure-là, il n'y avait pratiquement que Maurice à l'association. Luis leur avait servi deux chocolats chauds. Ils burent en silence. Jusqu'à ce que Tom en eût marre :

« -Je croyais que tu voulais me parler Luis…

-Euh, oui… »

Tom attendait mais Luis avait dû mal. C'était dur de parler à Tom, ça l'avait toujours été, ça avait même été impossible. Mais il en avait envie, il le lui devait.

« -Ok… s'agaça Tom qui se leva.

-Tu me manques putain ! sortit Luis sans le vouloir, c'était pas ce qu'il comptait dire.

-Luis, je suis pas venu ici pour ça…

-Je sais, je suis désolé, c'était pas ça que je voulais dire, même si c'est la vérité. Je veux.. te demander pardon. Pardon pour le mal que je t'ai fait. Tout le mal que je t'ai fait. »

Tom se rassit, le regardant, attendant la suite.

« J'ai beaucoup réfléchi à tout ce qu'il s'était passé entre nous et… ce que je t'ai fait quand t'es arrivé au lycée… je comprenais pas mais tu m'obsédais complètement et ça me mettait la haine Tom, la haine comme je l'avais jamais eue. Et c'est pas une excuse parce que je t'ai fait des trucs que j'avais fait à personne et que tu… méritais pas. Les photos de ta mère, je m'en veux toujours pour ça. et.. toutes ces fois où je t'ai tapé, où je t'ai insulté, juste parce que tu me renvoyais… ce que j'étais au fond de moi et que je voulais pas voir. »

Tom ne disait rien mais ces paroles le touchaient. Ça se voyait.

« Mais, même ça, toutes ces saloperies, c'est rien comparé à ce que je t'ai fait après. T'es probablement ce qui m'est arrivé de mieux dans ma vie, craqua Luis, les larmes aux yeux mais s'empêchant de pleurer, c'était déjà assez humiliant comme cela. Et je détestais tellement ce que je suis, que je t'ai repoussé, et je sais que je t'ai vraiment fait mal. Et je sais que c'est tard, mais je m'excuse Tom, vraiment, je te demande pardon. J'ai essayé de te contrôler parce que j'avais peur que tu te lasses, peur que tu révèles à tous qui j'étais vraiment, mais j'ai fait que dégrader notre relation, je le sais, la ramenant tout le temps à de la baise alors que… c'était pas ça, c'était tout sauf ça. »

Tom aussi avait les larmes aux yeux…

« Peut-être même que j'ai fait que te pousser à rompre… parce que j'étais pas prêt mais que j'arrivais pas à te quitter, mais c'est pas une excuse. On ne devrait jamais se comporter comme ça quand on aime. T'avais raison, tu méritais mieux que ça, mieux qu'un connard qui te rabaissait sans cesse et qui avait honte, qui voulait juste se protéger de toi et de ce qu'il pouvait ressentir… »

Un silence.

«- J'aurais jamais cru t'entendre me dire ça un jour Luis. Ça a pas dû être facile. Et j'ai beaucoup réfléchi moi aussi et… je m'excuse aussi, pour ton rein, c'est pas ce que je voulais et même si j'avais raison d'être fou de rage, c'était pas une raison, j'ai failli te tuer ce jour-là. Tu as toujours déclenché des sentiments intenses en moi Luis. Mais je veux plus de ça. J'aurais pas dû non plus te mettre la pression pour qu'on arrête de se cacher mais tu me parlais jamais Luis, c'était… j'ai jamais connu plus frustrant que ça. Que tu ne t'ouvrais pas à moi, jamais, alors qu'on s'aimait… tu me demandes pardon alors je te réponds, je pourrai te pardonner Luis, peut-être même que d'une certaine manière c'est déjà fait. Mais je pourrai jamais oublier.

-Je comprends.

-Mais, j'avoue que je suis curieux. Une part de moi aimerait connaitre le Luis que je n'avais qu'entraperçu jusqu'à maintenant.

-Et tu vois ça comment ?

-J'en sais rien, je sais pas si on peut devenir amis, si c'est possible… »

Amis ? Luis ne le pensait pas, ce qu'il ressentait pour Tom, ce n'était pas de l'amitié. Mais s'il avait une chance de pouvoir le garder dans sa vie, et si Tom voulait le connaitre, pouvait-il vraiment le lui refuser ? Et en avait-il réellement l'envie ?

« -En fait, à la soirée, j'ai parlé à Maurice de mes cours à Paris et il m'a dit que tu faisais des animations sportives mais qu'il avait toujours rêvé de proposer des cours de théâtre, de mise en scène aux jeunes. Et comme je dois faire des stages pratiques pendant les vacances, je pourrais les faire ici. C'est pour ça que je l'ai vu, pour qu'il me donne un peu plus de détails. Mais je voulais que les choses soient claires entre nous, si je réponds oui à Maurice.

-C'est-à-dire ?

-Je trouve ça beau comme tu as su prendre ta vie en mains, et j'aimerais qu'on tente de devenir amis, essayer en tous cas, mais ça ne veut pas dire…. Enfin, j'ai quelqu'un dans ma vie, hésita Tom.

-Je sais.

-Tu sais ? Kévin ?

-Non, on parle rarement de toi avec ton frère. C'est Théo qui me l'a dit.

-C'est pour ça que vous vous êtes bagarrés ?

-Ouais, baissant les yeux.

-Si c'est trop dur pour toi Luis, je dis non à Maurice.

-T'as envie de venir ici, créer tes cours pour les jeunes ? Parce que c'est franchement super et je te vois vraiment bien faire ça.

-Oui, ça me plairait beaucoup, mais pas à tes dépends non plus, je suis pas vraiment du genre « œil pour œil » enfin, j'essaie, depuis ce qui s'est passé dans la forêt.

-Non, Tom, ce qui moi, me plairait, c'est que tu fasses ce que tu as vraiment envie de faire, sans te soucier de moi. Et ça fait 7 mois qu'on est… séparés. C'est pas comme si ça venait d'arriver. »

Même si pour Luis, parfois c'était du pareil au même, la douleur s'atténuait mais ne partait jamais.

« -Je serai heureux qu'on trouve une manière de… je sais pas… j'aimerais me dire que j'ai pas tout gâché.

-Ok. Cool, alors.

-Cool. »

Ils se sourirent, un peu mal à l'aise.

« -Si tu as besoin d'infos sur l'assoc, comment ça se déroule, tu peux m'appeler.

-Euh…

-Tu préfères parler à Maurice c'est ça ?

-Non, c'est… j'ai effacé ton numéro.

-Ah, ok, je comprends. »

Ça faisait mal, une fois de plus.

« -Je te fais sonner.

-Ok. Je vais voir Maurice alors ?

-Ouais. »

Ils se regardèrent, un peu gauches, l'émotion toujours vive entre eux après tout ce qu'ils s'étaient dit. Ils avaient gardé leurs distances tout au long de ce moemnt partagé. Assis face à face mais séparés par cette table. Ils se firent un signe de tête, un aurevoir, car cette fois-ci, Luis le savait, il reverrait Tom. Même si ce n'était pas comme il l'aurait réellement souhaité tout au fond de lui, il savait qu'il avait déjà une chance énorme que Tom veuille encore faire partie de sa vie parce qu'il y avait encore quelques jours, il pensait ne jamais le revoir et encore moins lui parler.

Il ne revit plus Tom ce jour-là, ni durant la fin des vacances. Mais c'était mieux ainsi, chacun devait assimiler tout ce qu'ils s'étaient dit.

Le 31 décembre, Luis travaillait la journée. Kévin l'avait invité à passer la soirée avec sa copine et des potes mais Luis avait décliné, il n'était pas d'humeur à faire la fête. Enfin, l'avait-il seulement été un jour ? La vérité était qu'il ne connaissait pas les amis de Kévin et qu'il avait peur de ne pas être à sa place. Il l'était rarement, à sa place quelque part. D'une certaine manière, l'association était le seul endroit où il avait eu un peu ce sentiment même si pas complètement car parfois en voyant les jeunes, il se sentait un peu trop comme eux ou pas assez comme eux…

Maurice lui demanda de passer le voir avant de partir. Il se demandait pourquoi.

« -Assieds-toi Luis.

-Oui ? Vous me faites peur, convocation solennelle dans votre bureau, ça n'arrive jamais. Je suis viré c'est ça ?

-Bien sûr que non. Tu fais un excellent boulot Luis. Je voulais m'assurer que ça te convenait que ton ami Tom vienne sur les vacances de février et d'avril. »

Son ami…

« -Oui, bien sûr pourquoi ça ne me conviendrait pas ?

-Luis, j'ai de la bouteille comme tu aimes si bien me le rappeler. Je ne suis pas né de la dernière pluie. Et n'importe qui avec de bons yeux ou en tous cas qui porte un peu d'attention aux autres peut voir qu'il y a un passif entre vous deux. »

Luis paniqua, Maurice avait lui aussi deviné ?

« -Comment ça ?

-Quand je t'ai vu, la première fois, j'ai tout de suite senti une certaine détresse chez toi, et quand tu étais avec Tom, à la soirée et même lundi, je vous ai aperçus de loin, mais vous étiez tellement dans votre bulle que vous ne m'avez même pas vu, cette détresse, elle semblait encore plus forte que celle que je percevais avant. Tu es amoureux de ce garçon.

-Vous voulez que je vous dise quoi ? Que je déteste entendre ces mots mais que je veux pas vous mentir ni m'énerver mais qu'une part de moi a envie de vous faire taire là, tout de suite.

-Je sais. Je ne te juge pas Luis. Accepter l'homosexualité, la transsexualité, la bisexualité, peu importe, accepter la « différence » c'est très compliqué. Pas pour tout le monde, pas pour ceux qui ont compris qu'on est tous différents, uniques et que ça n'a pas d'importance. Mais pour nous, c'est plus difficile.

-Nous ? ne comprenant pas où Maurice voulait en venir, personne n'était plus tolérant que lui, qui accueillait tous ces jeunes, quels qu'ils soient, à bras ouverts.

-Je ne sais pas si tu te souviens, lorsque tu es parti, avant la fin de tes TIG, il y a un peu plus de deux ans maintenant. Tu m'as dit que tu ne savais pas qui j'essayais de sauver au travers de tous ces jeunes mais qu'il ne fallait pas que j'essaie avec toi, quelque chose comme ça. »

Luis baissa la tête, un peu honteux, il se souvenait, il n'avait pas été tendre avec le vieil homme, voire assez odieux.

« Tu avais un peu raison. Mon fils, enfin, qui était devenu ma fille. Elle, elle s'est suicidée. »

Luis fut choqué. Et il ne savait pas quoi dire. Que dire à quelqu'un qui avait perdu son enfant ? Et en plus de cette façon.

« -Je ne l'ai pas comprise, je l'ai… rejetée. Certes, je ne l'ai pas mise à la rue, ni insulter mais… elle… me dégoûtait, ou en tous cas une part de moi était dégoutée. Elle me faisait perdre mon fils d'amour, celui que je chérissais, je ne comprenais pas, je m'interrogeais sur ce que j'avais raté dans mon éducation pour que mon fils fasse cela. Et je ne voyais pas le mal que ça lui faisait chaque jour un peu plus. Jusqu'au jour où ça a été trop tard.

-Je… je ne sais pas quoi vous dire.

-Il n'y a rien à dire Luis. Si je te dis ça aujourd'hui c'est parce que je pensais que tu étais prêt à l'entendre. On ne peut pas se flageller toute sa vie pour ce qu'on a fait et ressenti, mais on peut tout faire pour que ça n'arrive plus jamais. Et surtout, on a rarement droit à une seconde chance dans la vie. Et je n'y ai pas eu droit malheureusement avec ma fille, je n'ai pas eu le temps, mais j'y ai eu droit à travers tous ces jeunes. Et toi aussi tu as droit à une seconde chance, tu as le droit d'être heureux Luis, de t'accepter et de vivre bien, d'être amoureux... Même si tu penses le contraire, que tu as fait trop de mal. »

Luis se sentait mal pour le vieil homme, vivre avec ça… mais il essaya de comprendre ce qu'il voulait lui dire.

« -Et c'est quoi le rapport avec le fait que Tom vienne travailler ici ?

-Tu es un garçon intelligent Luis…

-Même si je m'en sers à des fins malveillantes parfois, je sais.

-C'est pas ce que j'allais dire. Tu es en train d'évoluer Luis, vraiment, et je voulais juste m'assurer que tu étais vraiment ok avec le fait que Tom vienne travailler ici.

-Oui, bien sûr.

-Bien, il est un garçon, extra, ça se voit tout de suite.

-Oui, il l'est. »

Maurice eut un sourire.

« -Et tu mérites d'avoir un mec extra à tes côtés.

-Maurice… vous faites pas d'idées, Tom est passé à autre chose et il a eu raison. Et évitez de dire un truc comme ça devant lui. Ou devant qui que ce soit d'ailleurs.

-Ne t'inquiètes pas, ton secret est bien gardé avec moi. Mais… Pense à ce que je t'ai dit. Bonne soirée Luis.

-Bonne soirée Maurice. Et merci.

-Pour quoi ?

-Pour tout, mais surtout pour votre confiance.

Luis rentra et passa la soirée en famille. Ses parents étaient toujours là. Il n'avait du coup pas pu dire à sa grand-mère tout ce qu'il s'était passé, qu'il avait pu discuter avec Tom.

Il était minuit. Ils s'embrassèrent pour fêter la nouvelle année.

Il alla ensuite dans sa chambre. Il avait reçu plusieurs messages :

Éric, Kévin qui lui envoyait des conneries, Samira, oh c'était sympa. Et… Tom.

« Bonne année Luis ».

Il ne put empêcher son cœur de faire une embardée, Tom avait pensé à lui… il lui répondit.

Peut-être qu'il passait la nuit avec ce Lucas, puisqu'il était rentré à Paris, et une part de lui avait le cœur en miettes, mais une autre voulait voir un signe positif dans cette nouvelle année qui commençait par une attention du brun. Peut-être pour la première fois de sa vie, il avait hâte de voir ce que l'année lui réservait… 2021 en avant !