3. Apprendre
Je rectifie, je ne peux pas encore faire tout ce que je veux. J'ai beau avoir bientôt onze ans, déjà au collège avec de bonnes notes, il me faut suivre le règlement. Plus exactement, faire en sorte que tout le monde soit convaincu que je le respecte à la lettre, que je suis un petit ange. Mais voilà, en deux mois dans ce joli établissement privé je me suis déjà construit une petite réputation. Réputation qui n'est pas vraiment celle du gentil petit garçon parfait qui fait ses devoirs et surveille la classe lorsque le professeur s'absente.
Et je peux encore moins faire ce que je veux depuis que mon cher papa a décidé de perpétrer la tradition familiale séculaire et blabla qui consiste en, je cite « Apprendre la discipline, le sens de l'action collective pour le bien commun et l'harmonie ». J'ai beau vivre en France, les racines anglaises de mon paternel continuent de s'exprimer par la manière forte : je suis à présent inscrit dans une chorale. Un chœur de garçons qui chantent des trucs pas du tout moderne comme des hymnes grégoriens ou des morceaux baroques. J'y avais échappé pendant 67 jours, mais après l' « incident » du paquet de farine, je n'ai pas trop le choix.
Mon Dieu, pourquoi n'ai-je pas choisi les maths comme pouvoir ? Ah oui, parce que ce n'est pas fun. C'est stupide d'avoir un pouvoir si on ne peut pas s'amuser avec. Je dois trouver le moyen d'utiliser cette nouvelle contrainte (5h par semaine quand même !) pour augmenter mon pouvoir. Le seul point positif, c'est que ça peut m'aider dans ma carrière d'angelot blondinet poli et propre sur lui.
Il y a du travail à faire.
Beaucoup de travail. D'abord, Epigone est fort, très fort. Je vais parler de mon disciple au masculin, parce que ça me ferait trop mal de me faire doubler par une fille. Il a collé un paquet de mouchoirs en dessous de mon tag avec pour légende « Qui pleurera le premier ? » Ensuite, lorsque le CPE m'a regardé, je n'ai pas pu empêcher mon fou rire d'éclater. Ce qui m'a valu un long et ennuyeux sermon dans son bureau. Heureusement, un nouveau surveillant m'a sauvé en racontant qu'il y avait une bagarre dans un couloir.
Je dois absolument apprendre à me contrôler. Parce que sinon ma prochaine action sera découverte avant même avoir eu lieu. Ce bureau est très inspirant, mais je ne tiens pas plus que ça à y retourner. En plus, je ne sais absolument pas ce que je vais bien pouvoir inventer pour impressionner Epigone. C'est vrai ça, comment a-t-il peint le mur en plein jour, alors que tout le monde était en cours ? J'ai dû y aller la nuit, moi ! J'ai besoin de plus de panache. On en revient au sens tactique. Je dois y ajouter l'esprit de grandeur, certainement un peu de mégalomanie. Les échecs, la chorale, écouter en cours c'est bien mais ça ne suffit pas.
Règle n°2 : Savoir bluffer en toutes circonstances.
Vous savez jouer au poker ?
