18. Veiller

Le souffle court, je me faufile entre le canapé et la table basse. Surtout, ne rien renverser. Le verre de Whiskey de papa n'est qu'à moitié entamé, les escarpins de maman gisent sur le pouf. C'est la guerre. Ils sont partis comme dans un ouragan après ce coup de fil, et la guerre a éclaté.

Surtout, ne rien renverser. J'ai failli me faire avoir quatre fois, ils sont redoutables. Le moindre bruit, la moindre ombre sur le parquet, rien ne leur échappe. On n'y voit goutte, le courant a été coupé, mais ils ne semblent nullement dérangés. Je suis sûr qu'ils l'ont fait exprès. Mais je connais le terrain bien mieux. C'est ma maison. Je sais quelles marches d'escaliers grincent, sur quels meubles je peux grimper, quelles lattes du parquet chuintent, comment monter au premier étage par le toit du garage, et même où se situe le générateur de secours. Je crois d'ailleurs qu'on est la seule maison du quartier à avoir un générateur de secours. Les tuiles branlantes du toit n'ont plus de secret pour moi, les passages secrets que j'ai aménagés dans la sous-pente sont mon entière propriété. Mais que faire lorsqu'ils entendent tout, voient tout ?

Combien sont-ils ? Comment m'enfuir ?

Le souffle court, je me faufile entre le canapé et la table basse. J'empoche le verre, boit le Whiskey, me retiens de tousser, et tente tant bien que mal de poursuivre mon chemin silencieusement. Ce Whiskey est vraiment très fort. A tous les coups, dans dix minutes, j'aurai la tête qui tourne. Comment fait James Bond dans Casino Royal ? Il devrait être complètement torché après tous les cocktails qu'il s'envoie ! Mais c'est que moi, je n'ai que onze ans. Je dois me concentrer, la situation est critique.

Récapitulons. Combien sont-ils ? Entre deux et quatre. Des adultes entraînés. A la moindre erreur, ils me descendront sans hésitation. Ma seule chance de victoire est la fuite. La fuite ou la cachette. Ce qui revient au même, se cacher c'est fuir. Oui mais où ?

La porte d'entrée est inaccessible. La baie vitrée grince, ils sauront immédiatement ce que je projette. Restent les toilettes, risqué mais original. Et ils ne me chercheront jamais dans les toilettes. Du moins, je l'espère.

1ère étape : Accéder aux toilettes. Je dois sortir du salon, traverser le couloir sur cinq bon mètres, sans me faire repérer. Il me faut donc une diversion. Ma voiture télécommandée fera l'affaire.

2ème étape : Décrocher le faux plafond. Me hisser sous la baignoire de l'étage du dessus. Remettre en place le faux plafond. Le tout discrètement. Et ça, ça va être coton. J'ai besoin de pétard et de mon rouleau de mèche à combustion lente. Où est-ce que je les ai cachés la dernière fois ?

_ooOOoo_

Je suis mal. Je suis très mal. J'ai une énorme envie d'éternuer. Je suis caché sous le canapé depuis un moment déjà, je les entends chuchoter à deux pas de moi. Ils parlent en anglais, ils sont trois. Deux hommes et une femme. J'aurais préféré qu'ils ne soient que deux. C'est plus facile de se battre contre deux personnes. Je sais que je n'ai plus beaucoup de temps devant moi. Il est 2h37, mes parents ne sont toujours pas rentrés. Je pense qu'ils ne reviendront pas. Si je ne trouve pas de solution dans les 10 secondes, je vais me faire prendre. Et ils parlent de me buter. Ma main cherche à tâtons un miracle.

Miracle. Mon Dieu si tu m'entends, je bénis les télécommandes sans fil, les alarmes à détection de mouvement à 15€, les coussins péteurs et le chien du voisin qui pour une fois aboie au bon moment. Brave chien, tu les as déconcentrés assez longtemps pour qu'ils décident de fouiller une autre pièce. Je me saisis des trois télécommandes trouvées sous le canapé, monte sur le meuble du salon, allume le détecteur de mouvement, saute souplement sur la commode, m'engage dans le couloir, ouvre la boite à thé dans la cuisine, récupère la mèche dans le double fond, une dizaine de petits feux d'artifices et trois fumigènes dans un vieux carton de céréales. Je les mets en place, et file aux toilettes avant qu'ils n'aient la brillante idée de revenir par ici.

Voilà, première étape achevée. La première diversion ne devrait pas tarder. Je tourne le verrou des toilettes. Les quelques secondes nécessaires pour démolir la porte de l'extérieur peuvent m'être précieuses. Encore une dizaine de secondes, et la première fusée sifflera dans la cuisine, causant assez de bruit pour que je puisse enlever le faux-plafond sans risque. Les suivantes me permettront d'accéder à la baignoire et remettre en place la dalle.

Deuxième étape achevée.

Deuxième étape achevée. J'aurais dû en prévoir une troisième.

Couché sous la baignoire du premier étage, au milieu de la poussière, j'éprouve toutes les peines du monde à ne pas éternuer. Pour l'instant, ils sont encore dans la cuisine, tâchant de comprendre l'origine du vacarme, et de la fumée. Je leur donne moins de vingt seconde avant qu'ils voient que je les ai doublés. J'ai donc moins de dix secondes pour définir l'étape 3.

Cette nuit ne finira jamais. J'ai le nez qui coule, les yeux gonflés, la tête qui tourne, et une interrogation de géographie prévue demain à 8h.

Attends… Attends… Il y a des inconnus qui rôdent à ta recherche au milieu de la nuit, et toi tu t'inquiètes pour une interro de géo ? T'es pas un peu con par hasard ?

Bonjour,

Après une longue interruption due au commencement de mon nouveau boulot en Irlande, je reviens vous livrer un nouveau chapitre ! Je prévoie d'en faire un minimum toutes les deux semaines, peut-être plus si mon emplois du temps le permet. J'espère que celui-ci vous plaît. Si vous avez apprécié, n'hésitez pas à envoyer une ptite review ! De même, si vous avez une idée de mot/expression à glisser dans le prochain chapitre, je serais ravie de la lire.

Eli