21. Parler
Bah rien. Il ne m'a rien dit. Il s'est contenté de s'asseoir à ma table, et de déballer ma vie à tous ces gangsters qui jouent avec moi. Ce qui m'a été très profitable, d'ailleurs. Ils étaient tellement intrigués, ou emmerdés, je ne sais pas, parce qu'il racontait, que j'en ai profité pour rafler la mise. Merci James.
Salut les gars. Le petit là, c'est un champion. Il y a deux jours, il a décidé de rafraîchir sa chambre. Oui, il tailladé son lit bateau pirate, son tapis Winnie L'Ourson, son bureau Oui-Oui, et tout ce qui lui tombait sous la main Vous voyez son plâtre au bras ? Eh ben il se l'est cassé quand il a sauté pour attraper le lustre, c'est qu'il saute haut le bonhomme. Moi, je dis qu'il a eu raison. Sa chambre ressemblait à celle d'un bébé. Mais c'est plus un bébé, hein. Je suis même sûr qu'il pourrait vous apprendre des trucs. Par exemple, une fois, il a explosé un paquet de farine à la tête d'un de ses profs. Il a utilisé de la poudre à canon, calculé la vitesse de combustion de la mèche et la proportion de poudre pour que l'effet de souffle soit assez fort mais non mortel. Il a aussi réussi à enfermer le concierge dans les vestiaires des filles sans se faire gauler alors qu'il y avait une caméra dans le couloir. Il a tiré du haut du toit avec un lance-patate artisanal, sans louper une seule de ses cibles….
Et ça a continué pendant des heures.
Autant de temps durant lequel son babillage les a déconcentrés, et qui m'a permis de gagner 782€ en une nuit. J'aurais pu gagner 800€ en fait, mais j'ai acheté trois cocas. Et le coca, ici, ce n'est pas donné.
Et puis, à 7h15, je suis parti m'acheter des croissants à la boulangerie. C'est important, le petit-déjeuner avant d'aller en classe !
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Aujourd'hui, je suis un zombie. Mais attention, pas n'importe quel zombie, hein ! Un zombie plâtré. J'ai des cernes jusqu'au menton, la vivacité d'un hippopotame sous prozac, et l'amabilité d'une belle-mère qui découvre que sa bru est strip-teaseuse. Faut dire qu'avec LA question con que tout le monde me pose, vous aussi vous auriez envie de fuir comme si vous aviez le diable à cotre suite.
Mais quelle est LA question ? Concentrez-vous, parce que je ne la répèterais qu'une fois : « Mais comment tu t'es fait ton plâtre ? »
Le premier, je lui ai dit la vérité, mais il ne m'a pas cru. Alors, j'ai inventé une nouvelle réponse à chaque fois. Et Rémy s'est marré toute la journée. J'en ai marre.
Aujourd'hui, je suis un zombie.
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Je suis rentré à la maison. Mon père était au boulot, ma mère pleurait sur le canapé. J'étais tellement dans les choux que j'ai failli ne pas le remarquer. Il y avait un monsieur en costume cravate dans la cuisine, en train de siroter un café. Je l'ai ignoré, et je me suis assis à côté de maman. Elle m'a pris la main, et on est restés comme ça pendant une heure. Jusqu'à ce que James arrive.
Il a préparé du thé. Et puis il m'a dit « on attend ton père, et tu auras les réponses à tes questions ». Qu'il en sache plus que moi sur ce qui se passe ne m'a même pas choqué. Je suis vraiment un zombie.
Je me suis endormi dans les bras de ma mère. Mon père est arrivé peu après minuit. Mon Dieu, qu'est-ce qu'il a l'air défoncé. La peau grise comme la pierre, des cernes qui lui mangent les pommettes, et une multitude de rides qui n'existaient pas il y a six mois. Il aurait besoin d'une plage au soleil, et d'un méga steak pour le faire grossir.
Il s'est assis, a allumé la télé très fort, s'est servi un whisky, et m'a regardé droit dans les yeux :
« Je suis désolé. Je ne savais pas que tu t'inquiétais autant. Ni moi, ni ta mère, ni James n'avions compris à quel point toute cette histoire te pesait. James nous avait encouragés à te parler, mais nous voulions te protéger. Tu es tellement heureux, insouciant, que nous n'avions pas le cœur à te faire porter ce fardeau. Mais tu le portes déjà, et peut-être que te parler va te permettre de comprendre à quel point nous sommes en danger. Voilà, tu sais que je travaille dans une compagnie qui s'occupe de finances. Plus exactement, je suis le directeur du service financier, et à ce titre je manipule un nombre incalculable de chiffes, graphiques… Mais ma compagnie ne fait pas que de la spéculation boursière ou des montages financiers à la limite de la légalité. Non, elle a toute une diversité d'activité, dont le transport de marchandises, par voie terrestre ou aérienne.
Un jour, en janvier de l'année dernière, j'ai décidé de vérifier personnellement des tableaux de comptabilité qui me semblaient un peu flous. J'ai alors découvert que ma compagnie servait en fait de couverture pour divers trafics. Ça m'a pris presque trois mois pour le réaliser, et j'étais à ce moment à peu près sûr que cinq des membres du conseil d'administration, le PDG et au moins le tiers des ressources de l'entreprise sont en fait liés à des activités illégales. Je suis alors allé contacter un ami de confiance, pour lui demander de me mettre en lien avec les services de police adéquat. Je n'avais pas de preuve, mais j'étais prêt à en chercher s'ils me promettaient protection.
Dix jours après, j'ai appris qu'il était mort, soit disant une explosion de gaz. Je ne sais toujours pas s'ils l'ont assassiné à cause de moi, ou parce qu'il travaillait sur un sujet à propos du trafic d'êtres humains. Bref, je n'étais pas très heureux. Il était journaliste. Mais avant de mourir, il avait eu le temps de contacter un de ses amis des services secrets anglais. Ces gens-là sont venus vers moi, et je leur ai expliqué ce que je savais. Ils m'ont demandé de continuer à ouvrir l'œil.
Avec leur aide, j'ai découvert qu'ils ne transportent pas que des marchandises en contournant les taxes, mais aussi de la drogue, des armes, et même de l'uranium à destination du moyen orient. Un réseau de trafic d'êtres humains, pour la prostitution ou le travail esclavagiste, loue aussi leurs services. Et c'est bien plus qu'un tiers des ressources qui proviennent de ces horreurs, ils ont également monté un ingénieux système de blanchiment d'argent qui provient de l'opium afghan, et d'autres choses qu'il me reste à découvrir.
Le problème est qu'il savant depuis juin qu'ils ont une taupe. Je ne suis pas sûr qu'ils me soupçonnent, parce que je leur ai carrément dit que j'avais découvert le transport de cocaïne, et que je voulais ma part du gâteau. Je les aide dans leurs opérations de blanchiment d'argent, de légalisation de toutes leurs saloperies, en échange d'une prime. Mon salaire a été augmenté d'un million d'euros par ans, sur un compte offshore. Et j'essaye même de les arnaque un peu au passage, pour ne pas qu'ils me voient comme un agent adverse, mais un escroc comme eux.
Toujours est-il que j'ai commencé à être suivi, j'ai trouvé un micro dans ma voiture une fois. Je suis presque sûr qu'ils ont installé un mouchard dans le GPS de ma voiture. James vérifie la maison tous les jours, mais maintenant certains micros sont indétectables. C'est pour ça que la télé est allumée.
James n'est pas un vrai surveillant. C'est en fait un garde du corps que les services secrets anglais ont envoyé à ma demande pour te protéger. Je pense que maintenant que tu sais, son travail va être plu facile. Ce qui se joue maintenant me dépasse, nous dépasse tous. Je me demande ce que serait notre vie si je n'avais pas pris ce poste il y a cinq ans. Je ne sais pas comment j'ai pu être aveugle à ce point tout ce temps. 800% de profit en trois mois, c'est louche. Mais ils sont si bien organisé que si tu ne sais pas exactement où et quoi regarder, il est impossible de trouver quoi que ce soit. Et j'ai bien malgré moi encore amélioré leur jeu, en essayant de les coincer. Je pense que d'ici trois mois, j'aurais assez de preuves pour me retirer et laisser le MI5 finir le travail. En attendant, il te faudra être très prudent. Ne pas monter dans une limousine pleine d'étrangers par exemple, même s'ils disent que je les ai envoyés. Ces gars-là sont la multinationales du crime organisé, et s'ils sont en sont arrivés là, ce n'est certainement en cultivant des pâquerettes. Ils ne sont même pas du genre à t'assassiner proprement, ils te torturent d'abord pour te montrer qui est le boss. S'il te plaît, ne le prend pas à légère. Ce n'est pas une blague, tu n'es pas Batman, et ils sont bien pires que tout ce que tu peux imaginer.
Voilà, tu sais. »
Et là, croyez-le ou non, mais pendant une minute, je ne savais même pas quoi dire.
Une autre minute est passée.
Et encore une autre.
Et puis j'ai pété.
C'est une fois que l'odeur s'est bien répandue dans le salon, que je me suis ressaisis.
« What the fuck ?! » est tout ce qui est sorti de ma bouche.
Aujourd'hui, je suis un zombie. Vous auriez dit quoi à ma place ?
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Bonjour,
Je suis vraiment désolée du retard, mais le temps a filé si vite, et mon ordi a décidé que démarrer était surfait. Du coup, si vous avez de l'argent dont vous ne savez pas quoi faire, veuillez s'il vous plaît me le faire parvenir pour que je puisse avoir un nouvel ordi.
Sinon, j'espère que ce chapitre vous sied. Vu le temps qu'il a mis à sortir, il vaudrait mieux. Comme d'habitude, si vous avez un mot-défi pour le prochain chapitre, n'hésitez pas !
En espérant ne pas trop tarder pour le prochain chapitre,
Bonne journée
Eli
