22. Zombifier
Tu voulais savoir, et ben maintenant tu sais.
Tu voulais savoir, et ben maintenant tu sais.
Tu voulais savoir, et ben maintenant tu sais.
Tu voulais savoir, et ben maintenant tu sais.
Cette rengaine tourne encore et encore dans ma tête. C'est peut-être un moyen tordu que mon cerveau a trouvé pour ne pas penser à toutes les implications de ce que mon père a dit. Je sors d'une nuit blanche, et je n'arrive toujours pas à dormir. J'ai laissé ma porte ouverte. A onze ans et demi, j'ai de nouveau peur du noir. C'est stupide. Pathétique.
Et cette rengaine idiote qui se répète à l'infini. Tu voulais savoir, et ben maintenant tu sais.
J'entends la télévision dans le salon. Je ne savais pas qu'il y avait des rediffusions des Feux de l'Amour à deux heures du matin.
Tu voulais savoir, et ben maintenant tu sais.
Papa n'a pas l'air de dormir beaucoup non plus ces derniers temps. Je comprends maintenant pourquoi maman prend des somnifères.
Tu voulais savoir, et ben maintenant tu sais.
Je n'aurais jamais cru que James puisse être un garde du corps. Il est vraiment très jeune quand même. Je savais qu'il était trop cool pour être un surveillant !
Tu voulais savoir, et ben maintenant tu sais.
Putain, FERME-LA ! Je sais, je sais, mais s'il-te-plaît laisse-moi dormir !
_ooOOoo_
Mon réveil sonne. J'ai dû dormir deux heures. Génial. En plus, ce matin, j'ai deux heures de sport. Heureusement qu'on est mercredi, deux autres heures de cours et ce sera fini. Je grimace en me rappelant que ce sera Allemand et Français. Oh merde, j'ai chorale cette aprem. Et une heure de colle ensuite. Je pense que James ne m'en voudra pas si je skippe la retenue. Et puis de toute façon, je n'en ai rien à foutre. Ils peuvent bien me renvoyer de cette école de merde, pour ce que j'y apprends. Je me lève péniblement.
Après la douche, je me regarde dans le miroir. Oulla ! Zombie mode ! Heureusement que je ne suis pas une fille, ça m'aurait pris des heures pour maquiller tout ça. En plus, je suis déjà à la bourre.
J'arrive en sport, avec dix minutes de retard et sans petit dèj. Bien entendu, le professeur ne me croit pas quand je lui dis que je me sens mal. J'ai une tête des bons jours, selon toi ? Connard ! Après dix minutes d'échauffement, je lui vomis dessus. Ça t'apprendra, boulette. Il est en surpoids, ce bouffon. Franchement, pour un prof de sport, ce n'est pas crédible. Rémy vient me voir pour me demander ce qui ne va pas. « Juste un truc difficile à digérer hier soir ».
Ouai, c'est exactement ça, difficile à digérer.
Tu voulais savoir, tu sais.
_ooOOoo_
J'ai séché le reste de la journée. Je me suis baladé en ville, j'ai traîné un peu partout. J'ai acheté des nouveaux fumigènes, un pistolet à bille ultra puissant, trois kilos de pétards, deux fausses mygales, un petit pain au chocolat, un super bon thé au jasmin, un masque de Scream, une canne d'aveugle télescopique, une machine a bruitages, un ukulélé, un Big Mac, et puis après je me suis ennuyé. Alors j'ai volé une mini moto, vous savez celles qui font cinquante centimètres de hauteur. Du coup, j'ai acheté un casque de moto et un cadenas. Ça n'a pas été facile d'ailleurs, de trouver un casque à ma taille. Plus difficile que de voler la moto, et de la conduire. Si je ne vais pas trop vite, c'est comme un vélo. Sinon, ben, c'est plus fun. Au bout d'un moment, il n'y avait plus d'essence dedans. Alors, je l'ai cadenassée à un lampadaire. Je suis rentré à la maison. Elle était déserte. J'ai vidé mon sac, et je suis reparti.
Je suis retourné en ville. Je suis entré dans un magasin, et j'ai vu un gars qui essayait de voler un jean. Cet imbécile s'est fait prendre parce qu'il n'avait pas vu l'antivol dans la poche du pantalon. Du coup, je me suis dit que je pouvais essayer. Une heure écoulée, un pantalon, deux T-shirts, un pull et trois paires de chaussures plus tard, j'ai recommencé à m'ennuyer. Et mon sac pesait vraiment sur mes épaules. Alors j'ai piqué une valise à roulettes. Et j'ai mangé une crêpe au Nutella.
En finissant ma crêpe, j'ai remarqué que j'étais suivi. Pas très intelligent le gars, s'il se fait chopper par un gamin de onze ans et demi. « On va bien s'amuser », je me suis dit.
J'ai commencé par prendre le métro dans un sens, puis dans l'autre, puis une bus, et enfin un taxi qui m'a emmené à la tour Eiffel. 24€ le taxi, mais bon, le jeu en vaut la chandelle. J'ai grimpé les deux étages en courant (qu'est-ce que c'est crevant !), je me suis engouffré dans un ascenseur juste avant la fermeture des portes en criant « papa ! » d'un air paniqué, et j'ai pu admirer la vue d'en haut gratis. Ensuite, j'ai eu envie de faire comme Mimisiku dans « Un Indien dans la Ville », mais en fait, j'avais encore envie de vivre. J'ai acheté un gros paquet, je ne sais même pas ce qu'il y avait dedans, et je l'ai laissé bien en évidence. Je crois que ma blague a marché, parce qu'ils ont déclenché une alerte à la bombe une heure après.
Mais j'étais déjà parti. Je n'étais pas sûr d'avoir semé mon suiveur, ou s'ils étaient plusieurs. Je suis donc retourné chez le mec pas net qui m'avait vendu de la poudre à canon un jour. C'est là que je me suis rendu compte que je connaissais pleins de gens bizarres. Qui a mon âge sait où acheter illégalement de la poudre à canon ?
J'ai refait la blague du paquet de farine explosif devant une bouche d'égout ouverte. Je sais que les meilleures blagues sont les plus courtes, mais je l'aime celle-là. Et il faut avouer que c'était parfait pour me glisser ni vu ni connu dans les égouts. Avec huit kilos de farine, c'est assez impressionnant.
Par contre, les égouts, ça pue. Et j'ai vu des rats. Et mon sac était toujours aussi lourd. J'ai marché une demi-heure là dedans, avant de trouver une sortie. Je n'avais aucune idée de l'endroit où j'avais émergé, alors je suis rentré en taxi. 47€. Ouch.
Sur les 782€ gagnés hier, il m'en reste 302,18. Ouch.
Et là, il est 20h, je viens de pousser la porte de la maison, et je croise le regard déçu de James. On se fixe pendant dix minutes comme ça, j'attends le sermon. Comme il ne vient pas, j'annonce que je vais prendre une douche. En fermant la porte de la salle de bain, je l'entends rire.
Je suis épuisé, j'ai mal au dos, aux épaules, aux cuisses, j'ai un mal de tête carabiné. J'ai passé la journée à faire n'importe quoi, je me suis fait filer, j'ai essayé de leur échapper. J'ai volé, marché, acheté, mangé, dégueulé, séché, visité, pué, mais j'ai surtout bien rit.
Oui, je me sens mieux. Vous savez pourquoi ?
_ooOOoo_
Hello les gens !
Voici un nouveau chapitre rien que pour vous.
Et avec un peu moins de fautes d'orthographes que le dernier, j'espère. J'avais peur qu'il ne soit trop sérieux, mais je crois avoir réussi à y mettre de l'humour.
Le mot défi de ce chapitre était « boulette ». Merci beaucoup à l'auteur de la review qui m'a motivé pour m'y mettre !
Je l'ai écrit moins d'une journée après le précédent, mais mon ordi a définitivement cessé de fonctionner, et j'ai dû le faire réparer, ce qui fait que je n'ai pu récupérer ce chapitre qu'aujourd'hui.
Le chapitre suivant est déjà presque fini, donc si vous avez une idée de nouveau défi je l'intègrerai au chapitre d'après.
Bonne semaine et pleins de petites bulles de lecture à savourer
Eli
