27. Danser
J'ai envie de danser. Pas la valse mortuaire qui se joue sous mes yeux. Papa, Maman, la maison. Pas sur l'hymne funéraire qui s'enroule autour de moi.
Non, j'ai envie de danser. Danser sur une musique joyeuse, entraînante. Quelque chose qui vous fait pétiller les yeux, bouger aux rythmes des premiers accords. La chanson qui vous fait bondir, s'écrier « Je l'adore, celle-là ! » et perdre toute retenue sur le dance-floor, avant de se perdre à nouveau, essoufflé, dans la suivante. Celle qui vous trotte dans la tête encore des jours, et vous ramène invariablement le sourire aux lèvres.
J'ai envie de danser. Danser sur cette putain de tombe. Lui dire que ce n'est pas fini, qu'elle ne m'a pas eue. J'ai envie de danser, de pleurer, de rire.
Alors j'ai chanté. J'ai chanté Alléluia. J'ai chanté Happy Day. Parce qu'après tout, ils sont heureux là-haut. Les gens, avec leurs putains de gueules d'enterrement, n'ont pas compris.
Je m'en fous. Il y en a que je n'aimais pas.
Ils sont heureux, libres, sans angoisses.
J'ai chanté. Et j'ai dansé aussi. La Macarena, là, devant les cercueils. Ils ne m'auront pas, ces cons. Elle ne me prendra pas, la Faucheuse. Je vais leur faire pisser dans leur froc ces idiots.
Et j'ai croisé le regard de James. Il avait compris.
Moi, Philou, 11 ans et demi, j'ai un grand pouvoir. Jamais, au grand jamais, je n'arrêterai de rire.
_ooOOoo_
Après l'enterrement, ce foutu policier a encore voulu me poser ses stupides questions. Alors j'ai fait la poule. J'ai joué l'attardé, le fou, celui qui s'est perdu quand sa vie s'est écroulée. Ça m'a soulagé quelque part, de me dire que j'avais le droit d'être fou, que ce qui m'arrive n'est pas normal, pas acceptable. Je n'ai pas envie de lui raconter pourquoi j'ai vu mes parents être assassinés sur une aire d'autoroute, au moment même où nous pensions nous en sortir. On faisait des blagues, on riait bordel ! Et au moment même où James et moi allions aux toilettes… Nan, ne pas y penser. Il y a des choses plus importantes pour l'instant. Comme aller récupérer ce qu'il y a dans le coffre fort de la maison que ces connards ont brûlée. Au Napalm. J'ai une vengeance à préparer, une qui sera servie très froide, juste avant les flammes de l'Enfer.
J'irai danser sur la tombe de ces bâtards.
_ooOOoo_
Bonjour !
Encore un chapitre. Je dois avouer que le chapitre suivant me demande beaucoup de réflexion, parce qu'une vengeance de notre cher héros se doit d'avoir un peu de panache. Il se peut donc que vous attendiez un moment avant qu'elle ne paraisse. J'espère juste que vous ne serez pas déçus.
Eli
