31. Se lancer

J-68

Philou n'avait jamais construit de forteresse. De vraie forteresse, s'entend. Les châteaux de sable et de branches d'arbres ne comptent pas. Pas dans cette situation. Il était sûr que les 20 derniers étages de cette tour avaient été construits comme une forteresse si bien défendue que l'ennemi ne penserait même pas à l'attaquer. E la tête de James penché sur les plans ne le lui confirmait que trop bien.

C'est alors que le garçon eu l'idée du siècle. « Moi, je peux y entrer ». James leva la tête si rapidement qu'il vit quelques étoiles.

« Tu veux y aller ?

Oui.

Pourquoi ?

On a besoin d'informations, non ? Et pour ça, il faut accéder à un ordinateur. Mon père en a rassemblé pas mal, mais pas assez pour les exploser. Je veux les exploser. Alors je rentre, je chiale, je m'arrange pour m'approcher d'un ordi, j'y mets un foutu virus de merde, et je me casse toujours en chialant.

Sounds like a plan. Ça m'a l'air d'un plan.

Ouai, c'en est un. Le seul que t'as. Le seul que j'ai aussi. Alors t'arrête de réfléchir et on le suit.

C'est dangereux. Je trouverai une solution.

Tu me dis ça depuis une semaine. J'ai trois mois pour leur latter la gueule à ces connards. Je ne vais pas gâcher une semaine de plus alors que j'ai un plan qui marche. Je vais faire ça, avec ou sans toi. »

James l'avait regardé longuement, droit dans les yeux. Philou avait eu du mal à garder son sérieux, l'idée que cela ressemblait trop à une scène de Western lui ayant traversé l'esprit. Mais il avait fini par acquiescer. Philou avait dormi comme un bébé cette nuit-là. Peut-être étais-ce à cause de l'épuisement chronique, du somnifère prescrit par le médecin, ou de la lueur d'espoir qui commençait à renaître. Il dormit comme un bébé, lové dans le grand lit à côté de James, qui n'avait trouvé que cette solution pour qu'il s'endorme les nuits précédentes.

_ooOOoo_

J-67

En sortant du gratte-ciel, œuvre d'hommes qui se pensent dieux, Philou ne pouvait s'empêcher d'être un peu fier, de les comprendre un peu. Quel sentiment merveilleux d'avoir l'impression de contrôler, de diriger son destin. Impression fugace, qui disparut dès qu'il s'en rendit compte. Ce n'était pas le moment de se sentir supérieur, de se croire invincible. Les flaques de sang revenaient encore trop souvent dans ses cauchemars pour qu'il s'y laisse prendre. Il n'avait pas marché cinq mètres sur le trottoir qu'il recommençait à pleurer. Heureusement pour lui, car pas moins de trois personnes mandatées par le Golden Boy l'observaient déjà. Et deux autres vérifiaient toutes les caméras du bâtiment. Rien n'était laissé au hasard. Personne ne dirigeait une organisation de cet acabit sans même se méfier des visites inattendues d'un petit garçon. Et ce garçonnet là dégageait quelque chose d'étrange, qu'il n'aurait su définir. Peut-être simplement de la pitié. Non, c'était plus. Mais quoi ?