33. Essayer
Jour J
Philou avait remué ciel et terre pour trouver un club de claquettes. James n'avait pas compris pourquoi, mais il s'était dit que c'était une brindille de plus. Comme un rêve stupide qu'on s'autorise à vivre quand tout le reste part à vau-l'eau. Ils avaient trouvé un club de claquettes, de plus de cinquante danseurs. Puis il voulait voir un groupe de Death Metal de garage, du genre qui jouerait dans la rue pour 50€, et surtout très fort. Il avait beaucoup aimé La Morve De L'Enfer. Il avait en suite voulu savoir si les anarchistes croyaient vraiment en rien, ou ce en quoi ils croyaient était rien. Des punks anarchistes fumeurs de crack lui avaient répondu. En fait, ceux-là étaient juste très cons, avait-il dit. Il s'était même lancé le défi de savoir commander une call-girl. James l'avait accompagné dans toutes ses pérégrinations, déconcerté par ses idées farfelues mais content qu'il en aie encore. Rien ne l'aurait désolé plus que de voir son protégé perdre son sens de l'humour. Et puis cela faisait autant de temps que, concentré sur sa tâche, il ne hurlait pas dès qu'une porte claquait. James le soupçonnait d'avoir hurlé quelques fois juste pour le faire sursauter, mais avec ce garçon on n'était jamais sûr de rien.
Ce furent tous ces détails étranges, et plus encore, qui se rappelèrent brusquement à la mémoire de James lorsqu'il vit le sourire de Philippe le matin de l'opération Bordel De Merde. C'était bien entendu le gamin qui avait choisi le nom, et personne n'avait voulu le contrarier sur ça. Bordel de merde. Heureusement qu'Ewart ne parlait pas français, sinon il n'aurait jamais accepté.
_ooOOoo_
Ewart avait la nausée. Il avait dû manger un truc pas frais dans le frigo de ces imbéciles. Le lieu était dégoûtant, James n'était vraiment pas une fée du logis. Comme le gosse était riche, ils commandaient tous leurs diners. On pouvait d'un coup d'œil connaitre leurs 10 derniers repas, jetés dans un coin. Si James ne lui avait pas sauvé la vie, et si la situation n'était pas si dramatique, il lui aurait bien foutu son poing dans la gueule. Ce n'était en aucun cas parce que le plus gros coup de bluff de toute sa carrière allait commencer dans quelques heures.
Lauren était inquiète pour son frère. Elle n'avait jamais vu James si tendu, et si pâle. Elle lui avait dessiné une bite sur le visage la veille, et il l'avait toujours en sortant de la douche. Ça ne voulait dire qu'une chose : il ne s'était pas regardé dans le miroir. Son état était dramatique !
Rat, était inquiet pour James, et inquiet pour Lauren. Mais il était aussi étrangement content d'avoir rencontré un enfant avec autant de potentiel. Et il savait qu'il avait encore un tour dans sa manche. Il attendait juste de voir.
La psy ne comprenait rien du tout à l'affaire. Ou plutôt si, elle comprenait trop bien ce qui se jouait pour chacun. Mais elle ne pouvait rien faire. Curieux comme sentiment, accepter de ne pouvoir rien faire. Elle se tenait prête à tout, pour le moment où elle pourrait se rendre utile.
_ooOOoo_
Aujourd'hui est le grand jour. Serré dans mon uniforme d'écolier, le sac à dos plein, les courroies me sciant les épaules, j'inspire un bon coup. Maman, papa…
Je lève les yeux vers le ciel. Cette tour est immense, en plein quartier d'affaire. Quelques larmes roulent sur mes joues, je suis prêt. Je vais les enfumer, littéralement. Je croise les doigts, et pousse la porte d'entrée.
Pourquoi, tout d'un coup, j'ai envie de me foutre à poil ?
