La franchise et l'univers de Fire Emblem ne m'appartiennent pas. Ils ont été créés par Shouzou Kaga, et développés par Intelligent Systems.
Edelgard et l'Escadron des Aigles de Jais ont vaincu les forces de l'Eglise de Seiros.
Postgame.
Fin Alternative.
Il s'agit ici d'une Fanfiction.
Zakuro Ruby Kagame
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Farewell
Je n'ai cesse de me demander : et si les choses avaient été différentes ? Cette seule question m'a toujours accompagnée, d'aussi loin que je puisse m'en souvenir. Et si j'étais née sans emblème ? Serais-je, comme mes nombreux frères et sœurs, morte, ou bien pire encore, réduite à un état où la mort serait la plus douce des délivrances ? Aurais-je ainsi marché dans les ténèbres, au point de me confondre parfaitement avec le désespoir et la souffrance ? La mienne en aurait-elle été moindre ? Si les choses avaient été différentes... Mes jambes n'auraient certainement pas tremblées dans le tombeau de la Déesse, devant un destin auquel je ne pouvais plus échapper. Des objectifs et des ambitions démesurées, les miennes, pour un monde juste, pour un monde libre... Si les choses avaient été différentes, est-ce que ce monde aurait été capable de m'accueillir, ou bien me serais-je encore une fois battue pour lui, au risque de tout perdre, tout sacrifier, tout oublier ? Oublier jusqu'à mon propre nom. Si les choses avaient été différentes, ce masque serait-il devenu mon visage, ou bien se serait-il brisé comme il a maintes fois risqué de l'être ? Aurais-je pu simplement être moi ? Ou aurais-je vécu avec le souvenir de celle que j'aurais pu être, de celle que je ne serais jamais ? Ah, si seulement.
Si seulement les choses avaient été différentes, je n'aurais jamais eu à choisir entre le cœur et la raison. Un cœur qui saigne, une raison brisée.
Aujourd'hui, je marche sur Garreg-Mach, désarmée. Les jours où je soulevais Aymr pour que naisse la justice sont derrière moi mais leur ombre me poursuit encore. Le sang a disparu mais la douleur est toujours là, jamais elle ne me quitte, et jamais ne me quittera. Le désespoir s'est depuis longtemps mêlé au souffle du vent qui m'enveloppe, et le chagrin se noie avec les larmes de la pluie ravageant mon visage. La colère gronde et tremble avec la terre que mes pas foulent, un à un, et dans ma poitrine brûlent encore des sentiments qui ne se sont jamais éteins.
Je n'ai nul besoin de m'arrêter pour demander à ce que l'on ouvre la herse du monastère à ma venue, les grilles n'ont jamais été redressées suite à l'assaut de l'empire, près de cinq ans après le début de la guerre que j'ai déclenchée. Je n'y étais pas, ce jour là, mais je sais parfaitement ce qu'il s'y est passé. L'armée impériale a été repoussée par les forces de l'église, galvanisées par le retour du Professeur au sein de leurs rangs. Dans les ténèbres apparaissait enfin la lumière, une lumière vive qui perçait aux travers des épais nuages sombres recouvrant Fódlan. Et pourtant... je demeurais dans l'obscurité. Mon Professeur ne m'avait pas choisi.
La place du marché n'est plus que ruines. Autrefois résonnaient ici les voix des marchands ainsi que celles des élèves, de mes anciens camarades, aujourd'hui il n'y a plus que le silence pour m'accompagner. Un jour viendra où je sais que les quelques marches que j'emprunte le cœur lourd seront de nouveau foulées sans même que l'on repense aux combats qui se sont déroulés ici. Les bruits de pas résonneront, tels des échos de vie, l'eau ruissellera en de petites cascades sur ces murs sans même qu'on ne les remarque. Il suffira de lever les yeux pour se remémorer la victoire de l'empire, mais pour le moment retombent encore fièrement les couleurs de l'église, usées par le temps, blasphémées par la guerre.
Mon cœur se serre dans ma poitrine sur un douloureux souvenir lorsque je monte les dernières marches. Ici, j'ai une fois de plus pensé que peut-être, elle pourrait me rejoindre, surtout lorsqu'elle accepta de m'accompagner au couronnement qui scella définitivement mon destin. Je me rappelle encore cette peur lorsque je croisai son regard. Une peur qui après ce jour, ne m'a jamais quitté. Ni hier, ni aujourd'hui, elle me poursuivra encore demain. J'avais peur de la perdre, et maintenant j'ai peur de ne jamais la rejoindre. Peut-être que si j'avais été plus honnête avec elle alors...
Alors cela n'aurait certainement rien changé. Nos destins n'étaient simplement pas fait pour se rejoindre autrement que dans le fracas de nos armes.
Les jardins n'ont plus rien de ce qu'ils étaient autrefois. La végétation continue d'y prospérer, les fleurs éclosent les unes après les autres nourries par les larmes du ciel et le chagrin, mais leur fragrance ne parvient plus à m'emporter. J'ignore quand arrivais-je encore à admirer les plantes luxuriantes et leurs magnifiques couleurs devant lesquelles, parfois, je pouvais presque rêver. Aujourd'hui, toutes me semblent fades et ternies.
Le hall de réception est aussi vide qu'il est immense, et la couche de poussière qui recouvre les tables est aussi épaisse que l'amertume que je ressens. Il y a cinq ans, je dansais ici sur de la musique qui arrivait à m'emporter. Je ressentais la joie et l'insouciance de me laisser guider sur chaque note, mais également la déception de ne l'avoir invitée. Ici naquirent mes premiers regrets, mais également mes premiers espoirs. L'espoir d'un jour, juste une fois, partager avec elle une danse.
Et nous avons dansé, non pas ici, mais bien là bas. Je peux l'apercevoir du pont menant à la cathédrale : la Tour de la Déesse. Combien de fois nous y sommes nous retrouvées ? Bien trop pour que je puisse encore les compter. Je me rappelle néanmoins parfaitement m'y être confiée après le bal de la Lune des Etoiles lorsque la musique atténuée dans la nuit parvenait encore à me bercer. Là aussi, je croyais encore que, peut-être, elle me choisirait. Son regard était tout aussi révélateur que les battements frénétiques de mon cœur, bien que toujours si mystérieux. Nous nous sommes promises d'un jour nous retrouver, et si cette promesse concernait tous les Aigles de Jais, à nous était bien plus particulière. Je me souviens ce jour là m'être promise de tout lui avouer si de nouveau, au sommet de cette tour nous devions nous croiser. Simplement lui faire part des sentiments que j'entretenais à son égard. Mais pour autant, je n'ai jamais rien pu lui révéler, pas à cet instant, alors que l'on dansait, cinq ans après, et que se croisait alors le fer de nos épées. Incapable de prendre la vie de l'être que, plus que tout au monde, l'on chérissait, nous avons de nouveau promis. Promis de mettre un terme à tout ceci, à nos destins, le sien, ou bien le mien... Mais, ce n'est pas dans cette tour que l'on se séparait.
Alliées, nous sommes dans la tombe sacrée devenues des ennemies alors qu'elle était encore ma préceptrice et que je demeurais son élève. Mais j'étais aussi l'impératrice, Empereur des Flammes, et sous mes plumes de jais je révélai mes écailles. Si tous mes aigles me choisirent, c'est bien sans elle que nous nous envolâmes vers de plus grands projets, car face à moi, devant Rhea, elle leva son épée. Jamais son regard ne fut si difficile à supporter. De la colère, de l'incompréhension, mais surtout une profonde tristesse s'y dissimulait. Je profitai de son hésitation pour fuir ce qui aurait du être le lieu de mon exécution, mais j'échappai surtout au jugement de chacune de ses émotions. Ce jour là, se brisa définitivement ma raison, car j'acceptai d'un jour devoir la tuer, même si je ne pouvais renoncer à l'aimer.
La pluie s'écrase sur le sol et s'abat sur mon âme, mais j'ai depuis longtemps déjà cessé d'en ressentir le froid. Peu importe ô combien la Déesse peut laisser exprimer son chagrin, le mien est bien plus fort, c'est certain.
C'est la première fois que je retourne au monastère depuis que la guerre a pris fin, mais jamais je n'avais emprunté ce chemin même lorsque j'y faisais encore mes armes. Je n'ai ni envie d'aller dans la salle de classe des Aigles de Jais, où je sais les bancs demeurer vides pour l'instant, ni celle de retrouver ma chambre où son portrait, jaunit par le temps, m'attend patiemment. Je ne suis pas encore prête à revoir son visage, seul le son de sa voix pourrait réconforter mon âme tourmentée. Les marches que je descend ne me guident ni à la rédemption, ni au purgatoire que je ne connais déjà que trop bien. J'ai l'impression que seul cet endroit a échappé à la guerre, d'apparence tout du moins, car le nombre de stèle n'a pas cessé de croître pendant ces cinq années de combats. J'ignore à qui beaucoup appartiennent, mais mon cœur brisé me rappelle que certaines sont ici gravées de mon fait.
Jeralt a été une des premières victimes de mes choix, une erreur que je n'ai jamais pu et ne saurai jamais réparer. Si la mort succède à la vie, je sais que les regrets m'y accompagneront et que rien ne lavera jamais les crimes dont je suis personnellement coupable. Si j'arrive encore à voler malgré ce poids, mon dernier souffle brisera mes ailes pour m'envoyer au plus profond des enfers.
J'entends le ciel gronder comme pour me sommer de partir. Je ne suis pas superstitieuse, loin de là, hélas je sais la Déesse en colère et ma présence ici un blasphème à ses enfants et au monde qu'elle a laissé derrière elle. Un monde aujourd'hui en deuil qui ne peut que panser ses blessures quand moi, ne peut panser les miennes. J'ignore combien de temps il me reste mais je sais ne plus avoir droit au pardon depuis longtemps déjà. Je ne suis pas ici dans le but d'alléger ma peine, et je n'espère pas non plus pouvoir la soulager. Le poids des morts est bien plus accablant que celui des vies, quoique les gens disent.
La colère de la Déesse se mêle au désespoir que je ressens et ses larmes noient mon visage lorsque je lève les yeux sur les épais et sombres nuages. J'ai peut-être cessé de marcher dans les ténèbres, je sais cependant ne pas avoir le droit à la lumière. Il demeure en ce monde une obscurité de laquelle on ne peut réchapper, même lorsque le soleil déverse ses plus beaux rayons. Cinq ans auparavant, mes jambes tremblaient devant ma bien-aimée que j'affrontais, aujourd'hui, c'est tout mon corps qui ne supporte plus ce poids. Ce n'est cependant pas la première fois, notre dernière danse a brisé ma raison et fait voler mon âme en un millier d'éclats. Aujourd'hui, je suis peut-être impératrice, mais je ne reste cependant que l'ombre de moi-même, car mon cœur à bien cessé de battre.
Byleth Eisner
1159 - 1186
Qui aurait cru que dans mon palais impérial, elle viendrait me chercher. Mais nous nous étions faites une promesse, promesse qu'elle était venue tenir. Après avoir défait mon bras droit, c'était bien ma tête qu'elle était venue prendre, armée de détermination. Une détermination qui l'accompagna tout au long du combat que l'on mena. Cet affrontement fut à la fois à la hauteur de notre rage de vaincre, mais également à la hauteur des sentiments que l'on éprouvait réciproquement. Car chaque fois que sa lame m'approchait d'assez près pour voir mon sang couler, je voyais s'échapper ses larmes quand moi retenais les miennes. Je ne pouvais pas perdre, pas ainsi, pas face à elle, face à ce Professeur resté invaincu. Cette victoire devait être mienne, mais hélas je fus la première à mettre genoux à terre sous son visage ravagé par la peine, la détresse noyant ses yeux de jade. Je n'avais plus la force de me battre, à peine celle de me relever pour brandir l'épée de Seiros, Aymr m'avait déjà abandonnée. Et la victoire fut sienne, je me décomposai, tandis que son sang, non pas le mien, se déversait et emportait une à une toutes mes pensées. J'avais une fois de plus perdu face à ma bien aimée, car je n'avais pas pu la sauver. Son sacrifice fut bien l'énième crime et le plus lourd que je dus porter et porte encore ce jour.
Aujourd'hui mon cœur ne me permet plus de supporter la douleur que je ressens alors que je n'ai jamais pu ni dire au revoir, ni lui avouer mes sentiments. Et le dernier sourire qu'elle m'offrit me hante depuis chaque jour comme chaque nuit. Mes rêves ont été emportés avec son dernier souffle de vie, et même si je savais ne jamais pouvoir les réaliser, vivre sans elle demeure la pire des cruautés que je me suis moi-même infligée. J'ignore comment faire face à l'avenir quand le passé m'étreint, et si mon corps à déjà supporté tant de maux, mon cœur se retrouve être à porter bien lourd fardeau.
—Vous m'avez tant appris, Professeure... Mais j'ai encore tant besoin de vos enseignements...
J'ai besoin de savoir comment seulement respirer lorsque j'ouvre les yeux sur un monde privé de couleurs. J'ai besoin de savoir comment continuer à marcher sur un chemin sur lequel je sais ne jamais un jour la retrouver. J'ai besoin de savoir, comment continuer à vivre tout en supportant son absence. Est-ce que la douleur un jour finira-t-elle par s'estomper au point d'en oublier son nom ? Ou bien l'entendrai-je toujours murmurer même lorsque je fermerai pour la toute dernière fois les yeux. Comment le vide laissé derrière elle pourrait-il un jour laissé sa place au soulagement d'enfin la rejoindre si elle m'attend dans un endroit que je sais ne jamais pouvoir atteindre ?
Mes genoux s'écrasent au sol devant son nom gravé dans la pierre sur son souvenir, comme ils l'ont fait lorsque j'entendais pour la dernière fois le son de sa voix. La mienne s'échappe si fort de ma gorge alors que mes larmes se mêlent à la pluie sur des hurlements transcendant même l'orage que j'ai l'impression de faire trembler la terre et le ciel. La douleur s'échappe de mon corps pour venir l'envelopper tel un manteau de souffrances. J'ai l'impression que c'est sans fin, que ça ne s'arrêtera jamais, car après tout, l'Aigle n'est-il pas destiné, seul à voler ?
Et pourtant, malgré cette solitude et cette agonie lacérante, malgré les ténèbres et le froid, malgré la pluie, malgré les larmes, malgré les maux du monde et ceux causés par mes mains, je sens la chaleur m'envelopper comme elle l'a tant de fois déjà fait. C'est à peine perceptible mais ce réconfort est dans l'obscurité la seule lumière qu'il me reste. Si je sais ne jamais pouvoir l'atteindre, j'espère tout de même m'en rapprocher lorsque je lève les yeux et que je tends la main. Car cette main tendue vers la lumière trouve toujours la chaleur de ses doigts...
—Edie...
La guerre n'a épargné personne, et je sais que mes larmes ne sont pas seules à s'écraser pour se briser sur le sol. Je sais partager mon chagrin, et si cela n'enlève rien à son poids, j'ose espérer pouvoir parfois mieux le supporter. Mes yeux perlés croisent les prunelles malachites et je me perd déjà dans les cheveux boisés, nous demeurons les derniers Aigles de Jais, et à deux, peut-être un jour parviendrons nous de nouveau à voler.
Face à mes crimes, à mes victimes, j'ignore si j'ai ne serait-ce que le droit d'oser demander pardon car même si ce monde voit une nouvelle ère commencer, trop de sang a été versé. Il faudra des années à Fódlan pour se reconstruire, mais je sais toute une vie insuffisante pour espérer un jour de nouveau pouvoir sourire.
—Je vous demande pardon, Professeure...
Plus d'une fois j'ai pensé à la rejoindre, mais cela n'aurait fait que profaner son nom et rendre vain son sacrifice. De notre dernière danse, j'ai fais une promesse. Une dernière promesse. Celle de tout faire pour un jour la rejoindre. J'ignore si je le mériterai un jour, mais je suis Edelgard von Hresvelg, et il n'existe nulle chose en ce monde ou ailleurs que je ne saurais atteindre sans au moins essayer. Je continuerai de lever les yeux vers le ciel et d'y déployer mes ailes pour ne serait-ce qu'espérer l'effleurer. Et un jour, un jour peut-être...
—Adieu, Professeure.
Peut-être pourrons nous nous revoir. Un jour peut-être que les aigles voleront de nouveau tous ensembles, que les cerfs bondiront dans nos ombres sous le rugissements des lions. La Déesse miséricordieuse l'autorisera peut-être, envers et contre tous.
—Allons-y, Dorothea.
Nous sommes les derniers oiseaux à quitter ce monastère, mais je sais que nos amis nous accompagnent de là où ils se trouvent. Nos cœurs portent leur peine, mais aussi leurs espoirs, et j'ignore si leurs ailes nous guident, mais nous devons avancer.
Ce n'est pas un au revoir, mais bel-et-bien un adieu. En ce monde, nous retrouver est impossible, mais je sais mes sentiments m'accompagner dans l'autre. Alors, peut-être que... nous nous retrouverons...
Et à nouveau, nous danserons.
C'est une Promesse.
