Bonjour à tous, j'espère que vous allez bien.
Cette fois le chapitre est beaucoup plus long que d'habitude. J'espère qu'il vous plaira et à la semaine prochaine.
Contexte : aucun en particulier. Eomer a 19 ans, Theodred 32.
Disclaimer : Je ne suis pas Tolkien et je n'ai pas son talent. Pour le titre, cette fois c'est du Dire Straits.
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Brothers in arms
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L'air était glacial. Il semblait aux cavaliers que le froid venait leur mordre la peau comme si les épaisses capes qu'ils portaient n'existaient pas. La nuit commençait à tomber lentement et le ciel couvert laissait craindre une nouvelle chute de neige. Malgré sa hâte d'arriver à Fort le Cor, Theodred ordonna d'installer le campement. Avec l'efficacité de la troupe habituée à voyager ensemble les Rohirrims s'exécutèrent. Une fois sûr que tout le monde s'était bien réparti les tâches, le jeune Maréchal rejoignit son cousin, occupé à monter les tentes. Il sourit en l'entendant râler, tout en déblayant la neige avec une efficacité redoutable.
« Que des orcs viennent faire des razzias sur nos terres pour nous voler des chevaux c'est une chose, mais qu'il le fasse en plein milieu de l'hiver avec une tempête de neige tous les deux jours, ce n'est vraiment pas correct.
- Cesse donc de râler et viens m'aider à monter la tente, tu as assez dégagé de terrains pour trois eoreds de plus. »
Theodred laissa passer quelques instants où les deux cousins s'activèrent en silence, avant de reprendre, cachant à grand peine l'amusement dans sa voix.
« Dis-moi Eomer, tu trouves vraiment qu'il est plus correct de voler des chevaux en plein été ?
- Très drôle ! Tu sais très bien ce que je veux dire. Il n'est jamais correct de prendre le bien d'autrui, que l'on soit au printemps, en plein hiver ou en été. Encore plus quand on est un orc qui prend des bêtes superbes pour servir Sauron. Néanmoins, quand il fait un temps pareil, je préfèrerais largement être au chaud dans le Palais d'or et dormir dans mon lit. Et je pensais que ces créatures abjectes n'étaient pas plus immunisées que nous contre la perte de leurs orteils dans le blizzard.
- Désolé cher cousin, mais le métier de Cavalier du Rohan est un plein temps, qu'il pleuve, vente, neige et même s'il y a du brouillard. Crois-moi j'aimerais tout autant que toi être à l'intérieur, et j'espérais vraiment que nous serions à Fort-le-Cor ce soir. Enfin, concernant la résistance des orcs au froid, je pense qu'ils ont été surpris aussi par la dernière chute de neige, mais il y a bien une raison pour laquelle ils ont l'indélicatesse de multiplier leurs attaques pendant l'hiver. Cependant cela n'a pas un grand rapport avec les températures extérieurs mais plus à la longueur du jour. »
Le sourire de Theodred s'élargit en voyant Eomer rougir de ne pas avoir été capable de comprendre cela tout seul. Il connaissait son cousin et savait qu'il était atrocement vexé de ce qu'il devait voir comme un terrible échec. Il se contenta de lui donner une légère tape sur l'épaule et les deux hommes se dirigèrent vers l'un des nombreux feux allumés par l'éored, afin de prendre un repas qui, ils l'espéraient, réchaufferait leurs corps transis par le froid.
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Les flammes dansaient joyeusement, jetant leur jeu subtil d'ombres et de lumières aux alentours. Theodred se perd longtemps dans leur contemplation, comme hypnotisé par ce ballet rougeoyant, il n'écoute pas réellement les récits de Grimbold, trop occupé à suivre du regard les quelques étincelles qui tentent de rejoindre les nuages. Lorsqu'il s'arrache enfin du spectacle du feu, c'est pour observer son cousin assis en face de lui. Toute trace de mauvaise humeur avait disparu de son visage qu'il distinguait à peine dans la pénombre de la nuit, seul ses yeux scintillaient, réhaussés par les ombres rougeoyantes du brasier. Il était fasciné par le récit de son ainé dont il ne perdait pas une miette. Le cœur de Theodred se gonfla de fierté. Il lui restait encore quelques aspérités mais sa pierre précieuse commençait à briller de mille feux.
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La nuit avait été courte pour les cavaliers qui s'étaient levés avant le soleil. Le matin était venu avec nouvelle couche de neige et un froid toujours aussi mordant. Le camp fut démonté rapidement, une boisson chaude vite bue et déjà ils repartaient, pressés de trouver ces fameux orcs et de mettre fin à leurs pillages. Theodred avait peu dormi, réveillé par chaque craquement dans la neige et pour couronner le tout, il recommençait à neiger. Il commençait à être d'accord avec son cousin : les orcs n'étaient vraiment correct d'attaquer en cette saison. En parlant de cousin, les nouvelles chutes de neige n'avaient pas dû ramener sa bonne humeur. Il tourna la tête et fut surpris de le voir un grand sourire aux lèvres, aux côtés d'Elfhem. En l'observant plus attentivement, il devina même son excitation et celle d'Aldor, son cheval, qu'ils peinaient tous les deux à contenir. Autant profiter de cet enthousiasme pour lui confier un peu plus de responsabilités, il l'appela à ses côtés.
« Et bien jeune homme, où sont donc passées tes plaintes contre le mauvais temps ?
- Elles ont été emportées par le vent et remplacées par une énergie débordante. Autant je déteste camper dans le froid, autant je suis rarement aussi heureux que quand je peux chevaucher alors qu'il neige, ça me donne l'impression de voyager dans le cœur d'un conte de fée. »
Theodred sourit doucement. Ne jamais réduire quelqu'un à ce que l'on connait de lui, accepter de se laisser surprendre encore en le découvrant.
« Qui devinerait qu'un petit enfant se cache encore derrière cet immense jeune homme ? Heureusement pour toi j'ai une mission pour rentabiliser toute cette bonne humeur. La neige ne va pas tarder à recouvrir les traces que les orcs ont laissé, j'aimerais que tu partes en éclaireur. J'insiste ton rôle est uniquement de retrouver leurs traces, ne te mets pas en danger. Elfwind fera la liaison entre nous. Et sois prudent à cheval »
Eomer acquiesça gravement, sans cacher la joie que lui causait la confiance de son aîné. Il talonna Aldor et ils s'élancèrent dans les étendues immaculées du Riddenmark sous le regard attendri de son cousin qui se rendaient compte que sa mauvaise humeur avait également été lavée par les flocons. Le rire d'Eomer résonnait encore dans l'air.
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La plaine entière était silencieuse et seul résonnait le bruit étouffés des sabots d'Aldor s'enfonçant dans la neige. Eomer savourait le galop enivrant de son cheval, même si avec la vitesse le vent s'infiltrait avec plus de facilité entre ses vêtements, le glaçant jusqu'aux os. Il ne sentait déjà presque plus le bout de son nez. Dans cet univers blanc et feutré, il avait l'impression d'être seul sur Terre et de pouvoir filer ainsi jusqu'au bout du monde. Il avait néanmoins une conscience aiguë de son devoir et de l'importance de la mission que Theodred lui avait confié. Il était hors de question de décevoir son aîné quand il lui donnait de nouvelles responsabilités. Et il était primordial qu'ils retrouvent cette bande d'orcs avant qu'ils ne commettent trop de dégâts.
Par tous les dieux du Rohan, comme il haïssait ces créatures. Rien que d'y penser, tout son sang s'échauffa. Il savait bien que leur mort ne vengerait pas celle de ses parents et que rien ne les ramènerait jamais mais il était de son devoir d'empêcher que de nouvelles tragédies, semblables à la sienne, arrivent à nouveau.
Bien sûr, il n'était pas si à plaindre que ça. Theoden avait toujours été plein de bienveillance et d'attentions pour son neveu, Theodred était comme un grand frère aimant et toujours de bon conseil pour lui. Edoras était réellement devenu un foyer pour lui et Eowyn. Et pourtant... il lui arrivait encore d'être nostalgique du parfum de sa mère et du rire de son père. Et quand le soir il essayait de retrouver les traits de son père et qu'il commençait à prendre ceux de Theoden, il ne pouvait s'empêcher de se sentir coupable d'avoir tourner la page aussi facilement.
Sa haine flamba de plus belle. Il retint également un juron, le vent et la chute de neige redoublaient d'intensité et il craignait une sévère aggravation du mauvais temps.
Il demanda à Aldor de ralentir tout en espérant que la neige ne masquerait pas trop vite ses empreintes car il commençait à devenir difficile de se repérer. La situation commençait à devenir légèrement inquiétante, mais il refusait d'abandonner alors que Theodred comptait sur lui.
Alors qu'il commençait néanmoins à envisager de faire demi-tour, la chance lui sourit enfin. Il avait trouvé leurs traces.
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Theodred avait quelque peu hésité avant de prendre une décision. Il était près de prendre la direction de Fort le Cor et de ne reprendre la poursuite des orcs qu'une fois le beau temps revenu lorsqu'Elfwind était venu avec la nouvelle.
Eomer avait trouvé la trace.
Cher et fort Eomer ! Il avait mérité la confiance de son aîné, qui commençait à douter de la faisabilité de sa tâche dans de pareilles conditions climatiques. Le dilemme avait été le suivant : fallait-il tenter de rattraper la bande dans ces conditions et risquer un combat plutôt dangereux pour eux au vu de la météo ou rendre le travail et la ténacité d'Eomer inutile et risquer de ne pas retrouver les orcs avant plusieurs jours les laissant continuer leurs méfaits ?
En fait, le dilemme n'avait été si compliqué, bien sûr qu'il fallait stopper ses créatures tant qu'ils en avaient l'occasion.
Ils avaient enfin rattrapé le jeune homme et les orcs n'étaient plus très loin devant eux. Le Maréchal prit le temps de féliciter son cousin, donna les consignes et fit signe qu'on sonne l'assaut. Ils talonnèrent leurs montures et l'eored s'élança.
En quelques instants, tout ne fut que tourbillons de lames et de neiges et la plaine fut remplie du fracas des armes, des cris des hommes et des orcs et des hennissements des chevaux. Et puis soudainement, le silence retomba, interrompu uniquement par quelques piaffements et les cris d'agonies des orcs que les Rohirrims finissaient d'achever.
Theodred constate avec soulagement que peu de pertes sont à déplorer dans ses rangs et que les chevaux qui avaient été volés sont tous là en bonne forme. Aussi vite qu'il est arrivé, l'éored se remet en route. Malgré la tempête de neige qui redouble et le froid qui l'attaque, le Maréchal sourit, ce soir ils dormiront au chaud derrière les murs de Fort le Cor. Il tourne la tête pour observer son cousin qui chevauche à ses côtés, il s'est bien battu et aujourd'hui il a été un élément précieux. Theodred est confiant, quelle que soit les épreuves que le futur lui réserve, il sait qu'il pourra compter sur Eomer.
Le jeune homme tourne également la tête. Leurs sourires s'élargissent tandis que leurs yeux se croisent. Comme après chaque mission, ils sentent bien que leur amitié a encore grandi.
Eomer éclate d'un rire frais. La vie ne fait que commencer.
