Epilogue
Camille
6 Mars 1900
Cher frère, aujourd'hui, j'ai reçu une lettre de mon ami Ciel Phantomhive – mon Théo – qui m'invitait à son mariage. Vous connaissant, je sais que vous allez sûrement froncer les sourcils, vous demandant qui est l'heureuse élue et pourquoi vous n'avez pas reçu une invitation, vous aussi.
Si je vous écris, d'ailleurs, c'est parce que je voudrais que vous excusiez ce comportement à votre égard. La cérémonie, d'après les dires de Théo, se déroulera en petit comité, et la future mariée ne semble pas vous porter dans son cœur. En apprenant qu'il s'agit de Miss Lydia Rollington, je pense que vous comprendrez votre absence de la liste d'invités.
Je sais que vous n'avez jamais été en très bons termes avec eux, mais l'heure est au pardon, de l'eau a coulé sous les ponts. Je suis au courant du passif de cette demoiselle, et je prédis avec horreur ce que la presse et la bonne société diront de leur union, voilà pourquoi je vous prie de ne pas vous joindre aux commérages et aux médisances, et de si possible – et si vous m'aimez vraiment – d'essayer de les soutenir autant que vous le pourrez. Je sais que vous et le comte Trancy avez un pouvoir qui pourrait grandement contribuer à la préservation de ce jeune couple par rapport aux cancans.
Si les gens voient que vous approuvez ce mariage, médire d'eux sera proscrit.
Et avant que vous ne le demandiez, ceci est une requête que je vous fais de mon plein gré, sans l'inspiration ou la pression d'aucun parti extérieur. Le bien-être de mon ami Théo me tient à cœur, et si je peux empêcher deux personnes qui s'aiment de souffrir, je compte user de toute mon influence.
Dans votre dernière lettre, vous me demandiez quel était l'avis des médecins. Si ces derniers ne constatent aucune amélioration notable, je puis vous affirmer que l'air frais de la campagne m'aide beaucoup à me sentir mieux. Ne vous inquiétez donc pas pour moi. Leurs discours, même si je les reconnais pleins de bienveillance, sont alarmistes pour rien. D'ici à l'année prochaine, je suis sûre que je pourrais à nouveau sortir de mon lit.
Au passage, Joe m'a envoyé son bulletin de notes la semaine dernière, et j'ai constaté avec un grand plaisir qu'il avait toujours d'aussi bons résultats. J'ai toujours su qu'il était très intelligent. Il me racontait dans une lettre qu'il adorait le croquet, et qu'il s'était mis à apprendre les stratégies militaires. Il voudrait rentrer dans l'armée.
Il parait qu'il y'a un fort mouvement patriotique qui s'est emparé du Weston College. Je ne sais pas quelle opinion je dois porter sur ce genre de phénomènes, donc je me repose sur vous en ce qui s'agit de le conseiller. Quant à moi, je lui recommandais seulement de prendre soin de lui-même. Il a beaucoup de bons amis autour de lui, heureusement, alors je ne pense pas qu'il pourra grandement se nuire en suivant sa fougue.
Je lis un peu, pas beaucoup … Les livres que vous m'envoyez sont tous excellents, et ils m'aident à tromper l'ennui parfois. Mais je préfère encore regarder par la fenêtre. Toutes ces lignes m'ennuient, et je n'arrive pas à visualiser ou à me lier avec les personnages. Comment les gens peuvent-ils lire autant ? C'est étonnant ! Moi, j'abandonne au bout de deux pages.
Ne vous en faîtes pas par contre, vos livres ne s'entassent pas dans un coin de la pièce à prendre la poussière. Ils sont mis à une très bonne contribution. Parfois, les enfants du personnel viennent à mon chevet pour que je leur lise une histoire. Une petite fille en particulier me rend visite presque tous les jours, et elle reste auprès de moi même quand je n'ai pas la force de lire. C'est la fille d'une des femmes de ménages de l'hôpital, je crois. Au départ, elle ne savait pas lire par elle-même. Et puisque je trouvais cela dommage qu'elle dépende de moi pour la lecture, j'ai décidé de lui enseigner à le faire.
Elle a beau être jeune, elle apprend vite. Je n'étais pas aussi brillante au même âge. Elle progresse à une vitesse formidable, et elle a une soif de savoir immense. Si je pouvais lui apprendre plus, je le ferais sans hésiter. Mais comme vous le savez, ma faiblesse me prive de la joie de le faire. Parfois, j'avoue que je lui prête vos livres, et elle me les rend intacts, parfaits. Elle est très consciencieuse, vous l'aimeriez beaucoup.
Il est si bon d'avoir de la compagnie. Ne vous en faîtes donc pas pour moi. Je vais me rétablir bientôt.
Avec milles baisers,
Votre sœur qui vous aime.
…
La Gazette de la Londonienne du 7 Juillet 1900
C'est avec le plus profond plaisir qu'on vous annonce en ce jour le mariage du comte Phantomhive avec la bien connue Miss Rollington, fille du baron du même nom. Nous leur souhaitons beaucoup de joie et de bonheur, et surtout beaucoup d'enfants … Espérons seulement, que compte tenu des antécédents de la mariée, la progéniture soit stable mentalement grâce au côté du père.
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La Gazette de la Londonienne du 14 Juillet 1900
La direction du magazine « La Gazette de la Londonienne » voudrait s'excuser des propos tenus sur le mariage du très estimable comte Phantomhive et de la très respectable comtesse Lydia Phantomhive, son épouse.
Nous leur souhaitons bien sûr tout le bonheur et la prospérité du monde.
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The Times du 30 Novembre 1900
Certaines âmes n'attendent pas l'hiver pour nous quitter.
Toute la rédaction du Times voudrait apporter ses condoléances à son mécène, le duc Albertwood, pour la mort de sa sœur, Miss Camille Albertwood. Nous lui souhaitons, ainsi qu'à toute la famille, beaucoup de courage face à cette épreuve.
Mais la vie continue.
Et la mort n'est pas une fin.
… FIN …
