[C'est magique, les vacances d'été, n'est-il pas ? Je vous ai écrit un nouveau chapitre ! Par contre, pardonnez-moi, je sais qu'il est court. Mais j'ai une excuse ! J'aurais sûrement pu le couper plus tard mais, outre le fait que ça aurait été plutôt délicat, ça m'aurait pris beaucoup plus de temps de le continuer, et je ne sais pas si j'aurai le temps d'écrire énormément ces jours-ci, à cause de mon job d'été. Puis arrive la rentrée, et je voulais vous donner ça pour ne pas que vous dussiez attendre six mois ;-;
DaraenFEA : Ahaha et moi, j'aurais jamais cru voir une review aussi vite ! xD Tu te tenais en embuscade depuis plusieurs jours ou quoi ? C'est vrai que c'est dur d'imaginer une ou deux caractéristiques pour tous les Célestelliens qui font du remplissage, mais ma Sis tenait ABSOLUMENT à avoir une liste, donc c'est surtout à elle qu'on doit d'avoir une telle précision x3 Merci beaucoup pour le, eh bien, le chapeau bas ! -révérence-.
MerikuRinka : Merci ! Il faut dire qu'il y a trois ans, DQIX était littéralement ma VIE, alors je devais absolument avoir des idées très précises de ce qu'il se passait sur l'Observatoire. Je te remercie aussi de continuer à m'encourager et à lire mes OS sur DQIX, ça me montre que je ne publie pas tout ça sur ce site en vain ;w;
Youmira : Bienvenue sur ma fic, alors ! Tu as vraiment tout lu en UNE soirée ? o-o Je dois dire que je suis impressionnée, et, honnêtement, c'est l'une des choses les plus motivantes qu'on m'ait dites. Merci du fond du coeur !
Sombrelame : Merchi ! w Je le sens bien, là, je caresse même l'idée de rejouer à DQIX, donc ça devrait continuer à avancer. Merci pour les encouragements !
Almayen : Merci beaucoup ! Oui, c'est aussi ce qui m'a marquée dans le jeu, c'est que les Célestelliens se trouvent supérieurs mais finalement, ils ressemblent beaucoup aux mortels par certains aspects. Et c'est toujours sympa de voir la perfection se casser la figure, je trouve. Oh, c'est gentil de penser à mon moral, merci ! ;w; J'ai des hauts et des bas, mais j'espère que ça va passer. Regarde, ta sollicitude m'aide déjà !
Cam : Je ne sais pas si tu t'aventures sur ma fic principale ou que sur mes OS, mais j'essaie quand même de te répondre ici x3 Je te remercie du fond du coeur pour les reviews sur mes OS, j'ai été plus que ravie de voir qu'ils plaisaient à quelqu'un w Je suis également extatique que tu penses qu'ils sont fascinants, c'est tellement beau comme compliment ! ;w; Mais Daisy et Aquila ont une relation fascinante à la base, donc ça me fait plaisir que ça se sente dans mes OS. Du coup, ça m'encourage à en écrire d'autres si par hasard j'ai des idées !
Pour tous ceux et celles qui ont disparu dans la stratosphère (je pense notamment à Loyiens et EinalemButler), je ne sais pas si c'est par désintérêt, manque de temps, parce que vous n'avez pas trouvé la deuxième partie ou parce qu'il vous est arrivé quelque chose, mais dans le dernier cas, je ne peux que vous soutenir et espérer que ça ira mieux pour vous. Courage !
PS : la fin du chapitre va sûrement vous sembler bateau, déjà-vu et mal faite. Je suis presque sûre que vous allez penser "Eh bien, quel hasard !". Ne m'en voulez pas trop, j'ai réfléchi pendant des mois (je vous le jure) et je n'ai rien trouvé de mieux pour... ça. Mais bon, c'est l'évènement qui compte, n'est-ce pas ?].
Il régnait dans son rêve une nuit opaque et silencieuse, aussi profonde que l'éternité. Au milieu de cette absence de toute chose, une voix retentit. Elle était profonde et sage, infléchie d'accents solennels, mais ses paroles étaient d'une extrême sévérité :
"... Oui, les mortels ne sont pas dignes d'habiter Mon royaume."
Soudain, un tourbillon noir apparut dans le ciel. Il semblait formé de volutes de fumées noires bouillonnantes entourées d'un halo bleu, d'où émanait ladite voix.
"Ils sont bien trop enclins à la cupidité, au mensonge et au déshonneur. Ils sont nés de la poussière et Je les ferai revenir à l'état de poussière."
Une lueur rouge sang glaçante se mit à pulser à l'intérieur du tourbillon, qui se mua en un puissant rayon vibrant d'énergie fusant tout droit vers... le Protectorat. Oui, c'était bien l'immense océan, les montagnes aux sommets coiffés de neige et les plaines verdoyantes qui se découpaient sous les couches de nuages. Au moment où le destructeur rayon rouge allait percuter ce petit coin de vie, un second faisceau, bleu celui-là, fusa depuis le ciel et l'intercepta. Les deux rais de lumière entrèrent en collision et disparurent. Une deuxième voix retentit alors, solennelle et douce, suppliante :
"Je t'en conjure ! Retiens-toi !
-Pourquoi Me défies-tu ? gronda la première voix."
Une boule de lumière bleue apparut dans les cieux, au-dessus du Protectorat.
"Père, j'ai foi en les mortels..., murmura celle qui avait intercepté le rayon ravageur. Tu ne peux pas... Tu ne dois pas... dévaster leur royaume... Je t'en supplie..."
La vision du Protectorat s'évanouit, remplacée par celle des nuages bouillonnants.
"SILENCE ! ordonna la voix de destruction. Je ne te laisserai pas M'influencer... Les mortels seront éradiqués !"
Tout devint blanc.
"Père, j'ai foi en les mortels..., répéta doucement la deuxième voix. Je prends cette apparence pour protéger les mortels et leur royaume de ta colère. Je vais... Je dois les protéger..."
Daisy se réveilla. La lumière blanche et brumeuse avait disparu, remplacée par la pénombre de la nuit couplée de l'amas de nuages grondants qui cachaient les étoiles. Sa joue était pressée contre l'herbe tendre, une petite fleur blanche lui chatouillait le nez. Ses bras étaient tout engourdis d'avoir pesé de tout son poids dessus et ses poumons se gonflèrent à la recherche d'un plus gros apport d'oxygène. La jeune Gardienne se sentait toute déboussolée et confuse et ne parvenait pas à faire le point sur ses pensées. Elle demeura allongée face contre l'herbe quelques instants, puis se releva en étirant ses membres fatigués. Elle épousseta ses vêtements et leva un oeil désorienté vers les branches de l'Yggdrasil. Peu à peu, son esprit se réveilla.
Quel rêve étrange... Serait-ce dormir sous l'Yggdrasil qui me fait avoir de tels songes ?
Oh ! Le commandant Apodis m'a dit que je recouvrerais peut-être mes attributs célestes ! Est-ce que...
Elle retrouva entièrement ses sens et ne put que réaliser que... malgré ses prières, elle n'avait retrouvé ni ses ailes, ni son auréole. Déçue, son coeur s'alourdit.
Quel dommage... j'aurais tellement aimé redevenir telle que j'étais. Enfin... je suppose que je peux faire sans, maintenant...
Une voix mystérieuse coupa court à sa déception.
"Daisy, Gardienne et Célestellienne... nous nous réjouissons de ton retour..., chantonna la voix douce, que la petite blonde avait l'impression de connaître. Que tu sois revenue sans ailes ni auréole prouve certainement que le destin t'a choisie..."
Cette voix était si prenante, si fluide, elle paraissait couler dans son esprit et résonner dans le ciel en même temps, et Daisy, fascinée, ne répondit pas.
"...Daisy... je vais te monter la voie..., murmura la présence."
Venue de nulle part, une image s'imposa dans l'esprit de la jeune Gardienne, si prenante et si vive qu'elle perdit momentanément la vue pour ne percevoir que cette image d'une île verdoyante aux hautes falaises où scintillait une lumière bleue.
"... Cet arbre t'indiquera la prochaine destination où ton destin veut te mener, poursuivit la voix, faisant probablement référence au halo turquoise."
La vision de Daisy redevint normale, et pendant qu'elle clignait des yeux, déboussolée, la voix conclut :
"... De plus, précieuse Daisy... Je te confie ce sort qui te permettra de revenir en un instant à tout endroit que tu as précédemment visité..."
Quoi ? Me donner un sort ? Comment cela se peut-il ?
Avant qu'elle ait eu le temps d'y réfléchir, une pincée de paillettes tomba doucement sur ses épaules et ses cheveux blonds. Elle sentit couler dans ses veines une énergie nouvelle qui emplit sa tête et chaque fibre de son corps. Cela lui donna l'impression de percevoir simultanément toutes les villes où elle s'était déjà rendue aussi clairement que si elle pouvait y retourner en un instant, et elle comprit qu'elle venait d'apprendre le sort Téléportation.
Me faire apprendre un sort comme ça, de nulle part... Cette voix ne peut provenir que de... l'Yggdrasil. L'Yggdrasil, notre Mère, peut donc s'adresser à nous. Pourquoi ne l'avoir jamais fait, dans ce cas ?
"Daisy... Célestellienne et Gardienne..., murmura la voix une dernière fois. Retourne une fois de plus au royaume des mortels... Voyage à bord de l'Orion Express jusqu'aux terres inférieures et retrouve les fyggs qui y sont dispersées... Fais cela, Daisy. Pour les mortels... Pour leur salut..."
Et la voix se tut. Sa présence même semblait avoir disparu. Daisy n'eut pas le loisir d'approfondir la question que des bruits de pas se firent entendre derrière elle. Apodis montait les marches pour venir à sa rencontre, suivi de Faucon d'un côté et de Paeonia de l'autre.
"Alors, Daisy. As-tu retrouvé tes ailes et ton auréole ? s'informa le patriarche."
Faucon et Paeonia échangèrent des regards excités. Mais Daisy se trouva au regret de les décevoir.
"Non, répondit-elle tristement.
"Non ? s'étonna son chef. Malgré tes prières, l'Yggdrasil ne t'a pas restitué tes pouvoirs célestelliens ?"
Il soupira lourdement, attristé pour la jeune Célestellienne.
"J'en suis désolé, Daisy. Il semblerait que tu vas devoir subir cette privation encore quelques temps, déplora-t-il.
-Toutefois, intervint-elle pour lui redonner un peu de baume au coeur, j'ai été visitée par un mystérieux rêve tandis que je priais au pied de l'Yggdrasil."
Et puisqu'Elle me demande de retourner sur le Protectorat, c'est pour le mieux que je sois toujours privée de mes attributs célestes.
Sa confession entraina une réaction du patriarche encore plus enflammée qu'elle ne l'aurait cru.
"Vraiment ? s'exclama-t-il en se redressant d'un coup. Raconte-moi ta vision ! Dans les moindres détails !"
Daisy s'exécuta avec empressement, surprise par tant de vigueur.
"Mmm... un bien étrange rêve, en effet.., admit le Commandant Apodis une fois qu'elle eut achevé son récit. Quelqu'un qui cherche à détruire le monde... Quelqu'un qui cherche à le sauver... Je crains qu'un terrible conflit, dont nous n'avions jusqu'alors pas conscience, soit en train de se tramer."
La jeune Célestellienne acquiesça avec force. C'était ce qu'elle pensait aussi.
"Il est fort dommage que tu aies perdu tes ailes et ton auréole, Daisy, reprit son chef. Mais cette malchance est peut-être un signe. Après tout, tu es maintenant capable d'utiliser l'Orion Express."
Daisy le regarda d'un air interrogateur, curieuse de savoir où il voulait en venir.
"Je crois que ton rêve est un message du Grand Architecte en personne, avoua le Commandant Apodis.
-Du Tout-Puissant en personne ? s'exclama la jeune Gardienne, interloquée. Etant donné ce que j'ai vu et entendu à mon réveil, c'est fort probable, mais pourquoi s'adresse-t-Il à moi ?
Je pensais que la voix provenait de l'Yggdrasil, mais il est plus vraisemblable que ce soit celle du Tout-Puissant, c'est vrai.
"Je ne sais pas, mon enfant, mais si la voix du Tout-Puissant t'a ordonné de retrouver les fyggs, alors tu le dois ! décréta le patriarche avec force. Les fyggs recèlent le pouvoir de l'Yggdrasil. Elles peuvent être la clé du salut du Protectorat et de l'Observatoire."
A ce point-là ? Je ne pensais pas qu'elles possédaient un tel pouvoir. Voilà qui accentue la pression qui pèse sur mes épaules, tout à coup.
"La rapidité s'impose, Daisy, insista le Commandant Apodis. Tu dois partir sur-le-champ. Rapporte-nous les fyggs. Notre destin est entre tes mains !"
Ah, Commandant ! Il n'y avait nul besoin d'insister de la sorte ! Je me sens beaucoup trop nerveuse, maintenant.
En effet, si l'emphase et la confiance de son chef, et probablement celle du Tout-Puissant, lui donnaient de la force, elles rendaient l'échec d'autant plus inacceptable et faisaient peser un poids bien lourd sur ses frêles épaules de jeune Gardienne. Heureusement, de jeunes Célestelliens allaient bientôt l'aider à se sentir plus légère :
"Daisy !"
Elle se retourna pour apercevoir Merle, Avica, Marcus et Ange accourir vers elle. De toute évidence, l'interdiction aux novices d'aller voir l'Yggdrasil faisait partie des règles que plus personne, par lassitude et détresse, ne se chargeait de faire appliquer.
"Donc, tu n'as pas retrouvé tes pouvoirs célestelliens..., remarqua Merle en secouant fatalement la tête. Peu importe. Quelle que soit la forme que tu prends, tu seras toujours notre amie."
Un délicieux frisson de bonheur parcourut l'échine de la jeune Gardienne. C'était là l'une des choses les plus aimantes et les plus douces que quiconque lui ait jamais dites. Elle sentit une ou deux larmes d'émotion lui picoter les yeux quand les trois autres opinèrent avec force, et elle s'appliqua à les retenir.
"Tu as rencontré Colombe ? enchaina Ange, changeant totalement de sujet. J'aimerais qu'Aquila revienne et qu'elle arrête de se faire du souci...
-Ne t'inquiète pas, Ange, la réconforta Daisy. Où que mes pas me mènent au Protectorat, je resterai alerte pour retrouver mon Maître et je lui transmettrai tout ce que Colombe aimerait pouvoir lui dire.
-C'est donc vrai. Tu repars pour le Protectorat, soupira Avica. Bien que j'aimerais pouvoir t'empêcher de courir de tels dangers dans le royaume inférieur, je sais que tu n'as plus besoin de l'aide de personne. J'ai foi en ta capacité de rapporter les fruits sacrés.
-Sois prudente toutefois, la somma Marcus. Ce ne sera pas une quête aisée, et nous savons tous les dangers qui te guettent en bas.
-Vous n'avez pas à vous inquiéter pour moi, affirma Daisy. Cela prendra peut-être du temps, mais je reviendrai et je rapporterai les fruits sacrés avec moi.
-Bonne chance, Daisy. Que le Tout-Puissant guide tes pas.
-A bientôt !
-Reviens-nous vite !
-Ne te perds pas, surtout !"
Ah, mes amis... Je suis tellement heureuse de voir que vous me soutenez toujours, malgré ce qui m'est arrivé. Quoi qu'il advienne, je ne dois pas décevoir la confiance que vous m'accordez.
Elle salua les quatre novices assemblés là d'un signe de la main puis se dirigea rapidement vers l'Orion Express, stationné contre le flan de l'Observatoire. Par chance, Stella se trouvait toujours à bord. Elle était tellement plongée dans son monologue qu'elle ne parut pas entendre le coulissement de la porte, pas plus qu'elle n'aperçut Daisy faire un pas à l'intérieur de l'habitacle. Comme d'habitude, la petite fée parlait toute seule -ce qui conforta la jeune Gardienne dans son idée que son amie ne s'attendait pas spécialement à ce qu'on l'écoute, même quand elle faisait la conversation à quelqu'un.
"Nom d'une météorite. Où est passé ce vieux ronchon ? marmonnait-elle. J'étais certaine de le retrouver en venant ici. Il a dû tomber au Protectorat quand les rayons de lumière ont frappé. Est-ce que je vais devoir partir à sa recherche ? Comme si je n'avais que ça à faire... Enfin, de toute façon, je n'ai pas le choix si je veux toucher ma paye."
Daisy attendait impatiemment une pause dans le monologue de son amie pour annoncer sa présence, et accessoirement lui demander à qui elle faisait référence, mais c'était sans compter l'attrait de Stella pour les discours interminables. Heureusement, celle-ci finit par l'apercevoir, plantée à l'entrée de l'Orion Express.
"Oh ! Salut, Daisy, lança-t-elle. Je ne m'attendais pas à te voir ici.
-Salut, Stella, répondit la jeune Gardienne. Je te pensais déjà repartie. Que fais-tu ?
-Désolée, je n'ai pas le temps de plaisanter, décréta la fée, visiblement peu encline à faire la conversation -ce qui était inquiétant en soi. J'ai une course embêtante à faire. En fait, il faut que je retrouve quelqu'un."
Elle se détourna, laissant clairement entendre que l'échange était terminé. Pour récupérer son attention, Daisy renonça à lui demander qui elle cherchait exactement et lança plutôt :
"Justement, j'ai moi aussi une mission à remplir au royaume inférieur."
La réaction de Stella fut sans appel. Elle pivota brusquement vers son amie et s'exclama :
"Comment ? Toi aussi tu dois retourner au Protectorat ?"
La jeune Gardienne acquiesça. Stella afficha un grand sourire, agréablement surprise, et fonça vers le tableau de bord.
"Alors, allons-y ensemble ! proposa-t-elle. Ça alors, quel bout de théâtre ! Allez, c'est parti !
-Quelle impatience, remarqua la Célestellienne en souriant, très heureuse elle aussi de pouvoir compter sur le soutien de son amie. Cela te manquerait-il de sillonner le Protectorat en ma compagnie ?
-Quelle petite plaisantine tu fais ! Bien sûr que non, quelle idée ! Comme je te l'ai dit, j'ai quelqu'un à chercher en bas. Ça te pose un problème ?
-Pas le moindre.
-Parfait ! Que la fête commence dans le royaume des mortels !"
Elle se détourna pour trafiquer de nouveau le tableau de bord.
"Mmm... Mais cette vieille casserole ne roule pas encore à toute vapeur, remarqua-t-elle. Est-ce qu'elle va arriver entière en bas, je me le demande...
-Stella ! C'est maintenant que tu dis ça ? s'indigna Daisy. Une chute à travers cieux m'a suffi pour le restant de mes jours, merci bien.
-Minute ! la coupa la fée. Qu'est-ce que c'est que cet arbre bleu ? Si j'arrive à atterrir là-dessus, on devrait pouvoir se poser en douceur..."
Daisy tiqua.
Un arbre bleu ? C'est ce que la voix divine m'a indiqué !
Elle ouvrait la bouche pour l'expliquer à son amie, mais celle-ci, croyant sans doute qu'elle s'apprêtait à remettre son idée en question, l'interrompit à nouveau :
"En tout cas, je n'ai pas de meilleure idée, alors à moins que tu aies une inspiration divine, on va faire comme je dis.
-Pas de problème, c'est très bien comme tu l'as décidé, répondit la jeune Gardienne, amusée par la coïncidence dans les propos de la fée.
-Parfait ! Mortels, attention à vous ! On arrive !"
Cette dernière réplique criée avec excitation, Stella abattit son petit poing de toutes ses forces sur le tableau de bord. L'Orion Express eut un sursaut, et Daisy craignit un instant qu'il ne pique du nez vers le Protectorat, mais il se contenta de vomir un nuage de paillettes dorées par la cheminée avant de se mettre en route, lentement d'abord puis de plus en plus vite. Il évolua quelques instants dans les cieux autour de l'Observatoire, puis fendit les nuages et disparut en direction du royaume des mortels, tel une glorieuse étoile filante. Les nuages gonflés d'orage s'éclaircirent au fur et à mesure qu'elles descendaient, et bientôt Daisy et Stella aperçurent l'île verdoyante, piquée d'un arbre turquoise, que la Célestellienne avait vu en rêve.
"Super ! Je crois qu'on ne s'est pas trompées ! s'enthousiasma la fée. Ça doit être ça."
L'Orion Express ralentit son allure à l'approche de la terre ferme. Après la pénombre menaçante qui régnait sur l'Observatoire, la pureté étincelante du ciel des mortels fit presque mal aux yeux à Daisy.
Quel soleil... quel calme... On aurait peine à croire qu'un terrible péril guette ces terres en ce moment même !
L'attelage céleste décrivit quelques cercles tranquilles autour de l'arbre bleu, puis s'immobilisa au-dessus de sa cime et descendit dans les branchages pour s'y poser. Aussi étrange que cela puisse paraître, la plante ne ploya ni ne céda. Mais il était vrai qu'elle irradiait de lumière divine.
"Mesdames et messieurs, nous sommes arrivés à destination, gazouilla Stella avec ses intonations de réceptionniste. Tout le monde descend !"
Une fois que le véhicule se fut totalement immobilisé, elle se tourna vers Daisy et remarqua :
"J'ai l'impression qu'on ne peut se poser qu'aux endroits dotés d'arbres bleus, pour le moment. Ensuite, il faut continuer à pinces.
-"A pinces" ? soupira la Célestellienne, mais elle ne s'attarda pas sur cette déformation du langage propre à son amie. Voilà qui promet d'être fastidieux, râla-t-elle. Et comment fais-je pour descendre d'une telle hauteur ?
-Quelle question ! En passant à travers les branches, pardi ! Et si tu veux remonter à bord de l'Orion, je suis sûre que tu trouveras un moyen en furetant au pied de l'arbre."
Ben voyons. Ça commence mal si nous nous trouvons déjà confrontées à un problème aussi terre-à-terre que la façon de remonter à bord de l'Orion Express.
"J'ai le vague sentiment que le bâtiment qu'on a vu était l'Abbaye des Vocations, lança Stella pour changer de sujet. C'est là-bas que tu peux changer de vocation."
Daisy haussa les épaules.
"Ma vocation actuelle me convient parfaitement, répondit-elle, peu intéressée.
-L'endroit est toujours bondé, insista la fée. Et là où il y a du monde, il y a toujours quelque chose qui se brame."
"Qui se brame" ? Voilà qui me fait songer à Bram, tout à coup. Je me demande si je le croiserai à nouveau au grès de mes voyages... d'autant plus que j'aurai sûrement besoin d'aide pour triompher des dangers qui m'attendent. Peut-être devrais-je retourner à Ablithia pour demander à Tulipe de me présenter de nouveaux alliés ?
"Bon. Moi, je suis à la recherche d'un homme et toi tu es à la recherche d'un... fruit, résuma Stella. Alors faisons, heu... chasse commune !"
L'enthousiasme de son amie gagna Daisy, qui se prit à sourire. Des frissons d'excitation fourmillèrent dans son ventre.
Je sais que cette mission est tout ce qu'il y a de plus solennel, mais me voici à la découverte de nouveaux lieux et de nouvelles personnes dont je n'avais jamais soupçonné l'existence. Tout cela est terriblement grisant, le Tout-Puissant me pardonne.
La descente sur la terre ferme fut fastidieuse. Tout d'abord, il fallut que Daisy passe la porte, ce qui n'était pas gagné au vu des branches de l'arbre qui en bloquaient l'ouverture. La jeune Gardienne poussa aussi fort qu'elle le put sur le battant doré, qui s'entrouvrit péniblement mais seulement de quelques dizaines de centimètres. Les branchages l'empêchaient définitivement de coulisser d'avantage. Daisy entreprit alors de se faire la plus fine possible afin de se faufiler dans l'interstice -heureusement qu'elle n'était pas très épaisse. Toutefois, sa tête faillit poser problème, et elle se trouva si douloureusement compressée que la Gardienne eut peur l'espace d'un instant de devoir renoncer et de rester coincée à l'intérieur de l'Orion Express. Une fois qu'elle se fut extirpée du véhicule, elle dut se frayer un chemin à travers les branches serrées qui griffaient son visage, manquaient lui rentrer dans les yeux et se prenaient dans ses cheveux. Il lui fallut plusieurs minutes à se dégager, défaire les nœuds fusionnels qui se formaient entre les branches et ses mèches épaisses et retenir celles qui manquaient la rendre aveugle, plus à freiner des quatre fers pour ne pas dégringoler au bas du tronc, pour qu'enfin elle parvienne aux derniers branchages de l'arbre. Des feuilles bleues plein les cheveux, elle étendit ses jambes par-dessus une branche et se pencha en avant pour guetter les alentours. Elle n'avait pas envie de se jeter dans les bras d'un monstre. Une fois que la voie fut libre, Daisy sauta lestement à terre et s'éloigna en trottinant du nouvel arrêt de l'Orion Express.
Comme elle n'avait guère envie de croiser des monstres pour le moment, elle s'appliqua à progresser en silence dans les épais bois qui entouraient l'arbre bleu et se cacha à plusieurs reprises pour échapper à l'attention d'un tire-flèches ou d'un monte-gluant. Heureusement pour elle, l'Abbaye des Vocations se trouvait tout près, et ce fut sans encombre qu'elle parvint au pont de pierres blanches qui enjambait le lac jusqu'au majestueux édifice. Le bâtiment, tout de solide pierres grises ouvragées et au toit de tuiles vert foncé, s'étendait de toute la longueur des hautes falaises coiffées d'herbe sur lesquelles il était perché. Deux puissantes cascades s'écoulaient à flanc de rochers et venaient alimenter le lac autour de la falaise, qui trouvaient probablement leur source au coeur de l'amas rocheux. Un immense escalier de pierres blanches s'élevait jusqu'à la porte de l'abbaye, tout en haut des falaises, que Daisy gravit à moitié le nez en l'air, impressionnée par la vue magnifique qui s'étendait devant elle. Bien sûr, après toutes les marches qu'elle avait gravies dans un sens puis dans l'autre à l'Observatoire, cette ascension n'était pour elle qu'une balade de santé.
Deux flambeaux étaient allumés de part et d'autre de la porte, en haut de l'escalier. En pénétrant dans le bâtiment, Daisy trouva les lieux très fréquentés, conformément à ce que Stella prétendait, mais moins que ce qu'elle aurait cru. Il n'y avait pas que des religieux confirmés et des citadins à l'intérieur. Elle vit également se presser dans l'entrée des jeunes garçons et des jeunes filles tous vêtus de la même façon : longue toge vert clair, drapé vert foncé et étole orange autour du cou pour les hommes, robe cache-cœur orange aux manches roses et étole rose portée nouée à la taille pour les femmes. La jeune Gardienne fut d'abord interloquée, mais, en voyant ces jeunes gens vêtus comme d'un uniforme, elle déduisit que l'abbaye devait également être un centre de formation de prêtres et de prêtresses, et qu'ils devaient être des aspirants.
C'est la première fois que je vois autant de religieux assemblés au même endroit. Les Gardiens et Gardiennes qui ont été en poste ici ont dû crouler sous la bienveillessence.
Voyons voir... le Gardien de l'Abbaye des Vocations est Butio et il a Lynn pour apprentie.
Elle fendit la foule clairsemée avec aisance, dans l'immense pièce tout en longueur dallée de blanc et de vert. Comme elle ne savait pas quoi faire d'autre, elle s'avança à travers les colonnes antiques, sur un élégant tapis de cérémonie bleu nuit rebrodé d'or, vers le fond du bâtiment. Elle parvient à un élargissement de la salle où le sol n'était plus dallé mais bel et bien construit des mêmes pierres que l'escalier, bordé de part et d'autre des scintillantes eaux cristallines de la rivière et de mousse fraiche. Elle ne put poursuivre plus avant son exploration car quatre hommes lui bloquaient le chemin. Trois étaient de dos et, même dans cette position, Daisy pouvait sentir l'agacement qui parcourait leurs membres. Le quatrième, qui lui faisait face mais ne l'avait pas encore aperçue, paraissait fort ennuyé et tentait visiblement d'apaiser, sans succès, ses trois interlocuteurs.
"Ohé, qu'est-ce qui se passe, là ? Y'en a qui viennent du bout du monde pour changer de vocation ! s'indignait le premier, probablement un marin.
-Il a fallu que je dépense mes maigres économies pour venir ici ! Et voilà qu'y'a plus moyen de changer de métier ! s'emporta le deuxième, au fort accent de la campagne.
-J'ai eu tout le mal du monde à déplacer mon vieux corps jusqu'ici pour réaliser mon rêve de devenir femme de chambre..., se plaignit le troisième, un vieil homme. Je ne bougerai pas d'ici tant que je n'aurai pas mon petit tablier à volants et mon plumeau entre les mains !"
L'homme contre lequel ils pestaient, visiblement un religieux, se confondait en excuses :
"Je vous prie de bien vouloir nous excuser. Le père Blaise est absent pour le moment. Veuillez patienter encore quelques..."
Il fut interrompu brutalement par le premier homme :
"Ben voyons ! Ça fait combien de fois que tu nous le dis ? Si on écoute tes salades, on sera encore sur place l'année prochaine !
-Je suis terriblement désolé, répéta le religieux en désespoir de cause. Je vous supplie de bien vouloir patienter encore quelques temps."
Et, sans doute pour éviter de se retrouver de nouveau entrainé dans un cercle de protestations sans fin, il tourna les talons et se dépêcha vers le fond de la pièce. Ses trois interlocuteurs ne le suivirent pas et se mirent à ronger leur frein en marmonnant.
Cet homme semble être en charge de l'Abbaye en attendant le retour du... Père Blaise ? Je devrais aller lui demander ce qui ne va pas.
Daisy passa près des trois hommes sans leur accorder un coup d'oeil et suivit les pas du religieux au fin fond de la pièce. L'éblouissante lumière qui se déversait dans cette portion de salle faisait scintiller la superbe statue de Gardien qui se trouvait au fond, plus grande et plus belle que toutes celles que Daisy avait jamais vu. La sculpture était visiblement du grand art et devait être grattée de la mousse et des saletés au moins plusieurs fois par jours. Un petit bassin d'eau bénite se trouvait à ses pieds, miroitant de mille nuances au soleil. La végétation luxuriante qui serpentait jusque dans la pièce, s'enroulant autour des colonnes et débordant sur le carrelage blanc et bleu roi, conférait une aura apaisante et tranquille à la salle. Mais malheureusement, ce n'était certes pas dans cet état d'esprit que se trouvait le religieux que Daisy avait suivi. En effet, il se tordait les mains et ne cessait de parler dans sa barbe, adressant probablement quelques supplications au fameux Père Blaise. La jeune Gardienne s'approcha de lui et l'interpela :
"Excusez-moi ?"
L'homme sursauta, redoutant sans doute de se trouver de nouveau confronté aux mêmes plaignants que ceux à qui il avait échappé, mais il se détendit en apercevant son interlocutrice.
"Bienvenue à l'Abbaye des Vocations, la salua-t-il avec cordialité. Vous êtes là pour changer de vocation ?
-Heu, non...
-Ah, bon..."
Il paraissait à la fois soulagé de ne pas avoir à lui apprendre que le Père Blaise était absent et perplexe que quelqu'un puisse venir à l'abbaye pour une autre raison.
"Si vous n'êtes pas là pour ça, puis-je vous demander l'objet de votre visite à l'abbaye ?, reprit-il."
Daisy eut une seconde d'hésitation, ne sachant pas trop si elle devait lui dire la vérité, aussi absurde soit-elle. Mais c'était un bon moyen de faire avancer sa quête des fyggs plus rapidement qu'elle ne l'aurait cru, et elle n'allait certes pas s'en plaindre.
"Il se trouve que je suis à la recherche d'un fruit de lumière, avoua-t-elle, curieuse de voir sa réaction.
-Un fruit de lumière ? répéta-t-il comme si c'était tout à fait normal. Maintenant que vous en parlez, quelqu'un qui venait changer de vocation a donné un fruit de ce genre au Père Blaise.
-Vraiment ? s'exclama-t-elle, estomaquée que ce soit aussi facile que ça.
-Tout à fait, confirma le religieux. Je crois que cette personne est encore à l'abbaye. Demandez autour de vous. Vous en saurez peut-être plus.
-Heu... d'accord. Je vous remercie pour ces précieuses informations."
Daisy fit un demi-tour sur elle-même et se retrouva un peu confuse.
Demander autour de moi... c'est bien beau, tout ça, mais je ne sais même pas de quoi a l'air la personne qui aurait trouvé une fygg... bon, oublions déjà les trois hommes qui parlaient au religieux tantôt, ainsi que le personnel de l'abbaye et les aspirants à la prêtrise. Je me demande combien de voyageurs se trouvent toujours ici même après avoir obtenu satisfaction.
La jeune Gardienne se mit en quête d'une salle de rassemblement, où tous les arrivants pourraient être susceptibles de se voir offrir, par exemple, le gîte et le couvert. Elle revint lentement vers l'entrée et emprunta le couloir de gauche, mais d'après l'odeur des plantes médicinales qui s'en dégageait et le nombre de prêtres et prêtresses qui s'y rendaient, chargés de linge propre et de bassines d'eau, ce devait être une infirmerie. Elle rebroussa donc chemin et traversa celui de droite. Un escalier la mena au sous-sol de l'abbaye, magnifiquement aménagé, comme le reste du bâtiment. Les lieux, dallés de brun, étaient éclairés par de puissants flambeaux. Comme la pièce avait été construite dans le bassin même de la source qui jaillissait des falaises, les larges couloirs flottaient sur les eaux cristallines et brillantes, qui projetaient de ravissants motifs mouvants sur les murs et le plafond. Au bout du corridor, elle rencontra une large porte peinte en bleu et or, à côté de la mention "Auberge". L'abbaye était donc bien pourvue de lits pour accueillir les nombreux voyageurs qui s'y présentaient chaque jour.
Puisqu'il y a une auberge, il doit probablement aussi y avoir une salle de restauration...
Daisy revint sur ses pas et tourna à gauche à l'escalier qu'elle avait descendu à l'instant. A mesure qu'elle avançait, une puissante odeur de nourriture et l'écho prononcé de nombreuses voix s'entrelaçant et se mêlant toutes les unes aux autres lui parvinrent. Des colonnes savamment placées créaient comme un mur de fortune, et l'espace qui se trouvait entre les deux points où elles devaient se rejoindre avait la taille d'un encadrement de porte. Par-delà cet espace, le sol était recouvert de dalles orangées formant un motif de rosaces, comme celles des églises. Des tables et des chaises s'étendaient à perte de vue, toutes occupées (de ce que Daisy pouvait en voir) par une foule bigarrée, colorée et surtout très bruyante, donc la densité contribuait à rendre la salle presque suffocante -en plus de la chaleur qui se dégageait des cuisines, probablement situées derrière le bar que la jeune Gardienne apercevait au loin, après un grand renfoncement. Alors que ses yeux parcouraient la foule, glissant sans s'attarder sur la silhouette, la coiffure ou les vêtements multicolores des convives attablés, ils aperçurent soudain quelque chose qui manqua arrêter son coeur de stupeur incrédule. Elle aurait pu ne pas prendre garde aux cheveux bruns et aux épaules plutôt larges, ma foi communes, du garçon, mais jamais, au grand jamais, elle n'aurait pu rater ces cheveux rose délicat. C'était Cal. Cal et Bram qui se tenaient nonchalamment sur des chaises, dos à elle, en train de boire un verre.
