Dammit, un chapitre qui sort de nulle part x) Pour moi aussi, c'est une surprise, je ne pensais pas avoir soudain l'envie et la motivation de faire passer cette fic oubliée par-dessus tous mes projets en cours, l'espace d'un chapitre. Comme quoi, la vie est pleine de hasards. Bref ! J'ai suivi l'idée de Sayo-sis sans faire exprès, pour ce qui est de la division de l'équipe xD Merci, ô Sayo-sis, de me guider dans mes choix, même quand tu t'en mords les doigts !
Daisy avait l'habitude de se faire pourchasser par des monstres à l'occasion, mais la plupart n'était pas si difficile à éviter, si l'on n'était pas avare de détours. Mais ce groupe de cyclowns qui les avait pris en chasse était définitivement acharné, et très dangereux. Daisy et Calipso se tenaient d'un côté, l'oeil rivé vers quelques monte-gluants qui arrivaient en renfort, et Bram et Loris de l'autre, quand une violente attaque de vent trancha net le tronc de l'arbre qui se trouvait près des deux garçons. Un cri de frayeur jaillit de la bouche de la jeune Gardienne quand le chêne s'abattit exactement à l'endroit où se trouvait Loris mais, heureusement, d'un geste rapide, Bram saisit leur compagnon par la taille et le tira hors de sa trajectoire juste à temps. Les cyclowns ne perdirent pas une seconde et lévitèrent au-dessus du tronc abattu pour les poursuivre. Daisy voulut les rejoindre, mais Calipso s'exclama :
"Attention, ils sont là !"
Les monte-gluants venaient d'atteindre leur position. Daisy para une première attaque, et envoya son assaillant rouler au loin. Calipso en défit un deuxième, mais l'ennemi se révéla bientôt si nombreux que les deux filles n'eurent bientôt plus le choix. Sans se concerter, elles s'enfuirent dans la direction opposée à Bram et Loris, pourchassées par toute la troupe de monte-gluants. Daisy eut juste le temps de voir leurs deux amis qui battaient en retraite à travers les arbres.
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"Combien de temps comptent-ils rester là ? Ce n'est pas comme s'ils allaient tout à coup réussir à grimper.
-Devoir se réfugier dans un arbre... je trouve vraiment ça humiliant."
C'était vrai, quoi ! Ces monstres n'était pas si puissants, elles auraient dû être capables de les défaire. Mais ils étaient tellement nombreux. Pourquoi, d'ailleurs ?
"Ça doit être la période de la reproduction, hasarda Calipso. Ça expliquerait aussi pourquoi ils sont aussi agressifs.
-Tu crois ? s'enquit Daisy, perplexe.
-Je n'en sais rien. J'espère juste qu'ils vont bientôt partir."
Pour le moment, ça ressemblait davantage à un vœu pieux. Les monte-gluants, amassés au pied de l'arbre où la Célestellienne et la voleuse avaient fini par grimper, si nombreux qu'ils ne pouvaient pas tous encercler le tronc, ne cessaient de rebondir sur leur monture pour essayer de les atteindre.
"Ils sont vraiment stupides, grommela Calipso, impatientée.
-Cesse donc de t'agiter comme ça, la reprit Daisy en la voyant se redresser et se rassoir machinalement sur leur branche. Nous ne pouvons rien faire à part attendre, et je préfèrerais éviter de choir dans leurs pattes."
Au bout d'une heure, à leur grand soulagement, les monstres commencèrent à s'éloigner les uns après les autres. Elles attendirent un moment qu'ils eurent disparu dans les larges vallées qui parcouraient l'Île Neuvie et se laissèrent prudemment tomber de l'arbre. Elles surveillèrent un moment autour d'elles, mais les monte-gluants ne revinrent pas. Les deux filles se détendirent et poussèrent un profond soupir, mi-soulagé, mi-contrarié.
"Et maintenant ? grommela Calipso en scrutant les collines, dans une tentative vaine d'évaluer la distance qu'elles avaient parcourue en fuyant. Tu crois qu'on devrait faire demi-tour pour essayer de retrouver Bram et Loris ?
-Ça risque de nous prendre un moment, répondit la jeune Gardienne, hésitante. Ils sont partis de leur côté et je ne sais même pas où nous nous trouvons exactement. Je crains que nous tournions en rond sans fin si jamais nous nous lançons à leur recherche.
-Mmm."
La jeune voleuse paraissait réticente à se laisser convaincre, mais c'était probablement à cause de Bram. Daisy pouvait le comprendre; elle aussi rechignait à abandonner son ami, mais elle savait qu'il était parfaitement capable de se débrouiller tout seul.
"Tu le connais depuis bien plus longtemps que moi, lança brusquement Calipso. Que penses-tu que Bram fera ?
-Mm... Je suis certaine qu'il nous cherchera, admit Daisy, un peu déconcertée devant la soudaine irritation de son amie. Cependant, je ne sais pas ce que Loris ferait, lui.
-C'est nous qui avons la carte ?
-Oui.
-J'imagine que notre nouvel ami fera en sorte de le convaincre que se perdre en nous cherchant ne mènera nulle part, soupira Calipso. Il a l'air plus pragmatique que Bram."
Elles échangèrent un regard entendu.
"Très bien, déclara la voleuse à contrecœur. Continuons à descendre... Nous finirons bien par parvenir à ce village qu'on nous a indiqué. Et s'ils font de même, ils réussiront à nous y retrouver."
C'était bien ce que Daisy espérait. Elles reprirent leur route en silence, jusqu'à ce que la jeune Gardienne s'immobilise soudain.
"C'est Bram qui a nos provisions, réalisa-t-elle."
Un coup d'oeil au ciel qui commençait à devenir plus clair, et aux rayons éblouissants du soir qui éclaboussaient le sol à leurs pieds, et elle lança, prévoyante :
"Nous devrions nous mettre en quête de nourriture. La nuit va tomber sous peu.
-Je ne pense pas que ce sera nécessaire, répondit Calipso, qui observait quelque chose en direction de l'ouest. Tu vois ces élévations rocheuses, là-bas ? Il y a un petit village d'exploitation de morceaux de lave juste derrière. C'est là-bas que le bateau qui nous a conduits ici depuis Ablithia s'est arrêté."
Daisy suivit son regard et repéra effectivement un léger fumet de cheminée qui s'épanouissait dans le ciel, juste derrière les rochers ocres.
"Allons-y, acquiesça-t-elle en échangeant un regard avec son amie. De toute façon, nous ne pouvons rien faire de plus."
Elles s'éloignèrent en direction des panaches blancs.
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Bram et Loris, eux, n'avaient pas eu trop de mal à semer leurs poursuivants. Les bois étaient denses et les cyclowns se trouvaient rapidement empotés quand ils n'avaient pas assez d'espace pour manœuvrer. Ils abandonnèrent la traque au bout de quelques instants, mais ce fut à ce moment-là que les deux garçons se retrouvèrent confrontés à un autre problème. Les babourins abondaient dans ces forêts, et ils eurent tôt fait d'être acculés par les monstres jaillissant des arbres au-dessus de leur tête et des fourrés. Bram poussa un grommellement que Loris interpréta comme une insulte et saisit son camarade par le bras pour le tirer de plus belle au milieu des arbres. Le jeune prête en fut surpris, mais soulagé. Il avait craint que Bram soit l'un de ces bourrins qui foncent sans réfléchir et se préoccupent de leurs blessures uniquement lorsqu'ils sont débordés par les monstres. Son compagnon était cependant loin d'être bête. Il savait qu'un prêtre et un gladiateur tout juste débutant n'avaient aucune chance face à une horde de bêtes.
Ils atteignaient la lisière de la forêt, bien visible grâce à la lumière qui s'engouffrait entre les arbres, quand un babourin leur barra soudain le passage. Bram ne se posa pas davantage de questions et lui administra un coup d'épée de cuivre qui faillit le trancher en deux. Le jeune Célestellien jeta un regard étonné à son bras.
"On dirait bien que changer de vocation a également augmenté ta masse musculaire, lança Loris, comme s'il lisait dans ses pensées."
Bram hocha ma tête sans répondre et les débarrassa du babourin, puis ils émergèrent enfin de la forêt. Pas fous, ils continuèrent à courir jusqu'à rencontrer de hautes falaises qui semblaient former comme une grande bulle de verdure, très haut au-dessus du sol, mais dont ils n'arrivaient même pas à deviner le sommet. Après avoir longé les rochers sur quelques mètres, ils s'arrêtèrent enfin, à bout de souffle.
"Hmm, Bram. Je crois que tu peux me lâcher le bras, maintenant, lança Loris à son camarade.
-Ah, oui."
Les deux garçons se redressèrent en soufflant et regardèrent autour d'eux. Des forêts, séparées parfois par quelques bandes de plaines, s'étaient à perte de vue. Il y avait également beaucoup de falaises, de telle sorte qu'ils étaient obligés de progresser vers le sud, vers le village qu'on leur avait indiqué.
"Tu as l'air tracassé, s'inquiéta Loris, qui avait été interrompu au beau milieu de ses observations par l'expression de son ami.
-Daisy et Calipso ont dû s'enfuir dans une autre direction, devina le jeune Célestellien en coulant un regard derrière lui. Comment va-t-on les retrouver, à présent !
-Ça me semble difficile, acquiesça Loris. À moins de retourner sur nos pas, mais si elles ne font pas de même, il nous faudra peut-être des jours pour nous retrouver...
-Alors, autant commencer tout de suite !
-Bram, tu n'es pas sérieux ! Retrouver deux filles sur une île qui n'est qu'une succession de forêts et de plaines ? Comment veux-tu qu'on sache où elles sont parties ?
-Tu ne suggères pas de les abandonner, tout de même ! s'indigna Bram en faisant volte-face.
-Je suggère de ne pas nous perdre en pleine nature hostile pour rien, répliqua Loris. Elles se débrouilleront très bien sans nous. Continuons notre chemin jusqu'au village qu'on nous a indiqué, et je suis sûr que Daisy et Calipso feront de même."
Bram grommela. Il jeta un long regard de biais à Loris, que le jeune prêtre ne sut pas vraiment interpréter, sinon que son nouveau compagnon semblait connaître des choses sur lui qu'il ne serait pas censé savoir... Cette impression le rendit vaguement nerveux.
"C'est vrai que tu t'efforces toujours de trouver les solutions les plus avantageuses aux problèmes, lâcha Bram presque dédaigneusement.
-Qu'en sais-tu ! s'indigna le jeune prêtre, piqué au vif.
-Je m'en doute ! Tu ne nous as sûrement pas accompagnés sans raison. Ce "quelque chose de particulier" que Daisy dégage, selon toi... C'est ça qui t'a véritablement enjoint à lier tes pas aux nôtres, n'est-ce pas ?
-Je... vous l'ai dit. Je ne serai jamais un serviteur du Tout-Puissant digne de ce nom si je n'ai aucune idée de comment fonctionne ce vaste monde. Cela te semble-t-il si déraisonnable ?"
Le jeune gladiateur haussa les épaules et se détourna. Agacé, Loris décida de ne pas l'attendre et fit quelques pas en direction des falaises pour se calmer. D'où venaient donc cette frustration et cette méfiance dont il le gratifiait tout soudain ? Il n'avait pourtant rien fait pour leur déplaire ! Et ce regard pénétrant...
"Loris ! résonna soudain la voix de Bram derrière lui."
Plus raisonnable que son nouveau compagnon, le jeune prêtre consentit à lui adresser un coup d'oeil malgré son énervement, et son coeur rata un battement lorsqu'il vit le babourin qui se jetait sur son visage, toutes griffes dehors. Le coup propulsa le jeune prêtre au sol et lui entailla méchamment les bras et les épaules. Il eut à peine le temps de laisser échapper un cri de douleur que le monstre bondissait de nouveau sur lui, mais un éclair de cheveux bruns s'interposa et ce fut Bram qui reçut le coup à sa place. Il grogna, repoussa carrément la créature à pleines mains et saisit de nouveau son épée pour la lui enfoncer dans la poitrine. Le babourin rugit, et Loris en profita pour dégainer sa lance et lui en administrer un grand coup sur sa tête. L'attaque fut critique, et la bête disparut en mugissant.
Muets, Bram et Loris prirent quelques instants pour retrouver leur souffle. Le jeune Gardien se laissa même tomber par terre, épuisé par tous les coups qu'il venait de recevoir. Loris le soigna en premier, malgré l'état précaire dans lequel l'attaque du babourin l'avait mis, puis s'administra un Premiers Secours.
"Merci de m'avoir porté assistance, finit-il par dire prudemment pour ne pas rouvrir cette incompréhensible méfiance de Bram.
-Ne me remercie pas, rétorqua son compagnon. Je veillerai toujours sur toi. Toujours."
Loris ne sut que répondre, pas plus à sa déclaration qu'à son regard sérieux, alors il acquiesça.
"Viens, finit-il par soupirer en se remettant debout. Continuons vers le sud. Autant progresser le plus possible tant qu'il fait jour."
Bram perdit un instant son regard vers la direction d'où ils étaient venus, puis se releva à contrecœur. Il épousseta sa cote de mailles, reprit son épée de bronze -à l'Abbaye, ils n'avaient trouvé ni hache ni masse à acquérir, alors il devrait se contenter de cette arme de débutant pour le moment- et rejoignit Loris sur le sentier.
"J'espère que, où qu'elles soient, Daisy et Cal ont trouvé un abri et quelque chose à manger, soupira-t-il pendant qu'ils se remettaient en route."
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"Tiens, du thé, lança la voix de Calipso, en même temps qu'un gobelet fumant se matérialisait devant les yeux de Daisy.
-Mmm... merci."
La jeune Gardienne prit la timbale en pierre de lave et laissa la fumée chaude et humide lui réchauffer le nez. Les matinées restaient fraîches, malgré le printemps qui s'était définitivement installé dans leurs contrées. Ça ne semblait pas déranger Calipso, cependant. En robe-tunique rose foncé, son manteau noir de voleuse sous le bras, elle observait l'horizon en buvant son thé. À ses pieds, elle avait posé son sac contenant leur couchage, déjà prête à repartir.
"Les habitants du village m'ont laissé prélever quelques éclats de pierres de lave qui étaient tombées des chariots, informa-t-elle sa compagne en tapotant le sac de Daisy du bout du pied.
-Eh bien ? Que veux-tu que nous en fassions ? s'étonna la jeune Gardienne. Fabriquer des verres, des bijoux pour arrondir nos fins de mois ?
-Mais non ! s'exclama Calipso en riant, malgré la lueur intéressée qui s'alluma un instant dans ses prunelles bleues. Pour créer des équipements alchimiques, bien sûr ! N'en as-tu jamais entendu parler ?
-De l'alchimie ? Si, bien sûr... Mais j'ignorais que des morceaux de lave avaient une quelconque utilité dans cette discipline.
-Tout peut nous servir ! Les pierres précieuses, les plantes, les plumes ou le cuir des monstres... Je me ferai un devoir d'en voler pour toi sur les monstres que nous rencontrerons !
-Quel enthousiasme, remarqua Daisy en souriant, un peu rassérénée par la chaleur dont son amie faisait de nouveau preuve. Pourquoi tu passionnes-tu pour cette matière ?
-Parce que ce qui en résulte est toujours joli ! J'aime les beaux bijoux brillants et les matériaux étincelants, précisa la voleuse presque avec pudeur."
La jeune Gardienne dut se retenir de rire. Une voleuse qui aime les pierreries ? C'est presque trop cliché pour être vrai. Mais c'est vrai qu'exploiter ce livre où noter des recettes alchimiques que Bérangère m'a donné pourrait être une bonne idée. Je ne sais pas de quoi nous aurons besoin dans le futur...
Dans le sac de Daisy, où elle avait placé les morceaux de lave, Calipso avait également rangé les provisions qu'elle venait d'acheter.
"En route ! s'exclama la jeune voleuse en rendant le gobelet de thé maintenant vide à la dame qui les lui avait apportés. J'ai grand hâte d'arriver à un port et d'embarquer pour revoir ma famille !"
Sa famille... ou juste Bram ? C'est presque étrange de me retrouver avec elle sans lui... Je me demande si, pendant mon absence, ils sont déjà devenus aussi liés que les mortels prétendent l'être lorsqu'ils sont amoureux...
Cette idée était presque bizarre. Elle ne pouvait pas s'en empêcher, mais imaginer Bram et Calipso cheminant côte à côte, heureux et aveugles au reste du monde, continuait de lui apparaître complètement invraisemblable. Il était Célestellien, destiné à vivre bien après la mort de la jeune fille et de sa descendance, et à connaître des choses qu'elle n'appréhenderait jamais. Comment pouvait-il ne pas y songer ?
Daisy soupira et imita la jeune voleuse. Après de grands gestes de la main aux villageois qui les avaient hébergées et nourries la nuit précédente, elles commencèrent leur longue progression vers le sud. Comme promis, Calipso déroba des peaux de bête magiques aux barbourins qu'elles affrontèrent, et entreprit de décrire à son amie quelques unes des recettes alchimiques les plus merveilleuses qu'elle connaissait.
"Il paraît qu'il existe un cristal fabuleux, figé dans le temps, qui permet de produire des reliques d'une puissance rare, expliqua-t-elle à l'heure du dîner. Je donnerais cher pour le voir de mes yeux !
-Serait-ce la raison qui t'a motivée à aller par le monde accompagnée d'une équipe ? lança Daisy pour plaisanter. Tout cela afin de débusquer des trésors ?"
À sa grande surprise, une lueur gênée brilla dans les yeux de Calipso et elle fit mine de regarder ailleurs.
"Non, non, affirma-t-elle au bout d'un moment. J'avais vraiment envie de voir le monde et de rencontrer des gens.
-Mmh..."
Je suis sûre que ce n'est pas complètement vrai... Mais je ne peux me départir du sentiment d'amitié qui s'est tissé entre nous depuis le début de notre voyage... Quels qu'aient été ses objectifs à l'origine, je suis sûre qu'elle ne nous laissera jamais tomber.
"Qu'en est-il de toi ? demanda soudain Calipso, très certainement pour changer de sujet. Tes nourrices ? Tes amis ? Ton maître ? Les as-tu retrouvés en retournant chez vous sans rien nous dire ?
-Je n'ai guère eu l'occasion de visiter mes nourrices, rétorqua sèchement Daisy en éprouvant soudain une pointe de culpabilité."
Il y avait des décennies qu'elle n'avait plus fréquenté Énora et Libellule, mais les deux Célestelliennes les avaient élevés... Elle ne savait même pas si elles étaient toujours sur l'Observatoire ou bien si elles en étaient tombées... Elle aurait vraiment dû aller les voir.
"Pour ce qui est de mes amis, j'ai eu le grand soulagement d'en retrouver quelques uns, mais beaucoup d'entre eux manquent à l'appel. Quant à mon Maître... j'ignore à ce jour où il est passé. Je ne peux que prier le Tout-Puissant pour que nos pas se croisent durant notre quête."
Je me demande vraiment où il peut être... Le Protectorat est si vaste, j'espère qu'il ne désespérera pas trop en ne me retrouvant pas du côté de Chérubelle...
Calipso la gratifia d'un hochement de tête.
"J'espère que tu les retrouveras bientôt, affirma-t-elle, et elle se leva pour s'occuper de leurs couchages.
-Cette fille a l'air de s'y connaître en breloques, remarqua Stella en venant croiser les bras sur la tête de son amie, se référant à leur conversation précédente. Vu sa mise, je ne l'aurais jamais cru.
-Dit-elle vrai ? À propos des vêtements renforcés que l'on peut créer à partir de pierres ou de toiles d'araignée ? s'assura Daisy à voix basse.
-À 100% ! répondit la fée en examinant les duvets d'un oeil critique. Comment crois-tu que j'aie confectionné cette superbe tenue ? Certainement pas avec ces étoffes mortelles de mauvais goût !
-Si tu as pris pour base un vêtement mortel, cela ne signifie-t-il pas que ta robe a tout de même quelque chose d'humain ? feignit de s'étonner Daisy pour l'énerver.
-Hé ! Qu'est-ce que tu y connais en mode, toi, de toute façon ? Ceci dit... je dois reconnaître que ta nouvelle robe est plutôt pas mal... Bigarrée et enthousiaste, exactement comme toi !"
Le voyage dura à l'identique pendant les deux jours qui suivirent. Daisy et Calipso descendirent toujours vers le sud, vaillamment, profitant de ce temps ensemble pour échanger un peu plus, mais elles évitèrent, presque d'un commun accord tacite, de parler de Bram. Stella continuait de chercher quelqu'un, et la jeune Célestellienne entreprit de la garder à l'oeil tandis qu'elle arpentait les plaines verdoyantes et les forêts, une expression perplexe sur le visage. Enfin, au matin du quatrième jour, elles arrivèrent devant les hautes palissades qui enfermaient le village.
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Bram et Loris, eux, n'avaient pas eu autant de chance et n'avaient trouvé nul village où s'abriter, alors ils avaient couché à la belle étoile, à une distance d'abord raisonnable l'un de l'autre, puis de plus en plus près au fur et à mesure que la nuit se faisait fraîche. Bram observait ce mortel qu'il avait vu naître sans trop savoir quoi penser de la situation. Il était un Célestellien intrépide, amical et enthousiaste, mais Loris était loin d'être comme les brebis du troupeau de Daisy telles que Bérangère, Hugo ou encore Martial, de ces humains serviables ou insolents mais à bon fond et à qui on pouvait s'attacher. Non, Loris était différent d'eux ou de Calipso... et, lorsqu'il l'avait connu à Rivesall, jamais l'apprenti Gardien n'aurait cru le voir un jour emprunter le chemin de la prêtrise. C'était un choix stupéfiant... qui le convainquait, grâce à la sincérité dont Loris avait fait preuve jusqu'à présent dans sa vocation, de ne pas encore communiquer à Daisy le sombre passé de leur nouveau compagnon. Elle avait déjà des réserves sur Calipso... ce n'était pas le moment de la conforter dans son idée d'impliquer le moins de mortels possible avec des histoires pas très glorieuses sur le jeune prêtre.
"La prochaine fois, nous devrions proposer de porter le couchage, suggéra soudain Loris alors que Bram le pensait endormi.
-Tu ne dis pas ça par pur galanterie, n'est-ce pas ? devina le Célestellien.
-Non... Je dis ça parce que ce sol nu est vraiment trop inconfortable. Le Tout-Puissant en soit témoin, j'ai été bien mal habitué, à l'Abbaye des Vocations !
-Hé, au moins, nous avons la nourriture ! le réconforta Bram en lui tapant dans l'épaule."
Oui, il ne pouvait s'empêcher d'être amical, après tout. Ni de protéger Loris... parce que, malgré le nombre de fois où il avait levé les yeux au ciel quand son maître lui serinait que prendre soin des mortels était sa Mission La Plus Importante, il n'en prenait pas moins son rôle très au sérieux. Loris avait été une brebis du troupeau d'Héphy... et, même s'il était désormais sous la responsabilité de Butio et de Lynn, il continuerait de veiller sur lui.
Bram s'acquitta de sa tâche le lendemain et les jours qui suivirent. Et Loris fit de même, avec un sérieux et une implication en tous points exemplaires. En l'état actuel des choses, il était plus résistant et plus fort que Bram, qui devait presque tout reprendre de zéro avec sa nouvelle vocation et les aptitudes qui allaient avec. Il n'avait jamais spécialement été un as de l'épée non plus, alors que le jeune prêtre restait, même en tant que religieux et guérisseur, un lancier talentueux. Au bout de deux jours, avec beaucoup de plaies et de bosses, ils parvinrent dans un petit village d'exploitation de minerai de fer, et Bram en profita pour acquérir une hache toute simple pour s'exercer. Ils mirent à profit la dernière journée qu'ils pensaient avoir avant l'arrivée des deux filles pour rejoindre le port qu'on leur avait indiqué et exercer un peu Bram avec sa nouvelle arme.
"Allez, Bram ! Plus fort ! Vas-y ! Frappe-le !
-Ah, ne commence pas donc à faire comme mon professeur ! s'exclama le jeune Célestellien en esquivant l'épée tournoyante d'un monte-gluant. Si la séparation de nos chemins m'a au moins apporté une chose, c'est bien de pouvoir me reposer les oreilles, au lieu de l'entendre me crier dessus sans arrêt ! Ne prends pas le relai, je te prie !
-Te crier dessus ? Je ne fais que t'encourager, enfin !"
Et, qu'on le croie ou non, c'était une méthode très efficace sur Bram, et dont Héphaïstos avait peut-être bien saisi le potentiel depuis le début. À s'acharner ainsi, le jeune Célestellien apprit bientôt le désherbache, et sa vitalité ainsi que sa force augmentèrent rapidement. Dès le lendemain matin, il parvint déjà à défaire les babourins en deux coups à peine.
"Quelle puissance ! remarqua la voix de Daisy sur leur gauche, un bruit que les deux garçons attendaient tellement peu qu'ils sursautèrent de concert. Voici que tu me ferais presque regretter de ne pas avoir embrassé une vocation similaire !
-Je croyais que tu aimais les tours amusants mais efficaces et les attaques magiques ? répliqua Bram en souriant, soulagé de les revoir. Tu ne pourrais plus user de tels artifices, en gladiatrice !
-Certes, mais j'aime beaucoup la force que tu dégages. Et j'aurais même pu conserver mon épée.
-Ahah, je me disais bien qu'il devait y avoir de ça pour que cette vocation trouve grâce à tes yeux !"
Le jeune Célestellien accueillit à bras ouverts Calipso qui trottinait gaiement vers lui, et les referma sur elle lorsqu'elle se jeta à son cou. Daisy se tourna vers Loris.
"Comment as-tu su que son maître l'entrainait ainsi ? lui demanda-t-elle, fascinée par cette singulière similarité de fonctionnement. T'en aurait-il touché deux mots ?
-Seulement pour se plaindre. Je ne sais pas qui est cet Héphy, mais ils ont l'air de beaucoup s'aimer, tous les deux.
-Ah, Bram, je te l'avais bien dit ! Ça se voit que vous êtes bien plus proches que tu ne le prétends !
-C'est faux !"
Daisy le regarda en haussant les sourcils et sourit. Tiens, d'ailleurs, en parlant d'Héphaïstos... Je me demande si Bram a révélé son vrai nom à Loris ? Héphy, ça pourrait tout aussi bien être un véritable patronyme... Est-ce que notre nouveau compagnon ferait le lien avec son Gardien ? C'est un prêtre, après tout... Et son histoire de "quelque chose de particulier" que je dégage...
Cacher leur identité à ces deux mortels devenait de plus en plus pesant. Mais ce n'était pas comme s'ils avaient le choix. D'un geste du bras, la jeune Gardienne attira l'attention de ses trois amis et se tourna vers la lourde porte qui fermait le petit village de pêcheurs.
"Allons-y, décida-t-elle. Il y aura peut-être quelque chose pour nous, ici."
