La franchise et l'univers de Fire Emblem ne m'appartiennent pas. Ils ont été créés par Shouzou Kaga, et développés par Intelligent Systems.
Cette histoire est un Moderne AU.
Il ne contient aucun Spoil.
Il s'agit ici d'une Fanfiction.
Zakuro Ruby Kagame
©Tous droits réservés
Entre ces Quatre Murs
La clef de la boite aux lettres cliquette dans la petite serrure. J'en sors le contenu que je ne prend même pas la peine de regarder avant de refermer et d'emprunter l'ascenseur pour rejoindre mon appartement. Lorsque j'ouvre la porte, je retrouve le silence que j'aime particulièrement, je dépose la petite dizaine d'enveloppe sur le meuble de l'entrée avant de me diriger instinctivement vers la cuisine. C'est une habitude que j'ai depuis la rentrée universitaire, dés que je rentre chez moi, je ne peux m'empêcher de me remplir le ventre. Peut-être que les cours ont creusés un puits sans fond en lieu et place de mon estomac, après tout, je suis un cursus en Activités Physiques et Sportives. Ca fait un peu plus d'un mois maintenant, que la rentrée scolaire a eu lieu. Au début, je ne savais pas trop où m'orienter, les études n'ont jamais été ma tasse de thé, et j'avoue m'être engagée dans cette voie plus par dépit que réellement par envie. Après avoir vécu de petits boulots à droite à gauche, j'ai voulu tenter l'expérience. Je n'avais rien à perdre après tout, alors aujourd'hui me voilà, moi, Byleth Eisner, vingt-et-un-an et étudiante dans l'université la plus réputée du Pays.
Installée dans mon canapé avec plus de mollesse qu'un paresseux, un cookie chocolaté dans la bouche, et mes écouteurs dans les oreilles qui me perforent les tympans, je n'entends pas la porte de l'appartement s'ouvrir. Oui, j'aime le silence, mais j'aime encore plus m'évader grâce à ce que m'offre la musique. Elle me permet de rejoindre mon monde, si on peut dire ça comme ça. Lorsque je ferme les yeux, je cesse simplement d'exister. L'odeur de la nouvelle venue arrive tout de même à capter mon attention, et je relève la tête pour l'observer. Ce n'était pas comme si elle abusait de parfum, mais sa fragrance naturelle arrive toujours à me tirer de mes songes. Là, je devine que sa bouche s'ouvre sur des reproches que je n'ai pas envie d'écouter, mais par respect pour elle, j'ôte une des oreillettes et la musique se déverse presque telle une vague dans la pièces tellement je pousse sur les décibels.
« - Est-ce qu'au moins tu m'écoutes ?
- Pas vraiment, je répond. »
Ses sourcils se froncent sur une expression contrariée. Je suis habituée à la voir, et sincèrement, je n'y prête pas plus d'attention que nécessaire. Je pensais mener une vie tranquille, solitaire, mais évidemment, c'était sans compter sur ma colocataire.
« - Tu as encore laissé traîner la boite.
- Ca va, je la rangerai plus tard. »
Mais j'ai à peine le temps de finir ma phrase qu'elle a déjà rangé le paquet dans le placard. Elle trouve que j'ai des manières de rustre. Je mange tout ce que je trouve, vidant placard et frigo, je laisse traîner toutes mes affaires. Pourtant, je n'en ai pas tant que ça.
« - Tu sais, tu vas finir complètement sourde à écouter si fort. »
Et voilà qu'elle recommence, avec ses reproche, et ses manières. Ce qui est vraiment surprenant avec cette fille, c'est que malgré son caractère et son air froid et hautain, elle est toujours très entourée. Je ne la connais que depuis quelques semaines, mais je la trouve déjà insupportable. Et pour couronner le tout, elle fait partie de ma promo. On peut dire que je passe mes jours et mes nuits avec elle lorsqu'elle ne sort pas avec ses amis. Edelgard von Hresvelg, un nom et un prénom à la hauteur de ses manières. Elle vient d'une famille plutôt aisée, son père dirige une importante entreprise, et les moyens ne lui manquent pas. Je me demande encore aujourd'hui pourquoi elle s'encombre d'une colocataire, même si pour l'heure, cela arrange bien mes affaires.
La pile d'enveloppe attire ensuite son attention. C'est comme ça depuis des jours, elle rentre, me fait un reproche ou deux, va zyeuter les quelques lettres avant de soupirer. Comme si c'était devenu mécanique à force. Pour une raison que j'ignore, elle vient d'hériter d'une grande partie de la fortune de son père, peut-être est-ce parce qu'elle vient d'avoir dix-huit ans, qu'en sais-je. Mais aujourd'hui, il y a quelque chose de différent dans son regard. Une enveloppe plus petite que les autres dans les mains, ses yeux me cherchent, me trouvent, puis je vois sa bouche s'ouvrir sur mon prénom.
« - Il y en a une pour toi. »
Je lève un sourcils curieux, je ne reçois habituellement jamais de courrier. En approchant, je reconnais déjà l'écriture de mon père. Ce n'est pas dans ses habitudes de m'écrire des lettres. Lui et moi avons une relation particulière, on se comprend sans se parler, et nous n'avons pas besoin de nous donner des nouvelles tous les jours pour savoir que tout va bien. C'est un homme très occupé. Quant à ma mère, elle est morte en me mettant au monde. Comme départ dans la vie, on peut faire mieux. Je prend la lettre des mains d'Edelgard, je la lirai plus tard, dans ma chambre, hors de question de risquer une quelconque démonstration d'émotions devant elle.
« - Tout va bien ? elle s'enquiert.
- Oui. »
Sa sollicitude n'est pas quelque chose à laquelle je suis habituée, mais malgré ses manières, je sais tout de même l'apprécier. Elle, s'est accoutumée de mon caractère taciturne, nous ne parlons pas beaucoup, échangeons encore moins en dehors des cours, et je ne suis même pas certaine que nous ayons autre chose que le sport en commun. En fait, quand je cherche quelque chose à lui reprocher, je ne trouve pas grand chose. J'ai pourtant passé des heures à l'observer, silencieusement, pour espérer trouver quelque chose sur elle sans rien avoir à lui demander. Probablement un paquet d'heures, d'ailleurs. Bien trop. Je ne comprends toujours pas pourquoi une telle curiosité, peut-être est-ce du à l'ennuie que je ressens bien trop souvent.
A peine rentrée, qu'elle est de nouveau déjà dehors. Je retrouve mon calme, et je retrouve cet ennuie. Edelgard n'est pas vraiment du genre fêtarde, mais ces derniers jours, elle sort souvent retrouver Petra et Dorothea, deux camarades de l'université. Je refuse toujours l'invitation, peut-être parce que je sais qu'elle me propose uniquement par politesse. Je n'arrive pas vraiment à savoir ce qu'elle pense de moi, et d'ailleurs, ça m'est égal. Je suis ici pour étudier, et non pas pour me faire des amis. Et pourtant, quelque part, j'ai beau apprécier la solitude, le chant des oiseaux et la brise du vent devant laquelle je peux passer des heures n'arrivent pas à combler le vide que je ressens et cet ennuie profond. Au final, je finis par m'endormir sur le canapé, et à ne me réveiller que plusieurs heures plus tard, incapable de me rendormir la nuit. Et ce soir ne dérogea pas à la règle.
La porte claque et me réveille, je me suis encore assoupie. Avec ça, je vais encore écoper d'une bonne migraine, et je n'ai toujours pas lu ma lettre. Peu importe, j'étire mes bras, baille bruyamment, et reçoit encore un de ses regards presque accusateurs.
« - Tu as mangé quelque chose ? demande-t-elle. »
Je secoue la tête et entend mon ventre gronder à la seule évocation de manger quelque chose. Edelgard dépose un sac sur le comptoir de la cuisine qui attire très vite mon attention. Une délicieuse odeur s'en échappe et se diffuse dans tout l'appartement. Je crois reconnaitre celle des soupes miso qu'ils servent dans le restaurant à l'angle. Edelgard a beau paraitre froide et détachée, elle reste quand même attentionnée. D'ailleurs, la jeune femme n'essaie même plus de cuisiner. Ses compétences culinaires sont désastreuses. Mais je ne peux pas le lui faire remarquer, car les miennes le sont encore plus. La seule fois où elle et moi avons essayé de cuisiner quelque chose, nous avons presque mit le feu à la cuisine. Depuis, ni elle ni moi ne nous risquons à jouer les chefs. On commande à manger à tour de rôle, ou on achète des plats tout préparés, ce qui n'est pas très sain pour des sportives, mais pour le moment, nous avons l'air de bien le supporter.
« - Je crois que Dorothea a des vues sur Ingrid, elle souffle entre deux rouleaux de riz. »
J'en suis déjà au quatrième, je crois, mon estomac n'a aucune limite. Edelgard, elle, préfère se réserver pour le dessert, elle a un penchant pour le sucré. Je m'étonne en y pensant, j'étais persuadée de tout ignorer d'elle, mais il faut croire que vivre avec m'aura apprit quelques détails la concernant.
« - Je l'ignorais.
- Evidemment, puisque tu ne te donnes jamais la peine de sortir avec nous. »
Ah, encore un reproche. Je ne vois pas en quoi cela la concerne, nous sommes uniquement des camarades de classe, et je ne lui ai jamais fait part d'un quelconque besoin d'être plus. Je me sens étrangement de mauvaise humeur, ce soir, et décide de couper court à la conversation avant que celle-ci ne s'envenime. Ce n'est pas dans mes habitudes de réagir de cette façon, et certainement pas devant elle qui risque d'en faire tout un esclandre. Elle a beau arborer en permanence un visage impassible, les heures passées à l'observer et mon manque de réaction m'ont apprit qu'elle se vexe plus facilement que ce qu'elle veut montrer. Edelgard est ce genre de fille, à toujours vouloir tout contrôler. Je ne suis peut-être pas très démonstrative, ou portée dans les émotions, mais elle, se refuse en permanence de montrer les siennes qui pourtant, sont bien présentes.
J'ouvre mon enveloppe en manquant d'en déchirer le contenu tant je manque de délicatesse. La porte de ma chambre est fermée, et je veux être sûre de ne pas être dérangé. Mes yeux dévorent les quelques lignes écries à l'encre bleue. J'aime l'écriture de mon père, elle me rappelle que malgré tout ce que je peux ressentir, je ne serais jamais seule. Quelle ironie sachant que la solitude est l'émotion qui m'accompagne en permanence. Mon père m'informe qu'il sera en ville le mois prochain, et qu'il souhaiterait me voir. Bien évidemment, j'accepte déjà son invitation dans ma tête, mais si c'était pour ça, il aurait simplement pu m'envoyer un sms. Je sais que s'il m'écrit des lettres c'est car celles-ci ont plus de poids que de simples messages qui finissent supprimés. Sur le papier, chaque mot trouve son importance. Je garde précieusement toutes les lettres qu'il m'envoie dans une boite dans mon bureau, et j'y tiens bien plus que ce que je voudrais moi-même l'admettre. Il m'encourage tout en bas du papier à appeler ma grand-mère, avec un post-scriptum me rappelant de tout de même me méfier d'elle. J'ai fait la connaissance de cette femme très récemment. A la mort de ma mère, mon père m'a prit avec lui et éloigné de tout ça. Nous ne sommes revenus dans la région que récemment. Rhea est une femme qui tend à obtenir tout ce qu'elle souhaite, et depuis que je suis revenue ici, elle me porte une curiosité et une attention fascinante, parfois même oppressante. Je ne suis pas certaine de ce que je ressens pour cette femme, mais son côté maternel est quelque chose que je découvre à chaque minute passée avec elle. Et ce n'est pas désagréable. Ma foi, j'apprends à la connaitre, et elle, apprend de moi.
Je crois que l'eau à cessé de couler depuis un moment déjà. Il se fait tard et je me risque à sortir de ma chambre. J'ignore pourquoi je n'osais pas encore le faire, et pourquoi je ne souhaitais pas croiser le regard d'Edelgard. Ces derniers temps, sa compagnie me frustre autant qu'elle me surprend à me plaire. Encore une fois, je pense que ma solitude s'amuse avec moi, car moi même ignore pourquoi je réagis comme ça.
Ma main sur la poignée, je pousse la porte et entre dans la salle de bain, et là, mes yeux s'agrandissent. Je ne suis pas certaine de ce que je vois, si c'est son sein ou bien seulement son bras. La vapeur me brouille la vue, et ce n'est peut-être pas si mal ainsi. Si je n'arrive pas à la voir totalement dévêtue devant la baignoire, c'est qu'elle ne peut sans doute pas voir mes joues probablement teintées non plus. Mon corps refuse de réagir, ou du moins, il le fait à sa manière, mais mon cerveau ne répond déjà plus. J'aperçois des cicatrices sur ses épaules, dans son dos, pareilles à des écritures gravées sur sa peau. Mes yeux remontent sur sa chevelure blanche, sur sa peau ivoirine, et s'enracinent sur ses belles prunelles parme. Belle ? Seigneur, elle est si belle. Encore une fois, sa bouche s'ouvre mais aucun mot ne m'atteint, pourtant, il n'y a aucune musique qui vient faire taire mes sens. Bien au contraire, chacun d'eux me semble à l'instant bien plus présent qu'une minute auparavant. Je n'arrive pas à me détacher des rougeurs sur ses joues, ni de ses billes qui me fusillent comme si j'avais commis un crime. La seconde d'après, je suis de nouveau dans le couloir, dos à la porte, Edelgard m'a jeté dehors comme une malpropre. Ma main vient recouvrir ma bouche, et je sens d'étranges émotions s'emparer de moi. Je reconnais d'abord être embarrassée, après tout, je l'ai surprise sous la douche, tout le monde se sentirait gêné. Pourtant, nous sommes toutes les deux des femmes, mais je prends conscience à l'instant que c'était la première fois que je l'apercevais nue. Je n'arrive pas à m'enlever cette vision de la tête, ni lorsque mes pas me guident jusqu'à ma chambre, ni lorsque je me jette sur mon lit. C'est encore pire lorsque je ferme les yeux. Je n'arrive pas à comprendre ma réaction, mais encore moins la sienne.
J'arrive enfin à retrouver mon calme après plus d'une demi-heure à me retourner dans mes draps. Je suis déconcertée par ce que je ressens, comme si un ouragan m'avait frappé. Mais pour la première fois, je ressens une certaine inquiétude, et je me demande si d'une façon ou d'une autre, je ne l'ai pas vexée. Je sens également ce besoin de devoir m'en assurer. Je me demande si je dois aller frapper à sa porte, lui demander si tout va bien, car après tout, ce n'est pas vraiment mon genre de m'enquérir de son état. Elle ou une autre, je ne me suis jamais vraiment intéressée à ce que ressentais les autres. J'ai pris la sale habitude de vivre uniquement pour moi-même, mais j'ai maintenant l'impression d'en payer les conséquences. Mes pensées ne m'ont jamais parues aussi floues qu'à l'instant, alors que je pose des questions qui ne m'avaient jamais effleuré l'esprit. Mais avant même que je ne le réalise, je suis déjà devant la porte de sa chambre.
Celle-ci est entre-ouverte, comme d'habitude. Edelgard ne la ferme jamais. Je ne sais pas si elle est agoraphobe, mais elle semble détester l'obscurité. Je réalise que je sais bien plus de choses sur elle que je ne le pensais. Je sais qu'elle m'a déjà remarquée, mais ni elle ni moi ne décrochons un traître mot, alors je toque, et espère étrangement qu'elle m'invite à entrer. Elle le fait en m'accordant un regard des plus froids et détaché, mais je fais avec, même si je ne comprend pas vraiment ce que je dois me reprocher. Lorsque j'approche de son lit, elle pose son livre et s'y assieds. Je l'observe d'abord silencieusement, ne sachant vraiment trop quoi dire, mais surprend mes yeux à de nouveau observer ses cheveux. Elle en a dénoué les rubans et ils retombent de leur longueur sur son chemisier blanc. Et je percute. Je percute qu'Edelgard ne découvre jamais ses épaules ou son dos. Je percute que j'ai beau vivre avec elle, je n'avais jamais pu apercevoir ainsi sa peau.
« - Tu as besoin de quelque chose ? Elle décroche enfin. »
Je reste bouche-bée comme une idiote en ne sachant pour la première fois pas quoi lui répondre. Moi-même, je ne sais pas pourquoi je suis ici. D'habitude, je me contente d'un oui, ou d'un non, ou encore d'un hochement de la tête pour l'empêcher de rebondir sur ce que j'aurais à dire, mais là, aucune phrase ne se forme dans ma tête. A la place, la seule chose qui me traverse l'esprit est son corps entièrement nu dans la salle de bain. Je tourne la tête en me sentant soudain embarrassée, quelque chose chez moi doit vraiment clocher pour me faire réagir ainsi.
Je me lève car je ne comprends vraiment rien. Venir ici était la pire de mes idées. Pourtant, je sens sa main, elle me retient par le poignet. Je me retourne de nouveau vers elle et constate qu'elle n'ose même pas me regarder.
« - J'ai... J'ai eu un accident quand j'étais jeune. Je n'en parle jamais. »
Je me rassois, et lui souris. Je crois d'ailleurs que c'est la première fois que mes lèvres s'étirent pour elle. Ou du moins, face à elle. Et elle, c'est la première fois qu'elle se confie à moi. Cela fait naitre quelque chose d'agréable, semblable à de la satisfaction, mais en même temps, cela me peine. Ses mots sont sortis fébrilement de sa bouche mais paraissaient plus lourds que plusieurs tonnes d'acier.
« - Il est tard, tu ne dors pas ? »
J'essaie de changer de sujet. Le précédent l'accable, en tout cas, c'est ce qu'il me semble remarquer. Je m'étonne de découvrir Edelgard sans le masque d'arrogance qu'elle aime habituellement porter. Et ça aussi, c'est plutôt agréable. J'ai l'impression de voir une toute autre personne, alors qu'elle me dévoile, probablement contre son gré, une autre facette de sa personnalité. Celle-ci me semble d'ailleurs plus naturelle, et plus réelle. J'ai l'impression de la voir sans ses vêtements, au sens figuré du terme cette fois-ci. Et bien évidemment, cela me rappelle son corps nu devant la baignoire, et je rougis, encore. J'ai beau tourner la tête, je ne suis pas sûre que cela soit suffisant pour le masquer. Elle n'y fait aucune allusion, et j'apprécie autant son manque de réaction que cela me frustre.
« - Et toi ? »
Elle me retourne la question que je viens de lui poser tout en connaissant déjà la réponse. D'abord parce que suis dans sa chambre, donc pas dans la mienne à dormir, et ensuite car elle sait que j'ai beaucoup de mal à trouver le sommeil lorsque la nuit se lève. Elle m'a d'ailleurs plusieurs fois reproché mes siestes inopinées dans notre canapé. Mais elle, ce n'est pas vraiment son genre de veiller si tard, même si je sais son sommeil agité. Il m'arrive parfois la nuit de l'entendre distinctement hurler. Edelgard fait régulièrement des cauchemars, mais sur ça aussi, elle ne s'est jamais confié. Après tout, je ne la connais que depuis quelques semaines, et nous n'avons pas ce genre de relation où l'on se partage des secrets. Et pourtant, à l'instant, j'ai vraiment envie qu'elle me parle. Comme c'est étrange.
« - Je devrais peut-être te laisser seule, je lui suggère.
- Fais comme tu veux, elle souffle. »
Je remarque que ses doigts étaient encore accrochés à la manche à mon poignet, mais elle les retire aussitôt ses paroles prononcées. Edelgard ne m'a jamais paru si transparente que maintenant, alors que son regard presque éteint vient de se séparer du mien.
« - C'est difficile de parler avec toi, elle rajoute avant de reprendre son livre. »
Je ne sais pas comment prendre sa remarque. Elle a raison, et j'en ai parfaitement conscience, mais je ne sais pas faire autrement. Je ne sais ni m'exprimer, ni montrer ce que je ressens. Car il me parait maintenant évident que je ressens bien quelque chose même si je ne sais pas vraiment quoi. J'ai envie d'être prêt d'elle, mais en même temps, sa présence m'effraie. J'ai envie de lui parler mais mes paroles meurent sur mes lèvres avant que je ne puisse les souffler. J'ai aussi envie de la regarder, mais j'appréhende qu'elle puisse mal l'interpréter. Ou au contraire, peut-être que je redoute qu'elle puisse comprendre. J'ignore depuis quand j'ai ce genre de pensées, de réflexions, mais elles sont bel-et-bien là.
« - Ca l'est tout autant avec toi, je lui signale avant de reprendre. Et puis, tu passes ton temps à me faire des reproches.
- Parce que tu ne fais aucun effort. »
Ma tête bascule en arrière. Elle a encore raison. Mais d'une certaine façon, cela attire toujours son attention. Si elle n'avait rien à me dire, prendrait-elle seulement le temps de me parler ? Cette réflexion s'impose à moi comme si un éclair m'avait frappé.
« - Byleth, quelle est ma couleur préférée ? elle me demande de façon impromptue. »
Je lève un sourcils interrogateur, je ne m'attendais pas du tout à ce genre de question. J'ai l'impression qu'elle me défie de la connaitre, ou qu'elle veut me faire remarquer le contraire. Je ne prends même pas la peine de réfléchir car je ne connais pas la réponse à sa question alors répond :
« - Le rouge. »
Cette fois, c'est son regard qui luit sous la surprise. Je sais que j'ai répondu juste, mais je reste étonnée. Je sais des choses que je pensais ignorer.
« - Comment peux-tu le savoir ?
- Parce que c'est aussi la mienne ? Je suppose... »
Je me satisfait de ma propre simplicité et pourtant, mes paroles sonnent terriblement naïves. Mais au moins, je lui fait esquisser un semblant de sourire.
« - Pourtant, tu te vêtis toujours de bleu, elle me fait remarquer.
- Et alors ? Je ne peux pas mettre du bleu sous seul prétexte que je préfère le rouge ?
- C'est juste que, tu ne portes jamais de rouge, elle me précise. »
Cette conversion toute entière me parait maintenant naïve, et enfantine. Et pourtant, nous n'avons jamais parlé avec tant de facilité. Ses lèvres s'ouvrent et un rire s'y échappe bientôt rejoint du mien. Je me rend compte que c'est la première fois que je l'entends rire ainsi. Que je l'entends rire tout court, en fait. Et c'est également la première fois pour moi, depuis longtemps. Et là, mon cœur s'emballe.
« - Et puis, cette couleur te sied bien mieux qu'à moi... je lui murmure alors que mes yeux sont plantées dans la lueur parme. »
Ses joues s'empourprent soudainement, mais les miennes le sont déjà depuis plus d'une minute, je pense. Mon corps bascule sur le sien sans que je ne le réalise alors que je lui ai déjà retiré son livre des mains. J'ai l'impression que la teinte de sa peau attire chaque parcelle de la mienne. J'ai l'impression que je suis plongée dans une obscurité dans laquelle j'aperçois la lumière. Une lumière qu'elle émane. J'ai l'impression que le temps est suspendu à ses lèvres entre-ouvertes qui restent pourtant silencieuses.
Je m'approche doucement, j'hésite, j'ai conscience que je risque de recevoir une gifle. La seconde d'après, mes lèvres sont déjà scellées aux siennes, et ses doigts effleurent ma joue. Elle ne m'a pas frappé, mais je ressens la même chose que si elle m'avait vraiment giflé. Les émotions pleuvent sur moi comme si un violent orage venait d'éclater. Je ne sais pas pourquoi je me retrouve sur elle, ni pourquoi elle se laisse ainsi faire. Tout ce que je sais c'est que c'est bien trop agréable pour vouloir m'arrêter. Sa chaleur est apaisante, et son regard flatte mon égo. Je réalise ce que je viens de faire, et la panique m'enlace. C'est mon premier baiser.
« - ... Byleth ? »
Sa voix est hésitante, mais la mienne inexistante. Mes doigts sont déjà là où se trouvaient ses lèvres. J'ai encore du mal à croire que je viens de l'embrasser. Je n'ai aucune idée de ce qui a pu me prendre, et ne me suis jamais sentie autant embarrassée.
Je tente de me relever mais une fois de plus elle me retient. Ses mains ont attrapé ma chemise et son regard m'étreint. Le fond de sa pensée m'échappe, et j'ai envie de fuir, mais à la place mes doigts vont rejoindre les siens. J'arrive à les sentir trembler, elle est aussi déconcerté que moi, et d'une certaine façon, cela me réconforte. Alors, je tente une autre approche, je sens sa respiration se mêler à la mienne, et de nouveau, nos bouches se rejoignent. Cette seconde fois ne ressemble en rien à la première. Après quelques secondes seulement, ses lèvres s'entre-ouvrent et ma langue s'engouffre pour aller rejoindre la sienne. Mon palpitant s'emballe un peu plus et j'en entends les battement carabiner ma tête. J'ai l'impression que je vais imploser, que ma poitrine va céder, et pourtant, je ne peux mettre fin à ce baiser. Je crois que c'est la première fois que je me laisse aller.
Mes mains s'égarent un peu vite alors que mes doigts trouvent le chemin de sa peau. Ils sont déjà sur ses hanches, et le temps d'expirer, s'aventurent sur son ventre. Pourtant, Edelgard ne dit rien, et je ne sais pas quand m'arrêter. Pour être honnête, je n'en ai pas particulièrement envie. Plus je l'embrasse, plus je la touche, plus je sens mon bas-ventre s'embraser.
« - El, je souffle à son oreille. »
Je sens ses mains s'agripper dans mon dos, et ses cuisses se refermer sur les miennes. Un premier soupire s'échappe de sa bouche tandis que tout mon corps s'enflamme. Je n'ai aucune idée de ce qu'il se passe, et probablement qu'elle non plus. Je sais seulement que je n'ai pas envie d'arrêter. Mais je m'y oblige, recule, et l'observe. Je plonge mes yeux bleuet dans son profond regard. A cet instant, j'ai l'impression de m'y noyer. C'est la première fois que je ressens ce genre de choses.
Je ne m'y attendais pas, mais cette journée fut celle de nombreuses autres premières fois. Et cette nuit également. Nous nous découvrons l'une et l'autre d'une insoupçonnable façon. Peut-être sommes nous en train de commettre une erreur, mais j'ai le sentiment qu'à l'instant, j'ai seulement besoin d'elle, elle fait battre mon cœur.
La plupart des gens apprennent à se connaitre, se fréquentent, puis s'installent ensembles.
Nous, nous avons fait l'inverse, mais franchirons les étapes une à une, à notre manière.
