Hairstyle
Virgile considéra son reflet d'un œil critique. Il fallait définitivement qu'il se coupe les cheveux, ceux-ci commençaient à lui tomber en-dessous des épaules. Pour un garçon de son âge, c'était une longueur tout à fait raisonnable, mais il était au Protectorat. Il ne pouvait pas se balader avec des cheveux assez longs pour en faire des couettes !
Sans compter que les cheveux longs, c'était moins pratique en combat rapproché. L'adversaire saisissait la moindre chance de vous prendre en traître, et en général, ça marchait très bien de tirer les cheveux. Sans compter qu'on pouvait les avoir dans les yeux au moment critique…
Pour pallier le problème, la plupart des anges du Protectorat se coupaient les cheveux très courts. Voire se rasaient carrément la tête, comme Uriel. Quoique, celui-ci avait toujours vaguement complexé au sujet de sa tignasse crépue…
Enfin, le Protectorat, ça restait un peu à part. Quand un ange avait le choix, il préférait garder les cheveux longs. Et ça ne concernait pas juste les filles. En général, un ange de sexe masculin portait les cheveux coupés au carré, à la hauteur du menton, de temps en temps plus longs.
Pour les filles, bien sûr, c'était pratiquement obligatoire de les avoir longs. Pour certaines, l'affaire prenait des proportions déraisonnables – il n'y avait qu'à regarder Rachel ! Même nattée, sa crinière tombait jusqu'au sol. Et elle ne voulait pas les couper !
Oh, bien sûr, il y avait des exceptions aussi. Hester n'était encore qu'une loupiotte mais elle avait clairement fait savoir qu'elle voulait des cheveux aussi courts que possible – en se débarrassant de ses couettes à seulement trois ans.
Virgile s'empara des ciseaux posés sur la tablette du lavabo, saisit une grosse touffe de mèches brunes et en approcha les lames aiguisées.
Vraiment, il ne comprenait pas pourquoi se couper les cheveux faisait l'objet de tant de chichis. Il suffisait d'une paire de ciseaux ! Pourquoi aller rajouter du shampoing, des bigoudis et tout le tralala ? Les gens pouvaient vraiment être bizarres, des fois.
Lorsque son protégé pénétra dans le salon, Haziel ne leva pas tout de suite la tête, occupé qu'il était à éplucher son dernier rapport pour voir s'il n'avait pas fait trop de fautes. Et puis il délaissa son papier pour voir ce qui avait poussé l'adolescent à s'enfermer dans la salle de bains ce matin.
« Virgile ! Tes cheveux ! »
Le jeune homme renvoya une grimace à son gardien. Il ne s'était tout de même pas si mal débrouillé, non ?
« Quoi ? » grogna-t-il.
Haziel avait l'expression du type dont la vie vient de basculer dans la tragédie.
« Père, tu t'es rendu pratiquement chauve ! Tu t'en rends compte, de ça ? »
La grimace du garçon s'accentua.
« Oh, c'est bon ! » protesta-il. « Je les préfère comme ça ! C'est plus pratique ! »
Et sur ce, il tourna le dos à son tuteur, lequel n'avait pas perdu sa mine effondrée. Un vague remords lui pinça la cage thoracique. Depuis qu'il était môme, c'était toujours Haziel qui s'était occupé de sa tignasse, le poursuivant avec le peigne ou lui égalisant la crinière lorsque celle-ci se faisait trop indisciplinée.
Que Virgile se coupe les cheveux lui-même, c'était donc Haziel qui voyait son rejeton lui glisser des mains. Comme tous ceux élevant un ado s'emparant sans ménagement de son indépendance.
Enfin, se tranquillisa l'adolescent, ce n'était qu'une coupe de cheveux, pas l'Apocalypse. Même si Haziel le prendrait sans doute comme ça.
Pourquoi fallait-il que son gardien soit aussi chiant ?
