Résultats des partiels

« Je te trouve bien calme » commenta Gail.

Rachel arborait sa mine la plus croque-mort, à croire qu'elle venait d'enterrer ses gardiens, son petit frère, ses trois grand-mères et ses quatre cousins.

« Parce que je sais que j'ai tout foiré » déclara-t-elle lugubrement. « Reste à savoir combien de points j'ai à rattraper. »

« Oh, allez. Tu es sûre de t'être plantée sur un sujet, c'est tout. Le reste… »

« Tout le reste venait après, et j'avais perdu le moral. Je suis foutue, je te dis. »

L'apprentie Cupidon lui tapota l'épaule.

« Tu ne te rends pas service, à te ronger la grâce comme ça… »

« Tout le monde ne peut pas avoir ton détachement Zen » rouspéta la blonde tandis que les portes de l'Université s'ouvraient, laissant le flot d'élèves rentrer dans le hall.

« Je ne suis pas Zen » se défendit l'ange aux ailes roses, « je prends seulement les choses comme elles sont. »


Naomi n'était pas le genre de fille qui paniquait pour un rien. En toutes circonstances, elle gardait son calme et sa contenance, le visage soigneusement impassible, aussi sereine qu'une statue de marbre sculptée dans l'Antiquité grecque par un artiste obsédé du détail.

Alors non, elle n'était certainement pas en train de broyer d'anxiété la main de son jumeau qui faisait des efforts héroïques pour ne pas grimacer et y réussissait de manière assez mitigée.

« Je suis sûr que tu as réussi à la perfection » finit-il par lâcher histoire de faire cesser le supplice infligé à ses pauvres doigts.

« Ils ne prennent que les dix premiers » rappela la jeune femme d'une voix tendue – ce qui signifiait qu'elle était au bord de la crise nerveuse.

« C'est bien ce que je disais » poursuivit son interlocuteur d'un ton bienveillant, « depuis quand tu ne rafles plus la première place ? »

Naomi lança à son jumeau un regard aigu.

« Et bien, je me souviens d'un concours artistique où ce n'est pas mon phénix qui a remporté tous les suffrages… »

La grâce d'Ion prit une délicate teinte rose.

« Tu étais vraiment obligée de parler de ça ? » protesta-il faiblement.

L'ange aux ailes de tourterelle eut un sourire de requin.

« Ne me dis pas que tu as honte de ta propre réussite, tout de même ? »

« Non ! Enfin » bafouilla le garçon, « je ne comprends pas comment j'ai pu en arriver là, c'est tout. »

Cette réplique lui valut une claque affectueuse sur l'arrière du crâne, assénée par l'aile de sa jumelle.

« Tu es adorable quand tu t'y mets » soupira la jeune femme, notant non sans une satisfaction vaguement perverse les plumes gris-noir de son cadet se hérisser d'indignation d'être jugé adorable.

Un gong résonna bruyamment. Naomi sentit son estomac tomber dans ses chaussettes.

« Ion ? » fit-elle, tendue comme un ressort.

« Ils sont en train d'afficher les noms » annonça le garçon.

Naomi ne poussa pas de glapissement. Absolument pas.

« Ah… ? Ah ! »

« Quoi ? » grinça-t-elle hargneusement, sans oser regarder elle-même.

Ion souriait de toutes ses dents.

« Ma pauvre Nao, tu viens de dégringoler de ton piédestal, c'est Zacharie qui a décroché la première place. Toi, tu ne viens qu'en deuxième. »

Le cerveau de la jeune femme bloqua. Rembobina. Redémarra.

« Je suis prise ? » lâcha-t-elle.

Le sourire du jeune homme s'élargit.

Le cri strident qui s'échappa de la gorge de Naomi aurait fait décoller les pigeons du toit, si pigeons il y avait eu au Paradis.


« Un score parfait ! » répéta Virgile sous le choc. « T'as obtenu un score parfait ! Tous les points dans toutes les matières ! Merde, comment t'as réussi ? »

« J'ai travaillé dur » répondit superbement Zacharie, l'air pas modeste du tout.

« C'est Naomi qui doit faire des convulsions » commenta son interlocuteur. « J'veux dire, elle a jamais apprécié de se faire griller sur la ligne d'arrivée… »

« Quand deux candidats ont autant de points l'un que l'autre, le plus âgé obtient le meilleur classement » expliqua le Séraphin. « Et Naomi est plus jeune que moi de deux ans et quinze jours. C'est injuste mais c'est comme ça. »

« Bon sang de Père » fit l'ange aux ailes gris fer, impressionné.

Une ombre menaçante se pencha au-dessus d'eux.

« Uriel » salua placidement Zacharie. « J'imagine qu'Anaël s'est démarquée au classement ? »

L'ange au teint sombre hocha vigoureusement la tête.

« Deux mille cent sept ! Sur huit mille candidats, c'est pas mal du tout, hein ? »

Virgile siffla.

« Huit mille de pris ? Tu m'en diras tant ! »

« La Maintenance, ça attire tous les chœurs » rappela le Séraphin. « En passant, pourquoi n'es-tu pas auprès de ta dulcinée ? »

Uriel fit la moue.

« Elle est allée prêter main-forte à Naomi, pour Ion qui était en train de tomber en syncope… »

« Il est combien ? » interrogea Virgile.

« Neuf cent quinzième. »

« Cocu ! » éclata l'autre candidat soldat, choqué. « Comment il a fait ? Merde, tu le regardes, il a pas l'air capable d'un coup pareil ! »

« Tu oublies qu'il a passé treize semaines blotti dans le même utérus que Naomi » pointa benoîtement Zacharie, « il fallait bien que ça laisse des traces. »

Ses deux comparses grimacèrent en chœur.

« Tu te rends compte à quel point c'est dégueulasse, ce que tu viens de dire ? » rouspéta Uriel.

« Il y a des faits impossibles à contourner dans la vie » rétorqua le Séraphin. « Mais pour consoler vos sensibilités de vierges effarouchées, j'accepte de vous laisser me traîner dans un bar et vider totalement mon porte-monnaie. »

Les ailes des deux autres se dressèrent aussitôt.

« Le bar de notre choix ? » s'assura Uriel qui se méfiait.

« Oui. »

« Même un avec des strip-teaseuses ? » s'enhardit Virgile.

L'ange aux ailes vertes croisa les bras et lui lança un regard de travers.

« Quoi ? »

« Tu es vraiment immonde, tu sais. »

« Et toi, t'es pas marrant depuis que t'as flashé sur l'autre, là. »

Zacharie se retint de sourire. A tous les coups, Uriel et Virgile mettraient des heures à être d'accord.