Fêtes de fin d'année
Ariel détestait se lever quand il faisait encore nuit. En fait, elle détestait se lever tout court. Pourquoi donc Père avait-il inventé les matins, elle ne le comprendrait jamais.
« Dis, tu as vu Jo ? » s'inquiéta Rosiel, ses yeux rouges balayant tout le couloir.
« Peut-être qu'elle a eu une panne d'oreiller » suggéra Rémiel qui sentait le café noir.
La discussion fut interrompue par l'arrivée de Raphaël, l'air aussi grincheux qu'à son habitude et porteur des clefs de la salle. Un tintement de métal indiqua que la serrure se débloquait, puis l'Archange poussa la porte et se figea sur le seuil. Ariel regarda en-dessous de son bras et crut qu'elle allait s'étrangler.
Des guirlandes et boules de verre pailletées étaient accrochées aux plafonds, de la fausse neige et des branches de houx avaient été déposées sur les tables, et un bonhomme de neige avec balai et chapeau claque remplaçait crânement le squelette posté à côté des armoires d'anatomie. Au milieu de tout ça, Jophiel se tenait tout sourire, un flocon de neige en pendentif autour du cou et habillée d'une robe dont les jupes superposées couvertes d'épines rappelait vaguement la silhouette d'un sapin.
Raphaël s'avança et se croisa les bras.
« Qu'est-ce que c'est que tout ça ? » interrogea-t-il platement.
« Pour le solstice d'hiver » annonça l'aspirante artiste d'une voix évanescente. « Est-ce que ça fait assez, au moins ? »
Ça pour être assez, songea Ariel mi-hilare mi-stupéfaite en se penchant pour observer une pomme de pin en équilibre sur le dossier d'une chaise. Restant à savoir comment le prof allait digérer ça…
Raphaël resta silencieux pendant une bonne minute, ce qui n'était guère un bon présage. Puis il éleva la main et claqua des doigts.
« Très dans l'air du temps » déclara-t-il. « Mais quand j'aurais fini mon cours, il va falloir ranger. »
Jophiel rajusta le bonnet vert sapin bordé de fourrure blanche qui venait d'apparaître sur sa tête et eut un sourire radieux.
« Je connais ça, les expositions temporaires. »
Sur ces mots, Raphaël haussa le ton.
« Le premier que je vois encore debout quand je commence à rendre les copies, c'est trois heures de colle, compris ? »
Ariel se rua sur sa chaise.
« Ton pull est hideux » commenta Naomi fronçant le nez.
Ion baissa les yeux. Le renne tricoté en laine orange et brun sur fond rouge lui renvoya un regard qui louchait.
« C'est un cadeau d'Esper » lâcha-t-il.
La grâce de la jeune fille s'immobilisa.
« Oh » souffla-t-elle. « Dis-moi, elle a progressé votre relation, pour qu'il te tricote quelque chose. »
Ion haussa un sourcil noir.
« Et toi ? Des nouvelles d'un de tes chéris ? »
« Non » répondit la donzelle un peu trop vite.
Les ailes gris tourterelle du jeune homme se hérissèrent légèrement.
« C'est marrant, ça. Parce que j'ai trouvé une boîte de chocolats vide dans la poubelle de la cuisine. Des qui coûtent cher. »
« Michel trouve que je travaille très bien » protesta Naomi d'une petite voix.
Le sourire de Ion montrait plus de dents qu'il n'était nécessaire.
« Je te crois. »
« C'est ridicule » décréta Zacharie.
Virgile renifla.
« D'accord avec toi, mais j'ai promis. »
« Tu va te promener avec ça sur la tête toute la journée ? » s'effara Uriel.
Virgile tripota machinalement une des feuilles dentelées de sa couronne de houx.
« J'ai promis, j'ai dit. Haziel est un maniaque des traditions, et tant pis si j'ai l'air con. »
« Il pourrait se contenter de te faire porter une écharpe » pointa Zacharie. « Et en plus, ça te protégerait du mal. »
« Depuis quand les parents sont-ils raisonnables ? » rétorqua le garçon aux yeux rouges d'un air souffreteux.
« Tu veux aller au marché ouvert ? » proposa Uriel. « Tout le monde rivalise de mauvais goût là-bas, tu passeras inaperçu. »
Zacharie adressa un regard pointu à son camarade Noir.
« C'est pas plutôt le stand de gaufres qui t'intéresse ? Tu sais, celui qui te propose un cadeau de ton choix si tu arrives à manger tout ce qu'on sert dans le temps imparti ? »
« Je vois pas de quoi tu parles » bafouilla le jeune homme dont la grâce tournait au rose.
« Est-ce qu'ils prennent deux candidats à la fois ? » voulut savoir Virgile qui avait comme un creux.
Zacharie sourit.
« On n'a qu'à aller voir. »
Joyeux Noël ! (Avec un peu d'avance) :)
