Soirée film
« Eh ben, ça, c'est pas bien confortable » remarqua Uriel d'un ton prudent – on ne savait jamais, surtout avec certaines personnes qui étaient bien capables de vous sauter à la gorge sans prévenir.
Visage plaqué contre le bois de la table, Ion lâcha un grognement caverneux.
« Plus jamais je laisse Naomi regarder Dix petits meurtres le soir » marmonna-t-il. « C'était encore pire que la débâcle Gattaca ! »
Le garçon Noir plissa le front.
« Attends… Gattaca, c'est pas le film avec ce type qui se fait passer pour un autre, mais y a un meurtre et il a laissé des traces de sa véritable identité… »
Ion leva la tête pour se passer une main sur la figure.
« C'est surtout le film où l'handicapé se suicide via immolation dans son incinérateur domestique. Après cette foutue scène, Naomi était dans un état, je te raconte même pas. Je me suis pratiquement ruiné en café et en glace, elle te les engloutissait par seaux. »
Uriel fit la grimace.
« Ouh là… Pas glop. Et maintenant, elle te refait le souk avec les meurtres, là ? »
Le garçon aux ailes grises fit une grimace en guise de confirmation.
« Sauf que là, c'est le gore qui l'a traumatisée. Tu te rappelles la scène avec le mec découpé à la hache ? »
« Ah ouais ! » s'esclaffa l'ange Puissance. « Géniale, celle-là, surtout quand l'autre idiot demande qui c'est qui va lui remettre les tripes dans le bide parce que y en a partout sur le sol ! Quoi ? »
Ion dévisageait son interlocuteur de son expression la plus accablée.
« Rien. C'est juste que ma sœur et moi, on est des Séraphins, rappelle-toi. Le sang et les boyaux, on trouve pas ça très chouette, en général. »
« Ah tiens ? » s'étonna l'autre.
« Bref, tout ça pour te dire que ma jumelle va être intenable pendant minimum deux semaines. Je crois que je peux dire adieu à mon argent de poche pour le trimestre à venir. »
Uriel lui tapota gentiment l'épaule.
« Je suis sûr que si tu t'expliques, t'auras droit à un discount. Faut bien avoir pitié de nous autres pauvres mâles quand les filles nous tombent dessus, pas vrai ? »
L'air mi-ahuri mi-dégoûté de Ion était une telle œuvre d'art qu'il manqua éclater de rire.
