Remplir le placard

Zacharie considéra sa liste de courses d'un œil noir. Rien à faire, il était énervé. C'était toujours pareil lorsqu'il devait partir à la supérette pour cause de réfrigérateur vide.

Incroyable tout de même, ce qu'une unité familiale de deux personnes pouvait manger en une semaine ! Non, pas une semaine. Trois jours seulement. Il voulait se taper la tête contre les murs tant ça l'exaspérait.

Sa grâce émit un crépitement agacé lorsqu'il aperçut le post-scriptum ajouté par Zachriel tout en bas de la feuille de papier.

Cette fois n'oublie pas le pain !

Franchement, commettez une étourderie rien qu'une seule fois et vous ne finirez plus d'en entendre parler. Enrageant.

Enfin, quand il fallait y aller, il fallait y aller. Il remonta la fermeture éclair de sa veste, vérifia qu'il avait bien sa carte de crédit sur lui, fourra la liste dans sa poche de pantalon et posa la main sur la poignée de la porte d'entrée.

« J'y vais ! »


Zacharie avait un faible très marqué pour les boîtes de conserve, parce qu'elles pouvaient être empilées proprement, parce qu'elles se conservaient toutes seules, et parce qu'elles s'ouvraient facilement, surtout quand on les comparait à ces saletés de paquets de riz ou de pâtes. Ouverture spécialement étudiée, va te faire fiche.

Alors… Haricots verts, flageolets, maïs – même si c'est pour les poules, ce truc – petits pois et carottes… Est-ce que je prends du chili, aussi ?

Il demeura en contemplation devant la boîte rouge et brun avant de se décider à la mettre à son tour au fond du sac. Hum, il commençait à manquer de place. Mine de rien, la soupe tomate-vermicelles occupait un volume non négligeable.

L'important, c'est que ça bourre bien l'estomac.

Et après ça, les desserts. La compote pomme-myrtille était un incontournable – Zachriel était complètement accro à ce truc, son protégé avait goûté mais pas de transcendance pour lui – mais allait-il céder à une faiblesse honteuse et embarquer le paquet de mousse à la vanille ?

…Rien que cette fois. Et c'était vraiment la dernière, pas comme la fois d'avant. Ou celle d'encore avant. Juré.


« C'est moi ! »

Bon sang de Père, ce sac lui sciait les doigts. Rien que le fait de le poser par terre permettait à Zacharie d'entrevoir le Nirvana, et ce n'était pas une exagération.

Restait encore à déposer les conserves dans la buanderie – oui, techniquement, c'était aussi le garde-manger, parce que la machine à laver se trouvait là-bas, quel architecte de génie avait-il eu cette brillante idée ? – les denrées plus périssables dans le frigo, et après ça, il pourrait enfin retourner s'avachir sur son lit.

Et non, ce n'était pas un paquet de sablés au chocolat noir dans sa poche. Un Séraphin ne grignote pas, après tout.