Débroussaillage
« Et crotte » ronchonna Anaël en prenant conscience qu'elle avait oublié de sortir la crème à raser et le rasoir avant de se plonger dans le bain brûlant.
C'était jamais marrant de s'exposer à l'air froid quand on ne portait que son costume de nouveau-né, pour employer l'expression populaire. Enfin, pas moyen d'y couper. Serrant les dents, elle se leva donc, enjamba le rebord de la baignoire, fit trois pas pour parvenir jusqu'à l'armoire ouverte, s'empara des objets de sa convoitise et refit trois pas pour regagner la baignoire et y re-rentrer.
Et maintenant, place à la grande opération hebdomadaire, j'ai nommé l'élimination des poils sous les aisselles.
Sérieusement, pourquoi ces cochonneries de poil s'obstinaient-elles à lui mener la vie dure ? Sans compter qu'ils n'avaient même pas la décence d'être assez clairs pour en devenir invisibles – comme pour Rachel, cette immonde chanceuse pouvait ne pas s'épiler de l'année et sortir sans collants quand elle le voulait.
Enfin, voyons les choses du bon côté, songea-t-elle tout en se tartinant généreusement les dessous de bras de crème blanche, vu que son gardien était déjà passé, elle pourrait se rincer dans le bain sans qu'il vienne lui râler dessus pour avoir mis des poils dans l'eau lors de ses ablutions.
Comme toujours, le passage du rasoir laissa derrière lui une irrépressible envie de se gratter les dessous de bras avec autant de vigueur et d'élégance qu'un chimpanzé envahi de puces. Enfin, faible prix à payer pour ne pas avoir de rat mort sous les aisselles.
Les poils bruns s'éparpillèrent dans l'eau savonneuse quand elle y plongea le rasoir – hum, il faudrait qu'elle passe un coup de giclette après avoir tiré la bonde, sinon il y allait avoir de jolies décorations plaquées sur les parois en céramique de la baignoire et son gardien n'apprécierait certainement pas.
Pour sa part, tant que la fourrure se trouvait ailleurs que sur elle, Anaël s'en fichait éperdument. Le truc – hélas – c'était qu'elle vivait avec de la compagnie, ce qui voulait dire un minimum de correction et de bonnes manières, sinon ça terminerait en bain de sang. Pour de vrai.
Et demain matin, en plus, ça va embaumer, vu que je ne peux pas utiliser mon déodorant sans avoir l'impression de m'appliquer une torche sur les aisselles… Ban, je peux vivre avec.
Une dernière giclée d'eau pour s'assurer qu'il ne restait plus ni crème ni poils sous ses dessous de bras et elle se leva, s'emparant du cordon métallique de la bonde qu'elle tira d'un coup sec.
Et c'est reparti pour une semaine.
Si ça avait pu prendre plus longtemps, encore mieux. Malheureusement, elle détestait l'épilation à la cire – elle voulait se retrouver glabre, pas à moitié écorchée !
Enfin, rien n'était parfait. Surtout pas les poils.
