Questions d'horaires
« Nom de Père, tu peux pas utiliser tes ailes comme tout le monde ? Ce serait moins compliqué. »
Zacharie zyeuta Uriel de travers.
« Ravaler la déchirure de l'espace-temps au statut de vulgaire transport ? Merci, je m'en passerais bien. »
(Non, ce n'était pas du tout parce qu'il n'arrivait jamais à coordonner ses ailes. Il y avait une raison pour que le Séraphin préfère s'abstenir de toute activité physique, il aime sa dignité intacte, merci beaucoup.)
Le duvet couleur d'anis sur les ailes de l'ange noir se hérissa très légèrement, indice de frustration.
« Alors, tu préfères t'enquiquiner cinq heures dans le bus plutôt que de ruiner ta dignité ? T'es vraiment un Séraphin, toi. »
Ce disant, il retroussa la lèvre supérieure et porta la main à son front, comme pour ajuster un couvre-chef encombrant. Son interlocuteur sentit les commissures de ses lèvres insister pour se retrousser, les traîtresses.
« D'abord, c'est une heure de trajet, le matin et le soir, donc deux heures, et ensuite, c'est pas le bus, c'est le train. Tu devrais essayer, tu sais. »
« Je dis toujours que pour un génie, t'as pas le sens pratique » persista l'autre. « Franchement, ce serait la mer à boire si tu te trouvais une piaule plus près de la ville ? »
« L'immobilier ne propose rien ces temps-ci. »
« Et la cohabitation, tu y as pensé ? »
Zacharie se fit violence pour ne pas rouler des yeux.
« Je pratique déjà ça avec mon gardien. Je ne vais pas m'infliger un parfait inconnu. »
« Au contraire, tu as de l'habitude, ça passerait comme un pet sur une toile cirée. »
« Cette expression est juste dégoûtante et arrête de vouloir me faire changer d'avis. Ce que j'ai décidé, je m'y tiens. »
Uriel coucha les ailes, arborant une expression grognonne.
« Et bien alors, tant pis pour toi. »
