Séance chez l'esthéticienne

Qu'on ne vienne pas dire à Ion que les femmes n'étaient pas complètement folles : si elles pouvaient se tartiner de la cire bouillante sur les aisselles pour s'arracher les poils – tout ça au nom de la beauté – c'était que par essence, l'escalier ne montait pas jusqu'au grenier, l'araignée se trouvait fermement au plafond, la case était portée disparue, et ainsi de suite.

Voir revenir sa jumelle le visage aussi écarlate que bouffi après quatre-vingts minutes passées chez l'apprentie bourrelle que tout le monde nommait pudiquement esthéticienne ne faisait que prouver son hypothèse. Le pire, c'était qu'elle s'efforçait de le contaminer.

« Je te jure que ça te ferait un bien fou » déclara la brune, une lueur inquiétante dans ses prunelles bleues. « Se promener les pores encrassés, ce n'est pas très bénéfique pour ton estime de soi et ta santé en général… »

« Je les aime, mes pores encrassés » rétorqua le jeune homme, songeant qu'il ne lui manquait qu'une paire de cornes pour aller s'élancer dans le sous-bois tel le jeune cerf lorsque retentissent les cors de chasse. « Et pour ce qui est de ma santé, je ne pense pas que ce soit très bénéfique non plus de me faire souffler de l'ozone dans les narines pendant un quart d'heure. »

Naomi roula des yeux.

« Tu sais qu'ils ont inventé une nouvelle méthode pour faire remonter les impuretés à la surface ? T'as juste besoin d'une électrode chauffante… »

« Une électrode ? » s'étouffa Ion, sa voix grimpant d'une octave, la rendant presque impossible à distinguer de celle de sa sœur. « Tu veux que je me laisse électrocuter ? »

« Mais non, patate ! Ca picote, voilà tout, et c'est d'une efficacité ! En plus, Maëlys a des doigts tout juste magiques, et elle a un créneau de libre samedi à partir de quatorze heures quinze… »

Les plumes gris tourterelle du garçon bouffèrent si violemment qu'elles parurent doubler de volume en une fraction de seconde.

« Ah non ! Ne me dis pas que tu m'as pris un rendez-vous ! »

« Puisque je te dis que ça te fera du bien ! Ecoute, si tu paniques tant que ça, je peux venir te tenir la main, mais franchement ça fait pas mal du tout. »

Père, pourquoi moi ? sanglota mentalement Ion, se demandant quel genre de péché il allait commettre à l'avenir pour justifier pareille torture dans le présent.

Quoi que ça puisse être, il s'en repentait déjà, alors par pitié, par davantage.