Rivalités de basse-cour
« Allez, me laisse pas dans le potage ! » implorait Uriel, les mains sur la poitrine dans un geste typique de supplication. « Les idiots de Saint Plomb ne manqueront pas de venir, et on ne peut pas les laisser se la péter ! Le club ne s'en relèverait plus, tu vois un peu la cata ? »
« Juste pour être sûr » glissa son interlocuteur du ton absolument pas enthousiaste de qui se retrouve chargé de descendre une poubelle remplie de produits hygiéniques et poissons rouges défunts, « tu veux que je vienne pour passer une soirée à discuter sports de plein air ou pour faire la nique au club rival ? »
Les ailes émeraudes de l'ange Noir virent leur duvet se hérisser très légèrement.
« Euh ben... »
« C'est bon » grinça Virgile, « je serais là. »
A croire que ces paroles avaient un effet d'interrupteur, Uriel s'éclaira véritablement de l'intérieur.
« Merci, vieux ! Ils vont pas s'en relever, les mecs ! »
Occupé à griffonner son rapport de stage, Zacharie avait laissé traîner une oreille distraite du côté de la conversation – on ne savait jamais ce qu'on pouvait dénicher rien qu'en espionnant au trou de la serrure.
Mais là, tout ce qu'il avait appris, c'était que le club sportif Saint Plomb méritait mille morts, toutes plus méritées les unes que les autres. Pourquoi ? Et bien, pourquoi pas ?
Ce genre de rivalités mesquines, ça flairait quand même un tantinet le ridicule aux yeux du Séraphin. Bon, il n'allait pas cracher sur les mérites de la compétition – laquelle poussait à se dépasser et s'améliorer – mais quand ça dégénérait en noms d'oiseaux et crêpage de chignon dans les lieux publics, alors là stop. Il existait un petit quelque chose qui s'appelait la dignité, tout de même !
Hélas, ses congénères prouvaient une fois de plus que c'étaient les Séraphins qui héritaient des cerveaux.
