Vaisselle
Uriel ne détestait rien tant que récurer les plats et les verres après le repas. Bien sûr, comme Père était accablé d'un sens de l'humour absolument déplorable – ce que le garçon n'avouerait jamais à haute voix, il préférait sa gorge et ses roupettes intactes merci bien – il y avait toujours moyen que la corvée s'abatte sur lui.
Et oui, ses gardiens possédaient un lave-vaisselle mais refusaient de s'en servir au motif que la corvée lui forgeait le caractère. Tas de raclures, va.
Vraiment, il n'existait pas de mot – que ce soit en Enochien classique ou dialectal – pour exprimer combien Uriel détestait d'avoir à plonger les mains dans l'eau mousseuse qui finirait toujours d'un jaune pisseux dégoûtant, pour essayer de racler les taches au fond de la casserole et décrocher le revêtement soi-disant anti-adhésif. Il était loin d'être un obsédé du propre, mais il avait ses limites tout de même.
Sans compter le fait qu'il trouvait toujours moyen de casser un verre par semaine. Déjà que c'était pas marrant quand il y avait des éclats partout sur le carrelage, si en plus c'était dans l'évier – oui, c'était possible et ça s'était déjà produit – alors là merci bien. Et bien sûr, Uriel se faisait toujours engueuler à chaque fois qu'il fallait racheter des verres – pourquoi on pouvait pas boire dans des tasses en plastique ? Ça existait, non ?
Et après, Zacharie se demandait pourquoi il ne bouffait que du prêt-à-emporter quand il en avait l'occasion. Au moins vous pouviez balancer les restes au lieu d'avoir à les rincer encore et encore.
