Déprime saisonnière
« Nom de Père, comment tu t'es accoutrée ? Je veux dire, d'habitude, t'essaie de ressembler à quelque chose ! »
L'exclamation elle-même n'était guère caractéristique du comportement de Hael, mais elle l'estimait on ne peut plus justifié devant le spectacle atterrant que constituait Jophiel. On aurait dit qu'elle s'était fait vomir dessus par une licorne souffrant d'une indigestion d'arcs-en-ciels très lourdement assaisonnés de paillettes. Et n'oublions pas les motifs psychédéliques.
En résumé, Hael était à deux doigts de s'arracher les yeux à l'aide de ses ongles – tout plutôt que de regarder plus longtemps cette catastrophe.
L'artiste folle eut l'infâme culot de paraître ahurie par cette réaction.
« Miséricorde, ne me dis pas que la dépression hivernale t'a déjà saisie dans ses griffes ? » fit-elle.
Non pour la première fois, la brunette se demanda ce que pouvait bien fumer son interlocutrice pour être à ce point déconnectée du réel. Ou quels médicaments elle refusait de prendre.
« La quoi ? »
« Cet affreux sentiment de lassitude et de mélancolie qui s'empare de nous alors que le temps fraîchit » précisa Jophiel. « Je suis certaine que c'est la faute du ciel gris, il encourage les gens à ne pas bouger de sous les couvertures. Le gris est une couleur très triste en générale, c'est pour ça qu'il faut rajouter des couleurs. »
« Des couleurs ?! »
« Mais oui ! Ne sens-tu pas la vigueur et l'émotion monter en toi ? » insista la blonde en virevoltant, faisant tournoyer sa jupe dont les couleurs et motifs se fondirent en un mélange écœurant.
« Ah, c'est sûr que ça me fait de l'effet » grommela la brune qui se sentait verdir.
Heureusement qu'elles se trouvaient à l'extérieur, personne ne râlerait de la voir dégobiller sur le pavé.
Ou peut-être qu'elle le ferait sur Jophiel, tiens – à ce stade, ça constituerait sans doute une amélioration criante.
Joyeux Nouvel An avec un brin de retard !
