Crise du quart de vie

Virgile savait – comme toute sa génération – qu'en général, l'âge mûr vous menait à la dépression type existentialiste. La conséquence inévitable quand on se rendait compte que la jeunesse pensait différemment de vous, ce qui signifiait que maintenant c'était vous la vieille croûte radotant sur les bons vieux jours. Forcément, ça vous portait un coup.

Remarque, il ne s'attendait pas à se sentir aussi perdu alors que lui était en plein dans la fleur de sa jeunesse. Il était sensé avoir l'éternité devant lui, non ?

Oui, mais pour faire quoi ?

Ça revenait toujours insidieusement, cette question. Mine de rien, c'était facile d'être un gosse : on écoutait les adultes ou pas, mais le cadre était fourni, pas besoin de se casser les pieds à penser.

Oui, mais une fois sorti de l'école, une fois tous les diplômes en poche… il était sensé être adulte, non ? Sauf qu'il ne se sentait pas adulte. Il se sentait toujours Virgile, juste en mesure de se raser, sans les réponses et à la dérive.

Qu'est-ce que je fais, maintenant ?

Grande question, ça. Et mine de rien, il ne voulait pas perdre de temps pour y répondre. L'éternité, c'était moins long qu'on ne pensait. Et puis, il détestait quand les choses lambinaient, ça lui donnait un mal de bide comme pas possible.

Le stress, ça le faisait vraiment chier. De manière on ne peut plus littérale.