Reconstruction

Au bout d'un moment, il faut essayer de se remettre à vivre. Mais comment on fait ça après l'Apocalypse ?

Hé, bonne question. Rachel pense que ça devrait être un titre de livre, ça. Peut-être bien qu'elle l'écrira elle-même.

Oui, mais que mettre dedans ? Elle a déjà du mal à s'imaginer le faire. Elle ne le vit pas encore. Et peut-être qu'on parle bien que de ce qu'on ne connaît pas – elle ne sait plus lequel de ses profs a dit ça, une histoire d'impartialité mais trouver une personne impartiale sur ce massacre bon courage – mais parler de ce dont on a aucune idée, c'est complètement con.

Elle ne veut pas penser large, elle n'a jamais été douée pour ça de toute façon. Alors elle fait petit, elle se concentre sur son entourage immédiat. Sur les quelques nouveaux-nés qu'elle a désormais à charge.

Parce que toute cette cohue signifie des gardiens morts ou portés disparus, et donc des petits laissés à eux-mêmes, qui font des cauchemars et ont besoin d'être rassurés, qui ont froid et ont besoin de couettes ou qui ont faim et besoin qu'on leur fasse les courses.

Elle s'inquiète surtout pour Castiel, qui a pratiquement arrêté de parler et resterait couché toute la journée si elle ne l'obligeait pas à s'habiller et à manger. Elle aimerait le revoir sourire, mais elle y arrive à peine elle-même, c'est trop, et elle se demande si ça ne serait pas mieux d'accepter la proposition de Jude et de lui confier le petit.

Au moins, ce sera un problème en moins pour Rachel, un qu'elle ne sait pas comment résoudre. Il faut connaître ses limites, n'est-ce pas ?


En dépit de l'exorcisme en masse effectué par Michel, il y a toujours des éléments violents au Paradis. Des pillards qui attaquent les centres de refuge quand on ne s'y attend pas, pour se défouler ou pour voler.

Ça met Uriel en rogne. Déjà qu'ils sont dans la merde jusqu'aux yeux, pourquoi faut-il en rajouter ? Alors bien sûr qu'il approuve la mise en place de la loi martiale et du couvre-feu. Un cadre est nécessaire, un moyen de ramener l'ordre et la paix pour que les Sept Cieux puissent lécher leurs plaies et envisager de se remettre d'aplomb.

Anna ne semble pas approuver, mais elle ne dit jamais rien qui aille dans ce sens. Elle paraît trop fatiguée pour ça, et puis elle est occupée. Elle a trouvé une place parmi les escouades de démolition qui s'occupent des bâtiments trop ravagés – il faut déblayer les débris pour récupérer la place et les matériaux, et après on pourra reconstruire.

La salle des fêtes est un des bâtiments ainsi pulvérisés, et sa restauration ne figure pas sur la liste des préoccupations urgentes, à côté du ravitaillement et du relogement. Le garçon ne peut s'empêcher de le regretter.

Il a promis une danse à Anna, après tout, mais vu le massacre, c'est hors de question de penser à organiser une fête. Ça devra attendre un siècle, peut-être deux.

Attendre, il peut faire ça. Uriel a attendu un bon millénaire pour qu'Anna le remarque, et presque aussi longtemps pour qu'elle décide que peut-être, il ferait un copain acceptable.

S'il doit attendre encore mille ans pour avoir l'occasion de la tenir dans ses bras l'espace d'une chanson, ça lui va.