Remise des diplômes
Anaël a pris sa décision hier seulement, et pourtant elle avait l'impression que ça datait à plusieurs siècles déjà.
Parce que, en y pensant et repensant… elle n'avait plus envie de rester. Vraiment aucune. Et pas de raison non plus. C'était juste… rien n'était comme elle l'avait imaginé. Comme elle se représentait l'avenir, longtemps avant la Chute.
Elle se le représentait comment, au fait ? Elle avait oublié. D'accord, elle savait ce que c'était, l'amnésie infantile, mais occulter son adolescence, ça paraît un peu beaucoup, non ? Ou peut-être qu'elle ne voulait pas se rappeler autre chose que maintenant, parce que si elle faisait la comparaison entre présent et passé, elle allait partir en miettes et pour se remettre sur ses pieds, merci mais au revoir.
(qu'elle ne veuille pas se rappeler, elle ignore que c'est autant faux que vrai)
Tout ce qu'elle savait avec certitude, c'était qu'il existait une césure dans son existence, un gouffre qui séparait la personne qu'elle était désormais de la fille qu'elle avait été, la fille qu'elle ne pouvait plus être. Sauf qu'elle ne voulait pas non plus être cette personne qu'elle voyait dans le miroir quand elle se réveillait chaque matin.
Alors vraiment, pour se réinventer, pour parvenir à évoluer… elle ne voyait qu'une seule solution. Une qu'aucun de ses frères et sœurs ne lui pardonneraient.
« Anaël. »
Uriel n'aurait pas dû être là, à importuner sa supérieure. Il le savait pertinemment. Il savait aussi que depuis peu, environ un mois et demi, Anaël se renfermait de plus en plus.
Qualifiez cela de sentimentalité absurde, mais il tenait vraiment à elle. Depuis longtemps. Autrefois, il avait cru que ça pourrait devenir quelque chose de plus.
Pourquoi ça ne s'était pas réalisé, déjà ? Uriel ne s'en souvenait plus, et c'était contrariant – il était sûr que ça n'était pas rien.
« Uriel. »
« Tu ne vas pas bien. »
Elle n'essaya même pas de nier. Elle garda son attention fixé sur la Terre en contrebas, quelques nuages filandreux traînant dans son champ de vision.
« Tu as un talent pour décrypter mes humeurs. Tu l'as toujours eu. C'est bien la seule chose qui n'a pas changé, quand j'y pense. »
La voix d'Anaël était chargée de mélancolie.
« Tout le reste est si différent… ça ne te fait rien, à toi ? »
Uriel déploya une aile, lentement, précautionneusement, sur les épaules de sa congénère.
« Je connais autre chose qui n'a pas changé. »
« Quoi donc ? »
« Je tiens à toi. »
Cette fois, elle se tourna vers lui, les commissures des lèvres retroussées un tout petit peu, un frémissement amusé dans sa grâce.
« C'est tout ? »
« C'est l'essentiel. Pourquoi aurais-je besoin d'autre chose ? »
Anaël émit un bruit étrange, ça sonnait comme un rire mais en même temps ça tenait du hoquet ou du pleur, et elle s'appuya tout à coup contre Uriel dont la grâce émit un craquement de pétard sous le coup de la surprise.
« Grand nigaud » soupira-t-elle affectueusement.
Les oreilles sifflant, Uriel s'autorisa un sourire niais. Apparemment, il savait encore s'y prendre avec elle, mais après tout, c'était naturel, n'est-ce pas ? Quand on est amoureux de quelqu'un depuis plusieurs millénaires, ça ne s'étouffe pas comme ça.
Il aimait Anaël depuis longtemps. Et il continuerait à l'aimer.
Longtemps.
Alors voilà, Angel High School n'était pas ma première fic, mais elle était certainement une des premières. Après sept ans de vie et d'écriture, il est temps de refermer la page.
Pour tous ceux et toutes celles qui ont pris la peine de lire cette histoire, de la commenter et de la suivre, qu'ils soient là depuis le début ou soient arrivés en cours de route... merci à vous.
