Ciao a tutti !

Je suis particulièrement heureuse de vous retrouver pour ce chapitre 8. Je sais que beaucoup l'attendait avec impatience. Le voici et j'ose dire en toute modestie que j'en suis fière, pour le temps qu'il a passé en écriture. Pour ceux qui suivent cette histoire depuis ses débuts, vous savez que les chapitres peuvent mettre du temps à arriver…mais ils arrivent toujours! C'est pour cette raison qu'ils sont plus longs pour compenser tant bien que mal le temps t'attente. Chaque chapitre est différant et n'est jamais simple à écrire.

Ce soir, au moment poster ce chapitre qui m'a donné tant de mal, je souhaite remercier du fond du cœur « Hoperna D Suna », « Moi » et « Lamia22 » Pour leur review , qui me sont allées droit au cœur, cela m'a grandement motivée à finir d'écrire ce chapitre 8 et je serais très intéressée de connaitre leur avis sur ce dernier. Encore un grand merci à vous trois.

Enfin je tenais à remercier tous ceux et celles qui suivent cette fiction et l'ajoute à leurs favoris. Car la reconnaissance de son travail est toujours appréciée. J'espère que ce chapitre se montrera à la hauteur de vos attentes. Et je tiens à le rappeler que même si je peux mettre du temps à écrire les chapitres suivants, j'irai au bout de cette histoire que j'adore imaginer et écrire. Je vous souhaite une bonne lecture !

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Point de vue extérieur : (Venise)

Cela faisait maintenant deux bonnes heures qu'Angélica se tenait immobile telle une statue, perchée sur un tabouret devant un grand miroir. Deux couturières s'agitaient autour d'elle, finalisant les ultimes retouches sur la robe qu'Angélica avait choisie, une robe qui pouvait passer à la fois pour une tenue de mariée ou bien de soirée, elle était simple et élégante avec un beau bustier lui affinant davantage la taille, avec décolleté bordé de dentelle et des manches lui arrivant aux coudes. Le tissu était agréable à porter. Pour ce dernier essayage, la jeune femme était accompagnée de son amie la signora Vinira. Cette dernière lui avait été d'une aide précieuse pour tout organiser dans le plus grand des secrets, son mariage avec Dimitri.

-Et voilà, mademoiselle. Lui annonça la première couturière toujours à genoux, coupant le dernier fil de sa retouche.

-Je vous remercie. Répondit simplement Angélica en descendant du tabouret, affichant un sourire reconnaissant.

-Dieu que vous êtes belle, mon enfant. Intervient Diana Vinira, les yeux débordant d'admiration. –C'est une robe plutôt avant-gardiste il faut bien le reconnaître, mais elle vous sied à ravir. Mesdames ! Appela-t-elle à l'attention des couturières.- Vous avez fait un travail remarquable, nous ne pouvons que vous en félicité.

-Merci Signora. Répondirent en cœur les deux concernées. –Désirez-vous autre chose ? Demanda la plus âgée.

-Non, ce sera tout merci, pour le règlement, mon intendant vous attend dans son bureau au premier étage. Répondit Angélica avant d'ajouté :- Et pour vous remercier de la qualité de votre travail, je vous accorde un supplément en plus de la note.

-Mademoiselle, est très généreuse. Merci infiniment. La remercia la couturière en une révérence, imitée de suite par sa collègue. –Cela a été un plaisir de travailler pour vous. Encore tous nos vœux de bonheur.

Les deux femmes, commencèrent à réunir leurs matériels, pour ensuite prendre congé. Quant à Angélica, elle reporta son attention sur son amie.

-Merci pour vos paroles Diana, voyez-vous chère amie, il m'est d'avis que les choses les plus simples sont parfois les plus belles.

-Et vous avez raison. Acquiesça Diana d'un signe de tête. –Comme je regrette de ne point pouvoir être présente à vos noces. Soupira-t-elle visiblement attristé de cet état de fait.

En effet il avait été convenu que Diana Vinira soit l'un de ses témoins à son mariage. Malheureusement, son mari lui avait appris son départ prochain pour Milano, elle se devait donc de le suivre. Dans le fond, Angélica se disait que c'était mieux ainsi. De plus elle appréciait la discrétion de cette charmante dame. Diana ne lui posait pas trop de question sur le pourquoi du comment d'un mariage secret avec ce russe qu'Angélica semblait la seule à connaître. Elle ne portait aucun jugement. Angélica se doutait que son amie devait penser que c'était une bonne chose qu'une riche et jeune héritière, sans famille comme elle se décide à se marier. Cette pensée l'amusait.

-Ne vous inquiétez de rien Diana. Comme je vous l'ai dit plus tôt, un ami de ma famille sera mon témoin, il ne devrait plus tarder à arriver d'ailleurs.

Diana s'approcha et pris spontanément les mains froides de la jeune femme dans les siennes non sans frissonner à ce contact avant de dire.

-Puissiez-vous vivre longtemps ma belle enfant. Commença-t-elle.

« Si vous saviez ! Je suis bien plus âgée que vous Diana » Pensa ironiquement Angélica.

-…Je vous souhaite de tout cœur d'être heureuse avec cet homme. Poursuivie-t-elle. La vie est pleine de surprise, j'espère vous revoir un jour entourée de beaux enfants…

-Merci beaucoup Diana ! La coupa aussitôt Angélica en l'étreignant chaleureusement, ne souhaitant pas en entendre d'avantage. Elle savait qu'elle n'aurait jamais d'enfants, et cela restait le plus grand regret de sa vie. Cela eut l'effet escompté, Diana se tût et lui rendit son étreinte.

-Que dieu vous bénisse, Artemisia. Lui dit alors simplement Diana.

« Oui, s'il se souci encore de moi celui-là » Pensa-elle sans grande conviction. Pour l'heure elle attendait le jour de son mariage non sans appréhension.

X.X.X.X

Angélica avait choisi la date du 15 juillet pour son mariage, ce qui n'était pas soit dit en passant une date anodine à Venise. Elle l'avait décidé pour une raison simple : La Fête du Rédempteur (en italien, Festa del Redentore) c'est une fête tenue chaque année à Venise les troisièmes samedi et dimanche du mois de juillet, pour commémorer la fin de la grande épidémie de peste de 1575-1576. Donc personne ne prêterait attention à un mariage pendant de telles festivités. Cette fête est une action de grâce commémorant la fin de la terrible épidémie de peste de 1575-1576, au cours de laquelle moururent plus de 60 000 Vénitiens, parmi lesquels le grand peintre Tiziano Vecellio (Le Titien). Cette épidémie de peste frappa lourdement l'Italie, la Sicile, et une partie du Nord de l'Europe. Le samedi, veille de la fête, un grand feu d'artifice est tiré dans la nuit. Mais auparavant, dès le matin, tout Venise se livre à des préparatifs : les gens décorent leur bateau, ou encore la terrasse au sommet du toit d'où ils admireront les feux d'artifice, pendant que restaurants et particuliers couvrent les quais et les rues de tables pour le repas du soir. Lorsque le soleil se couche, le bassin de San Marco se couvre de bateaux de toutes sortes et de toutes tailles, décorés de ballons et de guirlandes, et des milliers de Vénitiens attendent les feux d'artifice en dînant à bord des bateaux, ou dans les restaurants en plein air. Le dimanche est consacré aux célébrations religieuses, à la fin desquelles le patriarche de Venise bénit la ville. En résumé c'était la date idéale pour ne pas attirer l'attention. Elle ne tenait pas à ce que des humains qu'elle pouvait fréquenter soient au courant de ce mariage et encore moins des vampires nomades.

Enfin, elle essayait de penser à autre chose ces jours-ci. Angélica continuait de vivre sa double vie parmi les vénitiens comme si de rien était. Elle apparaissait rarement en public accompagnée de son fiancé, quand ils sortaient en ville ils gardaient leurs distances l'un de l'autre, par souci des convenances humaines. Mais aujourd'hui en cette matinée nuageuse, Angélica s'était rendu seule à l'opéra, sur invitation du directeur. Ce dernier tenait particulièrement à lui monter l'avancée des travaux de rénovations, et la remercier pour la énième fois d'en être la financière. Honnêtement elle n'en avait rien à faire, en cet instant elle n'avait de pensée que pour Dimitri. Au bout d'une heure la visite se termina et elle put enfin prendre congé. En sortant de l'opéra, la jeune femme leva les yeux vers le ciel, constatant qu'il ne s'était pas défait de sa couleur grisâtre, ne laissant passer aucun rayon de soleil qui auraient pu la trahir. C'était bon signe et cela lui laissait encore du temps devant elle pour une promenade au cœur de la sérénissime. Le temps était cependant lourd et pesant.

-Il y a de l'orage dans l'air ! Déclara-t-elle dans un murmure les yeux toujours rivés vers le ciel.

Elle descendit alors les marches de l'opéra quand soudain elle tressaillit : Elle venait d'apercevoir, arrivant droit à sa rencontre, une personne qu'elle souhaitait précisément éviter. Le signore D'este : un homme physiquement bien mit de sa personne, élancé, aux cheveux noirs mi- longs. Ce célibataire endurci fut l'un des premiers vénitiens à lui souhaiter la bienvenue à Venise à son arrivée il y a quatre ans. Un ami, pourrait-on dire, qu'elle avait toujours apprécié dans tout ce qui était convenable pour cette société cela va de soi. L'homme s'avançait avec cette démarche calme et pleine de force qui lui était habituelle. Cependant, il marchait le regard fixé au sol et ne semblait pas avoir vu venir la jeune femme à qui dans un moment de folie il s'était décidé à demander la main quelques mois auparavant, mais il s'était heurté à un refus catégorique. Très sincèrement il ne comprenait pas pourquoi. Certes en âge humain il aurait été de 18 ans son aîné, mais il était également l'un des plus beaux partis de Venise, sans épouse, ni enfants.

Quand ils furent plus qu'à une courte distance l'un de l'autre, le bruit des pas de la jeune femme lui fit lever la tête. Et l'expression singulière sur son visage pâle et défait prouva à la jeune femme que le refus qu'elle lui avait infligé il y a quelques mois, avait paralysé tous les sentiments virils et profonds chez l'aristocrate.

-Bonjour… Signore D'este. S'exclama-t-elle en le fixant de ses yeux noirs l'air impassible.

Il faut dire que certaines personnes avaient le don de savoir adresser des reproches par leur silence. Les yeux ont des accents que la langue se serait reproduire à la perfection. Le silence est parfois plus éloquent qu'un long discours. Voyant que la dame se détournait un peu comme pour poursuivre son chemin, D'este après ce silence parla enfin :

-Et bien, auriez-vous peur de moi ?

-Et pourquoi ça? Lui rétorqua-t-elle en tournant vivement la tête dans sa direction.

-Il m'a semblé que vous en aviez l'air, et cela me paraît singulier, en raison des sentiments que j'éprouve pour vous.

-Venez, je vous prie, ne parlons pas de ça ici ! Dit-elle en lui faisant signe de la tête pour l'enjoindre à la suivre en direction de l'église San Moisè pour rejoindre la place San Marco, ne souhaitant pas attirer les regards des passants sur eux. Il lui emboita le pas puis un instant après, il poursuivi :

-Vous savez de quels sentiments je veux parler. Dit-il en se tenant à ses côtés mettant de suite une distance respectable entre eux.

-Oui. Confirma Angélica qui regardait droit devant elle. –Et croyez bien mon ami, que je voudrais que vous n'éprouviez pas de sentiments profonds à mon égard. Je ne mérite pas l'intérêt que vous me portez. Je ne devrais même pas vous écoutez…

-M'écoutez ! Reprit-il avec une once d'amertume dans la voix. Que pensez-vous que j'aie à vous dire Artemisia ? Vous ne souhaitez pas m'épouser, je l'ai bien compris. Votre refus était parfaitement explicite.

Ils arrivèrent vers le pont qui traversait le canal juste avant d'arriver sur la place de l'église, c'est à ce moment-là que la jeune femme ralenti le pas en percevant de l'autre côté du canal une présence étrangère, l'odeur lui était parvenue comme un doux parfum flottant dans l'air. Une senteur masculine, un mélange d'effluves venant de la terre, du cuir échauffé, de la forêt…C'était une odeur corporelle très forte que son instinct identifia tout de suite comme étant une aura vampirique. Depuis qu'elle était dans cette ville Angélica n'avait pas croisé de vampire à Venise. Ses yeux cherchaient alors sans plus tarder l'individu. Et elle ne mit pas longtemps avant de l'apercevoir en usant de sa vision de vampire. Elle vit en effet un homme en face, de l'autre côté du canal dans l'angle de la ruelle sur la gauche de l'église. C'était un bel homme aux cheveux mi- longs bouclés d'un blond semblable à ceux de Boris. Ce dernier dans l'ombre l'observait avec insistance, son visage bien dessiné, le regard de braise n'exprimait aucune émotion. Angélica avait la curieuse impression qu'il attendait qu'elle vienne à lui ou au moins un signe de sa part. Elle l'étudia plus en détail ce singulier personnage et remarqua qu'il était vêtu élégamment et pourtant les humains passaient devant lui sans le voir. Dès lors qu'il se su aperçu d'elle, il la salua d'un signe respectueux de la tête. La jeune femme le contemplait quelque peu perplexe ne sachant quelle attitude adopter face à cet être si énigmatique.

-Artemisia ! Appela monsieur D'este en lui empoignant doucement le bras, constatant qu'elle ne l'écoutait plus. Cette dernière sursauta légèrement en entendant l'humain à côté d'elle, dont elle avait brièvement oublié la présence l'espace d'un instant tant ce vampire inconnu l'avait intrigué.

-Qu'avez-vous ma chère je vous vois troublée ? Demanda l'aristocrate l'air surprit par son attitude.

-Oh, rien signore. Dit-elle en tournant la tête vers lui. –Je croyais avoir vu…Commença-t-elle en regardant de nouveau en direction du vampire qu'elle avait aperçue, mais ce dernier ne s'y trouvait déjà plus. Elle n'avait cependant pas rêvé. Elle l'avait vu, senti. Sans doute avait-il subitement disparu dans les ruelles adjacentes.

-Oui ?! L'encouragea D'este essayant de regarder dans la même direction qu'elle, ce qui avait pu accaparer ainsi toute son attention de la sorte.

-…Rien, laissez tomber ! Pardonnez-moi j'ai été distraite un moment, vous me disiez ? Reprit la jeune femme d'un ton désinvolte en montant la première marche du pont.

–Cela ne fait rien… Répondit l'homme avec légèreté bien qu'un peu mécontent que la demoiselle ne l'eu point écouté sur un sujet aussi sérieux que celui dont il l'entretenait à l'instant, néanmoins il reprit : -Oui, je vous disais plus tôt que je n'avais jamais jusqu'à ce jour pensé au mariage. Certes j'ai trente-huit ans et vous devez me trouvez déjà vieux. Mais, je serais prendre soin de vous mieux qu'un homme de votre âge. Je vous protégerai, vous n'aurez aucun souci, vous ferez tout ce que vous voudrez…

Tout à coup l'homme s'interrompit en la voyant pour la première fois sourire, un sourire discret cependant.

-Ce que je dis vous amuse ? Interrogea-t-il l'air dépité en réalisant qu'il devait se rendre ridicule à ses yeux.

-Oh mon ami. Répondit-elle d'une voix compatissante, elle dégagea délicatement son bras de son emprise. –Non, détrompez-vous loin de là. Vous êtes un homme bon, mais ne dîtes point cela. Car je suis peinée de vous voir éprouver de telles choses, alors que moi je ne ressens rien pour vous.

-J'ai toujours admiré votre franchise, et cela même si elle m'a blessé plus d'une fois. Mais c'est ainsi je vous aime ! Et ce n'est pas un secret que j'essaye de cacher. Tenta-t-il vainement de lui faire entendre.

-Signore D'este…Soupira-t-elle comme si tout cela était inutile. –Je ne vous ai jamais rien promis.

Ils étaient presque arrivés à la place San Marco, quand les premières gouttes de pluie se mirent à tomber, suivi d'un grondement venant du ciel : l'orage. Soudain elle sentit l'homme lui agrippé une nouvelle fois bras pour l'entrainer hors de la foule et du brouhaha de la rue, vers une ruelle sombre et humide, voutée où il y avait peu de passage. Elle n'avait cependant pas protestée, se disant que sa nature vampirique la gardait en position de force quoi qu'il arrive.

-Je peux savoir ce qui vous prend ? Demanda-t-elle une fois qu'il l'eut lâché.

-Ne vous méprenez pas, Artemisia. Pardonnez-moi ces manières triviales, mais je souhaite vous parler sans détour. Avant toutes choses sachez que je ne vous reproche rien. Répondit aussitôt l'homme qui semblait de plus en plus agité, cette fois toute forme civilité avait disparue, vu comment il se tenait près d'elle. –Ma chère et tendre amie, à l'heure qu'il est je suis déchiré entre deux extrêmes : Renoncer à vous ou bien m'employer de toutes mes forces à vous conquérir. Car je sais que ce n'est pas faute de sentiments que vous ne m'aimez pas, mais vous espérez naturellement me le faire croire.

-Où voulez-vous en venir ? Demanda-t-elle impatiente.

-Que vous voudriez me cacher que vous avez un cœur aussi passionné que le mien. Vous avez semble-t-il un amour dans votre vie, mais hélas il est dirigé d'un autre côté. Et je sais très bien où !

Nul doute qu'il parlait de Dimitri en cet instant. Angélica voyait bien sa colère dans ses yeux ainsi que sa déception. Sa réaction, elle devait bien s'y attendre. Alfonso D'este n'était pas un idiot, bien sûr qu'il avait compris dès le premier jour que Dimitri était son rival.

-Depuis que vous êtes entré dans ma vie, il y a quatre ans de cela. A aucun moment vous n'avez mentionné son existence. Pourtant je croyais que nous étions amis. Et je me rends compte que je vous connais si peu. Mais qu'importe, cela ne change en rien les sentiments que j'ai pour vous.

-Alfonso ! L'appela-t-elle pour la première fois par son prénom, mais d'une voix ferme. –Cette conversation ne nous mènera nulle part. Cessez maintenant !

-Alors…Murmura D'este avec des accents de déceptions dans la voix.- Dois-je en conclure qu'aucunes de mes avances ne trouvera grâce à vos yeux?

-Alfonso, je ne suis pas l'épouse qu'il vous faut. Tenta-t-elle de lui expliquer. –Je croyais que vous l'aviez compris. Vainement semble-t-il.

-Ce Belikov… Coupa-t-il ne voulant pas entendre raison. -Il vous a demandé en mariage c'est ça ?! Mais oui bien sûr, pour quelle autre raison serait-il encore à Venise dans ce cas. Comprit-il. –Ne le niez pas, plusieurs fois cet étranger a été vu en votre compagnie à l'opéra ou encore dans les rues Venise! Insista-t-il devant son silence.

-Et alors, mon cher ! C'est un crime, un délit ?! Je n'ai pas de compte à vous rendre que je sache! Rétorqua-t-elle avec véhémence.

-Ah certes non ! Répondit l'homme, sachant parfaitement qu'il n'avait aucun reproche d'écart de conduite à faire à la jeune femme. -Vous faîtes bien comme bon vous semble…

-Exactement ! Trancha-t-elle d'une voix plus dure.- Maintenant si c'était là tout ce que vous aviez à me dire signore, il serait mieux d'en rester là.

Angélica ne dit plus rien, mais son regard parlait pour elle, elle était en colère. Alfonso l'avait bien compris, il inspira profondément pour calmer la sienne. Etrangement, Angélica ne prêta pas attention à son trouble, son regard à elle s'attarda sur la jugulaire de l'humain, la colère qu'Alfonso ressentait en ce moment faisait affluer le sang plus rapidement dans son corps. La vampire pouvait entendre et ressentir chaque pulsation de ce cœur qui battait la chamade dans cette poitrine. C'est alors qu'Angélica sentie une violente soif de sang monter en elle jusque dans sa gorge, l'odeur musqué de l'homme l'attirait et lui embrumait l'esprit telle une fièvre depuis quelques instants. Ce n'était pas la première fois que le sang d'Alfonso D'este l'attirait, mais cette fois le fait qu'elle ne s'était pas nourrir depuis plusieurs jours jouait dangereusement contre elle. Elle n'avait qu'une envie : mordre.

-Vous vous sentez bien ? Demanda soudain D'este qui venait de s'apercevoir qu'elle le fixait intensément depuis quelques minutes.

Faisant un effort pour se maitriser et ne pas céder à cette pulsion, elle lui dit : -Vous devez partir.

Alfonso s'avança vers elle, mais elle se détourna de lui. Lui tournant maintenant le dos. Cette fois l'air inquiet. Comme si il la croyait au bord du malaise. Elle avait l'air hagard, elle le supplia de s'en aller.

-Artemisia ! Appela-t-il derrière elle, il lui enserra ses frêles épaules de ses mains. –Pardonnez-moi, vous êtes troublée, c'est de ma faute, je n'aurai jamais dû vous parler de la sorte…

-Je vous en prie, laissez-moi ! Ordonna-t-elle en se dégagent de sa prise. Elle fit quelque pas en avant puis se retourna vers lui. Son côté vampire désirait le sang de cet humain. Une voix intérieur résonnait dans sa tête lui criant «Je le veux» Mais Angélica ne voulais pas lui faire de mal, pas à lui. Pourtant bien malgré elle ses jambes se dirigèrent vers Alfonso qui ne la lâchait pas des yeux, le regard plus envouté que jamais.

-Alfonso…Murmura-t-elle en arrivant à sa hauteur, elle le sentit tressaillir à l'intonation de sa voix devenue tout à coup suave. Lui, la dévisageait, hypnotisé par sa beauté, ce visage sans aucun défaut, sa voix douce, ensorcelante. Tout en elle le transportait. La jeune femme porta une main sur sa joue, caressant presque affectueusement les hautes pommettes de son visage sur lequel apparaissaient déjà quelques rides aux coins de ses yeux. Alfonso quant à lui se retrouvait paralysé devant ce changement si soudain d'attitude. Il ressentait son souffle glacé sur son cou. Une vague de plaisir, de chaleur l'envahi aussitôt, son cœur s'accéléra à la vue de la femme qu'il chérissait plus que dieu lui-même, dans cette vision aussi sensuelle dont il n'aurait jamais osé rêver. Il crut approcher le bonheur suprême quand il ferma les yeux, sentant ses jolies lèvres frôler les siennes.

-Un jour vous rencontrerez une femme qui pourra vous rendre votre amour. Murmura-t-elle. Mais je ne suis pas cette femme-là. Alfonso je vous dis adieu. Termina-t-elle dans un souffle.

-Artemisia. Prononça-t-il charmé. –Pour l'amour du ciel…Commença-t-il en rouvrant brutalement les yeux, en sentant un courant d'air passer un bref instant sur son visage. Mais à sa grande surprise la belle Artemisia n'était plus là. L'homme regarda autour de lui sans comprendre, la cherchant, se demandant où elle avait bien pu passer. Mais il comprit qu'il était seul dans cette ruelle. La belle s'en était allée.

X.X.X

Angélica n'avait pas parlé de sa rencontre avec Alfonso D'este à son fiancé et encore moins de ce vampire brièvement aperçu. Elle n'y attachait pas d'importance, D'este n'était pas le premier et encore moins le dernier humain à s'enticher d'elle. Sa seule préoccupation à l'heure actuelle était que son mariage se passe au mieux et dans la plus grande des discrétions, Elle essayait de ne pas trop penser, de vivre le moment présent avec son fiancé, elle avait cependant du mal à se détendre, à calmer son anxiété à l'approche du 15 juillet. Dans quelques jours son ami Carlisle arriverait à Venise, l'idée de la présence de son ami de toujours la rassurait néanmoins.

Ce jour-là Angélica était seule chez elle. Dimitri quant à lui était sorti en ville peu de temps avant l'arrivée de Boris et d'Ineska qui avaient fait le déplacement spécialement pour leur mariage. La jeune femme profitait de cette solitude pour mettre en ordre ses affaires, elle comptait avec un peu de chance, retourner vivre au manoir Di Rosebourg dans quelques années. Mais cette vieille demeure n'avait pas était habitée depuis plus d'un siècle. Sa propriétaire l'avait laissé en gestion, à des intendants successifs dont le rôle était de veiller à l'entretien des lieux et des terres. Il avait fallu pour cela user de ruse, de subterfuge, changer de nom plusieurs fois ou encore se servir d'intermédiaire pour des contrats. Jusque-là Angélica avait bien géré son affaire. Elle avait également entreprit des travaux de rénovations du manoir. Tout cela bien sûr sous une nouvelle identité.

Dimitri revint à la tombée de la nuit accompagné de sa sœur et de Boris. Ce dernier s'extasiait littéralement sur les lieux regardant partout autour de lui avec agrippé son bras tel un coquillage à son rocher, Ineska qui abordait un air à la fois curieux et intimidé par toutes les splendeurs du palace Vénitien. Dimitri avait expliqué plus tôt à sa fiancée que sa jeune sœur se comporterait de la sorte, car c'était la première fois de sa longue existence qu'elle venait en Italie et que tout ce qui était étranger lui faisait peur. Ce à quoi Angélica lui avait répondu :-Oui, nous pouvons remercier ta chère mère pour cela. Dimitri n'avait pas relevé, même s'ils n'en parlaient jamais il savait très bien ce que sa compagne pensait de sa mère. Et il ne pouvait que difficilement lui en faire le reproche. Malheureusement sa mère était ainsi, désagréable, caractérielle, hautaine et méprisante. Il l'avait toujours connu ainsi et en deux millénaires elle n'avait point changé. Malgré tout il avait eu le vain espoir que sa mère respecterait son choix de se marier et de partir du clan. Maintenant l'idée lui paraissait totalement absurde. Bien sûr que Roxalana n'approuverait jamais cette union et encore moins que son fils adoré lui échappe. Roxalana était possessive et exclusive et en tant que telle avait dès le début perçu sa future femme comme une menace. Dimitri se souvint bien du jour où il était revenu en Russie pour annoncer que non seulement il avait retrouvé la femme qu'il aimait et qu'en plus il venait inviter ses proches à ses noces prochaines. Toute sa famille était là même sa mère, que Boris avait autorisé à revenir dans la demeure familiale. Comme il s'en était douté la nouvelle fut très mal accueillie par sa mère qui s'était levée d'un bond, poings serrés, le regard largement désapprobateur posé sur son fils. Cependant, elle n'avait pas dit mot. Dimitri soupçonnait Boris d'y être pour quelque chose, sans doute avait-il autorisé Roxalana à revenir en ces lieux et ce seulement si elle abordait un comportement exemplaire vis-à-vis de son fils et en ce qui concernait Ineska, elle avait l'aire contente d'avoir bientôt Rose comme belle-sœur ce qui fit plaisir à son frère. Son créateur quant à lui, avait été ravi de l'heureuse nouvelle si bien qu'il failli en sauter de joie comme un cabri dans toute la maisonnée. Néanmoins il déchanta vite quand celui qu'il considérait comme un fils lui signifia que son mariage annonçait également son départ du clan qu'ils dirigeaient depuis si longtemps ensemble.

Des suites de cette annonce un lourd silence s'était abattu dans la pièce. Boris afficha alors une mine grave, toute joie disparue de son visage comme si il avait du mal à assimiler ces paroles, se demandant s'il avait bien entendu ce que venait de dire Dimitri.

-Comment ? Lui avait-il dit sans comprendre.

-Rose ne souhaite pas vivre en Russie, alors c'est moi qui pars vivre avec elle en Italie. Expliqua calmement Dimitri en voyant la mine ahurie de son entourage.

-Mais enfin c'est absurde ! Intervint Roxalana qui cette fois n'avait pas su se contenir. –Une femme doit vivre auprès de son mari et non l'inverse ! Rétorqua-t-elle catégorique.

-Silence ! Lui ordonna aussitôt Boris en lui jetant un regard noir. –Restez à votre place ma chère, je ne le répéterai pas deux fois.

A ses mots la mère de Dimitri poussa un feulement de mécontentement entre ses dents acérées, alors pour montrer son désaccord elle s'en alla à grande enjambée de la pièce sans un mot ou un regard pour son fils.

Cette réaction il s'y attendait, après cette déclaration qui eut l'effet d'une bombe. Quelque seconde plus tard Boris était parti s'isoler avec Dimitri dans son bureau pour converser plus longuement de la situation. Son créateur avait essayé par tous les moyens de le faire rester parmi eux. Car bien qu'il ait ardemment souhaité que Rose devienne la compagne de Dimitri, il n'avait absolument pas prévue que ce dernier décide de quitter le clan, tout son univers pour l'amour de cette femme.

-Mais enfin songe à tout ce que nous avons construit ensemble mon ami. Tenta encore de lui faire entendre Boris.

-Boris ce n'est pas comme si je partais pour toujours. Tenta de le rassurer Dimitri. –Il est bien évident que je viendrais vous rendre visite.

-Certes. Convient son créateur. –Mais tout cela est tellement soudain. Ne pourrais-tu convaincre notre chère Rose de changer d'avis ? Demanda-t-il avec espoir. –Elle sait pourtant que toute ta famille est ici et qu'en dehors de Roxalana, nous l'accueillerons tous à bras ouverts parmi nous.

-Je sais, que c'est difficile à accepter. Reprit Dimitri après un soupir. Mais reconnait Boris que tu as toujours été plus investi que moi dans tout ce qui est attrait au clan, son vrai chef c'est toi ! Moi j'ai accepté de te servir en te secondant et c'est ce que j'ai fait pendant près de deux millénaires, maintenant je pense que j'ai mérité ma part de bonheur et je l'ai trouvé en la personne de Rose. Ma décision est prise Boris. J'ai donné ma parole. Conclu l'homme avec fermeté.

-N'en dit pas plus ! Répondit Boris en levant une main devant lui. –Je vois bien que ta décision est prise. Même si elle m'afflige plus que je ne saurais le dire. J'étais fou de croire que je te garderai à jamais pour moi.

Dimitri ne répondit rien à ces remarques, qui y avait-il à dire ? Il savait que sa décision blesserait son créateur, mais également l'ami de toujours qu'il était à ses yeux.

-Pour quelles raisons Rose refuse obstinément de vivre avec toi, avec nous ? Ajouta-t-il, curieux de ce détail.

-Je dois avouer ne pas avoir la réponse à cette question. Reconnu Dimitri. –Il semblerait que ma fiancée soit plus fermement attachée à son pays que nous l'avions supposé.

-Ah, Dimitri…Dimitri. Répéta Boris dans un soupire las comme si il semblait savoir quelque chose qui échappait encore à son ami. –Tu n'as jamais été aveugle, et tu n'as sans doute pas besoin de moi pour voir que ta future femme a de nombreux secrets pour toi.

-Oui j'en suis conscient. Affirma celui-ci. C'est évident qu'elle a des secrets. Mais je ne souhaite pas lui forcer la main. Je veux que cela vienne d'elle.

-Tu seras peut-être obligé de le faire Dimitri. Répondit Boris l'air grave.

-Et toi ? Interrogea l'autre. Ne t'a-t-elle jamais rien confié ? Pourtant vous avez passé beaucoup de temps ensemble durant son séjour ici.

-Désolé de te décevoir, mais non ! Rose ne m'a jamais rien dit en ce qui concernait sa vie en Italie. Et je ne saurais trop te conseiller d'insister auprès d'elle. Je ne suis nullement opposé à ce mariage, cependant j'ai quelques inquiétudes, par exemple le fait qu'elle te laisse volontairement dans l'ignorance de sa vie passée. Notre Rose a sans doute ses raisons, mais il ne me semble pas judicieux de commencer une vie de couple de cette manière. Après je te laisse seul juge de ce qu'il conviendra de faire le moment venu…

Et voilà comment les choses s'étaient déroulées. Une semaine avant le mariage Carlisle arriva à son tour. Sa présence était d'un grand réconfort pour Angélica, qui ne parvenait pas à être sereine face au changement de vie que le mariage impliquait. Elle n'osait en parler à Dimitri, il était tellement heureux qu'elle se culpabilisait de ne pas éprouver autant de joie que lui. Elle préféra donc faire taire ses doutes et faire comme si de rien était.

Le grand soir arriva très vite. Et pourtant Angélica ne rayonnait pas de joie. Elle se contemplait devant son miroir regardant avec un œil lointain sa robe de mariée. Enfant, elle n'avait jamais songé à l'idée même du mariage. Le seul moment de sa vie où elle y avait pensé c'était après sa rencontre avec Aro. Elle ne préférait pas imaginer sa réaction s'il la savait sur le point d'en épouser un autre. Mais elle chassa bien vite cette pensée de son esprit tant tout cela était désormais loin et appartenant à sa vie passée. « Est-ce réellement ce que je désire ? » Se demandait-elle sans cesse. Elle demeurait immobile perdue dans ses pensées jusqu'à ce que Carlisle la rejoigne dans ses appartements.

-Angélica, nous devons y aller ! Dit-il avec empressement. Cependant il se stoppa nette en la voyant. –Oh…ma belle amie. Balbutia-t-il visiblement ému. –Vous êtes…les mots me manquent et je crois qu'aucun n'est à la hauteur de ce que je vois.

Angélica pour seule réponse devant son air béat rit, mais ce rire ainsi que le sourire qu'elle lui avait adressé plutôt s'évanouir bien vite au goût de son ami.

-Que se passe-t-il ? Quelque chose ne va pas ? Demanda-t-il sans détour voyant son manque d'enthousiasme.

-Ce n'est rien je vais…

-« Bien ». Termina Carlisle peu convaincu. Pas à moi je vous en prie, je vous connais trop bien pour cela.

-Hélas oui ! Répondit-elle en voyant qu'elle ne le duperait pas là-dessus.

-Hélas, vous dîtes ?! Heureusement vous voulez dire. Rectifia-t-il. Allons vous savez que vous pouvez tout me dire.

Un instant le vampire avisa sa montre et releva ensuite ses yeux dorés vers elle qui l'interrogeait du regard.

-Nous avons bien quelques minutes Angélica. Déclara-t-il avec son éternel sourire bienveillant. Venez, vous asseoir.

Angélica quelque peu de mauvaise grâce vint le rejoindre en s'asseyant à côté de lui sur le fauteuil le plus proche.

-Alors ! Intervient Carlisle. Maintenant que nous sommes confortablement installés, allez-vous me dire ce qui vous préoccupe ? Depuis mon arrivée je ne vous ai vu que très peu sourire ou bien encore vous réjouir à l'approche de votre mariage.

Son amie inspira profondément et laissa échapper un soupir avant de lui répondre :

-Carlisle, j'ai peur ! Lui avoua-t-elle sans détour. Oui, c'est le soir de mon mariage et je sais que je devrais en être heureuse, mais une partie de moi n'y parvient pas.

Carlisle posa sa main sur la sienne et un nouveau sourire rassurant se dessina sur ses lèvres.

-C'est normale d'éprouver des inquiétudes ou des appréhensions. Mais cela passe. En avez-vous parlé à Dimitri ?

Angélica secoua négativement la tête.

-J'imagine que vous ne lui avez pas parlé non plus de votre passé. Comprit-il. -Angélica il faudra bien lui en parler et prochainement, j'entends.

-Je le sais Carlisle ! Réagit Angélica avec une teinte d'agacement dans la voix. –Mais comprenez que ce n'est pas si simple. Que je ne peux tout de même pas lui raconter tout ça comme ça. Que l'homme le plus puissant de notre monde et tout son clan sont à mes trousses. Depuis que Dimitri m'a fait sa demande tout s'est enchaîné à une vitesse qui m'a vite dépasser. Et ça me terrifie.

-Je comprends. Vous avez peur qu'il vous rejette s'il apprenait que…

-Cela je le comprendrais. Coupa Angélica. –Et il aurait sans doute raison de le faire…

-Ne dîtes point cela ! Coupa vivement à son tour Carlisle. Sachez une chose Angélica. Reprit-il. Qu'une fois qu'il est venu me trouver, Dimitri est resté presque deux ans en ma compagnie. J'ai donc eu tout loisir d'apprendre à le connaître et à j'ose le dire le mettre à l'épreuve, pas une fois je n'ai parlé de vos origines avec lui. Croyez-vous un seul instant que je lui aurais révélé où vous trouver s'il ne m'avait pas convaincu de sa sincérité, comme de ses sentiments pour vous. Pour tout vous dire je pense qu'il est très bien pour vous et j'en suis sûr vous serez heureuse avec lui. Mais tout cela ne sera possible que si vous communiquez sincèrement tous les deux.

-Je suis de votre avis. Acquiesça Angélica un peu plus rassurée par ses paroles. –Je lui dirais tout, mais pas maintenant.

-Chaque chose en son temps. Mais pour l'heure je vous en prie Angélica, profitez pleinement de ce moment et ne pensez plus au reste. L'important c'est vous et Dimitri.

Pour la première fois elle sourit franchement. Carlisle avait toujours su quel mot utiliser avec elle pour lui redonner courage et foi en l'avenir. Elle mesurait sa chance d'avoir un ami tel que lui à ses côtés.

-Alors ! Ajouta celui-ci en lui rendant son sourire. –Nous y allons ?

-Oui ! Répondit-elle avec force. Ne faisons plus attendre Dimitri où il va croire que je me suis sauvée.

Les deux amis éclatèrent de rire et se mirent en chemin sans plus attendre.

Il était presque neuf heure du soir quand ils arrivèrent devant l'église, Angélica suivi de Carlisle inspira profondément. Bien qu'elle appréhende encore le mariage elle se sentait néanmoins plus légère et heureuse grâce à leur discussion. Rassurée elle commençait à envisager l'avenir avec son futur mari avec plus de sérénité. Une minute après ils entrèrent dans la vieille église, quelques humains se trouvaient à l'intérieur, mais personne ne leur prêta la moindre attention trop occupé à prier où encore à se confesser. Les deux amis rasèrent les murs le plus silencieusement et discrètement possible en direction de la crypte. Ils descendirent avec empressement l'escalier qui y menait, hottèrent leur capes avant d'emprunter le couloir sombre qui les mèneraient jusqu'à l'autel où elle le savait l'attendait déjà Dimitri. Angélica et Carlisle aperçurent la lueur des bougies qui éclairaient la galerie en pierre jusqu'à son centre de forme circulaire. En son milieu se dressait un autel en vieilles pierres. Aussitôt tous les regards des personnes déjà présentes se tournèrent vers eux. Boris et Ineska tous deux encore plus élégamment vêtus que d'habitude pour l'occasion se tenaient à droite du marié. La mariée quant à elle, constata non sans surprise un joli sourire se dessiner sur les lèvres de sa futur belle-sœur quand leurs regards se croisèrent. Boris, lui semblait égale à lui-même, ravi de les voir enfin arrivés.

Angélica qui avait reporté son attention vers l'homme qui l'attendait devant l'autel ne semblait plus avoir d'yeux que pour Dimitri, qui lui adressait en cet instant son plus beau sourire. Elle crut cependant voir une once de soulagement passer dans ses yeux. Comme s'il avait craint un court instant qu'elle ne vienne pas. Elle ne lui en voulu pas d'avoir pu le penser puisqu'elle en aurait été capable. Carlisle regarda Angélica et lui adressa un regard encouragent, cette dernière lui rendit son regard et prit une profonde inspiration en resserrant sa main sur son bras. Les deux amis s'engagèrent en direction de l'autel. Pour Angélica cela semblait irréel, elle avait du mal à songer que c'était là son mariage. Qu'elle allait faire de la place à quelqu'un dans sa vie, qu'elle repartirait mariée de cette église. La seule ombre au tableau était l'absence de son frère adoré. Mais elle chassa encore vivement ces pensées et son attention se reporta de nouveau sur Dimitri qui ne l'avait pas quitté des yeux. Un grand soulagement avait parcouru le corps du russe quand il avait vu sa fiancée arriver. En la voyant dans sa robe blanche Dimitri la trouva magnifique, ses cheveux relâchés avec une simple couronne de fleur sur sa tête, elle était sublime, rien ne comptait plus qu'elle en cette instant. Cependant, il voyait bien dans son regard qu'elle hésitait encore. Ce qui était normale après tout. Puis il la vit s'avancer vers lui au bras de son ami. Il aperçut enfin un sourire sur les jolies lèvres de sa promise, ce qui le fit sourire à son tour. Quand elle arriva à sa hauteur Carlisle déposa cérémonieusement la fine main d'Angélica dans celle de son futur mari. Dimitri enserra délicatement celle-ci entre ses doigts avec un sourire radieux.

-Tu es magnifique. Lui murmura-t-il en déposant un baiser sur sa main qu'il tenait encore dans la sienne.

Angélica sourit et allait répondre quand le prêtre auquel elle n'avait pas vraiment prêté attention s'éclairci la voix avant de parler, captant ainsi l'attention de l'assemblée:

-Bien si vous voulez bien prendre place, nous allons commencer la cérémonie.

Aussitôt tous prirent place et prêtèrent oreille aux paroles de l'homme d'église. Paroles qu'Angélica et Dimitri ne semblèrent point écouté tant ils se dévoraient des yeux. Bien qu'elle se sente pleine d'appréhension, elle croyait bien au fond d'elle-même avoir fait le bon choix en acceptant la demande de Dimitri. Une nouvelle vie s'offrait à elle…à eux. Elle n'aurait su dire où le prêtre en était dans les saints sacrements. Cependant, elle revint à la cérémonie quand le prêtre demanda en premier à Dimitri :

-Dimitri Nikolaï Belikov, acceptez-vous de prendre la signorina Artemisia Rose Bella Di Firenze ici présente pour légitime épouse, de l'aimer, de la protéger, de la chérir et de lui être fidèle jusqu'à ce que la mort vous sépare ?

-Oui je le veux ! Répondit-il avec force en Italien avec un fort accent russe, ce qui avait le don de séduire Angélica plus qu'elle ne voulait bien l'admettre. Surtout qu'il avait répondu en lui adressant un sourire éblouissant. Bien sûr elle aurait néanmoins aimé être mariée sous son vrai nom, mais encore une fois son passé l'empêchait de le faire.

-Et vous ? Demanda le prêtre pivotant vers la jeune femme. –Artemisia Rose Bella Di Firenze, acceptez-vous de prendre le signore Dimitri Nikolaï Belikov ici présent pour légitime époux, de l'aimer, de le chérir et de lui être fidèle, jusqu'à ce que la mort vous sépare ?

-Oui je le veux ! Répondit-elle d'une voix cependant plus mesurée.

La parole fut de nouveau à Dimitri quand l'humain l'enjoint à réciter son serment, Dimitri fit alors face à la jeune femme en prenant ses deux mains dans les siennes et dit à voix haute les yeux dans les siens:

-Moi, Dimitri Nikolaï Belikov. Commença-t-il. –Déclare te prendre toi, Artemisia Rose Bella Di Firenze pour épouse. Je jure de t'aimer et de te chérir a compté de ce jour. Pour le meilleur et pour le pire. Jusqu'à ce que la mort nous sépare.

Ce fut maintenant à Angélica de réciter le sien :

-Moi, Artemisia Rose Bella Di Firenze. -Déclare te prendre toi, Dimitri Nikolaï Belikov pour époux. Je jure de t'aimer et de te chérir a compté de ce jour. Pour le meilleur et pour le pire. Jusqu'à ce que la mort nous sépare.

-Avez-vous l'alliance ? Questionna le prêtre en regardant le futur marié.

-Oui bien sûr. Confirma Dimitri en sortant de sa poche un morceau de tissu de velours rouge qu'il ouvrit laissant apparaître les alliances non pas faites en or mais en argent. Il les tendit au prêtre pour que celui-ci les bénissent puis enfin Dimitri prit la plus petite entre ses doigts et passa l'anneau au doigt de son épouse qui fit ensuite de même avec lui.

Le prêtre reprit aussitôt d'une voix clair : -Par les pouvoirs qui me sont conférés je vous déclare mari et femme. Allez dans la paix de notre seigneur. Monsieur. S'adressa-t-il au marié. Vous pouvez embrasser la mariée.

Dimitri ne se le fit pas répéter deux fois, et s'empara des lèvres de son épouse sous les applaudissements de leur famille.

-Félicitation ! Lança Boris tout sourire.

-Vives les mariées ! Renchérit joyeusement Carlisle.

Rompant leur baiser les jeunes mariés remercièrent la petite assemblée. Dimitri prit les deux mains de sa femme dans les siennes et les baisa tendrement chacune.

-Allons mes enfants. Reprit Boris avec entrain. Je crois qu'il est maintenant temps de fêter ça. Venez, la ville nous attend.

Les vampires sortirent de l'église en même temps que les premiers tirs du grand feu d'artifice de la festa del Redentore.

-Oh on peut dire que ça tombe à point nommé. S'extasia Boris ravi. Quel beau spectacle pour fêter votre mariage. Lança en adressant un clin d'œil à Dimitri, ce dernier rit légèrement à sa remarque.

Angélica contemplait les lumières des feux scintillés dans le ciel. C'était en effet un beau spectacle, elle passa son bras autour de celui de son mari et à cet instant elle ressentit au fond de son cœur un sentiment qu'elle n'avait plus ressenti depuis longtemps : du bonheur.

-Je suis heureuse. Dit-elle spontanément.

Dimitri surprit tourna vivement la tête vers sa femme en l'entendant dire cela, se demandant un instant s'il avait bien entendu ces paroles. Elle qui depuis des semaines n'avait pas été très démonstrative à l'approche de leur noces. Angélica sentant son regard sur elle détourna ses yeux du ciel pour les plonger dans ceux de son époux. Aussitôt un sourire magnifique illumina le visage de la jeune femme, sourire que Dimitri ému de sa réaction lui rendit autant de plaisir que lui procura le baiser qu'Angélica vint déposer sur ses lèvres.

Ils passèrent la soirée à célébrer leur mariage entourés de leur famille dans un palace vénitien où un des amis humains d'Angélica avait organisé une fête costumé à l'occasion de la fête du Rédempteur. La jeune femme était très intégrée et appréciée dans la société vénitienne et de ce fait elle était souvent conviée à ce genre de divertissement. Ainsi elle avait profité de l'invitation qui lui avait été adressé pour y fêter en secret son mariage. De cette façon les vampires pouvaient largement passer inaperçus dans une foule et s'amuser tout autant. Au cours de la soirée Carlisle et Angélica se retrouvèrent dans les bras l'un de l'autre pour une danse.

-J'espère que vous vous amusez ? Demanda la jeune femme à son ami.

-C'est une fête grandiose, je comprends que vous aimez vivre ici. Lui dit Carlisle tout en faisant valser sa cavalière.

-C'est vrai que j'aime vivre à Venise. Reconnut-elle. Mais il faudra bientôt que Dimitri et moi partions.

-Déjà ?! S'étonna Carlisle.

-Malheureusement oui, ça fait presque cinq ans que je vis ici et c'est déjà beaucoup contrairement à mes habitudes. Et maintenant que je suis mariée cela change bien des choses.

-Et vous savez où vous irez ? Demanda-t-il curieux.

-Sans doute un temps en Russie, ainsi la « coupure » si je puis dire entre Dimitri et sa famille se fera moins violement. Et après nous partirons soit en France ou ailleurs, rien n'est encore sûr. Mais assez parler de moi, parlez-moi de vous.

-…De moi ? Répéta Carlisle réfléchissant un instant. –Que vous dire, j'exerce toujours comme médecin et j'en apprends chaque jour d'avantage sur toute la complexité d'un corps humain. C'est vraiment fascinant. Dernièrement je suis allé en Angleterre rendre visite à mon ami Alistair.

-Alistair…oui je me souviens de lui. Toujours aussi misanthrope j'imagine.

-Oh ça oui ! Confirma Carlisle en laissant échapper un rire. Il ne supporte qu'une visite par siècle. Mais je sais qu'il apprécie les miennes.

-Entre nous mon ami, qui ne les apprécieraient pas. Répondit Angélica avec un sourire sincère. -Promettez-moi de venir nous voir souvent.

-Ça je vous le promets. Lui assura Carlisle. –Ce sera avec grand plaisir, en attendant soyez heureuse Angélica, vous le méritez.

-Vous le méritez autant que moi cher ami. J'aimerais tellement vous voir heureux vous aussi. Dit-elle sans cacher un air inquiet.

-Ce n'est point de moi dont il faut vous souciez ce soir. La rassura-t-il. -Pensez à vous et votre mari, à votre nouvelle famille.

-Et vous faite également parti de ma famille Carlisle.

-Et vous de la mienne. Lui assura-t-il tout en la faisant tourner puis la ramenant vers lui. –Faîtes-moi savoir quand vous serez bien installé et je vous promets de venir vous rendre visite.

X.X.X

La semaine suivant leur mariage passa très vite et Carlisle était reparti en Amérique. Quant à Boris et Ineska ils partirent quelques jours après lui. Dimitri les avait accompagnés sur le continent où les attendait la diligence qui allait ramener les deux vampires en Russie. Le vampire prit ensuite le bateau pour revenir à la sérénissime où il le savait l'attendait sa femme à la Fénice pour la représentation du soir. L'amour de l'opéra était un des nombreux points communs qu'il partageait avec Angélica. Et pour ce soir un peu de divertissement lui ferait du bien. Car certes il ne le montrait pas mais quitter son clan, sa famille, c'était bien nouveau pour lui et cela a été une décision très dure à prendre. Mais pour autant il ne regrettait pas son choix. La semaine qui venait de s'écouler en compagnie de sa jeune épouse l'emplissait d'un bonheur qu'il n'avait jamais ressenti auparavant. Cependant, il espérait que maintenant qu'ils étaient seuls, Angélica et lui allaient enfin pouvoir aborder des sujets plus intimes. Bien sûr que Dimitri voulait savoir plus en détail d'où elle venait et qu'elle fût sa vie tant humaine qu'à ses débuts en tant que vampire. Car toute cette période-là lui était encore à ce jour inconnue. Et plus les jours passaient plus sa curiosité grandissait. Le russe avait l'impression qu'une part d'Angélica lui restait obstinément fermée, cette sensation lui était désagréable. Sa femme semblait sans cesse vouloir se cacher, se protéger, contre quelque chose ou quelqu'un. Il voyait bien qu'elle essayait de lui dire quelque chose, mais elle se ravisait souvent au dernier moment. « Je dois la convaincre de me faire confiance, pour de bon » Se disait-il sans arrêt. Angélica avait longtemps vécue seule et de ce fait ne faisait confiance qu'à très peu de personne, son époux le savait. Mais il ne doutait pas qu'il pourrait parvenir à lui faire avouer ce secret qu'elle gardait jalousement pour elle.

Le bateau arriva à quai et le vampire en descendit toujours aussi pensif. La nuit était tombée, l'air était doux, très agréable. Dimitri avait très envie de retrouver sa bien-aimée. Plus que quelques rues la séparait de lui. Il accéléra un peu le pas car il n'était pas vraiment en avance ce soir. Il passa le grand canal par le pont du Rialto et continua son chemin par la rive del Ferro, quand une voix retentie le stoppant net.

-Mais quel heureux hasard ! S'exclama une voix enjouée derrière lui.

Dimitri se retourna de suite en reconnaissent la voix qui venait de l'interpeler. En effet un homme presque aussi grand que lui, le regardait avec un sourire satisfait. Le russe cligna des yeux, surprit de voir cet être qu'il n'avait pas vu depuis quelques siècles maintenant. Évidement l'individu n'avait point changé, élégamment vêtu comme à son habitude. Sa longue chevelure noire encadrait son splendide visage aux traits allongés et ses yeux rouges aux prunelles laiteuses le scrutaient avec autant de minutie que son congénère.

-Hélénos… Laissa échapper le russe entre ses lèvres. – Si je m'attendais.

-Et moi donc…et je constate que tu n'as rien perdu de ta superbe beau Dimitri. Complimenta l'autre l'air appréciateur.

-Et oui que veux-tu, les affres du temps n'ont point prisent sur ma magnificence. Répondit le russe avec un air désinvolte.

Hélénos ricana amusé, il fit un pas en avant tendant en même temps une main gantée vers Dimitri, puis il dit de sa voix grave à l'accent étranger :

-Je suis cher ami très heureux de te revoir.

Le russe sourit franchement et lui serra la main :

-C'est toujours un plaisir Hélénos. Puis-je te demander quel bon vent t'emmène à Venise ?

-Je pourrais te poser la même question. Répondit l'autre les yeux brulants de curiosité. –Il est tellement rare de te voir autre part que sur tes terres en Russie.

-C'est vrai. Acquiesça Dimitri. -Beaucoup de choses ont changés depuis notre dernière rencontre.

-Vraiment ? S'étonna Hélénos arquant un sourcil interrogateur. –Dit m'en plus mon cher, tu m'intrigue.

-Je ne vis plus en Russie. Expliqua-t-il sans détour.

-Là tu me surprends ! Voyez-vous ça, par exemple. Fit l'autre ahurie par une telle nouvelle. Une telle chose est-elle possible ?

-Et oui ça l'est. Ferme dont la bouche tu as l'air d'un poisson hors de l'eau. Ricana le russe devant l'air incrédule de son vieil ami. Et toi alors ? Que viens-tu faire ici ?

-Le travail mon cher. Répondit simplement l'autre.

-Naturellement, vous ne sortez jamais de chez vous sans raison valable. Répliqua Dimitri guère surprit.

-Que veux-tu. Fit Hélénos avec désinvolture. –Le maître ordonne, nous obéissons.

-Et que vient chercher votre maître à Venise ? Demanda le russe curieux.

-Ah ça, beau Dimitri. Il ne faut pas m'en vouloir mais c'est un secret. Répondit l'autre d'un ton qui se voulait mystérieux. Hélénos s'approcha encore plus près de Dimitri de sorte à ce qu'il y ait moins d'un mètre l'un de l'autre avant de dire : -Et toi ? Es-tu seul ici ?

-Désolé de te décevoir Hélénos. Mais non, je vis maintenant ici avec mon épouse.

-Qu'est-ce que j'entends ?! Surgit dans la nuit une autre voix moins grave que celle d'Hélénos.

Les yeux de Dimitri et d'Hélènos se dirigèrent simultanément vers le toit de la maison sur leur droite. Un autre homme, à l'allure aristocratique les observait avec un vif intérêt, celui-ci sauta aussitôt non sans grâce dans la ruelle adjacente et vint les rejoindre.

-Tu pourrais te comporter comme un humain ici, Adonis. Le réprimanda Dimitri. –Nous ne sommes pas seuls dans cette ville.

-Les humains. Ricana celui-ci comme si c'était le cadet de ses soucis. –Ils ne voient jamais rien ceux-là. Alors comme ça de ce que j'ai entendu, tu as pris femme.

-C'est bien ce que j'ai dit.

-Mais quelle nouvelle ! S'esclaffa Adonis. –Nous serions absolument charmés de faire la connaissance de cette créature qui a su ravir ton cœur, n'est-ce pas Hélénos ? Lança-t-il à son compère.

-Tout à fait Adonis. Acquiesça l'autre. –Ce doit être une perle rare, j'imagine.

-Une prochaine fois peut-être messieurs, je ne manquerais point de vous la présenter. Déclina poliment le russe en regardant sa montre qu'il avait sortie de sa poche. –Je suis navré mais mon épouse m'attend et je suis déjà en retard, alors mes chers amis veuillez m'excus…

-Mais raison de plus pour aller à sa rencontre, au contraire. Le coupa Adonis. –Comment s'appelle-t-elle ?

-Rose. Répondit simplement Dimitri choisissant délibérément de ne pas leur donner le vrai nom de sa femme.

A l'entente de ce nom les deux autres échangèrent un regard entendu, qui n'échappa pas au russe.

-Un problème ? Interrogea-t-il cette fois l'air suspicieux devant leur manigance.

-Pas du tout ! Répliqua aussi vite Adonis. –En fait tu me donnes une idée. S'écria-t-il comme frappé d'une illumination. Puisque le hasard a voulu que nous nous retrouvions ici après tout ce temps. Il me semble que nous ne pouvons pas décemment partir de la Sérénissime sans vous inviter toi et ta jeune épouse à venir passer quelque temps en notre humble demeure. Puis il tourna la tête vers son compère et ajouta : -N'es-tu pas de mon avis Hélénos ?

-Tu as tout à fait raison, mon cher ! Acquiesça-t-il. Ce ne serait point convenable de repartir sans eux. Le maître sera ravi de te revoir Dimitri et enchanté de connaître un nouveau visage.

Dimitri un peu désarçonné par leur enthousiasme et leur volonté presque excessive de rencontrer sa femme ainsi que cette proposition de partir avec eux, leva les mains devant lui comme pour les stopper tous les deux dans leur planification de ce projet quelque peu hâtif à son goût.

-Allons mes amis. Tenta-il de les tempérer. Votre enthousiasme débordant est plaisant à voir et je suis moi-même très heureux de ces retrouvailles fortuite. Mais cela me parait un peu précipité. Comprenez que mon épouse et moi venons à peine de nous marier, alors il est naturel que nous souhaitons en premier lieu profiter l'un de l'autre…tous seuls ! Précisa-t-il. Mais d'ici un mois ou deux, nous serions ravis de vous visiter.

Il eut soudain un silence un peu oppressant des suites de cette déclination polie. Les deux autres créatures se regardaient maintenant dans les yeux, un simple contact visuel semblait être suffisant pour eux. Comme si ils n'avaient point besoin de mot pour se comprendre. En quelque seconde leurs prunelles couleur de braise se reportèrent simultanément vers le russe.

-Je pense…commença Adonis d'une voix soudainement neutre, tout enthousiasme disparu, en s'adressant à son congénère. –Que notre ami a besoin d'être convaincu.

X.X.X

Point de vue - Angélica :

-Mais qu'est-ce qu'il fait ? Se demandait Angélica les yeux attachés aux aiguilles de la grande horloge du hall principal de l'opéra. Son mari était en retard et constatant cela elle sentait une certaine anxiété la gagner peu à peu. Bien sûr qu'un peu de retard ça pouvait arriver à tout le monde. Cependant, connaissant Dimitri, elle savait que ce n'était pas une habitude chez lui. Perdue dans ses pensées la jeune femme ne prêtait pas la moindre attention à la cohorte d'admirateurs qui l'observait à distance et qui de temps à autre l'interpellait, cherchait son attention. Elle était habituée à ce genre de manifestation, elle savait ce que sa beauté irréelle provoquait chez les mortels et d'une certaine manière cette admiration excessive des humains pour sa personne lui permettait d'entretenir cette image de femme inaccessible. Car peu d'entre eux osaient réellement l'approcher. Comme si ces humains gardaient malgré eux un certain instinct de conservation. Cependant, ils y en avaient toujours quelques-uns qui ne semblaient pas craindre de franchir cette barrière invisible qu'elle imposait entre elle et eux. Tels des papillons attirés par la flamme…et brulés.

-Signorina Di Firenze ! Appela un homme qui venait vers elle en se frayant tant bien que mal un passage à travers la foule de spectateurs. Elle ne l'entendit pas ou du moins n'y prêta pas attention, trop occupée à fixer le cadrant de l'horloge qui sonnait les vingt heures du soir, la représentation allait bientôt commencer. Quand elle détacha ses yeux du cadrant la jeune femme constata que des spectateurs se dirigeaient vers l'imposant escalier en marbre pour aller prendre place dans les loges. Elle s'apprêta à faire de même quand une personne lui barra la route subitement en se postant devant elle.

-Artemisia. L'interpela une voix qu'elle connaissait bien.

-Signore D'este. Le salua-t-elle poliment en prenant soin d'afficher une distance entre elle et lui devant les autres humains. Car il était maintenant de notoriété publique qu'Alfonso D'este était amoureux d'elle et contrairement aux nombreux autres soupirants de la belle Artemisia, lui seul avait osé demander la jeune femme en mariage. Il n'échappa pas à l'homme que les yeux de la jeune femme balayaient le grand hall avec insistance.

-Vous cherchez quelqu'un ? Demanda-t-il sans détour.

-Hum…Comment ? Lui répondit-elle en sortant de ses pensées, les yeux maintenant sur lui.

-Vous attendez bien quelqu'un ? Demanda D'este, bien que cela soit plus une affirmation qu'une question.

-Oh non, du tout. S'en défendit-elle. –Je suis seulement un peu distraite, n'y prêtez pas attention.

Angélica voyait à son regard insistant qu'Alfonso voulait lui parler, et elle savait très bien de quoi. Il ignorait ses noces récentes avec Dimitri. Et il valait sans doute mieux qu'il l'ignore encore.

-Puis-je vous parlez ? Demanda-t-il à voix basse.

-Pas maintenant je le crains. Déclina-t-elle avec un sourire poli. La représentation va commencer. Je dois me rendre à ma loge. Veuillez m'excuser. Ajouta-t-elle en le contournant pour se diriger vers l'escalier.

-Attendez, je vous en prie. Dit-il en suivant d'un pas lourd et affaissé. –Je pense que vous vous souciez assez de moi pour entendre ce que j'ai à vous dire.

La jeune femme qui avait commencé à monter les marches de l'escalier s'immobilisa et se retourna lentement vers lui.

-Signore D'este, vous savez mon respect ainsi que mon estime à votre égard. Répondit-elle avec un accent de sincérité dans sa douce voix. Cependant, je crois savoir de quelle affaire vous souhaitez m'entretenir. Et je suis au regret de vous dire que ce n'est ni l'heure, ni le lieu pour m'en faire part. Je vous souhaite une bonne soirée signore. Termina-t-elle en ignorant le regard suppliant que cet homme lui adressait.

Sans plus de manière elle lui tourna le dos et se faisant elle bouscula légèrement une dame qui se trouvait juste derrière elle.

-Veuillez m'excuser signora. S'empressa-t-elle de dire sans vraiment regarder cette dernière. –Je ne vous avez point vue.

-Il n'y a aucun mal, très chère. Répondit simplement cette personne en observant de ses yeux de braises la jeune femme poursuivre son chemin d'un pas vif.

Une fois dans sa loge Angélica prit place sur son siège non sans laisser échapper un soupir. Dimitri n'était toujours pas là. Et cela commençait vraiment à l'inquiéter. Avec en plus D'este qui lui courrait obstinément après, elle se sentait vraiment lasse ce soir. La représentation venait de commencer, mais son esprit était ailleurs. Son coude droit reposait sur l'accoudoir de son siège et son poing supportait sa tête. Malgré l'amitié sincère qu'elle ressentait pour lui, Alfonso D'este devenait envahissant. Mais bientôt ce problème serait réglé puisqu'elle et Dimitri allaient partir prochainement de Venise. La vampire regarda une nouvelle fois sa petite montre à gousset qui se trouvait dans une des proches de sa robe et remarqua que son mari avait maintenant une heure et demie de retard. « Ce n'est pas normale » Lui disait sa voix intérieure et son instinct ne l'avait jamais trompé. « Je dois partir à sa recherche » pensa-t-elle.

Tout à coup au même moment, elle entendit derrière elle toquer à la porte de sa loge et une personne entra.

-Pardonnez-moi de faire irruption de la sorte Artemisia. S'excusa D'este en venant s'asseoir sur le siège à côté d'elle. –Mais il faut vraiment que je vous parle…

-Que vous ai-je dis plus tôt, mon cher ?! Interrogea la jeune femme cette fois mécontente. –Ce n'est pas le moment !

-Ecoutez-moi. Insista l'homme en faisant attention à ne pas parler trop fort pour ne pas attirer l'attention des autres spectateurs sur eux. –J'ai bien conscience que l'endroit est mal choisi, cependant, c'est le seul moment où je puis vous voir.

-Ce n'est pas convenable et vous le savez. Lui fit-elle remarquer sans lui accorder un regard.

-J'en conviens…mais vous m'y obligez. Se justifia-t-il. Depuis plusieurs semaines nous n'avons plus le plaisir de vous voir dans la haute société de Venise. Vous déclinez toutes les invitations et pas seulement les miennes. Qu'ai-je fais pour vous déplaire chère amie ?

-Me déplaire…Répéta-t-elle en secouant négativement la tête comme pour lui signifier qu'il faisait fausse route, puis elle tourna la tête vers lui avant de poursuivre : -Il n'est pas question de ça.

-De quoi est-il question dans ce cas ? Chercha-t-il à comprendre. –Artemisia…Il sembla un instant chercher ses mots. –Ma vie ne m'appartient plus depuis que vous y êtes entrée et elle est un tourment sans vous. Dit-il à voix basse.

-Ne dites point cela ! S'écria-t-elle. –Ne le dites pas. Vous savez combien cela me peine de vous voir éprouver toutes ces choses alors que moi je ne ressens rien. Je n'ai que mon amitié à vous proposer et encore cela suffit à faire parler les mauvaises langues. Elle marqua une pause avant d'ajouter : - Je suis cruelle je le sais de vous avoir fait tant souffrir…

Soudain sans qu'elle y prenne garde D'este glissa de son siège pour mettre un genou à terre devant elle et lui prit délicatement sa main gauche entre les siennes qui semblaient tout à coup fébriles.

-Ma chère, vous savez mon amour pour votre charmante personne. Ce n'est pas un secret. Comme je voudrais que vos sentiments ressemblent d'avantage aux miens. Même si je sais que ce n'est malheureusement pas le cas. Je n'ai cependant pas pour habitude de supplier. Mais je vous en prie reconsidérez ma demande en mariage. Implora-t-il presque.

-Hélas, signore D'este, je ne puis accepter votre offre. Refusa-t-elle une nouvelle fois en sentant sa patience atteindre ses limites, décidément cet humain ne voulait pas entendre raison et la jeune femme sentait qu'elle allait devoir se résoudre à lui avouer une part de la vérité pour qu'enfin il cesse d'espérer une chose qui n'arriverait jamais. Elle craignait cependant qu'il ne fasse un esclandre dans la loge quand elle lui apprendrait les vrais raisons de son refus, il fallait vraiment éviter de se faire remarquer, surtout maintenant.

-C'est pour cet étranger que vous me refusez une fois de plus. Comprit-il, D'este la regardait dans les yeux et elle y vit une colère grandissante, il y avait de l'amertume dans sa voix comme lors de leur dernière entrevue.

-En effet oui ! Avoua-t-elle sans détour en retirant sa main des siennes. –J'aime monsieur Belikov, et il m'aime aussi. Pour tout vous dire lui et moi nous nous connaissons depuis l'enfance, nos familles ont toujours été proches. Menti-t-elle de façon plus que convaincante sur ce dernier point. –Et j'insiste encore sur le fait que je ne vous avez rien promis Alfonso, n'y laissé espérer quoi que ce soit.

A cette déclaration l'humain en face d'elle était palpitant d'émotion, elle savait qu'il était blessé. Mais cela ne changerait rien.

-Qu'il soit maudit dans ce cas, maudit pour m'avoir volé ce qui m'était le plus précieux au monde. Murmura-t-il entre ses dents, dépité.

A l'entente de ces mots Angélica eu l'impression que c'eut été une phrase que son créateur aurait aisément pu dire. Il n'en fallu pas plus pour lui faire perdre patience pour de bon.

-Cessez maintenant ! Répondit-elle avec force. Je puis comprendre votre déception. Mais je ne suis pas votre propriété et je ne vous dois rien. Comprenez que je ne puis vous répondre favorablement quand je sais au fond de moi que la réponse est non. Cela ne serait pas honnête envers moi-même et peu respectueux pour vous.

Sans en ajouter davantage elle se leva de son siège et passa à côté de l'aristocrate qui se releva à son tour en la suivant des yeux, l'air désespéré. Elle fit quelques pas en direction de la sortie de la loge, toutefois elle s'arrêta devant la porte, la main sur la poignée, elle se retourna partiellement vers l'homme et après un soupir elle dit :

-J'ai tellement d'estime pour vous Alfonso et croyez-le je suis sincèrement désolée de ne pas pouvoir vous rendre votre amour. Comme vous il n'est pas dans mes habitudes de supplier, alors je vous en prie seulement, oubliez cette idée de mariage. Oubliez-moi ! Insista-t-elle.

-C'est impossible… murmura-t-il en faisant un pas vers elle, mais voyant le mouvement de recul que cela produisit instinctivement chez elle, il se stoppa net. - Vous n'êtes pas une femme qu'on oublie.

-Mon ami, dans votre intérêt il le faudra bien, soyez raisonnable et ne cherchez plus à me revoir. Ne m'aimez plus Alfonso. Elle délaissa la poignée de la porte et vint d'un pas lent mais décidé vers lui et porta une main sur sa joue chaude rougie par le sang qui y affluait sous le coup de ses émotions, il frissonna au contact de la froideur de cette belle et douce main. La vampire n'y prêta pas attention et poursuivi : -Vous êtes un homme bon, donnez cet amour à une dame qui mérite davantage votre affection. Moi je ne peux rien vous donner. Maintenant je vous dis adieu. Que dieu vous garde.

D'este ne disait plus rien comme si il lui fallait du temps pour assimiler ce qu'elle venait de lui dire. Angélica quant à elle laissa sa main qui se trouvait encore sur le visage d'Alfonso retomber le long de son corps. Elle allait se détourner de lui quand elle le senti la saisir brusquement en la faisant pivoter vers lui, aussi vite il l'entraina vers le mur au fond de la loge où dans la pénombre personne ne pourrait les voir et au même instant malgré la surprise de la jeune femme, D'este le souffle haletant la serra dans ses bras et plaqua avec ardeur ses lèvres chaudes sur les siennes glaciales. Trop stupéfaite pour réagir elle l'avait l'espace de quelques secondes laissé faire. Mais cela ne dura pas car ce simple contact physique entre leur corps suffit à réveiller sa soif de sang. Et une violente envie de le mordre la saisie. Cela aurait était si facile de céder à ses pulsions vampiriques et d'ôter la vie à cet humain. La brulure que causait cette soif dans sa gorge lui arracha un gémissement. La vampire se savait assez forte pour résister à cet horrible envoutement du sang. Dans un éclair de lucidité elle se libéra sans mal de son emprise et dans un mouvement qui fut trop rapide pour être perceptible pour D'este, elle l'assomma en prenant grand soin de contrôler sa force surhumaine.

« C'est bien triste d'en arriver à ce point-là » Se dit-elle en reprenant constance. La jeune femme prit tout de même soin d'inspecter l'arrière du crâne de l'humain et constata avec un certain soulagement qu'il n'y avait aucun dégât. Il en garderait sans doute un méchant mal de crâne quand il reprendrait connaissance. Sans plus attendre elle sortit de la loge et pour faire bonne mesure bloqua la porte en gelant discrètement la poignée jusqu'à la serrure dès qu'elle eut fermée derrière elle. « Tout de même, c'est bien la première qu'un humain m'embrasse. »Pensa-t-elle furtivement « Dimitri n'a pas besoin de le savoir, non il ne s'est rien passé, rien du tout. »Se disait-elle en marchant dans le couloir désert. « Maintenant je dois retrouver mon mari. » Angélica prit soin de remettre à son annulaire gauche son alliance, tant qu'elle était à Venise elle ne la portait jamais en société. Elle alla récupérer ses effets personnels auprès de la réception et au moment de partir un homme l'interpella du sommet de l'escalier principal, levant les yeux au ciel avant de se retourner pour lui faire face se demandant bien ce qu'on lui voulait encore. Elle reconnue l'adjoint du directeur de La Fenice.

-Signorina Di Firenze…Attendez je vous prie. Dit-il en venant à sa rencontre.

-Que puis-je pour vous ? Demanda-t-elle poliment.

-Monsieur le directeur m'envoi vous dire qu'il souhaiterait s'entretenir avec vous dans son bureau.

-Maintenant ? S'étonna la jeune femme. –L'heure me parait bien tardive et comme vous le voyez je m'apprêtais à partir. Une affaire urgente m'appelle. Cela ne peut-il point attendre demain ?

-Je comprends fort bien signorina. Répondit-il quelque peu gêné. Mais monsieur le directeur insiste et a précisé que c'était important.

-Fort bien. Lâcha-t-elle dans un soupir lasse, néanmoins elle prit la direction de l'escalier en ajoutant : –Si monsieur le directeur insiste. Je m'en vais de ce pas le trouver.

-Je vous en suis gré signorina. La remercia l'humain avant de retourner à ses occupations.

Décidément tout semblait vouloir l'empêcher de partir à la recherche de son mari, qui soit disant passant n'était toujours pas là. L'atmosphère de cette soirée bercée par les chants d'opéra qui raisonnaient dans les couloirs déserts lui paraissait étrange tout à coup, au fur et à mesure qu'elle s'approchait du bureau du directeur au deuxième étage Angélica n'aurait su expliquer ce qui lui inspirait ce sentiment. Pour quelle obscure raison le signore Buonaventura l'avait fait mander à cette heure. C'était vraiment curieux. Continuant son chemin elle arriva devant la porte du bureau, la vampire allait toquer pour s'annoncer, mais n'y en fit rien. Une senteur venait de lui monter aux narines, cette fragrance elle l'a connaissait intiment : c'était l'odeur du sang frais. Aussi vite elle ouvrit la porte et entra dans la pièce, cherchant du regard et par son odorat décuplé d'où provenait cette odeur de sang. Angélica repéra rapidement une partie du corps du directeur de l'opéra allongé sur le dos dépassant de derrière son bureau. La jeune femme s'avança à vitesse vampirique vers lui et se pencha au-dessus de son corps. L'expression de son visage était livide, les yeux grands ouverts, exorbités par la frayeur qu'il avait dû ressentir au moment de mourir. Elle n'entendait plus les battements de son cœur, mais son corps dégageait encore de la chaleur. Angélica venait de poser un genou à terre pour examiner l'humain de plus près, elle prit la mâchoire du directeur entre ses doigts et lui tourna la tête sur le côté droit laissant entrevoir une plaie sur son cou. Angélica comprit que le pauvre homme venait tout juste de se faire assassiné par un vampire. Elle eut un mouvement de recul en réalisant cela, tout s'enchaîna à une vitesse folle dans sa tête. La mort du directeur ne pouvait pas être l'œuvre d'un nomade de passage, il n'était qu'un appât. Angélica su alors qu'on venait de lui tendre un piège.

Soudain une des portes intermédiaires du bureau s'ouvrit dans un bruit fracassant lassant place à une créature aux yeux flamboyants, dénués de toute humanité. Il était grand, les cheveux bruns mi- longs en bataille, l'allure peu soignée. A la vue de ce monstre dont les lèvres étaient encore couvertes du sang de l'humain étendu par terre, la jeune femme frissonna de dégout. Elle savait que ce n'était pas un vampire ordinaire qui se tenait à quelques mètres d'elle, c'était un décadent, comme les appelaient de façon péjorative les autres immortels. L'aura primitive et profondément maléfique que dégageait celui-ci ne faisait que le prouver. Ces êtres abominables ne reflétaient rien, n'avaient aucune âme, aucune pitié. C'était comme si ces créatures restaient éternellement dans un état de nouveau-né soumis à leurs pulsions sanguinaires et folie meurtrière. Qu'est-ce qu'un démon pareil faisait ici ? Angélica ne l'avait jamais vue auparavant. La créature s'avança vers elle, le regard malfaisant, un grognement animal montant de sa poitrine. La vampire n'avait pas peur, car elle avait confiance en son pouvoir pour vaincre une créature de ce genre. Tout à coup le vampire desserra les lèvres :

-Good evening, miss Di Rosebourg. Prononça-t-il de sa voix rauque.

« Un Anglais » Se dit la jeune femme et comment connaissait-il son vrai nom. « Ah, mais bien sûr » Comprit-elle, voilà le résultat du fameux avis de recherche à son encontre dont Eléazar lui avait parlé. Maintenant d'autres créatures de la nuit tentaient de s'emparer d'elle. Mais ce sous-vampire n'avait pas pu avoir cette idée tout seul, les êtres de cette nature ne sont que des chiens enragés au service d'un maître vampire plus puissant qui les a délibérément détaché pour faire sa sale besogne à sa place. Il fallait qu'elle découvre l'identité de cet immortel qui lui avait envoyé cette chose.

-Je ne m'appelle pas Di Rosebourg. Répondit-elle dans un anglais parfait. C'était évidemment un mensonge. Mais elle ne voulait pas prendre le risque de se dévoiler maintenant. Bien sûr qu'elle pouvait utiliser son don pour le détruire mais cela la trahirait également si elle ne parvenait pas à l'éliminer. –Pour le compte de qui es-tu ici ? Poursuivie-t-elle avec assurance.

Un rictus mauvais se dessina sur les lèvres de ce décadent. Il leva la main droite et claqua des doigts. Aussitôt les vitres des deux fenêtres derrières le bureau volèrent en éclats quand deux autres créatures les traversèrent. A une vitesse fulgurante Angélica se sentie saisir les bras par ses deux agresseurs qui les lui maintenaient fermement dans son dos. Elle se débâtie comme furie, rageant de ne pas avoir vu venir ces deux-là.

-Tenez-la bien ! Ordonna le premier visiblement fier de son effet de surprise. –Elle ne doit pas nous échapper.

-Lâchez-moi misérables, je ne suis pas celle que vous croyez. Se défendit-elle vivement.

-Inutile de mentir femme. Répliqua l'autre. –Allez ! lança-t-il aux deux autres. –Emmenons-la au maître.

-Alors ça tu peux rêver maudite créature. Répliqua la jeune femme maintenant furieuse, submergée par une rage intérieure elle donna un violent coup de tête en arrière qui vint fissurer le visage d'un de ces monstres qui sous l'effet de la douleur lâcha sa prise sur son bras gauche, qui une fois celui-ci libre alla frapper à une vitesse fulgurante la figure de son congénère à sa droite qui emprisonnait encore son bras droit. Le choc de ce coup fut si violent que l'Italienne parvint en un coup de poing à briser une partie du crâne du vampire qui s'effondra dans un bruit de porcelaine brisé, inerte sur le sol. « Plus que deux maintenant » Se disait-elle galvanisée par l'adrénaline qu'elle ressentait en cet instant. Elle savait qu'elle allait devoir les tuer. Le premier vampire à qui elle avait porté le premier coup fonça sur elle suivit par son autre complice qui fulminait de rage du fait elle ait tué l'un d'entre eux si facilement. Le premier assaillant enchaîna une série de coup qu'elle para du mieux qu'elle pouvait étant limité dans ses mouvements par sa robe. Une ouverture se créa après un ultime mouvement d'attaque du premier vampire qui lassa sa poitrine exposée, la jeune femme profita de cet angle d'attaque pour lui assener un coup de poing à cet endroit qui propulsa son agresseur à l'autre bout de la pièce, le corps du vampire entra violement en collision avec le mur qui se fissura sous le choc. En tombant à terre le corps de la créature reversa un chandelier. Angélica n'y prêta pas plus attention car le deuxième vampire arriva sur elle par derrière et l'encercla de ses bras pour l'immobiliser. Son comparse commençait déjà à se relever de l'autre côté de la pièce.

-Tu sais te défendre. Lui susurra le brun à l'oreille d'une voix glaçante, le monstre passa sa langue entre dents aiguisées et vint lécher la délicate ligne du cou de la vampire qui prise d'un violent dégout se débâtie avec force contre cette étreinte forcée comprenant ce qu'il s'apprêtait à lui faire. Et cette créature s'en délectait à l'avance –Mais tu ne pourras pas nous échapper. Personne ne viendra à ton secours. Ricana-t-il visiblement convaincu de ses dires.

-Combien tu paris ?! Rugit une voix tremblante de colère. Un homme venait d'entrer dans la pièce et fonça à toute allure pour saisir d'une poigne de fer le vampire qui retenait la jeune femme entre ses bras. Il le tira sans ménagement en arrière pour lui faire lâcher sa prise sur Angélica et le jeta plus loin dans la pièce.

-Dimitri ! Prononça avec soulagement sa femme. Plus que jamais heureuse de le voir et de savoir qu'il allait bien. Ce dernier fondit directement sur le vampire en question et commença à le rouer de coup. –Comment oses-tu t'en prendre à ma femme, misérable ! Hurla Dimitri furieux en tenant l'anglais par le col avant de le frapper à nouveau. Son épouse voyant que l'autre agresseur s'était remis des blessures qu'elle lui avait infligé plus tôt. Bondit sur lui avant qu'il n'ait le temps défendre son congénère qui luttait face à Dimitri qui avait vraisemblablement plus d'expérience que lui dans l'art du combat. Elle le plaqua de nouveau contre mur elle lui hurla :

-Qui vous envoie ?!

Le vampire sonné par ce coup ne répondit rien à part des grognements. L'italienne le gifla du revers de la main. –Parle ! Rugit-elle hors d'elle, tout à coup la jeune femme sentie une odeur de brulé, elle tourna aussitôt la tête sur sa gauche est vit le long chandelier à pied qui s'était reversé dans la lutte, une des bougies avait roulée jusqu'aux rideaux et la flamme y avait mis le feu. « Oh non ! » Se dit-elle en se rendant compte qu'il fallait partir au plus vite. Mais pas avant d'avoir eu le nom de cet immortel que servaient ces chiens venus pour l'enlever.

-Répond ! Ordonna-t-elle en le claquant plus fort sur le mur, ce qui lui causa une fissure supplémentaire sur son visage dénué d'émotion.

-Ge..orge ! Murmura-t-il dans un souffle à peine audible.

-Georges ? Répéta la vampire, cherchant dans son esprit si elle connaissait ou avait entendu parler de cet individu, mais ce nom ne lui évoqua aucun visage. Comprenant qu'elle n'aurait pas plus d'informations de la part de cet être désormais en piteux état. Elle lui arracha la tête sans plus de manière pour mettre fin à son existence.

Elle regarda furtivement autour d'elle et vit de la fumée noire sortir dans le couloir et par les fenêtres du bureau. Des cris qui disaient « Au feu ! » commençaient à s'élever de dehors et dans l'opéra. Angélica se retourna ensuite vers son mari qui était en train de resserrer sa prise sur l'autre vampire à genoux devant lui qui grognait férocement, son cou bloqué par le bras gauche arqué du russe qui lui maintenait ainsi la tête contre son torse.

-Mon amour. Lui dit-elle en italien, ce dernier releva la tête vers elle, et il vit dans ses beaux yeux une expression dure, féroce, comme si elle était soudain une autre femme. -Tue-le ! Ordonna-t-elle sans la moindre émotion dans sa voix. Sans un mot Dimitri de sa main libre arracha net la tête de la créature dans un bruit sourd et la laissa retomber à terre, puis il se redressa et vint à elle qui se jeta dans ses bras. Dimitri lui rendit fermement son étreinte et sans la prévenir il l'entraina après lui vers la fenêtre qui donnait sur le canal et sauta sans hésitation avec elle.

Quand sa tête émergea de l'eau Angélica avait encore du mal à réaliser ce venait de se passer et ce qui aurait pu se passer si son mari n'était pas venu à son aide. Elle revint à la réalité quand elle entendit les humains s'agiter et se démener à la vue de La Fénice en proie aux flammes « Quel dommage » Se lamenta-t-elle. Dimitri sortir à son tour la tête de l'eau et nagea aussitôt vers elle.

-Angélica. Dit-il l'air grave. –Nous devons partir d'ici…

-Oui c'est sûr. Convient-elle. –Il faut seulement que je rentre à la maison mettre en ordre mes affaires ici et après nous pourrons…

-Non ! Coupa Dimitri. –Tu m'as mal compris, nous partons maintenant.

-Comment ça maintenant ? Répéta-t-elle sans comprendre.

-Ne te préoccupe pas de tes affaires, j'ai prévenu ton intendant, il le fera pour toi en notre absence. Maintenant suis-moi. Il est préférable de nager jusqu'au continent.

-Mais enfin…Tenta-t-elle de protester.

-Ne discute pas ! Ordonna-t-il d'une voix autoritaire qu'elle ne lui connaissait pas, il était contrarié et il y avait franchement de quoi. -Je t'expliquerai tout plus tard. Et bien entendu j'entends que tu fasses de même. Maintenant vient avec moi ! Sans en ajouter davantage son mari se détourna d'elle et commença à nager en direction du continent. Elle le suivit de mauvaise grâce, il était en colère d'accord se disait-elle, mais elle n'avait pas demandé à ce que ces fous s'en prennent à elle. Et partir comme ça, pour aller où ? Qu'est-ce que son mari pouvait bien avoir à l'esprit. Peut-être était-ce lié à son retard de ce soir. Néanmoins elle le suivit à la nage jusqu'à une berge isolée du continent. Elle fut surprise de constater que trois individus les y attendaient. Dimitri sorti le premier de l'eau et tendit ensuite la main à Angélica :

-Viens je vais t'aider. Dit-il en la hissant avec aisance hors de l'eau.

-Et bien mes jeunes amis, voilà une fuite des plus rocambolesques. Commenta l'air admiratif l'un d'entre eux aux cheveux blonds. Angélica observa ces trois personnes un instant et reconnu en celui qui venait de parler l'immortel qui l'avait salué de loin quelques semaines auparavant, ce fameux jour où D'este l'accompagnait. Il s'était exprimé en italien et elle remarqua que sa voix avait des accents bizarres de toute évidence c'était un étranger. Quant au deuxième à sa droite elle ne l'avait jamais vu.

-En effet Adonis. Répondit simplement Dimitri en ne prêtant pas attention au regard interrogateur que lui adressait sa femme qui semblait vouloir lui dire « Tu les connais ces oiseux-là ?».

-Qu'aurais-je donné pour voir cela. Renchérit d'une voix guillerette la troisième personne avec eux. Si au premier abord cette personne n'évoquait rien à Angélica, sa voix cependant elle l'avait reconnue comme étant celle de la dame qu'elle avait par mégarde bousculé dans l'escalier de La Fénice quelques heures plus tôt dans la soirée. Cette fois la jeune femme la regarda vraiment, cette dame était élégamment vêtue de la même manière que toute à l'heure, La vampire voyait bien que cette personne portait une perruque, rien d'anormal à ça, mais toutefois il y avait quelque chose d'étrange chez elle, Angélica n'aurait su dire quoi exactement. Elle était maintenant curieuse de savoir qui étaient ces personnes que Dimitri semblait bien connaitre. Alors elle répondit au commentaire de cette dame si singulière.

-Oh ce n'était pas aussi surprenant que vous semblez le croire. Avait-elle dit en faisant un élégant mouvement de bras comme si elle dessinait un cercle au-dessus de sa tête. En faisant cela un filet d'eau émanant de ses vêtements et de ses cheveux avait suivi cet ordre silencieux que semblait avoir émis ce mouvement de son bras, qui après la redirigea dans l'eau de la lagune. Une fois cela fait les trois étrangers constatèrent ahuris que l'italienne n'était plus trempée jusqu'aux os. En voyant ça ils échangèrent d'étrange s coup d'œil entre eux, dont eux seuls avaient la signification. Angélica n'y fit pas attention, elle alla vers Dimitri et agrippa des deux mains les pans de sa veste et tira légèrement dessus, aussitôt l'eau et l'humidité qui imbibait les vêtements et le corps du russe se dirigèrent vers le sol pour aller ensuite s'écouler du ponton à la lagune. Cette petite démonstration semblait ravir ces drôles d'individus.

-Et bien… très impressionnant. Commenta celui que Dimitri avait appelé Adonis.

-Je peux savoir qui sont ces personnes, Dimitri. Lui demanda sa femme avec une légère impatience dans la voix.

-Mais oui…Dimitri. Dit celui aux cheveux noirs, qui semblait être le moins loquasse des trois. –Où sont passées tes bonnes manières ? Je t'en prie présente nous à ta talentueuse épouse.

-On a entendu tant de bien de vous. Ajouta la dame à l'encontre d'Angélica.

Dimitri fit mine d'ignorer leurs remarques et prit la main de sa femme dans la sienne avant de dire :-Bien sûr ma chérie. Lui répondit-il affectueusement et pour la première fois de la soirée lui adressa un de ses beaux sourires. –Viens que je te présente. Il amena Angélica devant ses amis et entreprit de faire les présentations. –Mes amis. Dit-il à leur attention. –Permettez que je vous présente ma charmante épouse, Rose Belikova. Cette dernière salua d'une petite révérence les amis de son mari.

-Ma chérie, je présente Adonis. Reprit Dimitri en levant une main vers lui, ce dernier la salua respectueusement d'un hochement de tête. –Puis Hélénos. Indiqua-t-il du même geste celui aux cheveux noirs qui prit la main d'Angélica dans la sienne pour y déposer un baiser respectueux sur le dos de sa main en ajoutant : -Mes hommages madame.

-Puis enfin. Reprit Dimitri. –J'ai le plaisir de te présenter Narcisse.

-Bonsoir madame. La salua poliment Angélica en se disant que c'était un nom curieux pour une dame. Cette dernière lui sourit visiblement ravie, alors que les deux autres échangèrent un étrange regard. Ce qu'Angélica ne manqua pas de remarquer. –Aurais-je dit quelque chose qu'il ne fallait pas ? Oh pardon c'était peut-être mademoiselle ? S'excusa-t-elle de cette méprise.

-Ni l'un, ni l'autre. Marmonna Adonis.

-Chut… Intervint Narcisse à la remarque de son congénère, avant qu'Angélica ne puisse lui demander ce qu'il entendait par là. –Mademoiselle c'est très bien, mignonne. Précisa Narcisse à la jeune femme.

-Bon ! Coupa Hélénos qui semblait las. Ceci étant fait. Nous y allons ? La route est plutôt longue.

-Comment ça nous y allons ? Allez où ? Demanda Angélica à son mari.

-Nous avons été invités par leur maître, le seigneur Asmodée. Lui expliqua brièvement Dimitri. –Et aux vus des récentes circonstances…Précisa-t-il en jetant un coup d'œil par-dessus son épaule en direction de la Sérénissime d'où on voyait les lumières de l'incendie encore actif de l'opéra. –Je pense que j'ai bien fait d'accepter cette invitation.

-Sans même m'en…Commença la jeune femme l'air mécontente de cette nouvelle, mais Dimitri lui coupa la parole.

-Je t'expliquerais. Promit-il. –Pour l'instant c'est le mieux pour nous.

-Et puis notre maître sera enchanté de vous connaître ma chère. Ne put s'empêcher de préciser Narcisse tout sourire.

Angélica ne put réprimer un soupir de désapprobation, quitter Venise de cette manière après presque cinq ans de vie dans cette cité si attrayante l'attristait profondément, elle avait l'impression de partir comme une voleuse, mais elle savait que son mari n'avait pas tort. –Dans ce cas très bien. Accepta-t-elle à contre cœur.

-Alors c'est réglé. Se réjouit Adonis en se frottant les mains tel un commerçant qui venait de faire une affaire qui allait lui rapporter gros. Venez ! Lança-t-il en les enjoignant à le suivre. -La diligence nous attend, pas très loin.

-Oh et… nous avons pris la liberté, avec l'accord de votre mari bien sûr. Expliqua Narcisse. –De prendre une partie de vos affaires chez vous et pour le reste votre intendant humain le fera parvenir chez nous dans les prochaines semaines.

-Vous avez pensé à tout, à ce que je vois. Répliqua Angélica d'une voix blasée en comprenant que tout cela avait été déjà décidé sans qu'on lui demande quoi que ce soit.

-Oh, ne me remerciez pas c'est naturelle. Dit Narcisse d'une voix enjouée, manifestement il n'avait pas compris le double sens de ce qu'elle venait de dire.

Quelques secondes plus tard les vampires montèrent dans une spacieuse diligence conduite par un cocher humain et quatre chevaux. Une fois installé à l'intérieure la jeune femme réalisa soudain qu'elle n'avait pas la moindre idée de leur lieu de destination. Quand la diligence prit la route, elle posa la question :

-Au fait…commença-t-elle attirant ainsi l'attention de ses futurs hôtes assis en face d'elle et Dimitri. –Puis-je savoir où nous nous rendons ?

-Oh c'est vrai… Reconnu Adonis comme s'il venait de s'en souvenir.

-…Nous ne vous en avons rien dit. Termina Hélénos, bras croisés sur sa poitrine.

-Nous vous conduisons dans le pays magnifique des mythes et des légendes. Ajouta Narcisse d'une voix mystérieuse.

-Nous allons en Grèce ! Comprit-elle de suite.

-Elle a deviné. S'écria Narcisse.

-Vous êtes grecques ? Demanda-t-elle curieuse de ce détail.

-Oui ! Répondirent-ils simultanément tous les trois.

-Parlez-vous le grec madame Belikova ? Demanda Hélénos.

-Malheureusement non. Répondit-elle franchement.

-Je pourrais vous l'enseigner si vous voulez. Se proposa Narcisse.

-Cela me plairais, oui. Dit Angélica, elle avait toujours apprécié l'étude des langues étrangères, elle tourna ensuite la tête vers Dimitri qui n'avait pas encore prononcé un mot depuis le départ et lui demanda : -Plus tard dans la nuit pourrons nous nous arrêter, j'aimerais mettre une tenue plus adaptée au voyage.

-Certainement. Répondit-il avec un sourire amusé entendant ce que sa femme voulait dire par tenue plus adaptée. Elle allait se travestir en homme. -Mais il va de soi… Dit-il à l'attention de ses amis. -…que ces messieurs descendront de la diligence pour te laisser l'intimité dont tu auras besoin.

-Cela va de soi ! Répondirent une nouvelle fois en cœur l'air irréprochables les trois grecques.

Un détail venait de frapper Angélica dans leur réponse, c'était que Narcisse avait lui aussi répondu à cette réflexion de Dimitri, alors que concrètement son mari ne s'adressait qu'aux deux autres, à moins que Narcisse soit en réalité… «Non, pas possible » Pensa-t-elle ahurie, stupéfaite, mais alors c'était ça qu'Adonis avait voulu dire tout à l'heure par « Ni l'un, ni l'autre » Elle en était bouche bée. Elle fixa Narcisse qui lui servait son plus beau sourire comme si de rien était, puis elle regarda Dimitri sentant son regard sur elle, on aurait dit qu'il se retenait d'éclater de rire. Le russe avait vu dans le regard de sa femme qu'elle venait de comprendre. Et l'expression de son visage en cet instant aurait valu de l'or. Dimitri prit sa main dans la sienne comme cela pouvait dissiper son malaise et se pencha à l'oreille d'Angélica pour lui murmurer discrètement : -Ne t'inquiète pas ma douce, il n'y a pas d'offense tu sais. En prenant Narcisse pour une femme, tu lui as sans doute fait le plus beau compliment qu'il ait jamais reçu dans sa longue existence.

«D'accord» Se dit-elle vraiment prise au dépourvu. Mais après tout, par moment ne s'habillait-elle pas elle-même comme un homme. Angélica se demandait vraiment dans quel monde ce voyage en Grèce allait l'emmener. Mais cette fois quoi qu'il arrive, Dimitri serait avec elle.

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Et voilà pour ce chapitre 8. J'espère qu'il vous aura plu. Pour ma part j'ai hâte de commencer l'écriture du prochain. N'hésitez pas à m'écrire pour me dire ce que vous en avez pensé, tous les avis constructifs m'intéresse et m'aide à avancer dans les chapitres suivants. Encore merci à tous de suivre cette fiction. Je vous retrouverai dans le prochain chapitre. Ciao !