Ambitions interrompues
Megamind entra dans l'appartement splendide avec son propre jeu de clef. Il vit que les volets étaient déjà fermés même si on était encore en début de soirée. D'après le journal, sa compagne n'était pas allée au travail cet après-midi. Ce n'était pas si étonnant d'après ses collègues elle avait été plus que barbouillée toute la matinée.
Megamind mit la pizza au four pour qu'elle reste à bonne température et rejoignit Roxanne dans sa chambre. Il n'y avait qu'un grand lit, une vieille commode et un morceau de bibliothèque.
La journaliste si pétillante habituellement était roulée dans ses couettes. Elle ne bougea même pas quand il entra puis s'installa à ses côtés.
— Est-ce que tu m'aiderais à traduire le message de Mignon ? On a décidé de ce parlé en émoji et j'ai beaucoup de mal à le décrypter. C'est un peu comme apprendre une nouvelle langue, tu vois ?
Roxanne ouvrit les yeux difficilement avec une bonne dose de consternation. Elle grogna devant sa mine si sympathique.
— C'est de ça dont tu veux parler ? Mignon qui communique en émoji ?
Roxanne avait la voix enrouée de ne pas avoir parler de l'après-midi, elle s'empressa de boire un peu ce qui la força à se redresser.
— Tu as bien reçu mon mail ? vérifia-t-elle avec inquiétude.
— Oui.
— Alors tu sais que je n'ai pas envie de parler de Mignon ou du langage des émoticônes.
Megamind pinça doucement les lèvres. Il se frotta le menton comme si elle n'était qu'un problème de physique à prendre du bon côté.
— Je me disais que si tu voulais en parler avec moi, tu ne m'aurais pas envoyé un mail.
Le ton était patient mais presque désintéressé ce qui raviva la furie de la femme. Elle repoussa son comparse et se rallongea comme pour mettre fin à toute possible discussion.
Elle repoussa l'idée même de se sentir nauséeuse.
Les résultats d'analyse étaient parvenus ce matin et les médecins déconseillaient une paternité biologique à Megamind. Les disparités génétiques seraient trop importantes pour assurer une grossesse sereine ou un fœtus viable.
Et même si Roxanne ne s'était pas souvent projetée dans le rôle de mère, la nouvelle lui avait fait un choc. En faisant les analyses et en discutant d'un possible enfant d'eux deux... elle s'était prise au jeu. Elle avait imaginé un mini-Megamind qui aurait dû sortir par césarienne, un bébé avec la peau bleue et le crâne luisant.
Il lui semblait qu'on l'avait privée de son rêve de la plus brutale des manières.
Elle sentit les bras de Megamind l'entourer et se tourna pour profiter pleinement de l'étreinte. Elle renifla contre lui, se laissa caresser le dos avec reconnaissance.
— Avec tout ça, je m'étais convaincue que c'était possible. Qu'on serait parent.
— Je sais, ça doit être douloureux.
— Ce n'était pas ce que tu voulais ? s'inquiéta immédiatement sa compagne.
— Ce n'est pas ce que j'ai dit, nuança Megamind. Je sais que la vie est facile à obtenir mais tout n'est pas sans risque et si cette grossesse aurait pu te porter atteinte, j'aurais refusé net. Je m'étais déjà résigné.
Roxanne cligna des yeux, indubitablement surprise. Alors qu'elle se prenait les évènements de plein fouet, son petit-ami avait déjà tous les plans en tête. À chaque fois elle était surprise mais cela devait s'arrêter.
Megamind ne jouait pas avec elle et leur avenir. Il était toujours préparé, appliqué et redoutablement sérieux. Ce n'était pas si étonnant qu'il ait réfléchi à l'avance à toutes les réponses possibles des médecins.
— J'aurais aimé qu'on crée un petit être unique, juste nous.
Attendris à son tour, Megamind frotta sa joue à la sienne. Ils se serrèrent encore davantage, heureux se se retrouver malgré la situation peu favorable.
— Dis-moi que tu as un plan, souffla Roxanne avec tristesse.
— Bien sûr. Mon premier est le contraire de « mets ». Mon second est une ville célèbre pour son circuit. Mon tout est... définitivement illégal mais avant tout très amusant.
Et Megamin fut ravi d'entendre le rire doux et chaleureux de sa bien-aimée.
Un OS pour la 124e Nuit du Fof avec comme thème « charade » ; la réponse est tout simplement enlèvement.
