Auteur: Kuro-Hagi – 01/08/2020

Genre: Amitié - Romance – Yaoi - Hurt/Comfort

Disclaimer: Tout ce monde et ces personnages appartiennent à Tadatoshi Fujimaki.

Notes : Hello ! Et voilà c'est le coup d'envoi du AoKagaMonth… Et vous me connaissez j'aime ce genre de petit challenge ! J'espère que vous allez apprécier.


Remember When

1er août

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KAGAMI

L'alarme sonne, il tâtonne sur la table de chevet, l'éteint, soupire et enfin il ouvre les yeux. Il fait beaucoup trop chaud. Il n'aime pas laisser la climatisation allumer la nuit, mais il a oublié que l'été au Japon est souvent très chaud et humide. Il pleut beaucoup et quand il ne pleut pas la menace de l'orage reste présente et pèse lourdement. Ce n'est pas la même chaleur qu'en Californie qui est beaucoup plus sèche. Il soupire. Il a horreur de cette sensation, cette atmosphère moite et pesante, l'impression que sa peau colle alors que le moindre mouvement le fait transpirer, l'impression de s'épuiser au moindre effort comme si l'air était littéralement plus dense. La sueur coule dans son dos. Les draps ont fini en boule dans un coin du lit. Il se lève et ouvre la fenêtre pour aérer un peu, puis il s'habille d'un maillot et d'un short avant d'aller manger un morceau. Son regard s'arrête sur le calendrier : Samedi 1er août. Demain c'est son anniversaire et il va le passer seul, comme le précédent et celui encore avant, et… Il ne compte plus. Il soupire, attrape son téléphone et ses écouteurs, il enfile ses baskets puis il sort pour courir et brûler ce trop plein d'énergie qui semble toujours déborder en lui et qu'il est toujours incapable de canaliser totalement.

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AOMINE

Sa tête tambourine violemment quand il se réveille dans une chambre qui lui est inconnue. Sa lèvre aussi lui fait mal et ça c'est pas courant après une gueule de bois. Il se redresse et son regard glisse sur les deux corps étendus à côté de lui. Il a encore déconné cette nuit. Il déglutit. Il essaie juste d'oublier, ou de se foutre en l'air il ne sait plus trop. Chaque été c'est pareil. C'était il y a dix ans pourtant. Mais il n'a pas oublié. Il ne peut pas oublier. Il sort du lit silencieusement et retrouve à tâtons ses fringues éparpillés. Il lui manque peut-être un truc tant pis, il s'assure d'avoir son téléphone et son portefeuille au minimum. Il évite les capotes usagées qui traînent au sol, au moins ils se sont protégés, et il sort silencieusement de l'appartement.

Il ne connaît pas le nom des deux gars avec lesquels il vient de passer la nuit, anonymes parmi d'autres. Il entre dans l'ascenseur et s'appuie contre la parois. Il inspire amplement. Mais rien y fait, l'envie de pleurer de hurler est toujours là. Il se regarde dans le miroir, sa lèvre et son arcade son éclatés. Des bribes de souvenir de la veille lui reviennent. Il a pris la défense d'un des gars avec lesquels il vient de passer la nuit. Pour rien comme ça. Le plaisir de se mêler à une bagarre, de faire parler ses poings, de se défouler de toute cette colère qui l'habite et le ronge. Sa meilleure amie et colocataire va encore l'incendier en arrivant. Pourvu qu'il rentre avant qu'elle ne se lève.

Il pose son front contre le miroir et laisse les larmes glisser sur ses joues. Il n'y arrive plus, il n'a plus envie d'avancer, dans le vide de son existence. Il y a dix ans, il avait une lumière plus brillante que le soleil dans sa vie et on lui avait arraché, il l'avait vu brillé au loin, de l'autre côté du Pacifique, mais sa vie à lui ici restait engluer dans l'obscurité dans laquelle il semblait s'enliser un peu plus chaque jour. Ça fait dix ans bordel et il n'arrive pas à l'oublier. Lui le seul qui a su le faire vibrer. Il se sentait vivant avec lui, quand il jouait au basket, quand il faisait l'amour, quand il savourait sa cuisine, quand il entendait son rire, quand il se laissait bercer par ses bras, quand tout simplement il était à ses côtés. Il se sentait tellement vivant, tellement ancré dans la réalité. Aujourd'hui, il recherche cette étincelle, cette vie en lui. Il prend des risques, il tente tous les sports les plus extrêmes, il se réfugie dans le sexe débridé avec souvent plusieurs partenaires. Mais rien n'arrive à lui faire ressentir cette flamme. Comment pourrait-il la flamme de sa vie c'est lui. Sans lui il n'est qu'une coquille vide. Il ne peut pas avancer. Il y a dix ans ils fêtaient ensemble leurs seize ans. Demain, Il en aura vingt-six. Avec qui va-t-il le passer ? Est-ce qu'il pense aussi parfois encore à lui, à cet été ?

Il sort de l'immeuble et rejoint le métro le plus proche. Une douleur lancinante dans ses hanches lui rappelle que le sexe hier a été brutal. Il se cache sous sa capuches et s'engouffre dans une rame. Il compte les stations, il tremble un peu de se sentir enfermé dans ce genre de lieu clos et bondé, il n'aime pas ça. Il n'a jamais aimé, mais ça ne fait qu'empirer avec le temps. Il serre ses poings et enfonce ses ongles dans ses paumes. Il ferme les yeux et il compte les arrêts et se concentre sur la voix impersonnelle qui annonce les noms des stations. Il descend enfin et court presque jusqu'à la sortie des souterrains pour respirer l'air pollué de Tokyo avec soulagement. Il ralentit sa course une fois dehors pour rejoindre son appartement. Il sort ses clés, il espère que Satsuki n'est pas réveillée. Un samedi matin avec un peu de chance elle est chez son mec de toute façon.

Quand il pense que même lui n'a aucune nouvelle de Lui, alors qu'il est son meilleur ami depuis Los Angeles. C'est comme si du jour au lendemain il avait disparu, jusqu'à réapparaître à l'écran en NBA. Le voir jouer avec les plus grands, c'est presque irréel. Personne n'avait réussi à le contacter. Au début il avait éprouvé de la colère envers lui. Taiga n'avait pas essayé de le joindre. Et puis, Satsuki lui avait fait remarqué que si personne n'avait de contact avec lui, peut-être qu'il était lui aussi dans l'incapacité de les contacter. Plus tard, il avait appris que son père avec appelé celui de Taiga pour lui demander de rapatrier son fils qui le détournait du droit chemin. Les deux hommes s'étaient visiblement assurés qu'ils ne pourraient jamais se revoir. Il avait serré les dents et il avait fait profil bas. Satsuki, Tetsuya et leurs amis l'avaient soutenu. Et en mémoire de ce que Taiga avait sauvé de lui il avait essayé de se maintenir à flot, avec l'espoir d'un jour le revoir ou d'oublier. Il avait passé le lycée, il était allé à l'autre bout de la ville pour faire ses études et il avait commencé des petits boulots pour être indépendant. Pas question de vivre encore longtemps aux crochets de son père. Il avait pris un appartement avec Satsuki et en partageant le loyer il avait réussi à s'en sortir avec l'argent des petits jobs. Il avait alors rempli son dernier sac avec tous les choses dont il ne voulait pas se séparer, il avait fait face à ses parents et annoncé son homosexualité avant de claquer la porte.

Depuis, il vit dans cet appartement avec Satsuki. Ils ont tous les deux finis leurs études et pourraient aisément se payer leur propre appartement, mais sa meilleure amie ne semble pas décider à le laisser seul, de son côté… Chercher un nouvel appartement c'est trop d'effort, et puis au fond la présence de Satsuki lui assure de ne pas totalement retomber dans la dépression. L'appartement est silencieux. Il pose ses clés sur la tablette et retire ses baskets. Il entre dans la pièce.

« Tu as passé la nuit où ? »

Fuck…

« J'sais pas… Avec un couple j'crois…

— Dai…

— Satsu j'ai pas besoin de ton sermon. J'vais bien. J'me suis protégé.

— Ton visage…

— C'est rien. »

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MOMOI

A chaque fois qu'elle le voit rentrer de ces nuits de débauche, elle a mal. C'est comme un froid glacial qui l'enveloppe de voir son ami comme ça. Daiki c'est son frère. Il ne sont pas jumeaux mais c'est tout comme. Elle n'a besoin que d'un regard pour savoir ce qu'il pense, savoir comme il se sent. Et là, comme tous les étés depuis dix ans, comme tous ces mois d'août il est à l'agonie. Elle l'a vu pleurer la disparition de Taiga comme elle ne l'a jamais vu pleurer avant. Elle le connaît depuis le berceau, des bobos ils en ont traversé ensemble. Cette période sombre au collège, où il dépérissait et s'enfonçait dans la dépression. Il a été odieux, il a été le monstre qu'il redoutait d'être mais elle savait qu'il était toujours là enfouit sous la noirceur dans laquelle il tentait de se noyer. Et puis Taiga est arrivé dans leur vie. Elle a vu son ami sortir peu à peu des ténèbres, reprendre foi en la vie et rire à nouveau. Et puis, il est tombé amoureux. Il a eu peur, nombreux démons sont revenus le hanter, les doutes l'ont assailli. Mais Taiga n'a pas lâché l'affaire, il l'a rassuré, il a fait preuve d'une grande patience. Au début de cet été de leurs seize ans il avaient franchi la frontière entre l'amitié et l'amour. Deux mois… Deux mois où elle n'a jamais vu Daiki plus heureux. Pourtant Taiga avait déjà fait des miracles avec lui, mais dans cette nouvelle relation Daiki semblait s'épanouir, vivre. Et puis, le père de Daiki les avait surpris et du jour au lendemain c'était terminé. La veille Daiki fêtait ses seize ans avec tous ses amis et le garçon qu'il aimait. Le lendemain Taiga avait littéralement disparu de la circulation. Il avait fallu deux jours. L'appartement avait été vidé, la ligne téléphonique coupée et l'adresse mail n'existait plus. Il ne leurs avait même pas permis de se dire au revoir.

Elle soupire.

« Va te doucher… Et après laisse-moi t'aider à soigner ça... »

Il grommelle mais se rend et prend le chemin de la salle de bain. Elle termine la vaisselle qu'elle avait interrompu puis rejoint la salle de bain, elle entend l'eau couler et entre dans la pièce embuée.

« Dai ?

— Ouais… J'ai fini. »

Il coupe l'eau, sort et attrape la serviette qu'elle lui tend. Il l'a noue autour de sa taille et s'assied sur bord de la baignoire pour lui permettre d'examiner ses plaies. Elle soupire.

« C'est pas joli… Mais tu devrais t'en sortir sans aller à l'hosto. »

Elle désinfecte et met des pansements. Puis, sans s'émouvoir qu'il soit trempé, elle l'enlace pour le serrer contre elle. Daiki ne se débat pas. Il se laisse aller contre elle. Il ne pleure pas. Il ne pleure plus devant elle en tout cas. Mais la mélancolie lui colle toujours à la peau. Il ne parle plus de lui, il ne lui plus dit à quel point il lui manque à quel point il veut le retrouver le revoir. Taiga est devenu pratiquement un sujet tabou, même avec Tetsuya qui fait toujours son possible pour le recontacter. Il ne prononce plus son prénom, sauf les rares soirs où il est complètement bourré ou défoncé, voire les deux. Ces dernières années, il semble avoir perdu l'espoir de le retrouver. Ou plutôt de le retrouver et qu'il l'ai attendu. Trop d'années ont passé. Et elle ne peut pas nier. Après tout quelle chance pour que Taiga aussi se morfonde et attende de retrouver Daiki ? Si ça avait été le cas, il aurait bien trouvé un moyen de le retrouver. Il sait où ils habitent. Bien qu'il soit compréhensible qu'il n'ait pas envie de sonner à la porte des Aomine, il doit savoir qu'il est toujours le bienvenu chez les Kuroko ou chez les Himuro. Mais Taiga n'est jamais revenu. Et pire depuis six mois il a mis fin à sa carrière en NBA. Dans une dernière interview il faisait son coming out public et expliquait qu'il y avait trop de discrimination dans le sport envers les gays, envers les femmes, envers les minorités, envers les personnes des milieux défavorisés. Et que c'était une des raisons pour laquelle il arrêtait sa carrière, en plus du fait qu'il avait espéré trouvé un joueur d'exception qu'il n'y a jamais rencontré. Avec Tatsuya, ils sont persuadés que ce joueur c'est Daiki, mais elle n'a préféré par s'en ouvrir au principal intéressé qui sans Taiga n'a plus réussi à jouer et s'investir dans le basket.

Ses doigts glissent dans ses cheveux humides. Elle attrape une autre serviette et lui sèche les cheveux.

« Tu devrais aller dormir. Demain midi Tetsuya nous invite au restaurant. Je sais ce que tu vas dire… Mais Tetsuya a dit que c'était très important.

— On va fêter ensemble l'anniversaire de notre pote disparu… Tain on dirait qu'il est mort !

— Baka ! Ça n'a rien à voir ! Je crois que Tetsuya a une annonce à nous faire.

— Le 2 août ? Il avait pas une meilleure date ?

— … ça fait dix ans Daiki. »

Elle voit la mâchoire de son ami se crisper. Dix ans. Elle sait que pour lui ça ne représente rien. La douleur est toujours là, aussi vive. On lui a arraché le cœur et le trou béant dans sa poitrine ne se comblera pas. Parce que Daiki est comme ça. En tout cas, il en est persuadé. Il ne pourra jamais aimé qui que ce soit d'autre. Il ne pourra jamais plus vivre mais seulement survivre. Et survivre c'est épuisant.

« Je sais bien… Que c'est toujours dur pour toi quelque soit les années qui passent. Mais… Tetsuya est passé à autre chose… Il a avancé dans sa vie. S'il te plaît…

— J'vais dormir… J'y réfléchirai... »

Elle n'insiste pas. Elle sait qu'il viendra parce qu'il ne refuse jamais rien à Tetsuya. Mais dans quel état ? Il termine de se sécher, lui souhaite une bonne journée et va s'enfermer dans sa chambre.

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KAGAMI

Il boit de longues gorgées d'eau. Il regarde le papier trois noms, trois numéros de téléphone. Il n'est pas encore prêt à les contacter. Il vient seulement d'ouvrir son établissement il y a un mois. Il ne veut pas se foirer. Il veut renouer quand il se sentira vraiment installé. Depuis qu'il est ouvert, son restaurant ne désemplit pas. Chaque jour, il a plus de clients et il a même déjà des habitués. Il est confiant. Bientôt, il pourra appeler ses amis s'il peut encore les appeler comme ça. Le dernier nom, c'était plus qu'un ami. Mais ils ne sont plus rien aujourd'hui. Et ce sera sûrement le plus difficile à renouer. Après dix ans, ses sentiments il en a conscience n'ont pas faibli. Il pensait qu'avec le temps, ils se dissiperaient. Mais le temps n'a rien effacer du tout contrairement à tout ce qu'on n'a pas lui dire. Mais qu'en est-il pour lui ? Il ne l'a pas rejoint en NBA il a espéré pourtant. Pourquoi ? Pourquoi il a arrêté ? Est-ce qu'il a trouvé quelqu'un d'autre ? Est-ce qu'il va bien ? Il espère qu'il va bien. Au moins il est vivant. Si déjà il sait qu'il va bien et si de temps en temps il veut bien manger dans son restaurant. Il sera content. Il ne doit pas trop espérer. Il ne doit pas trop en demander. Juste le revoir et discuter un peu avec lui… Juste le revoir et le voir encore savourer sa nourriture et lui dire que c'est délicieux. Pas une fois Daiki ne l'a pas complimenté sur sa cuisine même quand il lui faisait à manger tous les jours. Même avant qu'il ne soit plus qu'ami. Il inspire et se décide à aller se doucher. Il ouvre ce soir et il n'a pas le temps de traînasser.