Une semaine entière est passée. Dans la classe 3-3, je ne me souviens d'aucun prénom. Une fille aux cheveux roses parlant fort me perturbe, mais apparemment, elle est toujours comme ça. Peut-être qu'elle compense simplement pour son amie muette.
Ce fut une semaine banale. Pas vraiment pour mon cœur, cela dit. Mon premier entraînement fut très intense. Je ne suis pas vraiment une bonne nageuse, je ne peux pas nager longtemps. Après quelques longueurs, mon cœur bat à tout rompre.
J'étais terrifiée, mais je savais que cela arriverait. A chaque fois que mon cœur ne bat pas comme d'habitude, j'ai peur. Même si je prends mon traitement quotidiennement, la même frayeur me dévore l'esprit.
Cependant, j'adore mon maillot de bain. Je trouve qu'il me va bien. Aussi simple soit-il, je l'adore. Mes précédents maillots étaient coupés n'importe comment. Ils étaient certes de la bonne taille, mais je ne sais pas pourquoi, il y avait quelque chose qui n'allait pas avec la poitrine.
Il faut que je continue, ce n'est que comme ça que mes progrès vont faire surface. J'ai toujours nagé avant d'aller manger. Je ne sais pas pourquoi, mais c'était une habitude. Et à chaque fois que je nage, j'ai faim.
Je demande quelle heure il peut bien être à l'un de mes partenaires. Six heures et demie. Cela fait donc plus d'une heure que je nage.
Je fais une dernière longueur et je vais prendre ma douche. L'eau des douches est chaude, bien plus que celle de la piscine. J'adore l'eau chaude, c'est rassurant. La vapeur m'enveloppe d'une manière agréable. Mais je ne peux pas passer mon temps à prendre une douche. J'ai vraiment la dalle.
Dix minutes plus tard, je suis en chemin pour aller manger. Évidemment, quelques étudiants font la même chose. Avant l'hiver, je fais toujours en sorte de manger avant le crépuscule. C'est une habitude rassurante que j'ai depuis mes 10 ans.
En faisant la queue, je me demande ce que je pourrais bien manger. Toutefois, quelqu'un me pousse un peu.
Cela aurait pu être insignifiant, mais cette même personne passe ses bras autour de mon cou. Il n'y a que quelques personnes qui me font la même chose. Et comme je suis à l'école, il n'y a que Saki pour faire ça.
Son odeur l'a trahit. J'aime ses câlins, ils sont vraiment agréables. Comme je suis assez grande, elle doit être actuellement sur la pointe des pieds.
« Tu as besoin de quelqu'un avec qui manger? » Me demande-t-elle.
« Bien évidemment. Tu es toujours la bienvenue. »
Il doit y avoir cinq ou six personnes devant nous. J'ai encore le temps de choisir ce que je veux manger. Ce soir, je ne mangerais pas de viande, le poisson reste une bonne alternative. Avec un peu de légumes frits, ça sera parfait.
C'est enfin mon tour, et je prends mon plat. Saki prend quelques légumes avec de la viande, un plat tout à fait ordinaire.
Elle cherche deux places libres, et nous nous asseyons. J'ai quelques petites choses à lui dire, donc c'est le moment opportun. Je prends une bouchée du poisson. Il n'est pas mauvais, savoureux et juteux. J'ai toujours eu une certaine préférence pour le poisson.
Mais je soupire. Maman m'a annoncé de mauvaises nouvelles.
« Tu sais que mon père fume beaucoup, n'est-ce pas? Maman m'a dit que ça a empiré ces derniers temps.»
« Il sait que tu détestes ça, non? Pourquoi il continue dans ce cas? » Me demande-t-elle, quelque peu inquiète.
« Il semble que c'est son boulot qui le fatigue beaucoup trop. Quand il est fatigué, il fume beaucoup pour rester éveillé. Il sait que je déteste ça, donc à chaque fois que je suis à la maison, il va dehors. » Je soupire encore une fois.
Elle a l'air troublée. Mon père travaille toujours dur pour nous. Je l'admire pour cela, mais il ne prend jamais soin de lui. Sa famille est sa priorité numéro un. Parfois, j'essaie de le convaincre de prendre du temps pour lui. Et, bien évidemment, à chaque fois, je parle à un mur.
« Il travaille toujours tard? »
« Ouais. Tu sais ce que c'est. Un employé de bureau typique qui ramène du travail chez lui. » J'ai peur pour lui, vraiment peur.
« Ça va aller, Kaori. Il sait que tu as peur pour lui, et il va changer. Je suis sûre qu'il va le faire. » Saki est toujours très confiante dans ce genre de cas.
Nous passons le reste du repas silencieuses. En fait, cet endroit n'est pas vraiment bruyant. Le midi, il y a quelques fois du remue-ménage, mais pas pendant le dîner. La fatigue est vicieuse.
Quelqu'un apparaît ensuite dans mon champ de vision. Une fille avec le bras enveloppé dans un bandage. Elle doit être une de mes camarades de classe, mais je ne sais pas qui elle est. Elle est avec une fille aux cheveux bleus vraiment flashy. Cette pauvre fille a l'air très fatiguée.
Quand nous avons fini, nous nettoyons notre table et nous partons. A l'extérieur, le temps est agréable. Ni trop chaud ni trop froid. Je m'allonge dans l'herbe. Elle est un peu humide, mais ça reste plaisant.
J'ai l'impression d'être une enfant. Quand j'étais petite, j'adorais m'allonger dans l'herbe avec ma mère.
Le corps est enveloppé de sensations. De l'humidité, de la fraîcheur, on perd toute notion du temps, et l'esprit est aspiré dans un vide blanc.
En plein milieu de la nuit, avec ma mère, quand tout était calme, les battements de mon cœur étaient la seule chose que je pouvais entendre. Une chose si simple, mais pourtant incroyablement relaxante. Juste moi, et ma mère. Rien d'autre.
« Tu vois ces étoiles? Quand j'étais petite, je pensais que je pouvais être capable de les toucher. J'étais fascinée, autant qu'une gosse pouvait l'être. Parfois, je me demande si les étoiles sont des âmes. C'est puéril, n'est-ce pas? » Je ricane.
« Nous sommes tous des enfants au fond de nous-même. N'aie pas honte de penser comme tu le fais. » Elle sourit, les yeux clos.
Le vent souffle doucement, paisiblement. Mes cheveux ondulent alors que je suis sur le point de m'endormir. Je suis fatiguée. Tout est silencieux. Pas de bruit, pas de klaxon, pas de travaux, juste moi, Saki, et notre ami le vent.
Mon esprit rejoint le vide blanc. Mais toutes les bonnes choses ont une fin. Nous devons aller au lit.
Ce soir, je dormirais bien. Mon esprit est en paix, et nager m'a épuisé. Je lui souhaite une bonne nuit, et je rejoins ma chambre. Mon pyjama n'attend plus que moi.
C'est un vêtement on ne peut plus banal. Un simple jogging noir avec un débardeur blanc. Les choses les plus simples sont toujours les meilleures. Je l'enfile, et je me mets au lit.
Avant que je ne m'endorme, quelque chose me traverse l'esprit. C'est au sujet de ma technique de natation. Je dois réduire ma vitesse, et nager lentement, tout en améliorant mon endurance. Avec cet état d'esprit, tout ira pour le mieux.
Enfin, je plonge dans les bras de Morphée. Ce fut une bonne semaine. Un démarrage un peu dur, mais un très bon final.
