Dimanche. Un jour merveilleux. Durant la semaine, je fais en sorte de nager avant le dîner. Mais le dimanche, je nage toujours le matin, ça m'aide à me réveiller. Chaque dimanche, je me lève à sept heures et quart. Mon estomac crie famine, et je vais prendre un bon petit-déjeuner. Tous les matins, je mange la même chose. Du riz avec des légumes, et un œuf dur. Rien de bien folichon, mais c'est nourrissant. Je n'ai jamais été originale en termes de nourriture.
A l'extérieur, il n'y a presque personne. La majorité des étudiants doivent encore dormir. Il faut dire que je ne dors pas beaucoup. Parfois, je dors seulement quatre heures. Bien évidemment, en début d'après-midi, je suis forcément fatiguée, mais je ne peux pas faire autrement.
Mon maillot de bain est dans mon sac, tout comme ma serviette. J'ai plein de temps devant moi, cela ne sert à rien de courir. En chemin, j'en arrive à me demander si je serais une grande nageuse un jour.
Le bâtiment comprenant la piscine ressemble à tous les autres. Tout ici semble si banal. Sauf le portail, qui est bien trop pompeux.
Quand j'atteins le bassin, je suis surprise. Il n'y a absolument aucun bruit. Il y a seulement trois personnes qui nagent en silence. Le dimanche est une de mes journées préférées pour des raisons comme celle-ci.
Dans les vestiaires, j'enfile mon maillot de bain, et je me dirige vers le bassin. Sur le plongeoir, je fixe la surface. Elle est aussi lisse qu'un miroir. Je prends une profonde inspiration, et je plonge. Sous l'eau, je prends soin de ne jamais ouvrir les yeux. L'eau d'une piscine est toujours saturée en chlore.
Comme d'habitude, je nage en crawl. C'est la seule et unique nage que je maîtrise. Comme échauffement, je fais quelques longueurs. C'est primordial de s'échauffer. Sans un bon échauffement, le risque de se blesser est énorme. Je prends tout mon temps, je n'ai pas envie de me faire mal.
Je fais toujours deux ou trois longueurs d'échauffement, cela suffit amplement. Par moments, je salue ou dis quelques mots à mes partenaires de natation. Ceci dit, quand je suis dans l'eau, je me préoccupe uniquement de mon entraînement. Le reste n'a pas la moindre importance à mes yeux.
Mais je dois l'admettre, nager n'est pas mon passe-temps préféré, loin de là. Cependant, l'infirmier m'a dit de nager, pour le bien de mon cœur. Il sait ce qui est bénéfique pour moi. Si j'abandonne, si je ne prends pas mon traitement correctement, je serais de retour à la case départ. Lors de mon séjour à l'hôpital, tout était différent. Je ne pouvais marcher plus de quelques mètres sans assistance.
Mon cœur était dans un état lamentable, mais heureusement, tout était fait pour que je supporte les conséquences de la chirurgie et du traitement. Je ne pourrais jamais assez les remercier pour ce qu'ils ont fait pour moi. Mais la nuit, la douleur dans ma poitrine était telle que je ne pouvais rien faire d'autre qu'éclater en sanglots. Je n'ai pas envie de revivre ça. Donc, je dois nager.
La natation est comme une porte de sortie. Je sais que je vais devoir vivre le reste de ma vie avec cette pathologie, mais je dois rester en forme. Chaque jour, j'essaie de nager entre une demi-heure et une heure. Cela renforce mon cœur et me permet de gagner un peu en muscles. Un sport parfait, en quelque sorte.
C'est après que mon vrai entraînement commence. Je ne nage pas très vite, mais j'essaie de m'améliorer sur ce point. La persévérance est la clé de la réussite. Si j'abandonne, cela n'ira jamais mieux.
Je commence donc mes longueurs, et j'accélère à partir de la troisième. Je me concentre uniquement sur le fait de nager, et je dois garder cet état d'esprit. Une demi-heure de natation suffit amplement. Cela ne me fatigue pas trop. Je prends ensuite rapidement une douche bien chaude. On ne peut pas simplement se rhabiller après avoir nagé. Le chlore est une saloperie pour la peau.
Je me demande bien ce que je vais pouvoir faire avant le repas puisque je n'ai absolument rien de prévu pour aujourd'hui. Soudainement, je me rappelle que j'ai fini le seul livre que j'ai emprunté à la bibliothèque. J'ai une grosse collection de livres à la maison, mais dans la précipitation de la rentrée, j'ai oublié d'en prendre quelques uns.
C'est donc l'heure d'aller à la bibliothèque. Elle se trouve au deuxième étage du bâtiment principal. J'en suis une habituée, je ne peux pas passer deux semaines sans lire un livre. Quand j'atteins ma destination, je me demande quel type de livre je pourrais bien emprunter. J'ouvre la porte, et je pénètre dans la bibliothèque. Ce lieu est toujours silencieux, c'est vraiment agréable.
La bibliothécaire travaille derrière son bureau. Il me semble que c'est la bibliothécaire, qui d'autre cela peut-il être? Une personne qui travaille dans une bibliothèque et qui se charge du prêt de livres est forcément une bibliothécaire.
Je fais seulement quelques pas avant d'entendre une petite salutation. La voix est beaucoup trop basse pour que je puisse la reconnaître. Je réponds simplement poliment, et je me dirige vers la première étagère. Je cherche pendant quelques minutes, mais je ne trouve rien qui puisse être à mon goût. Parfois, je peux vraiment être difficile en matière littéraire.
« Tu cherches quelque chose en particulier, chaton? » Il y a seulement trois personnes qui m'appellent comme ça. Ma mère, mon père, et... Yuuko.
Elle est au courant de ma pathologie et m'a toujours appelé comme ça pour que je puisse la reconnaître du premier coup. C'est vraiment très gentil de sa part.
« Oh, salut Yuuko. Désolée, je n'ai pas reconnu ta voix au début. Lui dis-je en lui souriant.
Elle prend soin de nous, à sa manière.
« Oh, oui, tu as des bouquins sur la mythologie Japonaise? J'adore ce genre de livres. » Elle n'a pas l'air de savoir si de tels livres sont encore disponibles ou non. Elle cherche sur son ordinateur, et me sourit.
« Oui, il y en a. Ils sont sur la troisième étagère à droite, en face de toi. » Me répond-elle avec sa douce voix.
« Merci Yuuko. T'es adorable. » Je me dirige donc vers cette fameuse étagère.
Plusieurs idées arrivent en masse dans mon esprit. J'ai une vague idée de ce que je cherche, mais rien de bien spécifique. Je cherche par conséquent un livre avec un bon titre. Soudainement, j'entends une voix près de moi. J'étais tellement obsédée par ma quête du livre parfait que je ne remarquais même pas que quelqu'un se tenait juste à côté de moi.
« Saurais-tu où se trouve ce livre? »
Je lève la tête, et je tombe nez à nez avec une belle étudiante blonde aux yeux bleus. Elle doit forcément être d'origine étrangère. Les Japonaises avec les cheveux blonds et les yeux bleus ne courent pas les rues.
Elle tient dans sa main un simple petit papier, où un titre est griffonné. Intéressant, elle cherche également un livre sur la mythologie Japonaise. Je jette un coup d'œil sur l'étagère et trouve directement son livre. Il est tout au-dessus, avec quelques autres bouquins sur le même sujet. Je le lui prends, car je suis plus grande qu'elle.
La couverture est pleine de points en relief en dessous du titre. Ce doit être du Braille. Pourquoi diable un livre serait couvert de points, si ce n'était pas du Braille?
« Tiens. Tu aimes aussi la mythologie Japonaise? »
« Merci beaucoup. J'essaie de me diversifier dans mes lectures, mais je dois avouer que c'est un sujet très intéressant, en effet. » Me répond-elle en me souriant.
Elle doit être aveugle. Ses yeux, tout comme le livre, parlent pour elle. Mais je ne vais pas commencer à en parler. Nous avons tous nos propres problèmes, et certains étudiants n'aiment tout simplement pas en parler.
« Oh, navrée, je ne me suis pas présentée. Lilly, Lilly Satou. » Sa voix est on ne peut plus agréable et calme.
« Kaori, Kaori Yamamoto. Ravie de te rencontrer. »
Je suis honnête, c'est toujours un véritable plaisir pour moi de rencontrer de nouvelles personnes. Même si je dois, en contrepartie, trouver à chaque fois un nouveau stratagème pour me rappeler de cette personne.
J'essaie de noter sa description physique dans un coin de ma tête. Une fille, blonde, aux yeux bleus, et à la voix agréable. Elle a même un nœud dans ses cheveux. Je dois retenir cette description, autant que possible. Je sais pertinemment que je n'arriverais jamais à reconnaître son visage, mais je peux me rappeler de certains détails si je les répète régulièrement.
« Merci encore pour le livre, Kaori, j'apprécie. » Elle sourit, encore et toujours. Son sourire est vraiment adorable.
« Pas de soucis. Ça me fait plaisir. » Lui répondis-je.
Nous retournons au bureau de Yuuko pour enregistrer notre prêt. Puis, elle quitte la bibliothèque en premier.
Je reste quelques instants pour parler de choses triviales avec Yuuko, comme à mon habitude, avant de quitter les lieux à mon tour. Je vais passer le reste de la journée à lire ce livre.
En fin de compte, ce fut une bonne matinée, et un bon début d'après-midi. Un bon entraînement, et une belle rencontre avec une fille adorable. Vraiment, ce ne fut pas mal. J'adore passer des journées de la sorte. J'ai besoin de plus de moments comme ceux-là.
