4 heures du matin. Ça fait au moins une heure que je me retourne dans mon lit, puisque dès que j'entends un orage, je n'arrive plus à dormir. J'ai une peur bleue de l'orage, même si c'est assez difficile à assumer à mon âge.

Ce soir, ce n'est qu'un petit orage, sans plus, mais j'en ai quand même peur. Cette peur n'est pourtant absolument pas rationnelle, j'en ai bien conscience. Mais quand un orage éclate, je ne peux plus mettre le moindre pied dehors.

Et ce putain de tonnerre fait un bruit assourdissant. Bon dieu, l'orage est vraiment proche, beaucoup trop proche à mon goût, malheureusement. Mais je suis seule, et je dois me démerder pour affronter ma peur seule. Prendre mon téléphone et déranger ma mère pour ça? Hors de question. De toute façon, vu l'heure, elle est en train de dormir, et je dois la laisser tranquille.

Heureusement, demain, je n'ai cours que le matin. Toutefois, je dois envisager d'acheter de quoi manger, puisque je manque de friandises pour le goûter. J'irais en ville cette après-midi, après les cours.

Comme je n'arrive pas à dormir, il ne me reste qu'une seule chose à faire, lire. Je prends mon livre sur la mythologie Japonaise, posé sur la table de chevet, et je reprends ma lecture au troisième chapitre, ce dernier traite des Yokai. J'ai beau lire de plus en plus de livres à ce sujet, je n'en suis pas lassée. Dès que je lis, je perds toute notion du temps. Maman m'a toujours dit que c'était très bon signe, cela signifie tout bonnement que le sujet est passionnant.

Alors que je lis, l'orage cesse enfin. Je regarde mon réveil. Il est cinq heures et demi du matin, j'ai à peine dormi deux heures cette nuit. Tant pis, je n'irais pas nager aujourd'hui. L'infirmier va me tuer, mais je ne nage jamais quand je suis fatiguée, pour ma propre sécurité.

J'avale mes pilules avec une gorgée d'eau. Je déteste devoir compter sur ces dernières, mais elles m'aident à rester en vie. Grâce à ces petites choses, mon cœur ne fait pas des siennes.

Un chapitre plus tard, il est sept heures du matin. Je me lève, et j'enfile machinalement mes fringues. Il pleut toujours, mais fort heureusement, l'orage est passé. Je m'étire, ce qui fait craquer ma colonne vertébrale.

Il fait froid dehors, mais ce n'est pas grave, de toute façon, j'ai la dalle, et un bon petit-déjeuner devrait m'aider à rester éveillée. Quelques gouttes de pluie froide glissent le long de mon dos, c'est une sensation étrange et fortement désagréable que je n'ai jamais pu supporter.

Dans le réfectoire, quelques étudiants discutent tout en mangeant. Quand c'est enfin mon tour, je prends du riz, des légumes, et un œuf dur. Je prends exactement la même chose tous les matins, je ne peux pas changer mes habitudes, et à vrai dire, je n'en ai pas envie.

Ce matin, je suis toute seule, mais ce n'est pas un problème. Par moments, cela fait du bien de se retrouver tout seul, cela permet de se recentrer sur soi. Bien évidemment, il ne faut pas que cela devienne récurrent. Je m'assois et je commence à manger.

...

Quelques minutes avant le premier cours de la matinée, je me tape la tête contre le bureau, ce qui me réveille en sursaut. La journée risque d'être très longue, à ce rythme. Ma voisine me donne un coup de coude pour me signifier que le professeur est là. Je prends mon cahier et je prends des notes, à contrecœur.

Mais par moments, je somnole, je dois bien l'admettre. Ce cours est pourtant intéressant, mais je ne peux pas lutter contre la fatigue. J'essaie de faire de mon mieux, mais il n'y a rien à faire. Et je n'ai aucune excuse, je n'avais qu'à dormir cette nuit. Néanmoins, je suis phobique de l'orage. Et on ne peut clairement pas lutter contre une phobie, je vais devoir faire avec la fatigue.

Tous les cours de la matinée suivent la même logique. Je prends deux trois notes, et j'essaie de ne pas m'endormir sur mon bureau. Ce n'est pas ce qu'on peut appeler une matinée productive. Je ne suis pas une feignasse, mais quand je suis fatiguée, je suis fatiguée, point barre. De toute façon, je passerais une meilleure journée demain, j'en suis persuadée.

Quand tous les autres étudiants se ruent en groupe vers le réfectoire, je me dirige vers le dortoir des filles. Il faut que je prenne mon portefeuille et mon sac. Et lorsque j'arrive au dortoir pour prendre mes affaires, la pluie s'arrête enfin, dévoilant un grand ciel bleu.

Il y a une supérette à proximité de l'école, je n'aurais juste qu'à marcher cinq, dix minutes, et j'y serais. En chemin, une bise agréable se lève. Par moments, je trouve ça apaisant, mais par moments seulement, le vent n'a jamais été quelque chose que j'aime vraiment.

Je suis partie seule, et je ne croise personne en chemin. Les oiseaux chantent, le vent souffle, quelle plaisante après-midi. J'adore cet endroit, cependant, ça m'a pris deux ans avant de me sentir bien dans cette école.

Mais maintenant, je m'y sens chez moi. Le personnel et plusieurs élèves m'ont aidé pour que je me sente mieux. Je ne les remercieraient jamais assez pour ça, même si parfois, j'ai toujours envie de retrouver ma famille. Heureusement, maintenant, je ne suis plus triste de rester seule ici.

Quelques minutes plus tard, j'arrive à destination. Je n'ai jamais marché très vite, mais j'ai tout de même un bon rythme. En entrant, je réfléchis à ce que je pourrais bien acheter. Tout d'abord, il me faut des gâteaux au chocolat. Ce n'est clairement pas bon pour mon cœur, j'en suis consciente, mais quelques uns ne me feraient pas de mal.

Aussi, deux grands paquets de gâteaux à la fraise me font de l'œil. Il n'y a rien que j'aime plus que la fraise, à part la cerise. Je prends également quelques biscuits secs, et j'ai tout ce qu'il me faut.

« Ils ont baissé les prix... » Murmurais-je tout en calculant le coût global de mes achats.

Je fais un détour, juste pour jeter un œil sur les nouveautés en rayons. Soudainement, quelqu'un me demande si je peux donner un coup de main.

« Bien évidemment. Qu'est-ce qu'il vous faut? »

La jeune femme blonde en face de moi a besoin d'une variété particulière de ramen, sûrement pour une soupe. Je la guide lentement à travers les rayons, tout simplement car elle est aveugle, sa canne blanche parle pour elle.

Il ne me prend que quelques secondes pour trouver ce dont elle a besoin. Et je place donc ses ramen dans son panier. Je dois bien l'admettre, son sourire radieux est particulièrement séduisant.

« Merci... Kaori? »

Si elle connaît mon nom, c'est que nous nous sommes déjà rencontrés. Et comme elle est aveugle, elle doit probablement être scolarisée à Yamaku, mais je n'arrive pas à me souvenir de son visage. Putain de maladie à la con. Je ressens toujours de la honte quand je n'arrive pas à reconnaître quelqu'un, c'est une sensation que je déteste, par-dessus tout.

« Oui, mais.… Désolé, mais je n'arrive pas à me rappeler de ton nom... » Je parle à voix basse, me sentant particulièrement gênée et honteuse.

Elle rit doucement. D'un rire amical.

« Lilly, Lilly Satou. Tu n'arrives pas à te souvenir du visage des gens, n'est-ce pas? » Me dit-elle, avec un sourire, censé me remonter le moral.

« ... C'est exact... Je suis navrée... » Je déteste ces putains de situations.

« Ce n'est pas grave, voyons. Tu n'as pas besoin de t'excuser. Et surtout, tu ne dois pas te blâmer pour ton handicap. »

Elle est vraiment très gentille avec moi. Intérieurement, je la remercie pour ça. Rien qu'avec ses mots, elle a réussi à m'apaiser. D'autres personnes l'auraient particulièrement mal pris, mais pas elle, heureusement d'ailleurs.

Enfin, nous nous dirigeons vers la caisse. Et pour le coup, j'avais raison, mes courses ne vont pas me coûter très cher, à peu près 1000 yens, c'est à dire trois fois rien. Une fois dehors, Lilly m'annonce qu'elle veut m'accompagner sur le chemin du retour.

En chemin, je me demande sincèrement pourquoi elle agit de la sorte avec moi. Elle doit bien avoir ses propres raisons, mais ce n'est pas très important.

« Je me demande.… Tu dois être à moitié Japonaise, n'est-ce pas? Je veux dire, t'es franchement grande pour une Japonaise, tout comme moi. » Lui demandais-je.

Je sais pertinemment que je suis vraiment grande pour une Japonaise. Et je ne sais même pas pourquoi je suis aussi grande. Toute ma famille est Japonaise depuis bien longtemps, je ne saurais clairement pas expliquer pourquoi je suis la plus grande de la famille.

« En fait, je suis à moitié Écossaise du côté de ma mère, et à moitié Japonaise. Ça doit expliquer pourquoi je suis aussi grande, j'imagine. » Me dit Lilly, en riant doucement.

Et à vrai dire, c'est une explication plutôt recevable. J'ai toujours entendu dire que les Européens étaient bien plus grands que les Asiatiques, mais je n'avais jamais pu le vérifier, jusqu'à maintenant. J'aimerais tellement voyager en Europe un de ces jours, tout particulièrement en Grèce, car j'adore la mythologie Grecque.

« Je n'ai encore jamais été en Europe. Est-ce que l'Écosse est un beau pays? On m'en as toujours dit du bien. »

Elle reste silencieuse quelques instants, cherchant une réponse à me donner. Mais je n'arrive pas à déceler la moindre parcelle d'émotion sur son visage à cet instant précis. C'est très bizarre.

« D'un certain point de vue, oui, c'est le cas. Ma sœur me dit toujours que l'Écosse est un pays magnifique. Mais il y a certaines choses que je n'aime pas du tout, là-bas. »

Elle n'a pas l'air de vouloir s'expliquer sur ce point précis. Et je peux le comprendre, il y a des choses que je déteste devoir expliquer aux autres. Au fond de moi, je sais que je n'aurais jamais dû lui poser cette question. Et je n'ai aucun moyen de savoir si elle m'en veut pour ça. J'espère sincèrement que ce n'est pas le cas. J'étais simplement curieuse, voilà tout.

Toutefois, quelques secondes plus tard, un sourire se dessine à nouveau sur ses lèvres. C'est étrange et rassurant à la fois. Et ainsi, nous nous mettons à parler de tout et de rien. Sa réaction sous-entend qu'elle ne m'en veut pas.

Ce genre de conversation est plutôt plaisant. Bien évidemment, c'est important de parler de choses importantes, mais parfois, parler de choses plus légères peut être bénéfique. Sa voix est extrêmement douce, ce qui est plus qu'agréable. Par moments, elle s'exprime avec un langage très policé, et je peux même discerner un ton maternel dans sa voix.

Accessoirement, je dois adapter mon rythme au sien, mais ce n'est pas bien grave, je déteste marcher vite de toute manière, surtout lorsque je parle avec quelqu'un. Au bout de plusieurs minutes, nous sommes de retour à l'école, et honnêtement, j'ai passé un bon moment avec elle.

« Merci, Lilly, c'était vraiment sympa de discuter avec toi. » Lui dis-je, avec toute l'honnêteté dont je peux faire preuve.

« Mais de rien. Nous pouvons remettre ça quand tu veux. »

Nous nous séparons peu de temps après, et je me dirige vers ma chambre. C'était vraiment une très belle après-midi. C'est l'une des raisons pour lesquelles je me sens chez moi ici, on tombe toujours sur des personnes tout à fait charmantes.

La première chose que je fais en arrivant dans ma chambre est de ranger mes achats dans mon armoire. Avec quatre ou cinq paquets de biscuits, j'ai de quoi tenir pendant un mois, vu que je n'en mange jamais beaucoup.

Et je passe le reste de la journée à lire, sur mon lit. Quand je ne sais pas quoi faire, je lis un livre. C'est toujours un très bon moyen de passer le temps.

Je devrais m'acheter une petite guitare acoustique, un de ces jours, certains modèles sont relativement abordables de nos jours. Je ne peux décemment pas demander à ma mère de me ramener ma guitare électrique et mon ampli, il est beaucoup trop lourd pour elle.

Mon livre sur la mythologie Japonaise n'attend que moi, et je me plonge dans une lecture toujours aussi passionnante.